Lit Vie errante, p
apparemment qu'il n'est qu'une chimère. La Joconde, après des siècles, n'a pas livré le secret de son sourire, et ses amants sontdésespéréspour avoir voulu déchiffrer une énigme dont le mot n'existe pas. Mais il y a dans le musée de Syracuse une admirable statue de Vénus : « Ce n'est point la femme poétisée, la femme idéalisée, la femme divine ou majestueuse comme la Vénus de Milo, c'est la femme telle qu'elle est, telle qu'on l'aime, telle qu'on la désire, telle qu'on la veut étreindre. Elle est grasse, avec la poitrine forte, la hanche puissante et la jambe un peu lourde *. » C'est la Vénus charnelle, et c'est la Venus rustique : une paysanne faite en déesse. Elle est divine, non parce qu'elle exprime une pensée, mais seulement parce qu'elle est belle. C'est la Beauté, piège tendu par la nature à l'individu en vue de la reproduction de l'espèce. C'est elle que nous recherchons à travers les formes, si incomplètes soient-elles, qu'elle revêt dans nos corps imparfaits ; elle qui nous attire par un invincible attrait. Elle éveille au plus profond de notre être des ardeurs inexpliquées et violentes, aux époques surtout où le renouveau de l'année fait monter au cœur de tous les vivants une même sève et un même besoin d'aimer. On