Prétentions, désirs
5. Ces deux premiers alinéas sont donnés par V (p. 346) avec l’indication marginale du 16 décembre 1635. V reproduit l’alinéa qui suit p. 340, mais sans date. En outre, bien que cet extrait soit utilisé comme glose de la lettre du 29 juillet 1635,
Pour vous, ce sera à la première flotte que vous cinglerez en cet heureux pays. Allez, mon très cher Père ! Que le Saint-Esprit vous conduise de ses doux et agréables zéphirs, je n’en serai point jalouse, car je me reconnais entièrement indigne de posséder ce bonheur, et de plus, je regarde en cela la volonté de Dieu que j’aime et veux adorer de toute l’étendue de mon affection* * 6.
* Quoique je n’aille pas en Canada avec vous, je vous y suivrai en esprit, et je serai inséparablement votre très humble et très obéissante fille en Notre-Seigneur * 7.
De Tours, le 16 de décembre 1635.
le commentaire dont il est lui-même préfacé et expliqué suppose manifestement
la situation créée par le fait nouveau de la lettre du 29 novembre suivant.
6. Le texte de V s’arrête ici. — Dans les derniers mois de 1635, malgré ses échecs du printemps et de la Pentecôte, — voir les lettres précédentes, — Dom Raymond conservait encore « la volonté et l’espérance d’exécuter (son dessein) à la première occasion » (V p. 340). Les souhaits que la Mère de l'Incarnation lui adressait pour son prochain embarquement étaient donc encore de mise à la fin de 1635. Mais en décembre 1636, après les nouveaux contretemps ou atermoiements de Dom Raymond, pareils vœux étaient-ils encore possibles pour qui voyait clair ? En tout cas, en 1636, les espoirs de Marie de l’Incarnation avaient rebondi. L’année l’avait mise en rapports avec les Jésuites, même avec des missionnaires du Canada. Elle ne pouvait plus rien attendre du côté du Feuillant ; mais, de la résignation de 1635, elle pouvait passer à de nouveaux désirs, car de nouvelles chances lui étaient offertes. La date de 1635 portée par les deux imprimés est donc la seule qui paraisse convenir à la lettre présente, tant du côté de Dom Raymond que de celui de sa correspondante.
L continue ainsi : « L’on met au jour une Relation qui fait espérer que les Hurons embrasseront notre sainte foi... Ces peuples ont tenu un conseil, où il a été permis à qui voudra de se faire chrétien... » Mais cet épisode de l’évangélisation des Hurons appartient à l’année 1636, et c’est la Relation de 1636 qui devait en parler. Marie de l'Incarnation n'a pas pu le connaître avant novembre de cette même année. Dom Claude Martin aurait donc bloqué dans un contexte de 1635 un extrait d’une lettre de 1636. Hypothèse d’autant plus plausible que, dans la liasse des lettres de sa mère à Dom Raymond, devaient se trouver de simples fragments sans aucune indication de provenance ni de date. Nous en rencontrons quelques-uns dans V, que L n’a pas retenus. On peut conjecturer aussi que les lettres de Marie de l’Incarnation des années 1635-1638 ne portaient pas toujours de dates et surtout de dates complètes : ce fait rendrait compte, pour le dire en passant, de quelques inexactitudes de chronologie que nous constaterons bientôt, et qui sans cela seraient inexplicables. Quoi qu’il en soit, dans l’impossibilité de situer tout le contenu de la lettre spirituelle XV de L dans la même année 1635, nous la considérons comme une unité factice ; nous assignerons à 1635 les parties communes aux deux imprimés, et nous reporterons à 1636 ce qui ne peut relever que de cette année.
7. * * La conclusion de la lettre dans L, conclusion où nous retrouvons la mention de l’état de choses de 1635, c’est-à-dire d’une situation qui, ni pour Dom.
DE MARIE DE L’INCARNATION