XXXIX. — A Dom Raymond de St-Bernard
L pp. 309-311, Lettre historique III. — R XVII.
Mon très Révérend Père,
Je ne puis rien apprendre que je sache vous pouvoir donner de la consolation que je ne vous en fasse part. Nous avons reçu des nouvelles du paradis terrestre des Hurons et du Canada. Le R. P. Paul Le Jeune a écrit à notre Mère et à moi. Je m’imagine qu’il la remercie de ce qu’elle a agi de concert avec lui pour me mortifier1. Pour mon regard, il ne me parle en aucune manière
Lettre XXXVIII. — Connue par la même source que les trois précédentes.
Le Jeune accompagnait sa lettre à Marie de l’Incarnation d’une autre adressée à sa supérieure, la Mère Françoise de St-Bernard. (Voir plus bas la lettre XXXIX).
V p. 349 parle d’une correspondance de la Vénérable Mère dans les années 163 7- 1638 « avec la plupart des missionnaires » de la Nouvelle -France. Nous n’avons aucune preuve de cette assertion, où nous ne pouvons guère voir qu’une glose excessive et inexacte. En 1636, le nombre des missionnaires dans la Nouvelle- France s’élevait à vingt, y compris les trois jeunes nouveaux venus, Garnier, Chastelain et Adam. Marie de l’Incarnation cite seulement des lettres de ces trois Pères et du supérieur général de la Mission, Le Jeune. Ce furent vraisemblablement les seuls Jésuites du Canada avec qui elle fut en relations de 1636 à 1638 : quatre sur vingt. Mais selon V p. 347, « l’odeur de son zèle s’était déjà répandue jusqu’ (aux) extrémités du Canada ». De cette hypothèse gratuite, — et d’ailleurs inutile, - — ■ il n’y avait qu’un pas à celle où la plupart des missionnaires, édifiés d’une telle ardeur apostolique, se seraient intéressés au succès de sa vocation. La réalité est assez belle par elle-même sans avoir besoin de ces enjolivements.
1. C’est du moins de la résidence des Trois-Rivières que Le Jeune date sa Relation de 1638.
Lettre XXXIX. — 1. Il semble que la Mère de l’Incarnation n’ait pas pris connaissance de cette lettre à sa supérieure, mais qu’elle en ait assez bien deviné le contenu. Aux termes dont elle se sert, on pourrait conjecturer que ce n’était pas la première lettre de Le Jeune à la Mère Françoise de St-Bernard ; le début de leur correspondance remonterait à l’année précédente.
DE MARIE DE L’INCARNATION IO7
du Canada, mais il me fait une grande lettre aussi humiliante que la première2. N’est-ce pas là un bon Père ? C’est un autre vous-même à mon égard : il m’oblige infiniment, car je vois par là qu’il me veut du bien, et que si j’étais auprès de lui il me traiterait à votre gré.
Le R. P. Adam me mande que le Manitou3 est tellement enragé du progrès de la foi dans les lieux où il prêche que le jour de saint Barnabé il fit trembler la terre, en sorte que l’habitation des Révérends Pères, eux et leurs gens, furent épouvantablement ébranlés. Ce tremblement se fit ressentir l’espace de cinq lieues, la terre bondissant comme si elle eût couru après les Sauvages, qui en furent épouvantés au possible4. On leur dit que c’était un avertissement et une menace de Celui qui a tout fait. C’est une merveille, dit ce Père, d’entendre en plusieurs endroits de leurs bois retentir les noms de Jésus, de Marie et de Joseph. En effet, quelle consolation que le cher Époux de nos cœurs soit loué en diverses langues 5 dans une barbarie aussi invétérée qu’est celle-là ! Qu’il en soit éternellement béni !
Le Révérend Père Chastelain ne fait pas moins de fruit dans les Hurons. Il m’écrit que lui et ceux qui