‹ Ecrits sur la musiqueChapitre 11 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Que ta première invention de ta 'parole ne vient pas des besoins , mais des passions.

Il est donc à croire que les besoins dictèrent les premiers gestes, et que les passions arrachèrent les premières voix. En suivant avec ces distinctions la trace des faits, peut-être faudvdit-il raisonner sur l'origine des langues tout autiement qu'on n'a fait jusqu'ici Le génie des langues orientales , les plus anciennes qui nous soient connues, dément absolument la marche didactique qu'on imagine dans

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leur composition. Ces langues n'ont rien de méthodique et de raisonné; elles sont vives et figurées. On nous fait du langage des premiers hommes des langues de géomètres, et nous voyons que ce furent des langues de poètes.

Cela dut être. On ne commença pas par raisonner, rnais par sentir. On prétend que les hommes inventèrent la parole pour exprimer leurs besoins ; cette opinion nie paraît insoutenable. L'effet naturel des premiers besoins fut d'écarter les hommes et non de les rapprocher. Il le fallait ainsi pour que l'espèce AÎnt à s'étendre, et que la terre se peuplât promptement; sans quoi le genre humain se fût entassé dans un coin du monde, et tout le reste fût demeuré désert.

De cela seul il suit avec évideiice que l'origine des langues n'est point due aux premiers besoins dr>s hommes; il serait absurde que de la cause qui les écarte vînt le moyen qui les unit. D'où peut doi\Q venir celte origine? Des besoins moraux, des passions. Toutes les passions rapprochent les hommes que la nécessité de chercher à vivre force à sfr fuià'. Ce n'est ni la faim , ni la soif, mais l'amour, la haine, la pitié, la colère, qui leur ont arraché lies premières voix. Les fruits ne se dérobent point à nos mains, on peut s'en nourrir sans parler; on poursuit en silence la proie dont on veut se rei^aître : mais pour émouvoir un ieune cœur, pour repousser un agresseur injuste, la nature dicte des accens, des cris, des plainte". Voilà les plus anciens mots inventés, et voilà pouiquoi les premières langues furent chant;intes ci passionnées avant d'être âimples et méthodiques. Tout ceci n'est pas vrai sans distinction; mais j'y reviendrai ci-après.

SUR l'oRIGISE des LASGCES. ÏÛ7

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