‹ Écrivains d'aujourd'huiChapitre 5 sur 42 · Notre Cœvr, p · texte numérisé non relu

Notre Cœvr, p

décrire un feu (|ut flambo et un arbre dans une plaine, demeurons en face do ce feu et de cet nrbro jusiju'à ce qu'ils ne ressemblent plus pour nous à aucun autre arbre et à aucun autre fni... Ayant en outre posé cette vérité qu'il n'y a pas de par le monde entier deux grains de sable absolument pareils, il me forçait à exprimer en quelques phrases un être ou un objet do manière à le particulariser nettement*. » Tout donc a contribué à fixer l'œil de Maupassant sur la réalité particulière aperçue directement, puis étudiée en elle-même et creusée dans ses dessous. Quelle fut d'ailleurs Tinfluenco de l'auteur de Madame Bovary sur celui qu'il appelait « son disciple »? et fut-elle profitable ou fâcheuse ?* En tout cas elle fut profoiule. Entre beaucoup do choses que Maupassant dut à Flaubert, il lui doit quelques-uns de ses plus incontestables défauts. L'hypocondrie du maître, s'ajoutant à celle de l'élève, contribua à rendre plus méprisant le regard que celui-ci jetait sur l'humanité, comme si un homme avait lo droit de mépriser les hommes et comme si le premier devoir de l'arliste n'était pas un devoir de sympathie. Et l'élève acceptait do confiance quelques-uns des partis pris les plus aveugles du maître : c'<>^' -m'^I (ju'il

i. Préface do Pierre et Jean,

a mis dans son œuvre tant de Bouvards et un peu trop de Pécuchets. Par bonheur, il s'est, sur certains points et grâce à la vigueur de sa propre personnalité, défendu de cette influence. 11 n'a jamais cru, comme Flaubert, que la littérature fût le tout de la vie, si même celle-ci n'a été instituée uniquement afin d'être traduite par celle-là. 11 n'a pas davantage eu part aux puérilités que conseillait à Flaubert sa superstition du style ni cru qu'un hiatus fût une affaire d'État. Sur d'autres points il a su se dégager peu à peu de cette influence; et, par exemple, ayant conçu d'abord le réalisme sur le modèle de celui de l'Education sentimentale, il s'en est fait par la suite une conception différente, plus personnelle, et mieux en accord avec les instincts d'artiste qui étaient en lui. C'est de même qu'entré dans les lettres sous les auspices de M. Zola et dans le temps où le naturalisme triomphait, il a dû à ce compagnonnage des débuts presque toutes les erreurs et les affectations regrettables de sa première manière: comme le souci de ne décrire qu'une humanité restreinte étudiée dans des types d'exception choisis encore entre les plus bas, comme dans certaines peintures l'exagération du trait poussé jusqu'à la caricature, et comme la grossièreté de l'expression soulignant celle des sujets. Le naturalisme avait fait ce miracle de brouiller la vue de

GUY DK MAUi'ASSANT «i

cet observateur au regard si net. Il lui fallut un peu de temps pour se remettre au point.

Apparemment le plus grand service que ses amis Uouilhet et Flaubert aient rendu ù Maupassant dans l'apprentissage auquel il l'ont soumis, c'a été de le soumettre à un apprentissage, liouillict, pour sa part, lui répétait que cent vers, s'ils sont irréprochables, suffisent à la réputation • d'un artiste; il lui faisait comprendre que le travail continuel et la connaissance profonde du métier peuvent, dans unjourd'beureuse rencontre, amener cette éclosion de l'œuvre courte, unique, et aussi parfaite que nous la pouvons produire. Et sans doute en lui donnant ce conseil il l'exprimait avec une conviction d'autant plus âpre qu'il se rendait compte, en honnête ouvrier de lettres, d'avoir toujours maïujué cette perfection toujours souhaitée. Flaubert, pendant sept années, fît déchirer à Maupa&sant vers, contes, nouvelles, drames, et enfin tous ces essais dont plus d'un sans doute eût été bien accueilli des lecteurs. Il lui épargna ainsi ces premiers et perlidos succès dont le plus grand danger est d'égarer un écrivain hors de sa véritablr voie et dont le moindre n'est pas de l'encourager à aller dans le sens de ses défauts. Les leçons sont trop rares aujourd'hui de l'art difficile et des laborieuses préparations. Lorsque Maupassant commença de publier, il était

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en pleine possession de son talent. Il avait eu le temps, loin du public, de dégager son originalité. Cette originalité était assez accentuée pour qu'il pût réagir contre la mode, ou même pour qu'il pût s'y prêter sans péril. Du premier au dernier de ses recueils, l'inspiration, dans ce qu'elle a d'essentiel, restera la même. Pour ce qui est de la forme et des procédés, il n'a varié qu'autant qu'on" peut varier tout en restant soi-même.

*- Maupassant a d'abord écrit des vers. C'est la règle. La forme versifiée est ccllo qui s'impose aux liUéraiurcs commençantes et aux littérateurs qui (léhutent. Presque tous les maîtres de la prose contemporaine ont commencé par écrire des vers. M. Alexandre Dumas lui-môme en a fait. Ils ont ensuite témoigné de leur sens critique en ne recommençant pas. Doux pièces: Au bord de teau et Vénus rustique contiennent le meilleur du recueil intitulé : Des vers. Elles ne sont pas médiocres. Encore ne font-elles pas regretter que Maupassant n'ait pas persévéré. C'est qu'en eiïet nous n'y trouvons rien qui ne se retrouve dans les livres qui ont suivi. Ce sont histoires sensuelles contées en un style dru, qui, en dépit des rimes, reste très voisin de la prose. Maupassant n'était pas né poète. Cela ne veut pas dire qu'il iw fût pas capable de sentir en poète. La poésie no tient pas tout entière dans le lyrisme, ni surtout dans une certaine sorte de lyrisme, dans les effusions sentimentales etdans le rêve. Maupassantécritquelque part * : « Je sens frémir en moi quelque chose de

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