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une époque privilégiée. Rappelez-vous pourtant en quels termes Fénelon, La Bruyère et tous les gens de goût déploraient la faiblesse de l'éloquence sacrée au temps de Bossuet et de Bourdaloue! De la prédication au dix-huitième siècle, il vaut mieux ne rien dire. Pour ce qui est de celle de la première moitié de ce siècle, on a coutume de la résumer dans un grand nom. Mais relisez quelques-uns des discours les plus fameux de Lacordaire, et demandez-vous quel effet ils produisent sur le lecteur d'aujourd'hui. C'est la tendance ordinaire de rabaisser l'époque présente. On vante de même le temps de Guizot et de Berryer, de Lamartine, de Balzac et de George Sand; et c'est vous qui m'avez dit qu'on rencontre des amateurs de théâtre qui ne sont pas encore consolés de la mort deTalma et de celle de Frederick Lemaître. On assure que nous sommes bien dégénérés. Qui sait si plus tard, et jugeant avec le recul nécessaire, la postérité ne sera pas pour nous moins sévère que nous-mêmes...
« Ce qu'il faut reconnaître, c'est que les conditions actuelles sont pour nous particulièrement difficiles. Les auditoires ont les orateurs qu'ils méritent; même ce sont eux en partie qui font les orateurs. Mais nous ne savons pas à qui nous parlons. Des laïques d'une rare puissance d'esprit se sont donné pour mission d'interroger l'âme
contemporaine. Vous savez quelles réponses ils ont rapporlocs, et qu'elles sont toutes (JifTérenlos. Nous soinines dans une incerlitudo toute pareille. Quelles dispositions apportent ceux qui viennent nous"^ entendre? Que leur resle-t-il des premiers enseignements reçus dans les années d'enfance ? Et, si l'esprit du siècle les en a détournés, en quel sens les a-t-il inclinés ? Faut-il leur parler du dogme, au risque de les mettre en fuite ? Ou des questions sociales, au risque d'y paraître incompétents? La chaire doit-elle se faire, comme on dit, « moderne »? On nous cite l'exemple du clergé américain. Mais c'est à des Français que nous nous adressons. Ils nous prêtent une heure d'attention. Comment frapper en passant, attacher en une fois et retenir pour toujours ces imaginations mobiles que tant d'autres soins nous disputent ?
« Et pourtant il se- fait dans la prédication un mouvement, encore incertain peut-être et peu sensible, mais qu'il convient do ne pas méconnaître. Certaines pratiques surannées sont tout à fait délaissées. Je me souviens d'avoir entendu dans ma jeunesse un prédicateur renommé. Il commençait par disposer sur le rebord de la chaire trois mouchoirs, un pour se moucher, un pour cracher, le troisième pour s'éponger le front. Après quoi il récitait un sermon, et je crois
même qu'il le lisait. L'antique division en trois points n'est plus en usage , sauf pourtant chez les jésuites. On s'efforce maintenant de venir droit au fait , sans s'attarder aux longueurs de Texorde, des divisions et des préparations. De même on est en garde contre certains moyens 'oratoires s'adressant uniquement à la sensibilité et destinés à produire Témotion par la surprise. C'est à l'esprit qu'on s'adresse de préférence. On, voudrait convaincre par la force du raisonnement plutôt encore que toucher. Tout cela marque un retour très réel à la simplicité.
« Au surplus, allez entendre quelques-uns do nos orateurs. Dites ce que vous en pensez, en toute franchise^ mais en vous souvenant aussi que ceux-là même qui vous sembleront le moins ovangéliques ne parlent qu'avec le désir le plus sincère de faire du bien... »
C'est ce que je n'aurai garde d'oublier.
A ceux qui seraient désireux de goûter un bel effet de contraste, je recommande de renouveler l'épreuve que j'ai faite : c'est d'aller le dimanche matin entendre M. l'abbé de Broglie à la chapelle des Carmes, et le même dimanche, après-midi, le R. P. OUivier a Sainte-Clotilde. L'antilhèso est complète aussi bien entre les orateurs qu'entre leurs publics.
M. l'abbé de Broglie est un des hommes émi-
NOTES SUR LES PBÉDICATEURS f67
nonts du clergé d'aujourd'liiii. Il n'en est, d'ailjours, pas un autre qui soit plus modeste (U d'une plusciii*t>tienne cundcur. Une intelligence ouverte, avec Tàme d'un saint. Il n'est pas, à proprement parler, un orateur. Tous les moyens extérieurs lui font défaut. L'organe est faible. La prononciation est défectueuse. Le débit précipité se perd par instants dans un fi\choux bredouillement. Nul souci de la forme. Un langage qui oe vise qu'à être clair. Une conférence qui serait presque une causerie... M. rabb«'( do lîroglie traite do la Pré' dicatioîi de th^vangUe dans la primitive Eglise. Il nous montre les diflicultés qu'il a fallu surmonter pour répandre TËvangile tant parmi les juifs que dans la société païenne qui tenait les juifs en lo plus complot mépris. Il rappello le miracle du jour de lu Pentecôte. Il fait le tableau de la primitive Ëgliso et do ses vertus. On suit sans peine cet exposé lucide et simple... Dans la cbapclle étroito et nue, un auditoire peu nombreux ; auditoire d'élite, recueilli et grave, composé de personnes appartenant toutes à un même monde, à celui qu'on appelle «c le monde du Correspondaîit », toutes personnes profondément croyantes et d'babitudes pieuses. Cet auditoire n'est certes pas étranger aux choses du culte, ni à l'histoiro elle-même du dogme. C'est pourquoi jo me demande s'il ne serait pas en droit
d'exiger de l'orateur autre chose que le récit qu'il vient d'entendre et d'oti ceux-là seuls pourraient tirer profit qui sont peu instruits de leur religion. A Sainte-Clotilde, paroisse chic, une foule élégante et bruyante. Il y a même des hommes, car le Père Ollivier a la réputation d'agrémenter la parole sacrée d'anecdotes scabreuses. La mère n'y peut mener sa fdle, ou parfois elle est obligée de la faire sortir, comme celle qui, l'an dernier, lança le fameux: «Sortons, Marguerite! » Le mot fît fortune à la manière d'un mot de boulevard ou d'un refrain de café-concert. Le Père en veut aux mondains et aux mondaines pareillement. 11 fait de leur société et de leur vie des tableaux réalistes. Il frappe comme un sourd. Il ne craint ni l'invective, ni la plaisanterie, ni le grotesque. On va donc au Père Ollivier, comme on allait en Bourdaloue , pour les portraits. On en goûte l'attrait de scandale pour le cas oii on n'en retirerait pas un égal profit d'édification! A ce point de vue, les auditeurs de dimanche dernier ont été déçus. Le Père avait une belle occasion de s'espacer sur les vices du temps, ayant pris pour sujet : la Faute. Il s'est borné à exposer théoriquement comment s'explique la possibilité de la faute. Il a montré qu'elle est une conséquence de la liberté et la condition elle-même du mérite. C'est ce qu'on appelle
on pliilosophie la question du mal moral. Les argumtnUs donnés par le Pore no dilîèrent pas sonsiblornent do ceux quo me donnait jadis, au collège, mon professeur de philosophie, qui les tirait d'un cours que lui avait fait autrefois M. Jules Simon, qui lui-môme les avait empruntés à Cousin. Au surplus, le P. OUivicr possède à un rare degré ce qu'on est convenu d'appeler les dons do l'orateur. La figure est expressive, le geste ample soulève noblement la robe de dominicain , la voix est forte, admirablement timbrée, avec, par instants, des passages de douceur, et, plus souvent, des intonations mélodramatiques. Dans ses bons jours et quand il se surveille, le P. Ollivier est un véritable orateur.
19 décembre.
A Saint-Siilpice proche le R. P. Vallée. C'est un orateur. La voix est bien timbrée. La parole jaillit abondante en des phrases larges, sonores et imagées. D'ailleurs, le Père ne discipline pas assez cette éloquence ardente. Il se laisse emporter. La fatigue vient. Après les grands élans de tout à l'heure, la voix faiblit, semble s'éteindre. Tels passages, murmurés presque, se perdent sous la voûte de la haute église.
Le P. Vallée prêche sur la Souffrance, et commente la parole de Jésus : « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! » Il trace un tableau de l'universelle misère humaine. Il raille l'élégant pessimisme des dilettantes. Il ma. gnifie saint Louis dans un développement qui ressemble à une digression... Le P. Vallée est théologien et métaphysicien. Sans doute il repousse avec dédain plutôt qu'il ne réfute les théories des stoïciens et des pessimistes sur la douleur et sur le mal ; et peut-être les intéressés trouveraient-ils que leurs doctrines valent mieux que cela. Mais il explique de façon fort savante queJa souffrance doit être acceptée comme l'expiation de la faute,
NOTER SUR LES PRÉDICATErRS Î7I
L't qu'en l'accoptaut dous rachotons non bcuIcmeut nos péchés, mais coux de nos scnil>lal)les, suivant l'exoinple donné sur l« Golgollia... Ladéinoiislruliou esl forte et elle aura porté ses fruits; surtout si olie a été tout à fait saisie et bien comprise et si elle n'a pas dépassé parfois l'auditoire.
A Saiiil-Aiiihroise, c'est un jtniiie pi ôlre à l'esprit orné. M. l'abbé Vignot fut on son temps un brillant élève de l'Université, lauréat des Concours généraux. Ses études aciievées, il fit son droit; puis il entra dans les Ordres, fut attaché à l'École Fénelon, y vécut au milieu desjeunes gens, (lomme il était jeune et qu'il venait du monde, il se trouva tout de suite en sympathie avec eux. Il sut leur parler. Il s'informa exactement do l'étal (le leurs âmes et des courants d'idées qui les sollicitaient. Il mit la psychologie au service de la religion, au mémo temps où d'autres la faisaient entrer dans le roman. Il eut sur un cercle choisi une influence réelle.
... Justement c'était la fête d'Ambroise qui, au cours de sa vie mortelle, fut un grand saint et un évèque des plus énergiques. M. l'abbé Vignot entretient les paroissiens de Saint-Ambroise des mérites do leur patron, et il en prend texte pour tracer le devoir du prêtre d'aujourd'hui : c'est do protéger ceux dont la garde spirituelle lui a été
confiée, dans leur foi d'abord, dans leur vertu ensuite, et de s'opposer à toutes les entreprises faites pour violenter les consciences.
M. l'abbé Vignot dit des choses excellentes parmi lesquelles il en est même de très fines. Il montre que la situation ne serait pas encore trop affligeante si l'on n'avait à combattre l'erreur que chez les impies et le mal que chez les méchants. Hélas ! portée par tous les souffles du siècle. Terreur s'insinue jusque dans les âmes croyantes; et les honnêtes gens quand ils déclarent la guerre à l'esprit du mal n'ont pas besoin d'aller chercher très loin leur ennemi, car ils le sentent qui habite en eux. Et c'est cela qui est douloureux. . . M. l'abbé Vignot improvise. La parole est distinguée, le geste mesquin, l'homme à peu près dépourvu de tous les moyens extérieurs.
Je regarde les personnes qui m'entourent. Ce sont de petites bourgeoises du quartier, d'un quartier lointain en haut du boulevard Voltaire. Elles ont l'air résigné et morne. La médiocrité oii elles vivent leur donne cette physionomie sans expression. Car elles vivent étroitement, attentives au gain de chaque jour et soucieuses de le ménager. Elles passent ainsi, sans liberté et sans joie, une existence monotone que continueront leurs filles. Celles-ci semblent tristes déjà. Mères et filles, j'imagine qu'elles se soucient peu de celui qui fut
saint Anihroisc. Mais la vie, d'après Téprouvo qu'elles en font, doit leur paraître assez bizarre et iiisufiisarnincnt compréhensible, si elles y rélléchisseiit. Et peut-ètro qu'à do certaines heures elles réfléchissent...
A Saint-Ëloi, tout là-bas, dans les faubourgs qui s'étendent derrière la gare de Lyon, nous sommes chez les pauvres. Pauvre église, construite en bois, et dont on dirait plutôt une grange. Le P. Le Moignc prêche chaque soir. La nef est réservée aux hommes, contre-maîtres, ouvriers, journaliers. Sur les bas-côtés, des femmes et des jeunes filles en « cheveux »; quelques-unes ont noué sur leur tête un fichu ou portent une capeline de laine. Le pas des arrivants fait sur les dalles un bruit sec de sabots. Par instants on entend pleurer des marmots que les mères tiennent sur leurs genoux, les ayant emmenés afin de ne pas les laisser dans la maison seule. C'est le peuple, ce peuple devant lequel nous autres bourgeois nous éprouvons d'abord, à notre honte, un peu d'élonnement. L'église est pleine ; c'est donc qu'il y a dans cette population misérable des hommes et des femmes pour préférer, le soir après la journée laborieuse, l'église au cabaret.
Le P. Le Moigne est celui-là même à qui naguère.on lança des chaises dans l'église Saint-
Merry parce qu'il avait fait de la politique en chaire. C'est un gros iiomme, avec une face toute ronde et des yeux en vrille. Il parle du rôle du père de famille. Le père est un roi et un pontife. Il gouverne et il bénit. Mais si ses droits sont étendus, ses devoirs ne sont pas moindres. Il doit le bon conseil et le bon exemple... Le Père s'efforce visiblement de se mettre à la portée de son auditoire et da donner à sa parole un caractère pratique. Il y réussit. Il ne manque à son éloquence, pour être tout à fait efficace, qu'un je ne sais quoi : quelque chose de plus pénétrant ou de plus touchant.
Cependant une musique éclate. La fanfare du patronage des Enfants de Marie se livre à des débauches d'harmonie. On dirait la musique des chevaux de bois sur quelque place de fête. Je me souviens des pieux auditoires de jadis pour qui l'office était cela vraiment : une fête, et l'église l'unique lieu de récréation...
UékMKàkn,
Je no prolongerai pns une énumération qui deviendrait bien vile faslidii'use. II n'y a pas tant do différenco d'un prédicateur à un autre. Et toute mon ambition ne va qu'à présenter sur le sujet quelques remarques .
D'abord il serait inexact de dire qu'aujourd'hui les prédicateurs n'ont plus do succès. Ils en ont, au contraire, ou du moins quelques-uns d'entre eux. Ils ont du succès, — et du plus mondain. Ils réussissent par les mêmes moyens qui servent aux conférenciers et aux gens de théâtre. Us font do beaux gestes, do beaux mouvements et de belles périodes. Ou a recours pour les louer, après les avoir entendus, aux mêmes termes qui sont usités dans des enceintes profanes. On les loue d'avoir infiniment de talent... Et c'est bien pourquoi leur parole est si souvent ineflicace.
C'est en faisant précisément le contraire que les prédicateurs rempliraient leur mission. J'aperçois, pour ma part, doux moyens qu'ils auraient do faire œuvre utile. Et il y en a évidemment beaucoup d'autres.
11 y a place aujourd'hui, d'abord , pour uno
prédication « savante ». C'est pour des raisons intellectuelles que beaucoup d'hommes instruits perdent la foi. Des objections faites au nom de la raison leur ont paru très fortes , soit qu'elles tussent tirées des modernes doctrines scientifiques, soit qu'on les fît porter sur quelque difficulté des textes sacrés. Ceux-là , on peut en être sûr, ne viendront écouter le prédicateur que s'ils espèrent qu'il les aidera à réfuter ces objections auxquelles ils n'ont pas trouvé la réponse. Mais, hélas! pour tout ce qui touche à ces questions de science, d'histoire, de philosophie, des prédicateurs renommés sont au-dessous d'un professeur de lycée très ordinaire... Que le prédicateur apporte en chaire les questions qui se posent aux intelligences d'aujourd'hui ! Qu'il les discute bravement sans craindre ni l'aridité des sujets, ni la hardiesse des méthodes ! De la sorte il écartera sans doute les indifférents et il inquiétera les timides; mais il s'agit bien de ceux-là! et le moment est bien choisi pour être timide ! Il s'agit pour l'Église de grouper les forts, de ramener les uns et de ne pas laisser les autres se disperser. La pensée humaine est sans cesse en mouvement, et, dans l'ordre scientifique, on peut dire qu'elle est sans cesse en progrès. Ce progrès, on ne peut l'arrêter, et il ne sert de rien de le nier. Mais ceux-là surtout ne doivent pas
NOTES SUR LES PRÉDICATEURS m
en avoir peur, qui sont assurés de posséder la vérité. Celte vérité que l'Ëgliso possède doit être assez larj^o pour contenir tous les fragments de vérili; que découvre à mesure le lent travail de la pensée. Ou, encore, elle doit être comme le centre autour duquel toutes les vérités partielles viennent prendre peu à peu leur place naturelle. La prédication peut donc être accueillante à la pensée moderne. Au surplus, elle ne saurait se tenir en dehors du mouvement des idées, si peutêtre même elle ne manque à sa tâche en manquant à être un facteur de ce mouvement.
A côté de celte prédication il y aurait place pour une autre qui serait toute simple. Celle-ci ne traiterait que des questions de morale. Elle résoudrait suivant l'esprit de l'Évangile les difficultés que rencontrent les hommes d'aujourd'hui dans l'accomplissement du devoir. Elle serait telle qu'est la prédication des curés de campagne, quand ceux-ci ne s'efforcent pas de rivaliser d'éloquence avec les curés des villes. Elle ne serait pas lamoins utile. Elle s'adresserait à tous leshumblés. Elle en toucherait beaucoup aussi parmi les docteurs et parmi les blasés, parmi tous ceux qui, lassés des efforts d'une recherche toujours limitée, s'aperçoivent que tout ce que l'homme peut faire avec les ressources de son entendement, c'est de se heurter tôt ou tard aux bornes qu'il ne
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franchira pas. Ils se résolvent donc sans trop de peine à accepter tout de suite le mystère auquel en dépit de tout il leur faudra aboutir. Par-dessus l'esprit qui raisonne et l'intelligence qui comprend, ils estiment la bonté qui s'humilie et la douceur de cœur.
Pour arriver à cet avènement d'une prédication qui serait efficace, ce qu'il faudrait avanttout, c'est offrir aux futurs prédicateurs des moyens de préparation dont ils sont aujourd'hui totalement dépourvus. A vrai dire, la préparation n'existe que chez les dominicains; et, si l'on en juge par les résultats, elle s'y fait suivant des méthodes déplorables. A Saint-Sulpice, la préparation est nulle. Songez que les cours continuent de s'y faire en latin ! On y passe six années à faire, dans le latin le plus barbare, de la philosophie ou de la théologie la plus archaïque. Saint Thomas, à moins que ce ne fût saint Bonaventure, pourrait revenir aujourd'hui et entrer dans l'École : il y trou'verait la discussion au môme point oij ill'avait laissée. Une ignorance absolue des questions soulevées pendant ce siècle. Un luxe d'arguments contre les Ariens, les Eutychiens et les Montanistes. Pour ce qui est proprement de l'étude de la prédication, le futur orateur, dans les années de séminaire, prononce un sermon ; il l'a préparé pendant les mois de vacances ; il l'a écrit d'un
NOTES SUR LES PRÉDICATEURS tJi
bout h l'autro ; il le récito sans avoir le droit do rien changer au manuscrit; il le récite pendant I(» repas, au réfectoire, t;t tikho de dominer le bruit des fourchettes...
Cet état de choses préoccupe les membres les plus éclairés du clergé catholique. Il alarme tous les jeunes prêtres. Car ces pratiques, ils ne le sentent que trop, peuvent bien s'accommoder avec la nonchalance de ceux qui, paisiblement, laissent s'eu aller une à une, vers tous les dangers, toutes les brebis du troupeau. Elles ne s'accordent guère avec le désir d'apostolat qui est au C(Bur de plusieurs. Ceux-là comprennent que l'Église n'a le droit de dénoncer l'esprit du siècle qu'afin de le diriger, et de signaler l'indifférence des fidèles qu'afin de la secouer. C'est d'un mouvement intérieur de réforme dans la prédication qu'il faut tout attendre. Là, plus encore qu'ailleurs, c'est la foi qui fait tout. Et les temps ne sont pas si mauvais que la foi ne puisse encore soulever des montagnes. Ou plutôt les temps sont si durs qu'il devient urgent que la foi se remullo à faire des miracles.