LI. — A la Mère Françoise de St-Bernard
L pp. 316-317, Lettre historique VIII. — R XXIII.
Ma très Révérende et très chère Mère,
Votre sainte bénédiction !
Je ne puis m’empêcher de vous écrire, en quelque part
8. Sur les épisodes du séjour à Paris, et sur ce dernier en particulier, contretemps à la fois fâcheux et divertissant, voir plus loin la lettre au P. Poncet, 1670.
9. « Durant notre voyage, nos heures étaient réglées. Nous étions avec des personnes d’oraison qui contribuaient beaucoup à nos dévotions. M. de Bernières marquait les temps » ( Écrits II, p. 350).
Lettre LI. — Le séjour de Marie de l’Incarnation à Paris se prolongea près de cinq semaines. De toute sa correspondance d’alors avec les Ursulines de Tours, rien ne nous a été conservé. Nous n’avons non plus aucune de ses lettres à son fils, pour cette époque. Nous savons, du reste, que Claude qui avait alors l’intention d’entrer chez les Jésuites, n’avait pas tardé à rejoindre sa mère dans la capitale.
CORRESPONDANCE
que je sois. Nous sommes arrivées à Rouen, ayant été obligées de partir de Paris sans la bonne Mère de Saint- Hiérôme1, quoique nous ayons fait toutes les diligences possibles pour l'avoir et pour lui témoigner l'intérêt que nous prenions dans son affaire. Monseigneur l’Archevêque de Paris l’ayant retenue2, il a fallu que la Mère Marie et moi ayons accepté seules le contrat de fondation, en sorte néanmoins que si cette chère Mère vient après nous, l’on fera un acte au pied du contrat3 pour faire foi qu’elle passe avec nous et qu’elle entre dans le traité de fondation. Si Dieu permet qu’elle soit excluse4 de la partie, qu’il soit béni ! Il sait de qui il se doit servir pour sa plus grande gloire.
Je vous viens de dire que nous nous sommes intéressées pour l’affaire de la Mère de Saint-Hiérôme. Car, en effet, nous avons écrit en sa faveur à Madame la duchesse d’ Aiguillon 5, pour la supplier de nous l’obtenir par le crédit de Monseigneur le Cardinal. Et de plus, nous nous sommes jetées deux fois aux pieds de la Reine6 pour la supplier d’obtenir son congé de Monseigneur de Paris. Notre procédé a sans doute extrêmement étonné toutes les Ursulines de la Congrégation de Paris, et elles ont reconnu à nos démarches un dégagement qu’elles n’eussent jamais cru. De là vient aussi qu’elles
1. Catherine Champagne, dite de Saint- Jérôme. Sur son départ manqué et les tentatives qui furent faites, même par la reine, pour amener l’archevêque de Paris à revenir sur son refus, voir la Relation de 1654 et le récit des Annales des Ursulines de Paris dans Écrits II, pp. 351-352 et 364, note 15. La Mère de St-Jérôme demeura à Paris. On l'y voit en 1671, donnant son approbation à l’envoi de deux nouvelles religieuses à Québec, la Mère Marie Le Maire, dite des Anges, et la Sœur Marie Dieu, dite de la Résurrection, converse (Annales des Ursulines du Couvent du Faubourg Saint-Jacques) .
2. Jean-François de Gondi, l’oncle du célèbre cardinal de Retz, et le premier archevêque de Paris ( Écrits II, p. 363, note 11).
3. Le contrat de fondation, passé par devant les notaires Guillaume Duchesne et René Fieffé, en l’étude de ce dernier, le 28 mars 1639 après midi, ne reçut jamais d’acte additionnel et ne porte que les noms des deux Ursulines de Tours, Marie Guyart dite de l’Incarnation et Marie de Savonnières dite de St-Joseph (Archives des Ursulines de Québec).
4. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, les deux formes exclu et exclus, exclue et excluse, ont été concurremment employées.