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Eludes criticfues, IV

» sympnthio » la fucullé à laqiiollo on reconnaît io grand arlistu, et sans laquelle le plus liabilo tombe à un rang inférieur, c'est que la sympatliio est le meilleur instrument d'analyse, la coodilion nécessaire pour comprendre le plus de clioscs. L'absence de la sympatbie est cause ou cllel d'inintelligence. — Par \h s'expliquent les principaux de ses jugements sur notre littérature. D'abord son admiration pour ledix-septième siècle, et dans le dix-septième siècle pour un Bossuet ou pour un Pascal. En s'eiïorçant do saisir dans l'homme ce qu'il y a de plus général et do plus permanent, en éliminant tout co qui est accident individuel et particularité locale, les écrivainsdudix-scptièmo siècle ont introduit dans leur œuvre cet élément d'universalité qui fait les modèles. — Le tort des romantiques, c'a été d'exalter le sentiment du Moi aux dépens du sentiment de solidarité. — Les naturalistes, en peignant ce qu'il y a dans l'homme de plus simple et de plus conforme à « la nature •, mais de moins adéquat à « l'humanité », ont abaissé l'art d'autant. — Pour ce qui est enfin des écrivains du moyen âge, il est vrai qu'ils n'ont eu nul sentiment de l'art ; mais en revanche ils n'ont rien su de la vie : ce sont deux titres qu'ils ont pour être relégués en dehors de la littérature.

« Ilicn ne dure que par la perfection de la

forme et la vérité humaine du fond. » La maxime n'est pas neuve. Et on l'avait dit avant M. Brunetière. Mais c'est par des chemins nouveaux qu'il revient à cette conclusion.

Comme on le voit, ce qui fait la valeur de cette doctrine, telle que je pense l'avoir résumée fidèlement, c'est que des deux parties dont se compose la critique, M. Brunetière n'en a laissé tomber aucune. Il a compris qu'à moins de rester en dehors du courant moderne il fallait rapprocher autant que possible la critique de la science. Mais il a maintenu avec autant de fermeté le droit qu'elle a de juger les œuvres au nom d'un idéal. C'est ce qu'on pourrait exprimer, d'une façon d'ailleurs assez impropre, en disant qu'aux principes actifs de la critique de Taine, il a ajouté pourles compléter les principes toujours solides do la critique de Nisard. Il a retrempé à des sources nouvelles et vivifié à nouveau le classicisme.

Que los idées de M. Brunelit're doivent inniier sur lo mouvomenl de la critique, je n'en doute pas. iMais quand niùme on découvrirait quohjuo jour, conimo il n'est guère probable, que l'idée d'évolution ne saurait avoir aucune place on littérature, il resterait encore que M. Brunetière aurait servi les intérêts de la critique, par la conception qu'il s'est faite d'elle et par les exemples qu'il a donnés. Car c'est un fait que, pendant ces derniers vingt ans, la critique a traversé une période de crise. On allait, do toutes parts, lui contestant le droit à l'existence, l'ahandoiuiant et la reniant. La critique aura toujours contre elle ceux qui en sont justiciables; cela est trop naturel, et cet antagonisme est trop conforme à l'ordre des choses pour qu'on puisse s'en fâcher. Un comédien, qui a presque plus que du talent, disait à un jeune homme qui le consultait sur son avenir : « Surtout, ne faites pas de critique ! Cela est ravalant. » Et cotte conception de la critique, comme étant analogue à l'un de ces métiers louches et qui déclassent, part d'une naïveté qui désarme. Il est également convenu entre romanciers que c'est pour être incapable de faire des

romans qu'on tombe dans la critique; en sorte que le signe qui caractérise tout critique et le mot qui le définit, c'est l'impuissance. N'est-ce pas au surplus une vérité d'évidence que les auteurs pourraient se passer de la critique, tandis que la critique ne peut se passer des livres sur lesquels aile épilogue? La conclusion de ce beau raisonnement, ce serait qu'entre l'auteur des Essais de critique et d histoire et le dernier des romanciers, — si tant est qu'il y ait un dernier romancier, — l'écrivain original, ce n'est pas H.Taine.Mais ceci est particulier à notre époque, à savoir : que les critiques eux-mêmes avaient cessé de croire à la critique. C'était un résultat direct de l'avènement de l'esprit historique et des méthodes positives. A considérer toutes choses au point de vue de l'histoire, on arrivait à la complète indifférence qui est la négation même de l'idée do critique. Les érudits, uniquement préoccupés des faits, professaient que la généralisation la plus compréhensive ne vaut pas la découverte du plus petit fait. C'est pourquoi ceux qui faisaient tout de même de la critique croyaient du moins devoir s'excuser s'ils se livraient encore à la plus vaine, à la plus inutile, à la plus décevante des besognes. Afin de rassurer d'abord leur conscience, ils tenaient à déclarer qu'ils ne se faisaient nulle illusion, et demandaient qu'il leur fût beaucoup pardonné,

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puisqu'aussi bien ils ne prenaient pas leur œuvre au s6rioux.

C'est contre cet affaiblissement de l'idôo de la critique que iM. Brunetièro est venu rc^agir. Il a monlré que si la critique cesse d'ôlro objective, elio perd aussitôt sa raison d'être : c'est ce qui fait l'intérêt de sa lutte contre l'impressionnisme. Il a rappelé aux érudits que si leurs minutieuses recherches sont la base de toute critique, elles ne servent pourtant qu'à préparer l'œuvre ellemômede la critique. Il a réclamé avec une sorte do bol enthousiasme en faveur des idées générales :

Ne nous défions pas des idées g-énérales : ce sont elles qui font avancer la pensée, comme ce sont les grandes hypothèses qui font projscresser la science... Je ne puis m associer ù ce dédain qu'on affecte encore quelquefois aujourd'hui pour les idées générales même prématurées, môme arbitraires, mfime fausses. L'étonnement qu'elles provoquent, l'opposiliotï qu'elles soulèvent, les contradirtions qu'elles suggèrent, les recherches enfin dont elles deviennent ainsi l'occasion ou le point de départ, c'est ce qui entretient autour des grands problèmes cette agitation des esprits qui est, pour ainsi dire, la première condition do la découverte et du progrès. Les exclure de la science, c'est en ôter le levain môme. Mais les exclure de l'enseignement, c'est le nier dans sa raison d'être, qui est do transmettre à la génération future, avec la science acquise, les moyens les plus propres à la pousser eu avaut *.

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