‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 59 sur 239 · En montagnais et en algonquin · texte numérisé non relu

En montagnais et en algonquin

io8

CORRESPONDANCE

l’accompagnent ont été à deux doigts de la mort. Ils ont été sur la sellette en posture de criminels dans un conseil de Sauvages. Les feux étaient allumés plus près les uns des autres qu’à l’ordinaire, et ils semblaient ne l’être que pour eux, car on les estimait convaincus de sortilège et d’avoir empoisonné l’air, qui causait la peste par tout le pays. Ce qui mettait les Pères dans le dernier péril, c’est que les Sauvages étaient comme persuadés que ces malheurs publics prendraient fin par leur mort. Les Pères néanmoins firent paraître en cette occasion une si ferme constance, que les armes tombèrent des mains de ces barbares, en sorte qu’ils furent dans l’impuissance de leur rien faire. Toute leur colère se tourna contre un de leur parti qu’ils massacrèrent aux pieds des Pères dont il avait conspiré la mort6.

Le Père Garnier m’écrit du même lieu sur une écorce d’arbre aussi blanche et polie que le vélin7. Il me dit que les souhaits que je fais pour lui, savoir qu’il soit assommé pour Jésus-Christ, eussent peut-être été accomplis, si ses malices ne les eussent empêchés. Si tout le monde avait autant d’envie que j’allasse en ces pays que lui, mes affaires seraient bien avancées, mais mes fautes sont trop grandes devant Dieu pour mériter un si grand bonheur.

Ils ont baptisé en cette résidence de la Conception cent personnes, du nombre desquels quarante avancés en âge sont morts, aussi bien que vingt enfants qui sont de petits anges qui peuplent aujourd’hui le Paradis8.

6. La petite vérole sévissait à l’état chronique chez les nations sauvages de l’Amérique du Nord, où elle causait une mortalité alarmante. La calomnie des jongleurs, qui trouvait un écho trop fidèle dans la crédulité populaire, rejetait la cause du fléau sur les missionnaires : d’où les persécutions qu’ils eurent à souffrir. Celle dont parlait le P.Chastelain avait rempli l’été de 1637. Le conseil des anciens où le sort des Pères avait été agité avait eu lieu le 4 août. RJ 1638 (Q 33-42 ; C XV, 16-36).

7. Le P. Chastelain était demeuré à Ihonatiria. Le P. Garnier résidait toujours à la Conception, d’où étaient parties les lettres. Il avait écrit à sa correspondante sur une écorce de bouleau.

8. Chiffre également donné par le P. Garnier dans une lettre écrite à son père: « En ce seul village (la Conception), nous avons baptisé une centaine de (Sauvages), depuis que j’y suis (juin 1637) jusqu’à présent (sans doute le 28 avril 1638)... De ces cent Sauvages baptisés, quarante-quatre sont morts fort peu après, savoir

DE MARIE DE L’INCARNATION

Il y a des chrétiens qui mènent une vie si parfaite et si sainte que ceux qui les voient et qui les entendent ont de puissants motifs de louer la divine Bonté9. Je crois que le zèle du salut des âmes vous fera redoubler vos vœux pour ces pauvres peuples aussi bien que pour les Révérends Pères dont Dieu se sert pour leur conversion. Vous ne m’oublierez pas puisque j’y suis en désir, étant très indigne d’y être par effet.

(De Tours, octobre 1638.) 10

Page 1