LXI. — Au P. Paul Le Jeune
RJ 1640 (Q 46 ; C XIX, 44-46), fragment.
. J'ai été grandement consolée, ayant appris que
le Révérend Père Supérieur1 avait inclination que trois de nos séminaristes fissent leur première communion, si elles en étaient jugées capables. Le Père Claude Pijart 2 les instruit avec un grand soin ; il est tout consolé de les voir en une si bonne disposition : il est vrai, mon bon Père, qu’elles font paraître tant de désir de posséder un si grand bien que vous diriez qu’elles vont entrer au ciel, tant elles ont de joie sur leur visage. Agnès3 faisait hier quelque trait d’enfant; on lui dit qu’elle fâchait Dieu, elle se prit à pleurer ; lui en ayant demandé la raison, elle répondit : « On ne me fera pas communier, à cause que j’ai fâché Dieu. » On ne la put apaiser qu’on ne l’eût assurée que cela ne l’empêcherait pas de communier. Elles sont si attentives à ce qu’on leur enseigne, qu’outre ce que le Père les instruit, si je leur voulais faire répéter ce qu’on leur dit et ce qui est couché au catéchisme, depuis le matin jusques au soir, elles s’y assujettiraient volontiers. J’en suis ravie d’étonnement ; je n’ai point vu des filles en France ardentes à se faire instruire ni à prier Dieu, comme le sont nos séminaristes. Je crois que les bénédictions du Ciel sont pleinement sur ces âmes innocentes, car elles le sont vraiment...
(De Québec, mars 1640.) 4
Lettre LXI. — 1. Le P. Vimont.
2. Il y avait alors dans la Nouvelle-France deux Pères Pijart, Pierre et Claude, tous les deux originaires de Paris, le premier né en 1608 et arrivé au Canada en 1635, le second, né en 1600 et arrivé à Québec en 1637. C’est de Claude qu’il est ici question. D’abord affecté à la résidence des Trois-Rivières, Claude Pijart, à l’hiver de 1640, avait été chargé de l’instruction des pauvres de l’Hôtel-Dieu et des séminaristes des Ursulines. RJ 1640 (Q 39 ; C XIX, 10-12). Il ne devait pas continuer longtemps ces fonctions. Au mois de septembre suivant, il montait chez les Hurons, où son homonyme était employé depuis 1635.