Pêcheur dislande, p
a OU à un rare degré ce sentiment do l'immensité où nous sommes perdus. Immensité dans l'espace. Maintes fuis, dans sa vie de marin, il a eu devant lui pendant des jours et des jours des étendues infinies de ciel et d'eau. Il nous conte que chaque matin il emploie ses premières minutes à se demander dans quel coin du monde il s'éveille, et si c'est dans noire vieille Europe, ou quelque part ailleurs, « en dessous » . Immensité dans le temps. Il est hanté par l'impression mal définie de la vétusté des choses, parla vague conception des durées antérieures à lui-môme. Il songe combien de regards se sont promenés déjà sur ces aspects que nous contemplons aujourd'hui. Il découvre en lui-mémo des influences lointaines et mystérieuses, des reflets de pensées d'ancêtres, tonte une partie qui appartient déjà au passé et à la mort. — Encore, ce peu que nous sommes nous échappe chaciue jour. Tout s'émiette, s'écoule, nous passe entre les doigts. Que d'émotions poignantes, que d'aventures, que de lieux, que de visages nous avons oubliés! Bientôt ce sera l'écroulement final, l'épouvante de la mort. Etaprès? Y a-l-il un après? Comment imaginer un lendemain à cette vie? Nous ne serons plus qu'une poussière de poussière, et avec nous les civilisations auront disparu, les races se seront éteintes; mais les grands aspects de la nature resteront les
m ECRIVAINS D'AUJOURD'HUI
mêmes, dans des centaines de siècles, radieux éternellement. — C'est pourquoi le dernier mot de cette poésie est une aspiration au néant : « Un certain nul /epa?^l, fait d'inconscience universelle et d'anéantissement absolu, ce serait beau. Qu'il existe ou non, ce néant, éternel sommeil sans rêves, plus doux que tous les rêves, je l'aime*. »