‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 98 sur 239 · Une jeune algonquine de 17 ans, dont il sera reparlé · texte numérisé non relu

Une jeune algonquine de 17 ans, dont il sera reparlé

Dieu. Marie Négabamat devient tous les jours plus accomplie ; cette fille est tellement craintive des jugements de Dieu, que l’un de ces jours, comme j’instruisais les deux qui ne sont pas encore baptisées, elle avait les larmes aux yeux. Elle entend fort bien les mystères de notre foi ; le plus grand plaisir qu’on lui puisse faire, c’est de lui expliquer ces vérités par des images. Elle a tant de dévotion envers la sainte Vierge qu’elle tressaillit4 de joie à la vue de son portrait : elle l’appelle sa mère, la baise, et la chérit uniquement. Elle ne peut souffrir aucune indécence en ses compagnes. Quand on la fait prier Dieu en sa langue avec ses compagnes, elle s’en va encore avec les petites Françaises pour le prier. On ne prendrait pas la petite Madeleine pour une Sauvage ; il ne se peut voir un enfant plus docile, ni plus affectueux ; on lui fait faire ce qu’on veut ; c’est un petit ange en innocence, et la petite Ursule aussi 5.

Les trois dernières que vous nous avez données ont laissé leur humeur sauvage à la porte ; elles n’en ont rien apporté chez nous ; il semble qu’elles y aient été toujours élevées. Elles ne sont point émues pour voir entrer et sortir des filles ou femmes sauvages, elles ne font paraître aucun désir de les suivre, elles les saluent à la française et les quittent en riant ; il semble que nous soyons leurs mères naturelles : elles se viennent jeter entre nos bras, comme à leur refuge, quand elles ont quelque petite affliction. L’un de ces jours, ayant quelque douleur de tête, on leur dit que j’étais malade, que je mourrais si elles faisaient du bruit. A ce mot de mourir, elles se mirent à pleurer et à garder parfaitement le silence. Que désireriez-vous davantage ? Ne semblet-il pas que les trésors du Ciel se versent sur ce pauvre peuple ?...

(De Québec, 15-30 janvier ? 1640.)

4. Tressaillit était encore au XVIIIe siècle employé par de bons auteurs (Buffon, J. -J. Rousseau) pour tressaille. Littré note que c’était un usage fautif.

5. Sur les séminaristes Madeleine (Abatenau) et Ursule, voir plus loin.

DE MARIE DE L’INCARNATION

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