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La Jeunesse de Frédéric. Conclusion

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rance et la liberté, célébrunt la douceur de la paix, (lo la paix cliérie, do la paix d'or, rappelant avec un esprit évangéliquo les droits de l'idéal et do l'huinaiiité... M. Lavisso a écrit sur lo « martyre do Frédéric III » dos pages d'une émotion respectueuse. Celles qu'il a écrites lors do l'avènement de Guillaume II, et où il s'essaie à prévoir ce que sera lo nouvel empereur, marquent un curieux effort de divination.

A mesure que ces figures s'animent, tout s'explique et tout s'éclaircit. Il n'est intrigue si embrouillée où l'on n'arrive aisément à se reconnaître. Tout le livre sur la jeunesse de Frédéric est un modèle do narration. Comment le contraste des natures faisait du père et du fils deux ennemis-nés. Comment le prince est encouragé par la reine Sopbie-Dorothée et par sa sœur aînée Wilholmine à ne pas aimer son père. Comment la question longtemps pendante du double mariage de Wilbelmine avec le duc de Glocester, et de Frédéric avec la princesse Amélie, contribue à aigrir les rapports de cette étrange famille royale. Comment Frédéric en vient à souhaiter que son père meure devant qu'il soit longtemps. Le complot, l'arrestation, le châtiment, lo pardon. Et aussi les influences subies, la Irace qu'elles ont laissée dans l'àme du prince, la formation du caractère, l'éclosioQ du génie... C'est ce qu'on suit

à travers ce récit limpide et rapide, avec une sorte d'étonnement d'y voir si clair. M. Lavisse possède à un degré tout à faitéminent ce talent de l'exposition, cet art de la mise en œuvre et de la mise en scène. En sorte que s'il se trouvait par hasard qu'il ne fût pas un historien, il resterait du moins qu'il est un excellent professeur d'histoire.

Du professeur d'histoire M. Lavisse a les qualités les plus précieuses : et il n'a pas le défaut le plus ordinaire, qui est de mal écrire. Les professeurs d'histoire écrivent mal. Ils manient trop do documents, ils consultent trop de manuels, ils fréquentent trop habituellement dans les répertoires et dans les dictionnaires. Ils perdent le sens délicat de la valeur des mots. Encore s'ils se contentaient de laisser parler les faits ! Mais ils se piquent de bien dire. Il est de fausses élégances dont ils se parent indiscrètement. Des métaphores qui n'ont plus cours ailleurs sont assurées de trouver auprès d'eux un accueil sympathique.

J'en emprunte quelques exemples aux livres mêmes de M. Lavisse. Il écrira : « I/AUemagne ne sait pas ses frontières. Za draperie de son manteau impérial. soulevée par tous les vents ^ tantôt étendue^ tantôt repliée, flotte au-dessus du Rhin, des Alpes et des fleuves slaves de l'Orient d'Europe. » Et ailleurs : « Des profondeurs de sa conscience sort la Réforme qui aurait pu faire

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runilé, mais qui a déchiré le sein maternel par une blessure inguérissable. nUa même il est certaines banalités oratoires que ne peuvent guère éviter ceux qui parlent en public. On parlera des « (ils d'une démocratie laborieuse » et de TÉcoIe normale, « celte pépinière de rUniversité, » et do « l'arène de la politi(juo européenne ». On dira : « l'Université a besoin d'ôlre bien servie : elle est bonorée et enricbie des faveurs des pouvoirs publics ; mais, si elle est à Vhonneur, elle est en même temps au péril. » Si je détacbe ces plirases et ces locutions isolées d'un ensemble de plusieurs volumes, on voit bien quelle est mon intention et que c'est do montrer combien ces tacbessont rares dans les écrits de M. Lavisse. D'ordinaire, il écrit bien. Sa pbraso est alerte, débarrassée de toute entrave, libre de tout ornement factice. Il trouve toujours le mot simple et le mot juste. Il a le stylo d'un homme d'action.

Et puisque M. Lavisse est surtout un homme d'action, il serait temps de voir en quelles matières s'est exercée son action et à quels résultats elle a abouti. Le plus important, et le moins contestable, c'est l'essai de reconstitution des Universités en France.

M. Lavisse, soit par son séjour en Allemagne, soit par ses études à travers l'histoire, avait été à même de juger des services rendus par l'université allemande. Pour n'en citer qu'un, il avait pu constater que la jeunesse des universités allemandes est en effet une puissance, qu'elle a une tradition, qu'elle a depuis le commencement du siècle rêvé, pensé, voulu l'unité de l'Allemagne*. Il se rappelait ce mot d'un roi de Prusse promettant, au lendemain d'Iéna, de fonder à Berlin une université nouvelle. « Il faut que l'État supplée par les forces intellectuelles aux forces physiques qu'il a perdues. » N'était-ce pas le cas après nos désastres de nous appliquerunremède de ce genre? Sans doute, il ne s'agissait pas de transporter en France, et tel quel, le système allemand. Les deux

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