‹ Écrivains d'aujourd'huiChapitre 7 sur 42 · L'Inutile beauté, p · texte numérisé non relu

L'Inutile beauté, p

hommes, décidément, parsabouche, c'est Mau passant qui parle.

Tout ce qui est d'ordre intellectuel, œuvre ou conquête de l'esprit, lui échappe. Et, comme il arrive, ce qu'il ne comprend pas, il le nie. « Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, nous no pouvons rien, nous ne devinons rien, nous n'imaginons rien ; nous sommes enfermés, emprisonnés en nous. El des gens s'émerveillent du génie humain î... La pensée de l'homme est immobile. Ses limites précises, proches, infranchissables une fois atteintes, elle tourne comme un cheval dans un cirque, comme une mouche dans une bouteille fermée, voletant jusqu'aux parois oii elle se heurte toujours. » Alors, à quoi bon les philosophies, faites qu'elles sont des explications parfois saugrenues et toujours insuffisantes que les hommes essaient de donner à des problèmes dont ils ne trouveront jamais la solution, attendu que, peut-être, ils n'ont pas de sens? A quoi bon la science, qui, si loin qu'elle croie avoir poussé ses investigations, aboutit toujours à l'inconnaissable, ne servant qu'à nous faire mieux sentir combien nous ignorons tout ce qu'il nous importerait de savoir? A quoi bon les arts, qui ne consistent que dans l'imitation vaine et dans la reproduction banale de choses si tristes par elles-mêmes? « Les poètes font avec des mots ce

quo los pointros essaient avec des nuances. Pourquoi encore? Quand ou a lu les quatre plus habiles, los quatro plus in{:^«'nioux, il est inutile d'en ouvrir un autre. Et on ne sait rien do plus. «Tous les efforts des hommes sont inutiles; à moins encore qu'ils ncse tournent contre eux. Les hommes 80 sont orp^auisés en société afin de travailler en commun à l'œuvre de la civilisation qui est le progrès et l'adoucissement dos mœurs; et de l'institutionsocialo est sortie lagucrrequi n'estpas seulement un retour à la sauvagerie originelle, mais qui en est une aggravation, car les « vrais sauvages no sont pas ceux qui se battent pour manger les vaincus, mais ceux qui so battent pour tuer, rien que pour tuer «.Les sociétés sont régies par dos lois, et ces lois ne font que perpétuer, en les consacrant, d'odieuses coutumes et des préjuges criminels. Au-dessus des lois il y a la morale, et c'est en son nom que so commettent les pires iniquités. Au-dessus de la morale, il y a la religio!), et la religion, quand elle n'est pas uno hypocrisie, est un leurre et une duperie. — A quoi donc aboutit, pour faire exactement le compte, tout ce travail où s'épuise depuis des siècles la pensée humaine, l'éternelle travailleuse? Ah! s'il n'était que stérile! Mais c'est lui qui nous rend l'existence si douloureuse et qui nous fait à nous seuls, parmi tous les êtres

qui peuplent la surface de la terre, un privilège du malheur. Car les bêtes, qui ne pensent pas, ne souffrent pas *.

Pour ce qui est des hommes que Maupassant rencontre dans la vie et de ceux qu'il met en scène dans ses livres, plus l'activité cérébrale est développée chez eux, et moins il les estime. A peine fait-il une exception pour les artistes et les écrivains, par camaraderie sans doute et solidarité confraternelle. Parmi tant de personnages qui traversent sa « comédie humaine », il n'y a pas un être de culture supérieure. Ceux qui mènent la vie élégante, les raffinés et les mondains, lui paraissent tout particulièrement méprisables. Ils passent à côté de tout sans rien comprendre. Leurs aspirations, leurs goûts, leurs sympathies et leurs plaisirs eux-mêmes, tout, chez eux, est factice, frivole, convenu et faux. Les bourgeois, peuple de bacheliers et de fonctionnaires, ne sont pas moins ridicules, et ils sont plus laids. Maupassant serait tout près de leur préférer ces paysans rusés qui mettent au service de leur convoitise tant d'ingénieuse et d'amusante sournoiserie. Mais toutes ses sympathies vont à des êtres simples, dont les corps sont vigoureux etsains et qui, uniquement jaloux de développer leurs muscles

i. Voir Sur Peau, passim..

ot de jouir des biens de la terre, retrouvent, en no suivaiilquoles impulsions do l'inslinct, le vrai sens do la destinée humaine*.

L'unique sentiment à la peinture duquel Maupassant est sans cesse revenu, l'amour, dans le- (jucl il voit aussi bien Tunique attrait de la vie, c'est de même qu'il l'a dépouillé do tout idéal. Il lo vide do toute idée; et, tel qu'il nous le montre, à peine est-ce encore un sentiment. L'humanité, habile à se tromper, rôvo d'union des âmes dans l'amour, d'oubli de soi, de désintéressement et • l'abnéj^^ation, d'unions mystiques, étrangères aux nécessités do la matière, supérieures aux surprises des sens et qui survivraient seules durables dans l'anéantissement et dans la destrucfion de tout. Ce sont de beaux rêves. C'est un tissu do mensonges, séduisant mais si frùle! Cet idéal que « nous poursuivons sans jamais l'atteindre, derrière toutes les surprises de la beauté qui semble contenir do la pensée, dans l'infini du regard qui n'est qu'une nuance de l'iris, dans le charme du sourire venu d'un pli de la lèvre et d'un éclair d'émail, dans la grâce du mouvement né du hasard et do l'harmonie des formes », s'il nous échappe toujours et s'il nous laisse seulement plus lassés après une vaine poursuite, c'est

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