‹ Écrits sur le théatreChapitre 6 sur 14 · LA VIERGE FOLLE · texte numérisé non relu

LA VIERGE FOLLE

La Vierge Folle touche à ce grand sujet : la responsabilité de Pamour. Il y a le

cas de l'homme marié qui, emporté par la crise passionnelle, a défloré une jeune fille. Tout ce qui gravite autour des conséquences de cet acte est examiné. Pourtant, partie de ce cas particulier, Tidée, je Tespère du moins (et j'ose espérer que le public suppléera aux lacunes), Tidée s'agrandit. Si ce n'était trop présumer de moi-même, et si, je le répète, il n'était parfaitement insupportable d'écouter l'auteur se définir, môme quand il y est invité, j'avouerais que j'ai conçu une petite histoire qui voudrait être un peu comme la course du flambeau de

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Tamour : le mari défendant sa proie nou^ velle et^ la femme légitime défendant son mari.

Et j'ai voulu que de cette étreinte, de mes pauvres héros malgré eux, sans qu'ils le sachent, sans qu'ils en perçoivent même la beauté, jaillisse l'instinct de l'amour, le pur instinct, fait de générosité, d'abnégation et de sincérité suprême, qui est bien la vertu la plus belle, et (|ui fait qu'au-dessus de tous les égoïsmes , affleure par moments , dans des gestes grandioses, chez les simples comme chez les compliqués, l'idée même de l'amour.

L'amour c'est la lumière splehdide de la vie, ce que l'homme porte en lui de plus merveilleux, l'amour qui s'échappe de lui parfois comme un cri de protestation en' face de toutes les lois inéluctables de la nature et de toutes les fatalités dont nous sommes les esclaves !

En tout, dans l'ordre social comme dans l'art lui-même, il appartient à l'avenir de retourner aux sources fécondes de l'instinct, de la justice, et de la sincérité.

La Vierge folle est mon personnage se-

condaire, mais comme il est déterminant de tout le^rame, j'ai cru devoir lui donner les honneurs du titre. D'autant plus que la parabole du banquet des Vierges folles et des Vierges sages fait partie intégrante de l'anecdote et de l'idée. Pourtant je regrette presque de n'avoir pas donné le titre qui aurait le mieux éclairé la pièce ;par sa simple gravité il me séduisait : UEpouse. La femme dans le sens le plus élevé et le plus spiritualiste, pas dans le sens juridique ni administratif, mais dans celui qui lui e^t nettement attribué par un ancien texte dramatique du quatorzième siècle qui, posément, met en scène les Vierges sages et les Vierges folles, attendant le Sauveur. Cette ode lyrique et liturgique, écrite en strophes alternées latines et françaises s'intitule : Le Mystère de VÉpoux, Elle nous fait assister au châtiment des Vierges folles.

Ne pouvant réunir les deux mots en un seul titre, je me suis décidé à donner le pas à réponse impure, et j'ai délaissé le beau titre décoratif de la pièce médiévale. Dans cette course au sublime, que l'amour impose

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à mes deux héroïnes, vers la fin de la pièce, c'est VUxor qui l'emporte. .

Presque au moment où ma pièce est représentée, vous venez sans doute de lire dans les journaux certaine affaire mondaine qui a Tair d'être le commentaire ou du moins la preuve même de mon personnage. Deux hommes viennent de se battre, à cause de la même maîtresse (et ceci est très éloigné de la Vierge Folle) \ mais voici où le rapprochement s'impose. L'un des deux bretteurs était marié, et la femme légitime, malgré le scandale public, n'a pu résister à l'instinct d'amour qui la poussait. Irrésistiblement, elle s'est seiiti attirée sur le terrain même du duel, — et le mouchoir aux lèvres, en proie à la terreur du meurtre, derrière un arbre, indifférente aux objectifs photographiques braqués sur elle, elle a attendu l'instant où son mari s'est abattu, frappé par le fer de son adversaire, pour se précipiter sur le corps meurtri, sans souci de la morale mondaine, de la révolte ou du sourire.

Quand le sentiment est jliste, la vie le confirme toujours et l'on s'aperçoit qu'on n'a

jamais outrepassé la vérité, mais que le plus souvent on est resté bien en deçà...

Les passionnés sont utiles. La passion donne aux amants le coup d'étrier nécessaire pour se joindre à travers les obstacles, pour se secourir même, à travers les haines réciproques. Les passionnés dépasr sent le sentiment affectif habituel, et, par cela même, ils atteignent une zone interdite au commun des mortels, mais qui semble rhabitacle des énergies et des vertus suprêmes. En apparence ils soiit des déments ou des déséquilibrés : et les psychiatres les jugent tels. En réalité ils sont nécessaires à la nature qui, sans eux, laisserait péricliter peut-être ou se refroidir le zèle de ses créatures... Dans le troupeau commun, les passionnés servent à exalter le sentiment universel de Taniour.

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