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aient clamé : « Cachez ce sein rouge que nous ne saurions voir », en réclamant un petit encouragement pour le civil! Rien n'a empêché le sentiment populaire de réserver pendant des mois à la pièce l'accueil qu'il fait à toute sincérité. Depuis deux ans la presse préférait sans doute consacrer ses louanges aux innombrables histoires d'espions, aux opérettes sur la guerre, aux défilés de petites femmes déguisées en portedrapeau, aux « on les aura » piétines sur les planches des tréteaux, avec force baïonnettes de carton, etc. Le théâtre en était là aprèsdeuxans de guerre. 11 aurait pu se taire, il parlait. J'estimais ce genre de paroles dégradant pour le public de mon pays. Alors j'ai pensé que l'heure était venue et qu'il fallait élever la voix. V Amazone n'est qu'une petite porte ouverte sur l'espace, voilà tout. Ce n'est qu'un pâle début, mais il m'a semblé qu'il devenait nécessaire et salubre dans une époque comme celle que nous traversons. La veille de la représentation, je faisais paraître dans un quotidien Tavant-propos suivant :
« J'accueille avec plaisir Toccasion qui m'est offerte d'expliquer pourquoi je me suis permis de porter, pour la première fois, à la scène un peu de cette grande vérité qui étreint un pays entier, mais que le théâtre n'avait pas encore abordée de front.
Après un recul de plus de deux ans, la guerre peut enfin entrer dans l'art comme elle est entrée dans l'histoire. Que, par toutes les portes ouvertes, elle s'engouffre dans la cité ! Déjà le poème, le livre, Timage en furent avides. Seul, le théâtre s'est tenu à l'écart. C'est un tort ! Je dis plus : tout écrivain chargé de représenter son époque qui n'aura pas tenu compte de l'immense événement, de sa répercussion sociale, du bouleversement qu'il apporte dans le domaine des âmes, aura failli à sa tâche; cette tâche simple et fondamentale a été, de tout temps, de peindre, à mesure qu'on avance dans la réalité, le monde extérieur et intérieur, tel qu'il se déroule à nos regards. Alors, aujourd'hui ? Aujourd'hui ?... Ah ! qui pourrait,
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qui oserait rester muet devant une France pareille, devant la passion de l'humanité!... Comprenons-nous bien. Il s'agit d'art. Je ne parle pas des spectacles occasionnels qui purent avoir leur intérêt et leur raison d'être. Il ne s'agit plus de rendre puérilement à nos admirables soldats un hommage dont ils se sont lassés, ni d'exalter chez le civil un patriotisme, d'emphase plus ou moins vulgaire, qu'il n'écoute même plus; de telles entreprises sont périmées. Je réprouve également tous les simulacres à uniformes militaires qui, à mon avis, profanent la grande tragédie qui se joue actuellement et dont les morts, même au sein de la terre, n'ont pas cessé d'être les acteurs sublimes. Cette tragédie-là ne supporte pas son simulacre... Mais nous n'avons pas besoin de lui- pour faire tenir dans nos œuvres l'esprit des vivants, l'esprit des mofts, tout l'avenir, l'âme d'un pays ! Notre domaine à nous, auteurs, c'est la conscience humaine. Ce domaine, la guerre vient de lui donner subitement des proportions si gigantesques et d'en bouleverser avec une
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telle ampleur les faces, les plans, les aspects que, devant une pareille évolution, le poète épris de réalité commettrait quelque lâcheté à ne point s'emparer de sa plume. 11 est utile, il est nécessaire qu'un aussi grand sujet pénètre et inspire Tart le plus vivant, le plus direct et le plus intérieur qui soit, je veux dire Tart dramatique. Mais, par exemple, on ne peut y toucher qu'avec une grande franchise et une totale indépendance d'esprit. 11 faut répudier toute fausse élo* quence ; aucun de ces faciles appels au patriotisme de théâtre ; rien qui ne soit de la vérité stricte et profonde, comme avant qu'il y ait eu la guerre, — rien surtout qui ne soit de l'art selon ses lois de construction éternelles, ses lois indifférentes aux circonstances. Le temps est venu où nous pouvons peindre et rendre l'extraordinaire, tragique et merveilleuseépoquequ'ilnousestdonnéde traverser.
Si formidable que soit le sujet, il ne s'agit aucunement encore une fois de modifier les assises essentielles de l'art dramatique , elles demeurent les mêmes, nous devons nous y subordonner entièrement. Il faut se pen-
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cher sur une autre réalité que celle d'hier, voilà tout. Comme toujours, nous devons porter à la scène les êtres les plus représentatifs de notre époque au furet à mesure qu'elle se modifier. Tel est notre devoir de contemporains, et c'est aussi ce que l'avenir réclamera de nous, ainsi que nous le réclamons du passé... En art, il n'y a de types éternels que ceux qui font tenir leur infini dans une stricte réalité. L'auteur dramatique n'est pas à proprement parler un moraliste, c'est-à-dire qu'il n'a point à défigurer la vérité, même au profit des plus belles causes. N'est-ce pas suffisant qu'il puisse demeurer un poète ou un devin du cœur?
Aussi modèlera-t-il des êtres ressemblants, authentiques, tout en les choisissant parmi les plus expressifs de son temps, de même que les conflits, imaginés ou reproduits par lui, devront être exacts, mais allégoriques et généraux le plus possible. Notre plus haute recherche, notre ambition la meilleure tiennent tout entière dans ce dilemme.
h'Amazone qui sera représentée demain soir est donc comme mes pièces précédentes
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une « pièce de consciences ». Les états d'âme que j'y ai portés sont issus de la guerre, inspirés par elle. On pourra suivre comme d'habitude une anecdote rigoureusement plausible et même véridique. Mais ceux qui voudront bien réfléchir un peu n'auront pas de peine à démêler que chaque personnage sous ses simples apparences a des prolongements qu'il sera aisé de suivre à la réflexion. C'est un peu de la réalité de la guerre envisagée sans artifice et abordée, si j'ose dire, de plain-pied. Ce sont trois petits actes qui décrivent le précipité chimique du formidable événement, ses répercussions sur une famille, sur l'amour, sur certaines forces tumultueuses de l'âme. Dans cette très simple et très normale aventure bourgeoise, le public distinguera que le personnage central, l'Amazone, représente l'Idéal sous les traits de la jeunesse qui a arraché l'homme à son foyer et entraîné le monde. Dans l'autre personnage de femme, j'ai voulu représenter l'Humanité douloureuse et déchirée, partagée entre ses devoirs et ses instincts. Je demeure persuadé que la vraie foule douloureuse et
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pensive écoutera les sanglots ou les rires de nos personnages nouveaux avec autant d'attention qu'elle écoutait les sanglots et les rires de nos personnages précédents et peut-êtr.e ajoutera-t-elle, sans déplaisir, aux longs défilés de nos héroïnes d'autrefois, ce type récent de femme que la guerre a engendré, cette Amazone qui représente la femme nouvelle, une femme d'aujourd'hui, personnage peut-être momentané ou de transition, mais qu'il nous est impossible de ne pas considérer. Les traits épars qui caractérisent ces femmes d'aujourd'hui, leur rôle actuel, même la particularité de leur rôle social, il fallait les résumer dans un type qui empruntât à l'actualité sa vérité et sa curieuse beauté.
Et si ce dessein apparaît avorté, on m'excusera en faveur de l'intention. U subsistera au moins ceci que j'ai voulu — comme tant d'autres mais le premier au théâtre, — pousser mon humble chant en votre honneur, ô morts de France ! vous qui nous avez dicté le devoir de la vie spirituelle la phis haute,.. Que la Patrie tout entière puise son