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L'Evolution des genres, t, passtm

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Un autre service que nous rend cette théorie, c'est qu'elle nous aide à comprendre la production de l'œuvre d'art et qu'elle expliqueen quoi consiste à vrai dire « l'invention ». Comment se fait-il en effet qu'on ne voie jamais les chefs-d'œuvre apparaître au début des littératures, et qu'il ne soit pas au pouvoir du génie lui-même de porter du premier coup un genre à sa perfection? Comment se fait-il, d'un autre côté, que les écrivains les plus originaux ne soient jamais les inventeurs des sujets qu'ils traitent, et quejamais ils n'aient été les premiersàs'aviserdesidéesqu'ils développent? On sait combien Shakespeare et Molière ont emprunté, et que Gœthe a repris de toutes pièces la légende de Faust. Ici intervient l'influence du « moment » à laquelle M. Brunelière serait tenté de rendre tout ce qu'il enlève à l'influence du milieu, et à celle surtout de la race. Il y a en art une lente élaboration des formes analogue à celle que la nature poursuit à travers les siècles. En ce sens surtout il est vrai de dire qu'on ne se passe pas du temps. « Il semble que la nouveauté défie l'habileté de l'artiste, et que, si savante que soit la main de l'ouvrier, aucune matière ne se laisse d'abord et du premier coup façonner en chefd'œuvre... C'est seulement quand les idées se sont comme chargées de plus de sens à mesure qu'un plus grand nombre de siècles y reconnaissaient

M. FKUniNAND BRUNKTiftnE 191

l'exproBsion du la nalure et do la vérité, qu'elles (ItîvicniUMit v«Tilal)lomnnl digiiofi d't^tro mises en (j'uvn;*-. M Alors l'écrivain H'einp.iraiil de cette matière diffuse et amorphe lui donne sa forme définitive. L'idée était devenue lieu commun. L'originalité consiste, non pas à tirer qu(>Ii{uc chose de sa propre substance, mais à mettre aux choses c«)inMiune8 sa marque individuelle. C'est proprenjenl ce qu'on appelle : inventer.

Une conséquence immédiate de cette façon d'envisajror la produclion do l'onivre littéraire, c'est qu'il faudra désormais subordonner l'histoire des littératures particulières à l'histoire générale de la littérature de l'Europe. Car ce n'est pas nécessairement dans le coin de pays et sur le point ménie oii elle est néo, ({u'uiie idée grandit, se développe et se mûrit; mais elle passe les frontières, elle voyage, et au cours de ces migrations elle se modifie et ell.e s'enrichit. « Entre les grandes littératures européennes il se fait depuis trois ou quatre cents ans comme un perpétuel commerce d'idées. On dirait, sous des influences diverses et tour à tour déplacées d'F]spagne ou d'Italie, par exemple, en France, de France en Angleterre et d'Angleterre en France et, plusprès encore de nous, d'Angleterre en Allemagne et d'Allemagne en France, les transformations d'une

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