Etudes
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• es ont dos ilifféreiicos nettement tranchées et lioiit il importe Je tenir compte. Dumoins pouvaiton acclimater le système. Et il y avait lieu do so souvenir que la France a donné à l'Allemagne, au déclin du moyen âge, lo modèle dos grandes corporations universitaires, qu'en lo reprenant elle no faisait que reprendre son bien, renouer une tradition et relever une partie do son passé historique. C'est pourquoi il ne craignait pas d'écrire : « Il n'y a peut-être pas d'œuvre française plus urgente que l'achèvement des universités*. » Est-ce lui, est-ce Albert Dumont ou quelque autre à qui est venue la première idée? Peu importo. Co qui est certain, c'est que nul n'a fait plus que lui pour développer cette idée, pour la répandre et pour la populariser.
On sait ce qu'il faut entendre quand on parle du système des universités. Au surplus, M. Lavisse nous en fournira la meilleure et la plus complète définition.
Une université est une école qui enseigne toute la science et qui travaille h raccrotlre. Elle est divisée en facultés : droit, médecine, sciences, lettres ; mais elle donjine, coordonne et dirige chacun de ces ateliers; elle communique à tous la force motrice, qui est l'idée môme et le culte de la science universelle.
Une université prépare à la vie pralicjue. Chaque
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année elle fournit au pays des juristes, des médecins, des professeurs, des chimistes et des physiciens ; mais elle donne à chacun d'eux des lumières g-énérales... Elle fait sentir aux étudiants qu'il est de leur dig-nité de n'être étrangers à aucune partie du travail intellectuel du siècle où ils sont nés.
Une université, bien qu'elle soit un institut de science universelle, n'est pas cosmopolite; elle est nationale. Elle honore le pays natal; elle le sert en augmentant la valeur de l'esprit, source de toutes les valeurs; elle l'arme pour les luttes économiques; elle cultive et fortifie le patriotisme.
Les universités d'un môme pays ne doivent pas ressembler de point en point les unes aux autres. Pour qu'une université prenne racine à Lyon et à Bordeaux, il faut qu'elle sache qu'il y a des ouvriers à la Croix- Rousse, des vignerons dans le Médoc, et qu'elle s'applique à guérir les maladies du ver-à-soie et de la vigne...
Une université est un domicile de la jeunesse, un rendez-vous avant la dispersion, où l'on goûte le plaisir d'être jeune et d'être ensemble, où l'on chante et rit en même temps qu'on travaille, où l'on se prépare à la vie gaiement, sans pédantisme.
Voilà ce qu'est une université idéale *.
Voici les services qu'on en attend. Ils se ramènent tous à un seul, qui est de réagir contre le mal préparé pendant des siècles, aggravé et poussé à l'état aigu par la Révolution et par l'Empire : à savoirTexcès de centralisation parisienne. On créera des centres nouveaux d'études; on ranimera sur plusieurs points la vie intellectuelle.
i. Etudes et Etudiants : l'Université de Lyon.
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On rompra aveccolteunirorinité, tiiincrnie do toute initiativu porsoiuioUe clqui est encore aujourd'hui la plaie de notre onseigiicnicnt, au point que ce mot d'un ministre de Napoléon III n'a pas cessé d'être vrai : «r A cette heure, dans telle classe, tous les écoliers de l'I'jinpire expliquent telle page de Virgile. » Dans le système actuel, une Faculté n'est qu'un groupe de fonctionnaires dépendant d'un fonctionnaire en chef qui leur est imposé par les hasards de la politique, tout de même que les préfets dépondent du ministre do l'intérieur, et que les canloniers dépendent de celui des travaux puhlics.Une université sera une personne morale, capable d'acquérir, ayant son indépendance, et, comme ils disent, son autonomie. C'est donc, en fait, une reprise sur les attributionsde l'État toutpuissant... Aussi a-t-il fait beau voir l'héroïque résistance opposée au projet par l'esprit jacobin. Il a bitMi senti quo c'était lui qui était menacé, et dans une de ses créations les plus parfaites. Cela seul suffirait à prouver l'utilité, à établir la légitimité du système nouveau.
Les effets d'ailleurs s'en feront-ils sentir réellement? Ou n'est-il pas probable plutôt que la réforme ne sera pendant longtemps qu'illusoire ? On peut le craindre. La vie provinciale n'existe plus guère en France : elle tendra de plus en plus à disparaître dans une France sillonnée par les
chemins de fer. Or, la prospérité des groupesunîversitaires se mesurera à l'intensité de la vie provinciale. D'autre part, tant que les universités n'auront le droit ni de voter leur budget, ni de payer leurs professeurs, ni d'arrêter elles-mêmes leurs programmes, il est clair qu'elles auront beau exister de nom, elles n'auront aucune existence effective. Mais on sait de reste que les efforts doivent être lents et pénibles, qui iront à nous affranchir de la tyrannie de l'Élat.
!M. Lavissc exprimait un jour ce souhait : c Si je savais un lieu où les jeunes gens se réunissent, j'irais, car j'ai bion des choses à leurdiro'. » Ce souiiaita 6i6 rempli. Les étudiants do Paris so sont formés en Association. Et l'Association a élu un domicile. Et M. Lavisse a été chez les jeunes gens. Et il leur a dit bien dos choses.
Cette partie de l'œuvre de M. Lavisse est celle qui l'a fait le plus connaître, et l'a rendu populaire; c'est celle aussi qui a soulevé le plus de critiques. On a dit, non sans aigreur : « A quoi bon ce grand étalage de sa personne, et ce déploiement d'activité, et ce vain bruit de paroles? M. Lavisse se multiplie dans Paris ; il se transporte en province ; il va à l'étranger : il voyage. A qui servent ces allocutions qui ressemblent à des boniments, et ces harangues qui rendent comme un son de réclame? Peut-être serventelles à quelqu'un, mais ce n'est pasaux étudiants. De bonne foi, M. Lavisse peut-il croire à l'efOcacitédes toasts patriotiques pour régénérer un peuple? Pcnse-t-il qu'il travaille à former l'àme de
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la jeunesse par ces exhortations empreintes, comme c'est la loi du genre, à la fois d'emphase et de bonhomie? Et ne voit-il pas quel est l'effet le moins douteux de cette belle prédication? C'est d'entretenir chez les jeunes gens l'illusion de leur importance, et de développer chez eux cette manie cabotine qui est l'une des plaies de notre temps. 11 faut entendre avec quelle gravité il relate les moindres épisodes deleur vie corporative. Aux fêtes de Bologne, les étudiants réunis adressent un télégramme à l'empereur d'Allemagne qui se meurt. Les délégués des étudiants français ont signé, mais à condition qu'un autre télégrammefût aussitôt expédié à l'adresse de M.Carnot. Une autre fois, pendant les fêtes de notre Exposition, les étudiants de tous les pays et de toutes les langues banquettent à Meudon, dans une intimité oii se fondent les différences des races et s'oublient les rancunes des peuples. A qui M. Lavisse fera-t-il croire, sauf à des auditeurs de vingt ans, que ces choses intéressent la paix de l'Europe? Mais rien de ce que font les étudiants ne lui semble sans grâce et sans prix. S'ils forment des compagnies de gymnastes, il se réjouit : il s'attendrit s'ils organisent des équipes de canotiers. Au temps du boulangisme, des monômes sillonnent les rues du quartier latin; M. Lavisse dépose une couronne sur l'autel delà Liberté.
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Les i^liidianls se coiffunt du bérel et y ajoutent quelques insignes: M. Luvissules félicite do s'ùtre « coni[K)sé une physiuiiomic, ce qui est un art « dinicilu M. On sait de reste que cette modo fut de courte durée, les étudiants^ lorqu'ils se virent passer, avec la physionomie qu'ils venaient do se composer, n'ayant pu se regarder sans rire. Convient-il do faire allenlion ù ces enfantillages ?
« Convient-il d'enlllor a voix et de prêter une signification (|n'elles n'ont pas aux fantaisies d'une jeunesse (jui s'éhat ? »
... Ce sont là railleries faciles, dépourvues d'ailleurs de tout agrément. Mais c'est notre malheur que nous réservons les trésors de notre ironie pour toutes les tentatives généreuses. Aussi bien les sourires de qucl(|ues dédaigneux n'importent guère. Il suflit que la jeunesse ait répondu à l'appel qui lui était fait, et qu'elle ait compris où sont ses véritables intérêts...
M. Lavis.se a été frappé de ce fait : c'est que la jeunesse, au sortir du collège, est « moralement abandonnée w. Ce qui le prouve bien, c'est qu'on voit aujourd'hui les meilleurs d'entre les jeunes gens se porter avec une sorte d'enthousiasme vers tous ceux, quels qu'ils soient, qui leur promettent une direction morale et qui les entretiennent des choses de la vie. Cette jeunesse demande à être renseignée, éclairée, dirigée. £t.
quand elle le demande, elle ne fait que réclamer ce qui lui est dû. Car il y a une solidarité entre les générations, et chacune a des devoirs envers celle qui la suit. Elle doit lui faire part de son expérience, afin de lui épargner, s'il se peut, les fautes qu'elle-même a commises et les erreurs dont ella a été victime. Or, peut-être ces devoirs n'ont-ils jamais été plus impérieux qu'aujourd'hui. On ne saurait trop le redire : les hommes qui ont atteint leur maturité à l'époque du second Empire ont été de grands coupables. Par leur légèreté et leur insouciance, ils ont été cause que la génération qui les a suivis, celle des hommes qui ont aujourd'hui entre trente et quarante ans, a été une génération sacrifiée. Il ne nous ont légué ni une idée morale, ni une règle de conduite, ni un principe dévie. Ils n'en avaient pas. Ils ne s'étaient pas souciés d'en avoir. Nous avons erré sans guide dans l'obscurité. Nous avons cherché dans l'angoisse et dans la douleur. Nous nous devons à nous-mêmes de faire que ceux qui atteignent aujourd'hui l'âge d'homme soient plus heureux que nous parce qu'ils seront meilleurs et qu'ils auront été élevés plus sérieusement...
Mais ceux-là surtout ne sauraient se soustraire à ce devoir, que leur métier et leurs obligations professionnelles mettent en de constants rapports avec la jeunesse. « Tous les professeurs doivent
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concourir à l'éducation do l'intelligence et de la volonté. Ceux qui croiraient qu'ils ont à enseigner la grammaire simplement et que la plus grave question du jour est de décider si l'étude du latin doit commencer en sixième ou en septième se sont trompés dans le choix de leur vocation. Le service public dans l'Université requiert d'autres aptitudes que dans les administrations des postes et télégraphes ou des contributions directes et indirectes qui n'ont pas charge d'àmes *. » C'est pour ôtro entièrement un professeur, que M. Lavisso a voulu être aussi un éducateur.
Que si on recherche maintenant quels sont les principes actifs de sa prédication, voici à peu près ce qu'on trouvera. M. Lavisse croit que l'association est par elle-même bienfaisante : il recommande aux jeunes gens de se grouper, de vivre en communion les uns avec les autres, et de resserrer les liens de solidarité, attendu que le progrès des théories égoïstes est un des plus graves dangers de l'heure présente. Il met ses auditeurs en garde contre le découragement. Nous avons coutume, en France, d'être les pires détracteurs do nous-mêmes, nous ne parlons de rien tant que do nos misères et de nos ruines, et nous n'annonçons aucun événement avec plusde hâte que notre