‹ Ecrits sur la musiqueChapitre 13 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des caractères distinctifs de la première langue ^ cl des cliaiujcmejis qu'ttte dut éprouver.

Les simples sons sortent naturellement du gosier, la bouche est naturellement plus ou moins ouverte; mais les modilicalions de la langue et du palais, qui l'ont articuler, exigent de l'allcntion , de l'exercice; on ne les fait point sans vouloir les faire; tons les enfans o?it besoin de les apprendre, et plusieurs n'y parviennent pas aisément. Dans toutes les langues, les exclamations les plus vives sont inarticulées; les cris, les géniissemens sont de simples voix; les muelSj c'est-à-dire les sourds, ne poussent que des sons inarticulés. Le père Lami ne conçoit pas même que les hommes en eussent pu jamais inventer d'autres, si Dieu ne leur eût expressément appris à parler. Les articulations sont en petit nombre; les sons sont en nombre inlini , les accens qui les marquent peuvent se multiplier de même- Toutes les notes de la musi(juesont autant d'accens. Nous n'en avons, il est vrai, qvie trois ou qvuitre dans la pa-

Si'îi l'origi>'e ses langues. 1^9

vole; mais les Chinois en ont beaucoup davantage : en revanclie ils ont moins de consonnes. A cette source de combinaisons ajoutez celle des temps ou de la quantité, et vous aurez non-seulement plus de mots, mais plus de syllabe? diversifiées que la plus riche des langues n'en a besoin.

Je ne doute point qu'indépendamment du vocabulaire et de la syntaxe, la première langue, si elle existait encore, n'eût gardé des caractères originaux qui la distingueraient de toutes les autres. Non-seulement tous les tours de cette langue devaient être en images, en sentimens, en figures ; mais dans sa partie mécanique elle devrait répondre à son premier objet, et présenter aux sens, ainsi qu'à l'entendement, les impressions presque inévitables de la passion qui cherche à se communia quer.

Comme les voix naturelles sont inarticulées, les mots auraient peu d'articulations; quelques consonnes interposées, etïaçant l'hiatus des voyelles, sulTiraient pour les rendre coulantes et faciles a Drononcer. En revanche les sons seraient très-variés, et la diversité des accens multiplierait les mêmes voix; la quantité, le rhythme, seraient de nouvelles sources de combinaisons; en sorte que les voix, les sons, l'accent, le nombre, qui sont de la nature, laissant peu de chose à faire aux articulations, qui sont de convention, l'on chanterait au lieu de parler ; la plupart des mots radicaux seraient des sons imi'talifs ou de l'accent des passions, ou de l'effet des objets sensibles : l'onomatopée s'y ferait senlir continuellement.

Cette langue aurait beaucoup de synonymes pour oxpvimer le même être par ses différeus rap^

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pnvts (i); elle nurail peu d'adverbes et de incîs abstraits pour exprimer ces mêmes rapport*;. Elle aiiri'il beaucoup d'augmentatifs, de diminutifs, de mots composés, de particules explétives pour donner de la cadence aux périodes et de la rondeur aux phrases; eUe aurait beaucoup d'irrégularités et d'anomaîies; elle négligerait l'analogie grammaticale pour s'attacher à l'euphonie, au nombre, à rharnionie, et à la beauté des sons. Au lieu d'argumens elle aurait des sentences; elle persuaderait sans convaincre, et peindrait sans raisonner ; elle ressemblerait à la langue chinoise à certains égards ; à la grecque , à d'axitres ; à l'arabe , à d'autres. Etendez ces idées dans toutes leurs branches , et vous trouverez que le Cratyle de Platon n'e^t pas si ridicule qu'il paraît l'être.

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