M. GUSTAVE PLANCHE
peut blesser legoiil; mais, encore une fois, il ne blesse personne.
C'est précisément sa malveillance incorruptible qui est pour M. Planche la raison de son insuccès. Comment croire aux leçons de haine d'un homme qui n'aime rien? Comment se •prêter aux sophismes hargneux d'un mécontent qui parait surtout mécontent de lui? Comment ne pas être amené à croire que cet écrivain, qui n'a jamais fait ni essayé un livre, en veut aux livres des autres par celte seule raison? Sa stérilité prévient contre ses rigueurs, et on est toujours tenté de Jui dire : Montrez-nous vos œuvres, vous qui blasphémez les œuvres des autres ! '
On parle quelquefois, surtout dans les articles de M. Planche, de sa conscience. La violence systématique a de faux semblants de probité, et Zoïle voudrait passer pour un Alceste. Quant à nous, il nous a toujours semblé que la conscience était moins intraitable; et la loyauté, quand elle est l'essence même d'un écrivain, respire dans tous ses actes. Or nous avons trop de preuves de la félonie du critique pour avoir confiance dans ses jugements. Un homme de science et de véritable valeur, dont les travaux d'esthétique sont consultés par tous ceux qui écrivent l'histoire de ce temps-ci, M. A. Michiels, dans un chapitre de deux volumes intitulés VHistoire des idées litlêraires en France, a démontré par des faits péremploires les larcins déguisés, les actes de piraterie commis par l'impitoyable Aristarque. C'est ainsi que, suppléant, par des traductions et ddS copies, aux lacunes d'une instruction insuffisante, M. Planche s'installait à la Revue des Detix- Mondes, à l'aide d'une étude sur Fiedling, prise tout au long dans la biographie des romanciers célèbres de Walter Scott. Par cet attentat contre la double propriété de l'auteur anglais et du traducteur franrais, M. Defaucompret, M. Planche acclimalail dans le recueil, dont il est aujourd'hui le seul ornement, cette indulgence pour les plagiats dont nous avons pu constater les effets. Une autre fois, c'est à la Qnaterhi revieîvs qu'il s'adresse i puis enfin, après des extorsions littéraires plus ou
220 ÉCaiVALNS ET UUMMKb LËTTUhS
moins t^ruN cs, il en vient à se venger de H. Micbiets èn lui empruiUant à lui-même le fond et les accessoires d'un travail important sur Uubens et son ëcole« Mais M. Michtels n*est pas d*humeur à se laisser copier, et il a réchmé avec
énergie.
 propos de rËxpoi>iiion universelle, le consciencieuiL M. Planche reprochait à la mémoire de M. Froment Meurice un fait d'usurpation dont précisément l'ëminent orfèvre avait eu le soin particulier de se préserver. M. Gustave Planche affirmai^ quelartiste dissimulait les noms de ses collaborateurs ; il a suffi à M. Paul Meurice de renvoyer le calumniateur aux œuvres él aux notices du mort si hi uialemenl attaqué, pour convaincre une fois de plus M. IMuncbe d'exagération volontaire. Voilà pour la conscience I . Quant à l'érudition, elle n'est assurém^t pas indispensable à un savant qui emprunte si facilement la science des autres; mais encore faudrait-il [)ouvoir contrôler celle-ci au besoin; et ce n'est pas échapper à la leçon de la Fontaine que de prendre le l'uce pour une femme, sachant bien que ce n'est pas un homme. M. Planche fait vivre en 1824, et compte au bilan littéraire de cette année-là le poëte Robert Bums, mort en 1796; il fait du fameux évôque Percy un Écossais et non plus un Anglais, couiiiic la naLure l'avait crée. Il prend dans la Bioijrapkie universeUe un article de M. Emeric David sur Phidias, un autre de M. Quatremére de Quincy sur Michel- Ange; par malheur, il copie étourdiment, il fait sculpter par Michel-Ange, au seizième siècle, un tombeau commencé par Nicole' dall' Arca, mort en 1270, et terminé par Jean de 'Pise, mort en 1320. H. Nichiéls a pris soin, en 1842, de relever toutes ces bévues et d auuis encore , iiiais, conune depuis quatorze ans M. Gustave Planche n'a pa?* brisé le bâton dégrossi qui lui tient lieu de plume, il est hors de doute que nous [lourrions, avec peu d'efforts, allonger considérablement la liste de ces prcuv&s singulières d'infaillibilité scientifique. Les deux volumes que vient de.publier U. Gustave Planche
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M. GUSTAVE PLA^GIit: 52t
sur la littérature et sur les arts eonfirment au delà de toute
siippnsitinn le ju^^enient très-sincère que nous portons sur sa valeur comme ëcnvam et comme critique. Jamais l'absence des véritables lois d'esthétique ne fut plus complète. Le caprice d'un esprit ohagrin parait la seule raison des antipathies ou des prt^férencfîs. On Ihigorne des poètes médiocres, on injurie grossièrement des esprit sérieux et militi iiis. Partout, qu'il s'agisse du roman contemporain ou du théâtre, ou de la poésie, la même vulfifarité, ta même façon meequineetpédnnte de juger! partout le interne dédain, le même nn^pris, ou plutôt, la même inintelligence <ies doutes, des passions, des troubles de l'époque actuelle! A propos de H. Cousin, il dira de ce nifiîtiv, (jui ;i mit' >i loiiide part de responsabilité dan^ la lail- Ute de k philosophie moderne, qu6« c'est un homme capable deeomprendre les faiblesses du cœur; » mais de son action, de son devoir, de son rête^ rien ou presque rien. Je me trompe. M. IMancl^t; regrette que M. Cousin ait quitte la chaire dt; bonne heure, n il eût retardé, dit-il, l apothéose des intéiéts matiriUs. s Ij*art doit-il aider à l'enseignement explicite des vérités moratfes et religieuses? M. Cousin ne le pense pas, ni M. Planche non, plus. « ïoiUes les jois, ajoute ce dernier, que* f art^ ém Hè» de te proposer l* interprétation de la réalité, a prcr ifn caractère dogmatique et 8*est mis au service de la Diorale ou de la religion, il a perév s// i>nuMince. )> Il y a dans eetie observation une ineptie et une vérité. Il est hors de doôte que Fart n'existe réellement qu'a la condition de développer, jusqu'à une perfection plus ou moins «rrandc d'exéeuiion, les régies ebseuueiiciJ qui servent de has*' a diacunede ses parties. Avant d'être spiritualistes, soîcialistes, religieuses, là {Mâture, la scnipture, la musique, Fa littérature devront êlrc do la peinture htea iaile, de la sculpture correcte, de la musique savante, de la littérature bien écrite; c^est là une vérilë quelle ëe la Palisse accepterait. Il ne suffit pas qu*un roman ait de bonnes Intentions pour que ce soit un bon rfw inani et Candide^ ce chef-d'oBUvre qui fait horreur à M. Cou-
m ÉCRIVAINS ET HOMMES DE LETTRES
sÎD, s'il n*avdit été qu'une diatribe, aurait fort bien pu n'être qu'un livre médiocre. Ce qui fait sa force, ce qui le place dans
les hautes régions de Pari, c*ost l'alliance harmonieuse de la forme et du fond, c'est la réussite de la mise en œuvre secondant l'intention. Chacun est d'aceord sur ce point. Affirmer avec solennité la proposition émise^plns haut, c*est ne rien dire de neuf; c'est même ne rien dire du tout. Mais, lorsque, sans tomber dans l'affectation dogmatique, l'art se met au service des idées de morale, de religion, d'humanité, je crois qu'il coiii t [ilulùl (les chances de triomphe que des périls de déciieance. Pour ne citer qu'un exemple tout récent^ le livre de madame Beecher^Stowe cesse«t-il d'être une œuvre de premier ordre, parce qu'il est le plaidoyer spécial d'une question de morale humaine? Tout ce qui est dogmatique a un caractère d enseignement qui exclut l'idée d universalité. Cela est in« contestable et incontesté. Mais ce qui prouve que H Gustave i'Iaiiche n'a pas le sentiment des angoisses modernes, c'est qu il ne voit pas que Tnrt égoïste dont il se fait aujourd'hui l'apôtre ne peut plus suffire aux besoins d'esprit et de cœur des générations nouvelles. Qu'importe à ces âmes avides de » morale, de principes, affamées de vérité, un torse irréfirochable, une peinture bien réussie, une phrase savante, une musique habile, si elles ne trouvent pas dans ces œovreis la réponse à leur éternelle demande, la source à laquelle puissent se désaltérer leurs douleurs ! Ce qui rend puéril et oiseux le bagage des dissertations de M. Gustave Planche, c*est la fièvre du public, qui veut qu'on l'instruise et qu'on le sauve par tous les moyens, par les yeux, par les oreilles, par le rire, par les larmes, par le cœur enfin.
Vous parlez d'imiter la réalité? Hais qu'est-ce que la réalité, sinon des douleurs précises, des joie^ vagues, des espérances infinies? L!art sera donc au service de la. réalité toutes les fois qu'il satisfera aux besoins d'amour, d'expansion, de prises de l'humanité. A ce compte-là, je trouve que Laumrtine est plus réaliste que Paul de Rock; et les Médi-
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H. GUSTAYB PUNGHB m
tatians sont plus vraies» au point de vue de tout le monde, qae les romans calqués sur les mœurs triviales de la société.
Ces deux volumes s'ajoutont donc au précédent bagage de H.. Gustave Planche saià faire bénéûcier le public d'une idée defiJtue. On y retrouve la même lourdeur, la même mala* dresse dans la malice, los monies pjivc's on ^aiiso de grains de sabld* iGette piibi n ation commue le phénomène assez rare, en litt^luie, de la malveillance passée à Tétat chronique. C'est là d ailleurs une anomalie dont on ne s*ëtonno plus et qui a tim p li' l'ioduire ua effet contraire à MiU iiui. 11 est notoire pour tout Je monde que le plus grand bonheur qui puisse arriver' & un nouveau venu, |à un débutant dans la carrière littéraire, c'est de subir ce qu i>n appelle Véreinlntit ai de M« âuâtave Planche. On sollicite sa colère, comme on demande à d'autres leur bonne grâce; il n'est pas de câlinerie dont on li use pour ^*tre nuirnené par ce singulier criti<{ue iqm faii vivre ei prospérer tous C/eux qu il veut luer. Un sait aî bien que le public ne se laisse pas prendre à ces fureurs de, maniaque, (ju'on se recommande à ses sévérités pour s'attirer des lecteurs ei des syinpailiies. Si M. Planche pouvati^ jamais se douter de ce succès bizarre, 11 serait capable de devenir bienveillant à Texcès par dépit et de jouer à tous ceut qu'il déteste le tour perfide d'en dire du bien. Mais ce danger a'est pas à craindre. A ce degré, le vertige du dénigrement ne peut plus cesser.
• Nous n'avons pas à détci iniiipr les causes de cetîe hypocondiie féroce. Le seniitueut d une irrémédiable impuissance suffît-il pour l'expliquer? Nous ne le pensons pas. Pour nous, M. Gustave l^lanche n*est pas un criii(]ue, c'est un système. 11 îeprt^M'ntô toute une école, toute une coterie (jui le cliarge de ses exécutions ; et, malgré les coups de tète indépendants par lesquels de temps à autre il fait croire è une sorte de liberté d'allure, au fond, il sort surtout les raucuues d'une Revue quia su éloigner d'elle tous les grands noms de la littérature contemporaine, Victor Hugo, Palzac, Lamartine,
234 ÉCRIVAINS ET UQM&IES DE LKTTHES
George Sand, Michelet, Dumas, etc., et qui essaye de calomnier ou de nier le mouvement iiuéraire, parce qu'elle ne ^ peut plus ni le diriger, ni môme le suivre. Sacrificateur d'un antel où la màliocratie est adorée, M. Gustave Plaiiclie ini- . mole les l)ëlier$, épargne les moutons, et cherche à organiser une sorte de terreur au profit d'un nivellement sam^ge des intelligences. Tout ce qui vit, tout ce qui cherche, tout ce qui étudie, oiïusque ces béats qui iont mâcher leur prose comme les Anglais font mâcher l'opium aux Indiens. Si,' par moments, cette éèole tressaille au cliquetis d'une armure qui rappelle les luttes passées; comme elle ne peut entrer en iice elle-même, comme 1 obésité rend la cuirasse chimérique et la lance grotesque, elle souffle dans la trompette, elle frit' appel aux jeunes pHlàtlins v[ provoque, pour l'illusion de sa vieillesse, un tournoi dont elle s'établit juge. Mais la jeuneiee a autre chose àiaire; d'ailleurs M. Yéron est un fMwtfÉÉt sérieux, et ce docteur exploite déjà pour le plus grand pro6t de sa vanité l'idée des concours. Je crois que la heviie des DeiiX'UondeSy qui depuis longtemps n'est plus la revw^^ie monde-ci, désespère de tirer jamais la tombeia lMAHii% qu'elle a fait afficher, et que personne ne viendra répandre h la question que ce sphinx cacochyme a posée : Quels sont les moyens de réveiller le mouvement de 185ât QÙ68ltëâM9N^ et qui est l'abdication la plus manifeste! Comme si 1 on su^ citait une révolution artistique 1 Comme si Ton donnait à volonté la fièvre & un peuple qui dort d'uae diyaliiniiiita rieuse! Comme si rien de social ne se mêlait en À Mftrt iiii i réveil éclatant du génie lyrique ! On le voit, si donc M. Gustave Planche a peur des idées, c'est qu'il est dottaniÊ&«4^^fPi^ frontière où les idées sont proscrites, je mettais eifvMMitf conscit nce. J'avais tort: je reconnais qu'il est impossible de remplu' [)lus consciencieusement son ollice. Mais cette obéis^ sance suffit-elle pour amnistier les torts d^oaéUieiillpii violente sans foi, intolérante ssins fanatisme? . ifi 'Sis^^
4" février 1856.
GÉRARD D£ NERVAi.
Pauvre Gérard de Nerval I Que de phrases n'a-t-^^n pas faites
sarcelle agonie si bien cachée, sur celte fin mystérieuse et qui ne sera jamais éclairoie l Nous éviterons ces dithyrambes funéraires ; mais il nous est impossible lootefois de ne pas constater l'émotion poignante qui nous a saisi à la lecture de ce volume (la Bohème galanle)j si souriant et si triste» plein de vagabondage et de douleur torduô dans un sourire. En le suivant, cet Hamlet de b rue de la lanterne, à travers le dédale des voies tortueuses, des bouges de la Halle, qu'il peint avec le pinceau d'un Flamand et la mélancolie de Sterne, nous voyions toujours trotter devant lui, comme le barbet de Faust, le eorbenu sinistre qui s'est perché sur les barreaux où peiniaitson cadavre. Ce livre» plein de jeunesse et de tristesse, est * l'avenue de ce cloaque où son àme a jeté la guenille de son corps.
Gérard de Nerval est le plus sincère, je devrais dire le seul sincère des écrivains qui ont pris à tâche d'initier le public aux mystères de la vie parisienne. Sa flânerie n*est pas une
pose, sa taïUaisieesl bien l'inifuiétude d'un coMirqni a perdu
sa route et qui ne la retrouvera jamais. La grâce naïve avec
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m ÉCRIVAINS ET HOMMES DE LETTRES
laquelle il raconte ses .impressions, la gaieté facile qui se mêle à ses récits, Tabsence absolue de tirades humoristiques ou de traits prétentieux, tout révèle la bonne foi d'un touriste qui cherche les égouts pour se rapprocher de la terre, et qui, a sortant au matin de chez Paul Niquet, comme Dante sortait de Tenfer, respire avec bonheur le parfum des fleurs entassées* sur le trottoir de la rue aux Fers. »
Ce qui constitue roriglnalité sérieuse de cet écrivain charmant, c^est ce gôât pour les explorations souterraines associé à une délicatesse de sentiment, à un charme de style qui ne sont jamais en défaut. II nous souvient que quelques semaines avant sa mort, au milieu des divagations les plus folles, Gérard s'interrompait pour excuser une expression un peu incorrecte échappée à rentraînemeni du dialogue, i/artisle veillait toujours en lui ; et nous croyons que, jusqu'à l'heure suprteie où il a espéré la vue de Dieu, il est resté ce qu'il était, le bohème intelligent et raffiné. Le choix de ce lieu formidable, de cette rue incouuue a tout Paris, de celte fenêtre horrible, de ce corbeau voisin, est peut-être le dernier calcul d'un artiste qui a arrangé le décor de sa mort, comme il avait toujours (-lierché le décor de sa vie.
11 serait ridicule et odieux de blâmer une pareille existence. On Tobserve, on la constate, on la plaint; voilà tout. Gérard est un fils direct de Rousseau; il en avait la mélancolie, la douceur parfois un peu amére, la modestie apparente, l'orgueil caché, la réserve bizarre auprès des feuimes, l'ardeur, le besoin des courses solitaires, et puis enfin la folie. Rousseau ei iaildans la caïupagne, il découvrait la nature; Gérard, malade au suprême degré de la mélancolie du dix-neuvième siôcle, redoutait les champs, et, s'il allait se promener a Er-t me&onville, c'était pour retrouver le tombeau de son maître ; il avait dans la tête une campagne idéale, des cieux-féeries qui l'empêchaient d'herboriser; et dans le ruisseau boueui de la rue Saint-Uonoré, qUe M*"* de Staël regrettait, il voyait des fantômes passer aussi pur^, aussi frais que s'il se fût penché
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GÉRARD DË K£RYAL m
sur le cristal H une fontaine. Je crois que Gérard avait la même laçoo de travailler que Rousseau, et que ce style facile était le résuttal d'efforts laborieux» Quant à sa prétendue modestie, j'estimeque les critiques qui l'ont exaltée outre mesure ÀtimffeQft (ie - 1 înort, se sont trompés. Je ne lui fais cei les pas (QttiiefDocbft d'avoir eu de l'orgueil, mais je pense qu'il était, aor^e^poist, fiereomme Rousseau, e'est-a-dire en dedans, n'osant pas uiuiiUci au (lt'liui> «:u ct^iiUiiicnt de lui-nirme qu'oi^teûi pris pour de la vanité. Les gens humbles et mo- 4iîatoa^ se tuent f)as. Tout suicide est le défi d'un orgueil- |eux. Gérard a révélé son secret en se tuant, secret d'ailleurs ^oup90liné par tous ceux qui ont eu ((uelques rapports Itttérfireftavee hax. Doux, bienveillant, indocile à la critique, appréciant et faisant apprécier son œuvre, il avait de lui-mrnie, de valeur, une conscience milcxibie qui ne choquait pas, mais < qui pouvait souffrir et saigner secrètement des familiarités tolérées du premier venu. Dans ses accès de foUe, i) se laissait aller avec abandi 11 à cette estime de lui-mèiiic, et les 4idnes,i les eouronnes, toutes les gloires, toutes les beautés f bfsiqUéc^ ët morales, devenaient son apanage. ; Dans ce volume que nous venons de lire (;t où son aiiiu respire tout entière, je lis cette excuse à propos de ses confessiona incessantes : « Qu'on nous pardonne ces élans de personnalité, à nous qui vivons sous le regard de tous, et qui. glorieux ou perdus, ne pouvons plus atteindre au benelice de Tobscurité. » Ce n'est pas là l 'excuse d'un homme modeste. Je soupçonne dans cette vie étrange, qui était double, qui participait de la réaliti' et du reve, des (Hoilos et du ruisseau, je soupçonne bien des douleurs qu'on n'a jamais sues, bien des suicides avant le dernier. Un fait étrange, c'est la façon dont Gérard traite l'aniour. Il a dit volontiers qu'un chagrin violent, que la perte d'une femme aimée avait été la cause de ses terribles maladies; mais cette liaison jusqu'à quel poiiit fut-elle poussée? Ost là une question que la mort empôclie 'd'être imiibcrète, et à laquelle les amis les plus intimes de
Gérard ne sauraient répondre. (]e cœur expanaif n'eut jamais de confidents, et dans ce volume, où il raconte sa jeunesse, où
il parle des tenta liuns de son ùrne, il peint de fraîches et souriantes ligures de jeunes ûlles, qui toutes disparaissent au moment où il tend les bras I Ont-elles en effet disparu? Ne les a-t-il pas retrouvées derrière les saules? C'est là une question qui a son importance quand li s agit de pénétrer les ressources d'une imagination inquiète.
Quoi qu'il en sott de ce problème et de quelques autres que peut soulever cette personnalité duuce et triste, regrettons du fond du cœur ce poëte bienveillant, ce littérateur irrépro^ chaUe qui a commencé par traduire Faust et qui a fini par vivre des voluptés idéales d'un Valpurgis douloureux. Le livre dont nous parlons aujourd'hui est un de ses meilleurs, un des plus francs ; il laisse bien loin toutes les promenades prétentieuses de ceux qui rôdent autour de la bohème sans oser y entrer, il restera inimité et inimitable, et il fournira à quelque studieux biographe plus d'un renseignement utile . sur la maladie dont est mort ce cœur généreux, cette âme bonn(He, que M. Gustave Planche a épargnée, par dédain sans doute, mais qui a eu, en revanche, la gloire d'être insultée par M. Veuillot.
1*' février 1856.
LE PARTI CATHOLIULE
8ES YAHIATIONS
MM. m MOJSTALËMBERT — DE FAI.LOUX — VEUILLOT
i>es partis politiques meurent plu$ souvent par le suicide i)ue par la défaite. Quand ils sont descendus des hauteurs où leur premier élan les avait transportés ; quand ils mettent leur idéal, non plus dans des conversions à opérer, mais dans des influences à saisir, ils perdent leur unité et leur discipline; une ambition vulgaire les aigrit et les divise. C'est surtout (juaiid un parti a eu la religiun pour prétexte, que cette décomppsition paraît plus rapide et plus éclatante. Quel ciment serait assex solide pour sceller les uns aux autres des cœurs qui ne s'unissent plus pour la foi ? I/amour qui a disparu des œuvres disparaît d'enlie les apôtres. Dès que ceux-ci ne veulent plus agir par la prière et par la sympathie, ils se baïssenu t/into|ërance amène les défiances réciproques; l'impuissance.
crée les rancunes. Le prétexte divin, en s'effacant de l'entreprise humaine, ne laisse plus au jour que les passions mau-
* vaises, hargneuses; les antipathies, doucement violentées au- Irefois par la sainte cause, se redressent et s'écartent à l'heure des rivalités. On se poursuit avec d'autant plus d'ardeur qu'on a» dans le souvenir, plus d'effusions à faire oublier. Par un raffinement odieux de vanité, on veut se consoler de Téchec commun, à l'aide de dénigrements mutuels; on cherche à iixer.sur des joues individuelles le soufflet reçu collectivement» et Ton se jette réciproquement à la tète les pierres avec lesquelles on n'a pas su bâtir. Avant de se disperser dans le monde, les ouvriers de Babel ont dû perdre un jour à se lapider entre eux.
Ce spectacle qui moralise par les contraires et qui fait sentir le besoin de la patx par les IVuhlesses de la discorde, tîe spectacle, à la fois triste et consolant, le parti catholique vient • de le donner fort à propos pour achever sa propre ruine. H. de Falloux, un des chefs les plus habiles et les plus impuissants de cette armée sans soldats, a lapidé -M. Veuillot dans deux livraisons du Correspondant; le père Duchénedes sacristies s'est mis à son tour fort en colère; de part et d*autre on s'est cruellement meuitri. Il ne reste pas piand'chose de M. Veuiilot; il ne reste presque rien de M. de Falloux. Pour nous, spectateurs de ce pugilat, nous venons ensevelir les combattants morts, les coudre, sans rire, mais sans pleurer, dans les lambeaux de leur drapeau qu'ils ont lavé un peu trop fort en famille, et dégager de cette querelle la seule moralité qu'on puisse y trouver, c*est-à-dhr6 Timmofalité flagrantè des coalitions humaines qui essayent de surpnmdre le profit des intérêts, du monde sous le masque des intérêts du ciel.
On se demande tout d'abprd quelle nécessité a contraint M. de Falloux à cette séparation publique. Est-ce un scrupule de conscience? Est-ce une tactique? C'est le scrupule iju'on
. met en avant : On ne renonce pas aisément dans ce temps-ci aux douceurs de la retraite^ dit te nouvel élu de TAcadémie,
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• LE PARTI CATIiOLLCJUE 231
pour afirooter Ua ardeurs, et, sans aucun doute, les îuimîtiës
d*une polémique envenimée. Mais, grâce à Dieu, on ne se dé^alér^sse pas non plus facilement de ce qui a fait baUre le eoraur toute la yie, et de ee qui touche aux plus profondes convictions de riine. » M. de Falloux a donc des convictions, et cesi pour leur ol>eii qu'il a pris la plunop je veux flire le goupillon, poiv »n frapper son frère. Cette fois, c'est la i^vanche à'àhA qui essaye d'assoininer Caïn. Hais CaïD a la peau dure et la riposte bmhile.. M. de Fnlioux n'est pas heureux daofi son premier guet-apens. Ce n'est pas moins un spectacle exen^plaire de le voir s'arracher, dans Tintérèt d'une' conscience qu'en ne croyait pas si eiigeante, à une retraite qui va Si bien à sa renom uiee, et exposer de <;aieté de cœur aux traits em^isonnés de ses collègues en religion; car, bien décidément en s'empoisonne, entre anciens amis, dans ee partilà. M. de Falloux s'attend aux altaques les plus enveniun'es, 6t il ^«connaît les. procédés. M. Veuillot, à son tour, se piaitii dam se^JSépoBse d'être indignement calomnié par ce gentilhomme chrétien. Nous dirons plus tard ce qu'il faut penser lit! la lui et de la geuliliiomuierie de M. de Falloux ; constatons m début Topinion réeiproqu&des cliefsdu parti catholique. Ds se défient les uns des autres, ils se mésestiment tout dV bord, avec une sûreté de conviction qui n'est pas le moindre oneièlgiiementde ce duei au \ uum.
£Ei>ftiiâintaiuL scrupules de M. de Falloux la politesse de les admeUre, nous trouvons qu'ils sont bien forts pour l'avoir amuiié à cette eujilt 55iuu publique des misères de sou parti, et à cette lépudiation violente du seul homme d'esprit dont il famkêe fmf. Les alliés de ee caractère sont rares dans le camp de M. de Falloux. On y compte beaucoup de Nicolardote Qk fus un Voltaire. M. Veuillot était un pbcnomène curieux. Il alMl céttè verve, cette vivacité, ee sentiment de la discusaieii piHopasque qui a toujours fait défaut aux sacristies. H Tt'avaH ni goût, ni masure, mais il faisait rire; il mettait la gMigion fai fttrffi et amusait par ses parades; il embarrassait
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ÎM I^XBlVAmS ET HOMMES DE LETTRES
par le contraste de sa raillerie verte et dëiuiëe avec les paradoxes grossiers qu'il se complaisait à défendre. Ce Basile salpètré de Figaro n*aura pas de suecesifdur. M. de Falloux» toat académicien qu'il est devenu, par droit de conquête beaucoup plus que par droit de vocation, esi trop modeste pour aspirer à eette marotte. 11 s&ti parfois aussi ridicule; ii sera jamais aussi amusant. Peut-être bien aussi M. Veuillol seratl-il moins hai de ses amis s*il était moins spirituel. 11 est dangereux; il n'a pas le tempérament diplomatique ; il manque à la tradi- ' tion. Ses incartades, ses accès d'indépendance, ses ébriéléa d'imagination, déconcertent les réserves, les prudences béates; il ne sait pas toujoui^ garder le secret du parti; il ie jette im* prudemment à ses adversaires, quand on le provoque. Le royaume des cieux est promis aux simp[ès : M. de Falloux prétend déjà au monopole sur la terre et veut exclure II. Veuillol de toute participation.
11 est fort heureuï que H. de Failoox ait des scrupules de conscience ù invoquer; car les raisons ne manqueraient pas pour attribuer à une tactique d ambition, à une manœuvre égoïste, cette campagne dont le résultat le plus clair sera de prouver Vimpuissanœ du parti catholique et ses jalousies intérieures.
M. de Falloux (on se demande pourquoi) affecte d^uis quelque temps de n'être pas satisfait de l'ordre actuel des choses qu'il a pî eparé de tout son pouvoir. Attaquer l'UwtVdr.s et son rédacteur en chef, c'est donc faire une opposition commode et sans danger» c'est se livrer à une sorte d'envoûtement, c'est ènfoncer des épingles dans un mannequin, quand on ne se sent pas en dispositions héroïques pour des attaques plus directes. Ces manœuvres ont le mérite de donner des gages au petit jeu de la fusion, aux coteries de TAcadémie. Il ne serait donc pas téméraire d(* supposer qut3 M. de Falloux paye ainsi, en exorcisant M. Veuiliot, les dettes qu'il a contractées le jour de l'accolade des Quarante. L'article essentiel du programme catholique de M. de Falloux, c'est l'ambition
LE PARTI GATUOLIOUB S35
de M. de Falloux ; ei, ne pouvant plus (encore une fois, nous demandons poorquoi) solliciter ou accepter qm Kjue chofM; du pouvoir, on se donne celle petito fiopiihn iu'' des boudeurs, el on devient quel(]uo chose parmi ces ombres du passé qui compleiént, derrière nn paravent, avec dés fantômes; Le silence triste des vaincus (lé|)laît à ces [xnils parleurs ihu choleiJt leur de[Hl par mille petits becs de plume. N'ayant pas foi dans des idées immortelles, et se sentant dépérir dès qu'ils ne 95nt pas en pleine lumière, ils s'agitent, ils remuent, ils veulent «in uti pense à eux, qii'on les regrette, qu iiu les redoute; ils font d'ailleurs des avances et ils lancent des sou> rirea à tout le monde. M. de Montalembert redemande à glands cris la Poln-iic ; M. de Falloux oublie qu'il a insult<'' Mirabeau et ic ghaiiic. L bisiorien de saint Pie V met un abat-jour sur ses bûchers, et le nom de la liberté passe, sans les brûler, sur ces lèvres qui l'invoquent toujours (piand elle fât partie, qui ne rappellent jamais quand elle [»eul venir.
Ëh bien, nous le disons sans hésiter, ces hypocrisies libé* « ralés ne nous séduisent pas. Mieux valent le silence et la défaite que le iu tni ci l;i luUeavec de pareils co!iii ;ii;in)ns. Un parti se compromet davantage par ses alliances que par ses chatea* La démocratie ne gagnerait à applaudir MM. de Montalembert et de Falloux que cette satisfaction stérile des épi- • granmies; mais elje perdrait du dignae, sa conscience, sa droiture. Ëlle livrerait ses affections et ses haines. Il y a unabime qui ne sera jamais comblé entre ces hommes et nous. Le dépit leui' airaclie une udeiancc qui dibj*aiaUi»til bien vite le jour d'un succès, et qui ne peut faire oublier le fanatisme passé. En se séparant avec éclat de YUnivers, on caresse une popuhinlc (jui ne vt ui pas sourire; maison ne perd rien de ses préjuges m de ses rancunes. Ne laissons pas Ûécliir non plus nos ^nviclions, et ne donnons pas la main dans la nuit à ceux qui sont nos^ennemis en plein jour. Malgré leur attitude, nuilgré ces houdeiics, les i litis catliultques sont emuic jiius éloigné^de nous que du pouvoir. Kn réalité, la paUle n'est
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pas, n'est jamais tout à fait rompue, et il n'est pas dans les traditions de ce parti de jouer longtemps au dépit amoureux. Il voudra se récoDcilier, comme il s était lié jadis, en nous faisant payer les frais. Son royaume est essentiellement de ce monde; c'est le notre aujuui J liui qui n'en est pas. Ces genslà ont une ambition pratique qui finit par s'accommoder de tout; nous qui avons un idéal difficile à atteindre, nous tenons à ne nous accommoder de rien. Quel pacte est possible? Ce qui ies éloigne, ce n'est pas l*exigeance de leur foi^-mais l'exigeance de leur intérêt et de leur vanité. Parce qu'ils ont tout fait pour perdre la république, parce qu'ils l*ont mise à Tencan, ils s'imaginent, naïfs Judas, qu'on aurait dû leur donner les trente deniers, et .ils ne se seraient pas pendus. Mais le dédain que Ton fait de leur concours est le seul glaive qui les atteigne au cœur. Leurs larmes éloquentes sur la mort de ceci ou de cela sont des larmes de crocodiles que nous ne devons ni admirer ni essuyer.
Notre devoir à leur égard, c*est de recueillir les témoignages qu'ils produisent les uns contre les autres, c'est d'assister à cette guerre civile; c'est d analyser le testament que vient de rédiger M. de Falloux et le commentaire que M. Veuiilot a ajouté; c'est de démontrer comment, de son aveu môme, le parti catholique a agité l'opinion sans résultat, a dépensé en intrigues stériles des forces réelles, et enregistre pour toute victoire, dans ses bulletins, cette loi sur l'enseignement, loi 11} bride, qui ne satisfit ni le clergé ni les philosophes; et comment aujourd'hui il borne toute son activité à constituer cet impossible parti de la fusion qui n'est qu'un mensonge de plus dans ce temps d'équivoques. Pauvre fusion I il ne lui manque pour aboutir que le consentement des intéressés. Le comte de Paris la nie, le comte de Ghambord ne l'avoué pa». Luther écrivait à Spalatin : « J'apprends que vous avex entrepris une oeuvre admirable, mettre d'accord Luther et le pape; mais le pape ne le veut pas, et Luther s'y refuse, » Ce mot est l'épigraphe et l'épitaphe de la fusion.
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LE PARTI GATHOUQUB 985
H. de Faliottx reproche à M. VeuiUot d'injurier tout le monde et de quereller au lieu de diseater. L'aecusation est
fniKlt'o; mais, à son tour, M. Yeuillot ne peut-il iluiiiander quel exemple on lui donne? Sans dpuie les habitudes parlementaire» excluent les mots grossiers, les allures brutales; sans éouie les écrivains du Correspondant ont Tair de se laver liii peu plus kbiioigts que ceux de VLnivers. Mais au fond, qv^pmâl k oause retire-treile de celte dilférencet Si ÏUni-
avec un entêtement orthodoxe» nie toute idée, se refuse à tûul procès, montre le poinii et le fapjol à tout penseur, MM. deMontaiemborteideFalioux veuiont-ils hmi muttie eu ;pftiaUèle Imua travaux, leurs enseignements Elùabelk de MiOngne en h Vie de saint Pie V suffisent-elles pour convertir la géneiàtiuii sceptique? Où Suiii les sources vivttiaiilc^ que^vousavei ouvmest Où sont vos poètes, vos artistes, vos mailMs, pour nous dianner, nous éclairer» nous convaincre? Entre ce cabaret myst'Kpie où l'on vocifère et ces couloirs d*ai^!^.biee ou vom arrangez des espèces lie couiplotâ poiitiquei^ nà sont les nouveaux jardins d'Académus que vous résinrèflE à la génération rongée de doute, enfiévrée du désir d'ctppieudre? Après laut désillusiuns, les espiils jeuucs h44|ên^* s'inquiètent. <}u6 leur offrez-vous? Les lèvres sont l4t<Wfai fe M« VeuiUor tend son goupillon imbibé d'eau croupie; vous, vous a<<itez mie guenille. On vous demande une . çfl^lflk^ce, un idéal, une foi; on crie vers liicu de tous les IteîM fdeiïhoriaon ; vous Jte savez répondre que par la fusion! ialme> doîBc enfin tomber le masque. Vous n'êtes que des liouiuios poluit[ues, ayant de^ auibiLiuus uudulaines ;i satisiair0,iafVMea*le, reconaaisse^le. Abandonnez cette prétention
Ie9>«lmes qjoe vous n'avez jamais su justifier, et» si vous persistez, sachez bien que vous donnez un prétexte pour frap- •j^îr sûrement des idées respectable» quand elles restent ini- JMlimlifir dangereuses quand elles s'incarnent dans des ^jhommes- de^ parti .
-tJrUfiùUS SUAI Vient de paroles écrites à une époque peu éloi-
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m ÉCRIVAINS £T HOMMES Dfi LETTRES
gnée de nous le temps, niai> bien reculée par les événenieDts. Dans un mandement célèbre, un prélat s écriait en i 851 , voulant retirer la religion de la mêlée des partis :
« Nous vous l'afGrmons de la part de Dieu, non, l'Eglise de Jésus-Christ n'a point été établie en faveur de tel ou tel gou* vemement. Autrement, qu'on nous le dise, auquel d'entre eux exclusivement a4-elle été unie et comme inféodée par son divin lundateur? Lorsque, sortant du coeur sacré de Jésus- Cbrist, cette ^lisa s'épanchait du haut du Calvaire sur le monde entîw, avec le sang vivificateur de son câeste époux, devait-elle ne reconnaîfrn? d'autres sociétés que celles qui seraient poliliqueiuent constituées d'après un système préconçu et unique? Ou plutôt, atteignant d'une extrémité à rautre du monde moral, avec force et douceur, comme la divine sagesse dont elle est Timage ici-bas, ne devait-elle pas embrasser pour la presser sur son sein maternel l'humanité tout entière? » .
Ces paroles, qui nous parurent éloquentes alors, et dont personne ne [se souvient, ces paroles etaient-elles sincères? Nous le croyons. Personne ne les a recueillies que nous, pour qui elles devaient être, en i85i, une promesse, et pour qui elles ne lurent qu Une menace. On s'en servit, quand on ne les dédaigna pas, pour autoriser les défections envers la république. Nous ne les invoquons pas aujoufd'hui pour des représailles, ni pour constater des palinodies; mais elles devraient être un caducée pour ces deux fractious venimeuses du parti catholique occupées à se mordre et à se déchirer.
La mort venait pourtant assez viir, sans que ce duel Taccéléràt; mais ces divisions, ces reproches sans piideur, cet acharnement à se diffamer, cette ardeur de M. de Falloux à insinuer que M. Veuillot s'est vendu, cette réplique acerbe de VUnivers qui prouve facilement les contradictions et les variations de M. de Falloux, cette émulation toute chrétienne poor s infliger récipro ]uement les plus rudes coups de discipline:
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LK PAIiTI CATIiOUOUH W
iuut ceiâ est un aveu suprême d'impuis&auce et un sympluuie d'agonie.
La morl exaspère les ambitieux qui n*ont rien produit et
rien obtenu. Il est donc juste que le parti catholique s'éteigue dans les convulsions. La leçon aura été ainsi complète, et il neiMiMitterafienau scandale. Né en invoquant la Hterté el l'enseignement, ce parti aura servi publiquement el en toute circonstance à garrotter la liberté, et n'aura rien fait d'efficace pour l'eafleignement. Abrilé d'un drapeau qui symbolise Tliu^ nrilité el la concorde, il aura servi les intérêts de l'orgueil et donné le spectacle des discoïdes les plus violentes. Sa tâche est finie» il n*a plus rien a faire, tiélasl M. de Fallouxse tromfie; ce qui pourrait sauver son parti, ce n*e6t pas la Fusion, mais riiiiïuMuit.
Avant d'examiner le manifeste en question, disons un mot
des [lersuiiriages, des trois hommes qui représentent trois pijases, trois aspects différents du parti catholique.
M. de Montalembert est le patron temporel et aussi le bedeau de la confrérie. C'est lui qui transporta du premier élan, sur un sommet assez élevé, la baliebardejà ia(iuelle son éloquence semblait coudre une oriflamme. Il représente la propagande, Fenthousiasme, tempéré par la haine.
M. de i cilluux entra dans le parti quand l'oriflamme avait des déchirures et quand la hallebarde se rouillait; il est l'bomme des transactions; sa foin a ni fougue ni élan. Intolérante dans la Vie de saint Pie V", elle donne volontiers la main aux philosophes qu'elle rencontre à l'.Vcadémie. M. de Falloux n'est pas un apôtre, c'est un agent. 11 ne prôcbepas, il piénage dos compromis, des alliances. C'est un de ces rhé-
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leurs des époqutîîî de dëtadence qui rattachent aux iutérôts les causes qu'ils ne peuvent plus suspendre aux sentiments.
M. Venillot» enfin, est le représentànt naîf et féroce de la congrégjation. Il piouvc 1 impuissance de la parole de M. de Montalembert, la stérilité de la diplomatie de M. de Falloux; e'est l^catholicisme dégagé des finesses» des subtilités, rompant tout pacte avec le siècle, et se posant en travers de la route avec llntoiérance d une borne. U a fait de l'oriflamme un san benUo ; il veut brûler ceux que ses devanciers n'ont pas su convertir ou attirer ; c*est l'expression radicale et désespërée du {larti. Voilà pourquoi M. de Falloux Tinsulte, par vanité de diplomate, et pourquoi M. de Montalembert le laisse insulter, par dépit d'orateur à boutd^argumentset d'éloquence.
M. de Montalembert avait la partie belle quand il débuta. Autour de lui et au-dessus de lui, on sentait dans lair une
sorte de complicité pour les réactions chrétiennes. Le rire de Voltaire fatiguait les lèvres ; on marchait à travers tant de ruines, qu'une mélancolie souriante se mêlait à renthou*siasme de la jeunesse, et qu'on rêvait avec amour sous les arceaux des vieilles cathédrales. Celait l'élan romantique dans toute sa ferveur. M. Montalembert appelait H. Victor Hugo son cher ami; ils veillaient ensemble sur la conservation des débris fcoJaux. Tous les poi'les, tous les romanciers, tous les historiens, aidaient à celte tendresse. Les femmes étaient des anges, les hommes étaient des prêtres. La harpe de Lamartine accompagnait ce cantique universel, et dans ce besoin d'émo* tion religieuse, on allait baiser comme une Bible le Génie du ckristianime, qui répondait si bien aux passions du moment, quon racclamait comme un chef-d'œuvre.
Voilà les signes qui présidùrt'nt à la naissance du parti catholique et qui rendent sa chute plus mortiliante encore. M. de Falloux le dépoétise mesquinement quand il affirme que ce parti naquit uniquement du 'refus de la liberté d'enseignement. Kon, dans la patrie de Voltaire, après les refrains peu
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mystiques de Béranger, jamais M. de Montalembert n*eût été
écouté, si Ja voixde Chateaiibriofltl n'av{iii pas impost' silenre à la éiiu^ucrie; si UimarliDc, si Victor Hugo, n'avaient pas prédisposé les âmes à la croisade, si les historiens n'avaient pas truisfigaré les monuments gothiques, si enfin, parmi tous ces complices, un prêtre de g(hin. ijui o bien expié cette alliance de quelques années, si Lramennais n'avait pas donné la maii^am jeune orateur sur ce Sinaï obscur que chacun gravissait dans un poétique brouillard.
^l as le miel de M. de Monlalembert s'aigrit \ ite et rebuta les lèvres. L'esprit de vie qui animait nos poètes, nos historiens^ s'effraya bientôt de ne chanter ([ue des ruines, de ne ilairer que des cadavres sous ces pierres jcstaurées. Vm à peu on redescendit, on s'éloigna, on s'isola. Victor Hugo écrivit un nom fatal sur les tours de son e^dise; Lamartine n'pi! mit plus un dans ses hvnines religieux. Chateaubriand, 1 boiiiiiie des enletunieais cbcvaleresques, ne se démentit pas; mais il fut jugé dès lors sans engouement, et le Génie du christianisme ne pr^rut plus que comme une description poétique, sans valeur titinuii^irative. Un seul Iragmeai survécaty Hené. Le livre de foi ne laissa qu'une trace de doute. Quant à Lamennais, qui mieui que tout autre avait senti les riKuus do la laorl froides et rigides dans les siennes, il recula si violemment, qu'il ne s était pas arrêté à son dernier jour, et que cet homme courageux et I03 al protesta jusque sous la. terre.
telle mort si grande et si éclatante dans sa sëronitc, à la haoteur de toutes les morts chrétiennes, est un argument resté sans réplique. La calomnie a essayé, mais elle avait contre elle trop de témoignages. Plus tard, on racontera sans doute que le grand esprit de 1 auteur de VIndifférence en matière de rdigian s'est éteint dans les tortures de l*enfer, et quelque homme do bien aflii iaci a sur serment (ju'on a vu un grand diable lui sortir des lèvres au moment suprême.
En attendant, on est forcé d*avouer que cette mort, fut sans
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trouble, sans faiblesse, calme et souhâut a rimmortalité*. Ce prêtre allant à Dieu sans pràire et sans passer par Téglise; cet homme qui ne fut ni fou ni paralysé à sa dernière heure, est un problème qu'un n'ékuieiîi pas, et nous poumons au besoin, si la vérité ne s'} opposait, abandonner aux fossoyeurs catholiques^ qui nous la disputent, Tagonie de H. Augustin Thierry, en nous réservant celle-là qui nous suffit.
M. de Montalembert se trouva donc seul un jour, ayant contre lui tous, ses anciens alliés. Il accepta avec audace» et, comme le dit le prudent M. déFalloux, avec lat^néfité de rinexpcnencej cette position qui ikittait son orgueil et qui ouvrait le cbamp à son éloquence. Véhément par réflexion, n'ayant pas le don des apôtres, l'improvisation, Pierre TErmite de cabinet, ne se laissant jamais tenter par les surprises du cœur, M. de Montalembert produisit pendant longtemps des discours littérairement réussis, qui agitèrent passagèrement Tattention publique, mais qui n*opér$rent ni une conversion ni un acte décisif. Il créa le parti catholique, mais il ne sut ni l élever ni le faire prospérer dans le monde. Agitateur stérile, pupille d'O'Connelï, comme le dit encore M. de Falloux, qui n*est le pupille de personne, M. de Montalembert auiait bien voulu que la France lùtrirlande; mais, ne pouvant changer les conditions de son pays, il adopta la Pologne et s'en fit une Irlande commode. Riche et gentilhomme, jtrou* vant dans cette position de chef catholique des joies vaniteuses qui lortiûaient les traditions nobiliaires, M. de Montalembert eut rhabileté de ne pas se laisser séduire par des places, par des honneurs, par des avances qui valussent cette muation. Assez intelligent pour comprendre la puissance de certains mots, il est libéral, jusqu'à la veille de la liberté. Opiniâtre dans ses ressentiments, il a une façoa hautaine de se servir de la médisance et de la calomnie, qui dissimule le côté Trissotin
* [ja Herue de ParU auiioticc lui travail de M. MoiitancHt sur tes derniers iiibtaiils 'de M. Lamennais*
et iiasile tie ôuii iùic sous le côté grand seigneur. Il i>ait assez habilement passionner le mépris de ses adversaires pour s'en faire gloire ensuite comme d'une haine. Sans autre but que le bruit, il se déconcerte, quand il a a plus d'injure a mêler à dévotions n[-;itnires. Le jour de sa moi-t serait celui où il ' E^amit pius d'adversaires, comme le jour de sa dernière défaite fut eeiui où il n*eut plus de -tribune.
Lfw tiibuue, c'est là, au loud, sa grande passion. C'est un açteiir parlementaire; il aime la parole pour la parole, et n'eil dynestique que par tradition. Nul dans un livre» effacé dans une revue, il a besoin du ^este, de la déclamation, du tumuilc L't (les cûiertJii ci une assemblée pour donner de l'appamei; de la forme et un semblant de force à ce qu'il dit.
On'.ée souvient du rôle qu'il joua dans nos dernières tempêtes, se souciani beaucoup pluô de les diricrer que de les apaiser. Le 2 décembre, accueilli d'abord par lui avec entbousiisaiei déplut bientôt à cet orateur mis à pied, qui recommence aujoiiid lini ses élégies libérales.
;Mais, en réalité, soit dépit, soit couvictiau de son impuis- 8|Qie/ M« de Montalembert a paru abdiquer depuis plusieurs amëer. S semble que, nouveau Charles-Quint, il se soit fait (lu cori^s législatil un couvent de Saiul-JusL où il s'enferme, renonçant au gouvernement extérieur du monde, et s occu* ptit à taeoommoder, à accorder ensemble toutes sortes d'horloges. Il passe sa vie à remonter les opinions et à les mettre à i heure. Mais il a beau faire, son régulateur est détraqué, ei ses meilleiim h<^)og8S sonnent à faux ou trop tard.
M. de Falloux, si j'osais, à propos d'un esprit si assoupli par les menées parlementaues, conliiiuer ma comparaison, 8«ràU ie Philippe II au proiit duquel M. de Montalembert aufiil abdiqué l'empire. Mais, je me hâte de le déclarer, juste sous le rapport de la prédilection avouée de l'auteur de la Vie de saint Pie Y pour l'inquisition, la comparaison perd iimiiediilème&t sa justesse quand on songe à l'Académie, où le farouche inquisiteur dissimule assez bien ses tisons.
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M. de Falloux est calliolKjue, j)uii5qu'il laul l'être pour obtenir uii grade dans son parti; mais sa foi, plus accouiinodante qu'elle n'en a l'air, n'a pas la fierté de eelle de M. de Montalembeft,le$épilepsiesde eelledeM. Venniot. En réalité, c'est, plus oncoio que son patron, un catliulique parlementaire qui sait fort à propos faire des concessions. Voilà du moins l'attitude dernière de ce diplomate heureux auquel tout a réussi et qui vient d'entrer à l'Académie, com»e il était entré aux assemblées et au ministère, par la toute-puissance d'une médiocrité qui promet appui à tout le monde et qui ne blesse la vanité de personne. -
M. de Falloux est noble,., depuis I8'25. Le roi Louis XVIll a constitué alors, au [irofit de sa famille, un majorât avec le titre de comte. Cette investiture ne remonte pas, comme on le voit, tout à fait aux croisades ; mais avec du zèle on comble les distances, et M. de Falloux a rendu assez de services pour être accepté, au moins, comme un posthume des croisés. Un historien éloquent et profond de la révolution de i848V aux [)i<juantcsrévélitinns duquel nous renvoyons nos lecteurs, raconte les douces inlluencesqui présidèrent à l'éducaiioii^cathoUque, c'est-à-dire politique de M. de Falloux, les fées qui déposèrent un goupillon comme hochet dans le berceau de ce nourrisson de l'Kghse. Nous n'insisterons pas sur ces détails. 11 nous suffira de dire que les débuts littéraires de M. de Falloux attestaient Tinexorabie candeur d'une dévotion qui ne comprenait le triomphe de la foi que par le meurtre de^ hérétiques. Depuis lors, cette sainte anthropophagie s'est calmée.
M. de Falloux eut son dernier accès la veîHe des journées de juin, et ce fut lui qui, luttant à la tribune contre M. Corbon et les amis du général Cavaignac, et, exploitant les craintes d'une partie de l'Assemblée, poussa à une dissolution
«Daniel Stera, BUtûire <k la iicvoliUiaudQ 1848,3* vol , p. 144 cl
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violente des ateliers, saiiA compensation aucune pour des misères réelles, le jour même où une lutte était imminente dans
Paris. Mais, aujourd'hui il n'a [►lus d'ainei tume que pnur ses anciens amis; il n'en veut plus qu'à ceux qui voudraient mettre en pratique ses aneiennes théories; il se mutine, comme un enfant, contre les miroirs qui lut renvoient son image, et depuis qu'il a trouve un nouveau profit pour son amour*propre dans les cajoleries de TAcadémie, il est tout mielk tout sucre, tout amour pour la liberté et les philosophes académiques, et il ne garde plus sa mort-aux-iuts que pour M, Yeuiiiot.
. Malgré ses parchemins d*hier, M. deFalloux semble beaucoup moins un chevalier qu'un homme d'affaires du parti catholique. Sa dernière brochure a jun parfum de consultation d'avoué. L'amour des biais, Thorreur de ce ()ui est simple, le mépris de la ligne droite, les finesses, tout révèle en lui riiunime convaincu des nécessités triviales d'un parti qui va faire banqueroute. Il ergote sur le bilan; il assure , que H. Veuiilot a trahi, a manqué aux promesses; à chaque page il plaide |X)ur un concordat; c'est l'homme indispensable dans une li(|Liiiiaiiyn. M. de Montalembert nesait pas assez et li. Veuiilot ne sait pas du tout transiger; mais que deviendrait-on, et' à quoi aiiriverait-on aujourd'hui, si l'on ne savait pas transiger sulti^ iuiiueiit et à tout propos? Le parti catholique ne pouvant plus être sauvé comme but, il faut en tirer parti comme moyen ; et c'est là la tâche de M. de Falloux, tâche ingénieuse mais ingrate, qui n'aboutira pas à cause de la résistance des choses, mais sans faire absolument tort à rhabileté de son auteur*
Depuis 1846, qui a vu entrer M. de Falloux dans la vie politique, notre inquisiteur s'est exercé aux grandes et aux petites manœuvres qu'il exécute dans ce moment-ci. Hostile à M. Guizot, dédaignant le gouvernement du juste-milieu, comme tout gentilhomme authentique devait le faire, M. de Falloux jura en 1848 que la société ne pouvait plus être
Ui ' ÊCCUVÂIKS ET liÛMM£S D£ L£TTH£S
sauvée que par la liberté. On le vit alors, et depuis, avec une légèreté, une souplesse, une vivacité, qui n'avaient plus d analogie avec son style, caresser M. de Lamartine, cultiver M. Mamist, sourire au général Cavaignac, donner la main è M. Pierre Leroux, et s^aluer dansM. de Persigny une influence qui valait un portefeuille. Ces essais successifs ont meublé rimagination de H. de Falloux et donné du ressort et du jarret à son ambition. Mais le haut fait, l'œuvre par excellence, le coup d éclat de ce diplomate doucereux, ce fut son rapport contre les ateliers nationaux.
Deux oatholîques jouèrent leur r6le dans les journées de juin, et représentèrent les deux extriiuités de la foi, celle qui se traîne dans les boues humaines et celle qui touche au ciel, La première expérience fut faite par cet orateur bilieux et gourmé qui jeta sans pâlir son étincelle sur la poudre ; la seconde, par ce preiat qui s otïrit coiame une rançon, et qui monta, un rameau à la main, sur les barricadea, pour prêcher la paix, avec autant d^assurance que M. de Falloux en avait mniitré à la iribime pour provoquer la guerre. L'archevêque fut tué, et M. de l?alloux a bientôt un discours à débiter à l'Académie; s'il manque de matière, nous rengageons à con^ sacrer une page à ce martyr, dont on ignore encore le meurtrier, c'est-à-dire la main qui lâcha la détente du fusil.
Ën somme» historien sans portée, politique sans idée, diplomate sans grandeur, catholique sans générosité, habile sans esprit de suite, ambitieux sans fierté, M. de Falloux n'occupera dans le souvenir qu une place obscure parmi ces instruments subalternes qui n'ont eu pour inspiration et pour génie que Tardeur des parvenus. Introduit de fraîche date, et par une sorte de tolérance, dans la noblesse, dans ki poliii.jue, dans la littérature, il s'est efforcé de payer partout sa bienvenue par un excès de zèle. Sa campagne contre M. Veuiilot en est une nouvelle preuve. Il est arrivé à tout ce que pouvait mesurer son ambition ; il n'a plus qu'à se faire pardonner. Si nous osions nous servir de la langue dont M. Veuiilot a le
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LE PARU CATHOUQUE 945
brevet^ nous dirions, en empruntant au journaliste catholique une épithète qu'il affectionne et dont il s'est servi pour nous ne savons plus qui, que M. de Fallonx; lui aussi, est un navet; mais c'est un navet qu'on croit vénéneux et qui n'est
. que malsain.
M. de Montalembert a créé inutilement le parti catholique. M. de Fiillûux essaye vainement de le rattacher aux couibinaisons du parlementarisme aux abois. Celui qui aura la gloire et le triste privilège d'en être le dernier représentant et d'en conduire, bon gré, mal gré, le deuil, c'est M. Veuillot. • Ce journalisle paraît un prubUme: ce n'est qu'un rébus. On ne sait, au premier aspect» comment définir cet esprit réel, mais sans mesure et sans bon sens, qui a le mot pour rire, jamais le mot pour toucher et puur cnn\ aincre, qui met le langage des estaminets au service de l'I^lise et qui transforme rÊvangile en parade de tréteaux. On s'est demandé si ce bouffon était sincère; si sa piété triviale n'était pas une ironie; s'il ne se grimait pas en Triboulet orthodoxe pour faire son chemin par le ridicule ; s'il n'avait pas uniquement Tambition du grotesque. M. de Falloux, qui, en qualité de
' chef dans le parti, connaît le fort et le faible de ses anciens amis, et qui sait à quoi s'en tenir sur les intentions, a accusé M. Veuillot de s'être mis à l'encan et de se vendre; il parait qu^ôn est sujet à caution dans les rangs de cette armée-là. Pour nous, il nous semble qu'on fait honneur h M. Veuillot de trop d'art et de trop de perfidie. C'est un écrivain brutal, grossier, inconvenant, funeste à la religion, incapable de réserve; mais il veut ôtre convaincu. Quand, la lùvre écumanie et le front blême de fureur, il va s'incliner devant l'autel, il n'a pas conscience de son sacrilège. C'est un tempérament qui se satisfait; ce n*est pas un hypocrite. Il a la foi capiteuse ; toute polémique le pousse à l'ivresse j c'est un ivrogne d*eau bénite.
Ces natures ne sont pas de ce siècle; aussi la grande originalité du rédacteur en chef de V Univers tient-elle à son ana-
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346 ÉCRlYAlIiS £T UÛMMKS D£ LETTRES
clironisme. C'est un moine fanatique du moyen âge, ayant le propos rabelaisien; et, si jamais on le faisait iigurer dans une gravure symbolique de celle époque^ci, on devrait mettre sa grimace dans les enlorlillements de la sculpture libre des porches gothiques, parmi ces personnages pieux et impurs qui gambadent au sommet des piliers .de nos calbédrales.
Je ne connais pas, et je ne tiens pas à connaître la jeunesse de M. Veuillot. Mais il paraît qu'elle a eu ses orages, puisqu'elle a amené des repentirs. Puis, un j|our, quelque terreur a saisi ce païen ; la grâce, ou peut-être la crainte de l'enfer, Ta pris violemment à la gorge; il a été frappé de conversion, comme on est liappé d'apoplexie ; la bouche ouverte poin une chanson a hurlé un cantique ; mais c'est toujours le même tempérament sans tempérance, la même allure. H. Veuillot est un matérialiste qui repose ses instincts, son amour d'une sécurité sensuelle, dans une formule. U n*e$t pas arrivé à la foi, lentement, graduellement, avec effort, par le doute, par la méditation, par l'étude. Son mépris grossier des inquiétudes de l'esprit le démontre suilisamment. L'homme qui a souffert, qui a médité, qui a pleuré, qui a prié, est lent à condamner, ne maudit jamais, louche avec compassion au doute des autres et craint de froisser des plaies qu'il a senties en lui.
Mais M. Veuillot, qui n'a pas eu de Ihélanoolie, ne sent pas ^
le besoin de la charité. 11 s'est débarrassé une bonne fois des anxiétés de lavenir ; il s'est assuré contre les angoisses de la pensée, contre ses chances, en prenant un abonnement de garantie à l'Église ; il ne voit pas plus loin. Que chacun en fasse autant que lui, et vogue la galère 1 Voilà sa religion. U ne veut pas être damné, et il croit se faire un mérite en enfer de damner les autres. C'est là toute sa finesse. Du reste, acceptant, exagérant, outrant les dogmes dont il se repaît, il croit en aveugle et il frappe en sourd.
On ne peut expliquer que par cette foi enragée et de parti pris les incartades perpétuelles de cet homme d'esprit. Il
mille avec verve quelques-uns de ses adversaires, il a des
éclairs do polémique qui lui allirenl des rieurs; mais, en
.vu?.: ■ ^ • -
sont le^Sbfttiment effroyable réservé à ceux qui méconnaissent
l'observatiuii ilu dimanche. 11 a osé dire <jue los deuils de famille du roi ilc Piémont éiaient les représailles du Ciel contre U|^ ji|jpc^ libéral, et, quelque temps après, lui*même, lé catholique imperturbable, il était frappé dans les siens. Que dii^it-il, nous autres, dumocrales, libres penseurs, qui croyons aussi è la Providence, nous nous servions des mômes armes et nous affirmions h notre tour que fléaux publics et priv(^^ »uiu deô cliatuuents infligée pour vi m ^t la raison ouhagé04. la liberté de conscience méconnue M. Veuillot croit à la Sajette^ à cette mystification audacieuse qui est en même temps une bonne specuialiuii, |)uisqu'elle rap(>orlo onviiua deux cent cinquante mille francs par la vente des (ioles; et, si la police correctionnelle, de quij'elèvent ces affaires, se mêlait un jour de cette comédie, où Ton fait intorv enir la sainte Vierge dans le Cû$luuic do Suzanne «lu Mariage de Figaro, U, S millot, y»tterait son broc d*eau bénite à la tète des incrédules et n'affirmerait qu'avec plus d'audace.
^ IgUOXaut, disculaiil moins (jue lieiiuiicanl, Uailanl la llico-
logid comme un tas de pavés où il prend des armes et non des raisonnements, M. Veuillot violente une partie du clergé, qui
se iiiu^uo luul Las de ses hérésies. Au reste, il ne [)ermel pas rei^men de son Credo. Lors de la qu(*relle, n proposées clas^ siques, M. Landriot, alors vicaire générai à Àutun, publia un exuaii de cent à cent cinquante propositions tirées textuelléjnent de ïLuivers, et qui toutes dcmoutraieut que fe! m im ih jésuites n*est au fond qu'un janséniste condamné, àl. Veuillot n'a pas répondu. La congrégation de l'Index a reconnu dernièremeiil que la raison avait Icthuitetle puovoir de <li UKin-
irer rexbteDce d« i)«u. k sjWUialité de l àme. la liberté de
La raison, qui n*avait pas besoin de ce permis, a oublië de remercier.
M. Veuillol ne sVst pas senti atteint. 11 continue, en dépil de cet avis sigaiûcatif, à soutenir que la raison est impuissante à rien démontrer.
Ce qui distingue cet écrivain et en (jui explique la contradiction entre l'esprit de l'homme et la foi du catholique, c'est eetle absence perpétuelle de sang-froid, de douceur, de man* suétude. Ce chrétien n*d jamais écrit une page de raisonnement calme, de méditation; il n*a jamais essayé de convaincre, d'émouvoir. Toujours l'injure! toujours les poings fermés, là bouche tordue !
Je lisais ces jours derniers, dans un journal de plirénologie, les observations faites sur le crâne de M. Veuillot. L'observateur assurait que la bosse de la vénération était complètement absente, et que ce dévot ne croyait pas à Dieu, mais seulement au diable. Je ne sais si M. Veuillot a permis qu'on lui palpât les protubérances cérébrales ; mais je crois que le phrénologue a raison; la science peut se tromper, le^savant dit vrai. M. Veuillot croît au diable cornu, fourclui, du rnoyen âge, beaucoup plus qu'à Dieu. Voilà pourquoi il brûle, il rôtit, il embroche, il prie comme on blasphème.
Je conçois qu'une religion si matérialiste, si grossière, si malapprise, dérange les diplomaties et heurte les habitudes de M. de Falloux. Je comprends qu'il répugne à ces académt* ciens, a ces gentilshommes, h ces marguillîers dé bonne compagnie, d'être confondus avec ce truand. Mais ils auront beau faire, ce truand est dans la même rcaite qu'eux, il y est plus directement qu'eux; tant pis pour eux, tant pis pour leur parti \ Cet insu i tour de la raison, cet homme qui nie tout progrès, toute intelligence, qui traite Molière de moineau lascif, Henri IV de pourceau, qui injurie toutes nos gloires littéraires, cet opiniâtre démolisseur, ce malotru, est sincère et suit le programme. Il a seulement la maladresse de ne pas le dissimuler assez, de le laisser trop voir. Sa franchise bourrue
LE PARTI GATHOUQUB 249
est son plus grand tort. Vous nvèz raison, esprits raflinés, de vous indigner de ses brutalités ; il a raison de vous mettre au défi de prouver (ju'il -est traître. « La ligne catliolique, dit-il, est avec aïoi. » Et il le prouve. Dénoncé par tous et partout» il n*est condamné nulle part. A Rome, malgré son cynismoi ses outrages à )a raison, au bon goût, aux convenances, à la chanté la plus vulgaire, on a osé, tont au plus, lui donner des conseils» hasarder de timides réflexions ; mais on. n*a pas osé, on n*a pas pu le désavouer. Que répondres-vous à cette preuve?
Acceptez-le donc, en dépit de vous, comme votre allié, comme votre complice, comme votre successeur. Il compromet la ligne catholique, c'est vrai ; mais vous laviez déjà compromise! Il rend odieux et ridicule un parti que vous avies déjà rendu impuissant ; il creuse la tombe des idées que vous aviez déjà à moitié frappées; c'est vrai! Mais il est coupable autrement que vous, sans Têtre plus que vous, et votre désaveu augmentera, constatera les misères du parti, sans faire peser sur lui seul la responsabilité, et surtout sans tous innocenter.
Ainsi, c'est In un point essentiel qu'il ne faut pas oublier, la campagne de N. de Falloux contre M. Yeuillot et la réplique de celui-ci prouvent tout ce qu'elles avancent comme réquisitoires et ne prouvent rien comme apologies; et il est impossible, après ces accusations publiques et les aveux dé ces nuances diverses et hostiles de la même opinion, de ne pas conclure au dépérisseuicnl, à la mon prochaine du parti. C'est par cette constatation que nous poursuivrons, que nous terminerons cette étude. « De pareils débats, a dit M. de Falloux en commençant ses attaques contre ri7ntt;m, ne se justifient qu'en s'épuisant. » Nous prenons ces paroles pour nous. La vivacité de nos appréciations, la sévérité de nos portraits, pourraient passer pour du dénigrement, si nous ne prouvions pns jusqu'à l'épuisement, jusqu'à satiété, la th«Vse que nous soutenons. Nous n'avons de imioe contre personne; nous
n'avons jamais été séduit par M. de liontalembert, trompé par
M. do Falloiix, injurié par M. Veuillol. Nous n'avons donc pas à nous venger de nos propres désiiiusionâ m de procédés mauvais. Encore une fois, il nous a semblé que ce débat avait sa moralité : nous cherchons à la dégager* Esi^e notre faute si la vérité est un pauif filet pour ces messieurs, et si, dans l'irritation de l'impuissance, dans le désappointement de rinsuccès, ils se font réciproquement des reproches qui sont tous acceptés par le public et qui servent à les condamner tous? La forteresse, ou plutôt, puisque M. Veuillol bV trouve, le corps de garde du parti catholique est devenu une espèce de tour d'Ugolin, où chacun cherche à dévorer son voisin pour se sauver soi-même. M. Veuillot, qui a plus d'ongles et de dents que ses rivaux, survivra le dernier; mais il mourra de cette victoire. Nous avons dit quelles étaient les victimes : voyons maintenant à quelle heure de leur agonie nous les surprenons.
ni
Quand nous parlons de la Un probable et prochaine du parti catholique, nous ne songeons qu'à cette coalition des ambitions humaines qui a pris les inlérêts religieux pour prétexte. Le dogme en lui-même échappe à cette étude. iMous tenons à faire expressément noa réserves à cet égard, moins par peur de la calomnie que par esprit de méthode et par scrupule de conscience. La question religieuse a besoin d'être abordée avec plus de Science et plus d'autorité. Elle n est pas en dehors des préoccupations les plus ardentes du siècle; elle est simplement en dehors de ce travail tout spécial. Qu'on ne se méprenne donc pas à nos paroles ni à nos inienùons. Nous ne disons pas cela pour nos adversaires, qui se méprendront toujours volontairement.
M. de Falloux, chargé d'en finir avec M. Veuiilut, a rempli
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LE PARTI CàTUOUQUË SSl
cette tâche périlleuse, avoub-uous dit, avec uuc finesse d'homme d^affaires. Peut-être même l'iiabileté va-t-elle jus* qu^à donner souvent des entorses à la vérité ! liais, si Tintérét
du ciel n'autorisait pas ces petites perfidies, on n auraitjatjiais de pirétaxte pour les cuiumctlrc, ce <|ui .serait un (Muharras sérieai pour Timperfection et la malignité humaines. M. Yeuillot a répondu nellemenl, et, par oxceplion, avec une uiosure mii prouve uiic eiiiDtion pruionde. L'iiuiuiue qu'où chercbe à noyer ne fait pas d'épigraromes en se débattant. On pourrait même, à la rigueur, supposer que les rôles sont intervertis, que M. de l alli>u\ est le juuuialiste et M. Veuillot le gentilhomme. Après tout, ils se valeut, ils sont égaux eu tactique, et ils l'étaient,, avant i82i5» en noblesse.
c lias questions religieuses ont une opportunité étornelie, dit M. de Failoux avec eolte solennité ([u'ou a ioujdurs dans un début; dés qu'on les croit mal servies, dès qu'on les sent compromises, on a<t tenté de rentrer en lice et de recommencer les glands comli lîs. y, Nous trouvons, nous aussi, que ces questiojQS-là ne perdent jamais de leur actualité; mais nous pensons qx^e, si elles sont mal servies, que si. elles sont compromises, le besoin le plus pressant serait de les servir mieux, de les aider pai unz* le plus éclaiié. Vuu> pensez (|ue M. \euillot trahit la cause par son intempérance^ Llïorcez-vous de la sauver. Hais installer un conseil de guerre sur le champ de bataille, et juger ses (■oui[)aguons (Tariuos quand renneuiin'a pas brûlé sa dernière cartouche, bien au contraire, c'est montrer plus de jalousie, plus de rancune que de soins du drapeau.
Pourtant, nous dir;<-t-on, si M. Veuillot est un allié dangereux, il faut IN'Iiniiner au plus vite. Soit; à la condition que, cet allié parti, il restera des troupes dans l'armée. Or» nous ne voyons pas trop, si M. Veuillot se taisait, quelle voiy pourrait remplacer la sienne. Par une nécessité, par une ironie de son impuissance, M. de Failoux est donc amené à tirer sur ses troupes et à compromettre sa cause, pour dégager son
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ÉCHlVÂliiS ET UOMMËS DE LEIÏHES
a tuour™ propre, sa \ai]iié personnelle, qui se sent outragée par . une alliance de- mauvais goût. * "
M. Yeuiliot ne suil pas absolameni dans sa réplique Tordoniiance stratégique du plan de M. de Falloux. Il a hùte de renvoyer les injures, et s entendant reprocher ses maladresses et ses fureurs, il reproche à ses adversaires leurs palÎDodtes , leurs cakuls. — J'ai attaqué VEncyclapédiey le dix-buîtième siècle et Mirabeau, s'écrie-t-il. Mais avez-vousle droit de m'en faire un crime, vous qui parlez aujourd'hui de 89, après ravoir maudit, et qui avez tracé dans Thistoire de Louis XVI un portrait odieux du formidable orateur? Vous frappez vos med culpd^uT ma poitnnel — Et [ Univers prouve dans une note les contradictions deses adversaires. Toute la différence, toute l'inimitié des deux amis est dans cette particularité. Absurde, violent, acharné à tout dénigrer, M. Veuillot ne se repent, ne se dément jamais. Il a Teutêtement d une haine fé- ^ roce contre toute idée, contre toute liberté. M. de Falloux accommode ses sentiments aux besoins de son ambition. L'un ne bouge jamais, Tautre varie sans cesse; l'un ne veut pas avancer, l'autre va continuetlement de droite à gauche et de gauche à droite; mais aucun d'eux né suit une route qui conduise à quelque chose, et il est aussi inijMissible d'être guidé par celle borne que de se régler sur cette girouette. Ainsi, de leur dé* monstration même il résulte que les uns sont toujours et obstinément en dehors du courant du siècle-, les autres s*y plongent par intervalles et par calcul; mais aucun n'y vit et ne tient à y vivre.
Descendant au fond de la querelle, M. Veuillot dénonce les
dénonciateurs et allinne que la raison de cette grande colère est le relus de VlJnivers de s'engager dans la fusion, parti actuel de M. de Falloux. Voilà donc la misère de ce débat! L'opportunité éternelle des idées religieuses mise en avant, le ciel, la terre, le monde, la liberté, tout ce qu'on invoque n'est qu'une fantasmagorie pour dissimuler ce grief sérieux : L Univers n'a pas voulu entrer dans la fusion !
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LK PARTI GATHOUQUE 255
La fusion I voilà le salut» Taveoir; le port! C'était bien ia peine de constituer avec tant de gestes et d'éloquence le parti
catholique, pour le faire aboutir à celte combinaison ! Quelle chute! Et parce qu il s est refusé à toute trau^aciion, M. Veuiilot, qae les subtilités ne séduisent pas, est accusé de s*étre vendit I Noms croyons sincèrement que le reproche est fauT, et M. dt3 t ;iilMiix le sait peut-être bien aussi. M. VeuiUol u a pasdù se vendre, parce que nous ne voyons pas ({uelle nécessité poussait' à Tacbeter. Il explique ses sympathies par des raisons fort spécieuses, et, sans entrer dans celte question, délicate sur plus d uu point, nous trouvons qu iln*est pds bcsmt de supposer dé mystérieuses influences pour donner la raison de Vattitude actuelle de VUnivers, Qu'est-ce qui peut s'opposer, eu bonne bgique, à ce que M. Wniilnt i mbrasse M. Granier de Cassagnac sur les deux joues, par exemple^ et rappelle son fréret Ils ont le même tempérament, la même intelligence de l'histoire, ils en dégagent la même morale, et qih'l<|U6[ois le uitiuie style; ils ^oiit liuu [)yur ^"unir.
La colère rend M. de Falloux injuste. Mais il est bon de constater, en s*y arrêtant, les procédés de polémique de ces ebretiens. La brochure de M. de Falloux veut dire: bomnie vénal! Celle de M. YeuUlot répond : homme ambitieux et sans principe l Voilà ce qu'on appelle servir les idées éternelles! Voilé à quelle estime aboutit parmi ces gens-là Talliance, la coiuniuiiiiute de drapeau î
La portion la plus impnrt; nto, Iri plus curieuse à observer de eè» diatribes, est celle-ci: M. de Falloux reproche à Wni^ vers de ni iM^iiier un peu trop de libéralisme, de n'avoir pas Sttf dans certaines cncujibtances délicates, pactiser avec des hommes que la crainte de ia révolution pouvait amener à accepter le concours des catholiques. H. Veuillot répond sans ambages que lu pai U catliuiujue n'est pas libtial. Il se nioquo deï Journaux qui essayèrent, sons la république, lalliance impossible de la sacristie et de la liberté; il raille l'Ère nonvelle, dont lea lamentations le touchaient aussi peu que Ifs
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ÈGRlVAtf<6 ET UOIUIKS J>fi LËrXHKS
rugUsertienU de lapresse rouge; et il i a[>pelle avec orgueil que le parti catholique, disséminé tout entier dans. le parti de l'ordre, étail eswiitielleinêiil ufUidémoùriUe. Voilà la vérité, brutale comme un soufflet, mais aussi la vérité vraie ! Yoilà ce que M. de Failoux voudrait pouvoir cacher, dissimuler, entortiller dans des phrases cauteleuses, mais voilà ce qui ressort clairement et ce qui restera de la guerre. Voilà, avec le peu d'estime des membres du paru catholique les uns pour les autres, la moralité de cette discussion. Les politiques eatboliques sont tous, par nature, {lar devoir, par obligation, antîdémocrates. Quand ils affectent le contraire, ils désertent, ils manquent à la tradition, et, si V Univers a survécu à VÈre nûnwelle, aux feuilles éphémères, si ce journal n'a pas été blâmé ni mis en interdit, e*est qu'il a, «comme il Tassure, la vraie ligne catholique, c'est (ju il csL, dil-il, aniidemocrale.
De part et d'autre on a entrepris T histoire du parti ; de part et d'autre on attribue son orif ine à la nécessité de la liberté de renseignement. Nous avons dit comment ralliance catholique avait au début des devoirs plus grands, plus élevés, et répondait à des sollicitations plus pressantes. M. Veuillot suit et raconte les petites manoeuvres de M. de Failoux, et nous le montre sachant dissimuler à propos sa cocarde, quand la cocarde pouvait déplaire. Écoutes plutôt :
« LeS4 février, H. de Failoux quitta Paris et se rendit à Angers, où l'appelait sa siiuaiion. 11 y parla des assemblées qui venaient d expirer, avec plus de mépris que nous n'en avions nousHnéme; du peuple de Paris et de la Révolution avec plus d'enthousiasme que nous n'en pouvions éprouver. M. de l'alloux se servit de la langue du temps Il lui échappa
* n a paru depuis quelques jours une brochure, composée surtout de t itaiions, cl qui n pour cllet de dénionlifr que M. Vcuillol s'est sonvent contredit, et que Vffnwers a cédt- eu a|ip;»r<-nro à !.i ront.iLrion pu iK/»8; c'est-à-dire qu'il a parlé aussi quelque peu la langue déinoi raîtifuc de l époque. Cela prouve que les esprits les plus entiers onl Icuis heures di; finesse, de roueiies; uiais cela ne prouve rien contre les intentions réelles lit authentiques de l'Univers.
Lë PAHTl CATHOLIQUE 255
des paroles qui feraient suurire aujuurtrinji, Quoique daii5> un pays profondément religieux, il laissa de côté son petit laurier catholique. Ses amis, relevant ses services comme député, appuyèrent sur le rôle qu'il avait rempli dans la question de la réforme postale. »
Mais ce n'est pas tout. Il y a longtemps que H. de Falloux en veut à son propre parti, et qu'il a pris Thabitude de l'immoler à ses intérêts [Ji ivôs. Au mois d'avril 1848, Vllfiion de tOuestf qui recevait ses confidences et ses inspirations, pubUait un article où Ton affirmait que le parti catholique devait se débander :
« Y a-t-il lieu de maintenir désormais, oui ou non, la position, la stratégie, VorganisaUon de ce qu'on appelait récem*ment le parti catholique? Après mûre réflexion et un certain effort personnel, nous nous prononçons pour la négative. Nous le répétons tous les jours : il n'y a plus de partis. Ëh bien, nous ne souB»entendons pas une exception pour le parti catholique. ))
L article fut attribué à M. de.Falloux, ajoute M. Veuillot. Peu de jours auparavant, dans le cercle catholique d* Angers, il avait soutenu la môme thèse avec tant de succès, que celte association s'était immédiatement dissoute et n'a jamais pu se reformer depuis*
Et VVnivers, continuant ses révélations, dit encore :
« Une lettre particulière nous parvenait en mémo temp< <\\w V Union de L'Ouent^ nous jniant de ne nen contester ^ pour ne point déranger des combinaisons électorales qui deuaient assurer Vélection de^ chefs rfw parti catholique dam l'Anjou. lielte stratégie nous ediliait médiocrement. »
Comprend-on tout ce qu'il y avait d'habileté ingénieuse, de diplomatie et surtout de courage dans un pareil procédé? Pour se faire élire, M. de Falloux mettait son drapeau dans sa poche et engageait ses amis à en faire autant. Ces hommes, qui n'ont de catholique que le nom, ne peuvent faire leur chemin qu'en reniant le catholicisme, et toutes les fois que
250 ÉCRIVAINS ËT HOMIIES DE LETTRES
M. de Falloux reproche à ses alliés leurs maladresses, il leur fait un crime de ce qu*îls peuvent avoir de convictions.
Ne laissant daiïs Tombro aucune circonstance, décidé à nous édifier complétemeut sur ses anciens amis, M. Veuillot raconte comment H. de Montalembert prit un parti pins hih'OÏqiLe quo celui de la retiaitc, quand il se sentit seul de son bord à la Gonsliluanle. Craignant à la fois de repousser les idées de iramaction et de les inireduire, il sefidt par le faii à la suite de M. de FalUmx. Ce fut une grande victoire pour ce dernier, la seule qu'il obtint jamais. M. deFalloux n'avait guère de scrupules : le peu qu'il en eut fut dissimulé. Il mita profit Tabdication de M. de Montalembert pour nouer partout des liens d'aniilié aussi solides sans doute que ceux qu'il rompt maintenant avec I Lnifm. Ces alliances, toutefois, lui valurent une certaine prépondérance dans les couloirs des assemblées, ce qui n'était pas à dédaigner, el lui valent aujourd*hui sa place à l'Académie, ce qui, comme» chacun sait, n'est ni plus ni moins que l'immortalité.
M. de Falloux, voulant à tout prii^ enregistrer un triomphe au compte de son ai niée, reproche amèrenient à M. Veuillot d'avoir fait chorus avec le Natioml, la Hélorme, le Siède, pour attaquer cette loi sur renseignement, qui fut Tœuvre, la mission remplie, la consolation et la joie du parti catholique. L' Univers répond avec raison que cette loi de compromis, qui n'établissait ni la liberté ni Tinfluence décisive de rËglise, devait déplaire à toutes les opinions radicales et qui se prétendent convaincues. 11 n'y avait que les hommes de fusion, de terme moyen, pour applaudir à cet effacement des principes, et c'est vraiment un reproche singulier, grotesque même, que celui qu i esi adressé à M. Veuillot, « de [aire, simultanément avec le Siècle, la guerre anx modérés. » Mais quoi ! la modération est-elle donc devenue, 6 farouche inquisiteur! une vertu efficace et divine! Est-on ennemi de la douceur (nous ne parlons pas pour VVnivers), parce qu'on ne veut pas de ces lois insuffisantes qui n'établissent rien et qui sont des
LË PARTI CATHOLIQUE »1
ponts volants jetés entre les auibi lions jalouses de s'aider, liiipatîeotes de se prêter appui ? H. Veuillota combattu cette loi ; à son point de vue il eut raison, comme au nôtre, en dédaignant cette liberté restreinte, nous étions sincères et lidèles. Itoiâ les iiuiiiaies pour qui les drapeaux sout pesants^ qui avaient tiré de leurs convictions apparentes assez de profit pouf ne plus tenir à leur programme, ces gens-là devaient accepter la loi avec empressement, conime uu prétexte puui se débamsser de la responsabilité de leur conscience et du fardea«d'une mission .
Ainsi le parti catholique devait se déclarer satisfait, content, récompensé par cette conquête 1 Ainsi il n'avait plus rien à dire, plus rien à faire, plus de pro[)agande a exercer, une fois la loi votée 1 Le monde était sauvé.
M. de Falloux dit dans sa brochure :
c Que le christianisme ait des ennemis, cela est malheureu" mnent vrai et le sera de tout temps. Nous louerons volontiers les journaux catholiques d'avoir résulùment tenvi tf^te aux plus opiniâtres et. aux plus nudacieux* Nous souhaiterions même que les journaux religieux rendissent plus souvent au clergé et aux fidèles le service de réfuter Verretir savante en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, comme en France. Feuerbach ou Proudhon, Straus ou Ewald, Bunsen ou Hicbelet^ sans cesse qualifiés, rarement combattus, vaudraient la peine d'être terrasses, selon la aiélhode des grands apologistes chrétiens, par la supériorité de la science, par la vigueur des raisons, non par des exécutions sommaires et des épigrammes; et ce qu'on ne pourrait entreprendre j)ar soi-même, il faudrait 1 emprunter aux travaux des savants laborieux, des théologiens autorisés, et leur prêter la popularité d'une publicité quotidienne. »
Eh bien, cette réiulalion que vous ^ouhaUei iez de IVtiivers et que [ Univers ne peut pas entreprendre, parce qu'il faut, pour réfuter, des raisons, de la science, des preuves, de la modération, et que M. Veuillot n'a jamais à offrir que des colères
et des injures, ce qui esl plus facile et pins oommode, celle
réfutation est-elie dune devenue tout à coup inutile? Que ne la commencez-vous? Quand donc en doniierez-vous le signal et l'exemple? Ce qui n*est pas possible dans le journal Tl/nivers, allons, théologiens laïques, catholiques habiles, osez-le, essayez-le 1 Mais non ; vous n'eu ^>âvez pas plus que lui. En faisant des questions religieuses un prétexte pour des organisations politiques, vous avez ouvert la voie des intrigues, vous avez tari la source de toute pro[)agan(le, de toute effusion. Vous reprochez un silence dont vous êtes les premiers coupables; une maladresse dont vous êtes tes premières preuves. Vous vous faites une arme de cette accusation, qui serait en effet trèsfondée et à laquelle nous applaudinuus de grand cœur, parce que, nous aussi, nous surtout, nous voulons le débat, la discus» sion, la lutte au grand jour; mais danslesecreidu cœur, vous ne désirez aucune polémique ; vous la redoutez, vousTétouffez ou vous la ûliangez en pamphlet. Vous fuyez la controverse; vous aimez mieux transiger toujours et perdre ce que vous croyez gagner par des marchés qui ne font que des dupes.
Toute la brochure de M. de Falloux aboutit à ceci : — Le parti catholique est aux expédients et aux abois. Noussom«> mes trop habiles pour convenir que nous entrons pour quel- (jue chose dans sa ruine. Nous sommes si fins ! et nous nous sommes tant remues 1 Biais c'est vous, catholiques eadiablé:^, qui, par vos clameurs, vos injures, nous avez valu cette impo* pularitë. Aujourd'hui vous nous desservez par vos incartades; hier vous avez refusé de nous aider (hms une œuvre qui nous réconciliait avec des gens bien utiles ; c'est donc vous que nous dénonçons, c'est vous que nous chargeons de toute la responsabilité. Soyez maudits !
Et VVnivers semble répondre ; — J'ai une consigne; je Tai prise ou je l'ai reçue, mais je la remplis. Je n'entre pas dans vos calculs ; je suis fondé pour nier le progrés, pour souffler sur tonte lumière, pour faire obstacle à toute liberté. Je ne me dépars jamais de cette régie ; votre libéralisme est
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une défection. C'est voas qui avez perdu noire drapeau, en le
faisant reteindre trop souvent !
Or M. de Falloux réplique : — Vous êtes satisfait quand nous ne le souimes pas. Donc vous vous'ètes vendu, i IMs riJmi^v répond : — Je n'ai pas besoin da me ven*
dre: iii.iK <jii iiuiîez-vous lait, vmib, si vous a vicz rencontré des acheteurs t
Hiua^retounierions longtemps ces deux réquisitoires, sans
trouver autre cliose que ces aimables reproches. Les épigraihuies de M. Yeuiliût s<»iit meilleures que celle> de iM. de
'PaMwxi Ëeoutei avec quetie railleuse humilité cette bonne '^mMVVnwers slncthfe devant son adver^îre :
n II est iinpussiiile tjue M. de Falloux, lioimne de lieguclatioDs^ d'accommodements, de raccommodements et de fusion, légMéMstè agréable à M. Thîers, catholique agr^bleà H. Cousiii, i'L'i !\aiu ioligieux ai?réable â rAcadémie, ami de M. de Uontalembert sans asoir rompu avec M. de Persigny ; il est inpiôaftiUe qu'un esprit de ce liant et de cette imperméabilité, ^«qui professe l'amour de la libre discussion, ne puisse pas uous pardonner, après six ans, de lui avoir disputé une vicloife. » '
T'Hl^Ve^illot s'ap|ili<|iie à décoiffer ees messieurs delà belle auréole de maitvi^ iju ils ^ arrangent sur le front avec une complaisance risible. M. de Fnllnnx ne s'oublieH-il pas jusqu'à vouloir insinuer qu'il est exilé, ilélas! le pauvre homme! s'il veut parler de l'esprit et des espérances de son siècle, il a raison ; jamais il n en a été plus éloigné! Quant à M. de Montalembert, si occupé d'expédier partout l'expression inthne de son désappointement; quant à ce barbier de Midas« qui chuchote ses secrets à tous les roseaux sonores, voilà, selon le récit de VUnivers^ que l'on n*a pas démenti, comment sa eonseienoe de gentilhomme, de catholique, de parlementaire, subit l'événement qui semble la troubler si violemment aujourd'hui.
« M. de Nontalemhert vînt au bureau du journal le matin
260 ÉCRIVAINS fiT.BOMIiES Dë LËII'RëS
du 2 décembre, comme il y était venu le soir du 24 février, non pas avec iingoisse ni pour conseiller la r^istanee; bien au contraire! Dans la mairie duX* arrondissement, quatre hommes et un caporal , ranne »u bras, assistaient au dernier soupir de l'Assemblée nationale législative, et fermaient saiis contradiction la petite fenêtre, le vasistas donnant sur k rue, par où M. Berryer venait de haranguer une foule insensible. Comment M. de Falloux, qui a vu la séance du 24 février et la séance du 2 décembre, peut-il croire au régime parlementaire t M. de Montalembert, en te moment-là, n'y croyait fnière et le regrettait peu. Ce fut dans le cabinet du rédacteur en chef, alors absent de Paris, sur son bureau, avec sa piume, qu'il écrivit à plusieurs catholiques des départements pour les presser d'adhérer au coup d'Ltal. M. de Falloux n*a guère pu ignorer ces détails ; M. de Montalembert n*a pu les oublier» et il a dû lire en épreuves le travail de M. de Falloux. Par quel mauvais conseil d'inimitié, par quel besoin de nous décrier ces deux hommes considérables ont-ils pu s'accorder, Tun pour- dire, Tautre pour laisser croire que VVnwers s'était affranchi de Tinfluence de H. de Hontalem* bert depuis 1849, et ([uo le '2 décembre il marchait Jjeul ? iNous •ne ma] cillons pas seuls; nous suivions, de bon gré d^ailleurs, H. de Montalembert, qui tenait la téte d'assez loin. ......
Et après ce récit authentique, F t/mVm, expliquant sa conduite, conamentée avec tant d'aigreur par ses anciens chefs, continue :
« Nous sommes certains d'avoir répondu aux vœux de Tim-
mense majorité de nos amis, comme au désir de M. de Montalembert; et jamais on ne nous persuadera que, dans cette occasion, M. de Falloux lui-même nous ait sincèremem dés^ approuvés. On lui attribuait ce mot ^irituel et vraisemUa» ble : Je fais mmi possible pour paraître résigné ; au fond, je mis Misfait. C'est le résumé de sa conduite. Sans prendre la parole, il permettait à quelques amis de faire connaître ses sentiments, lesquels étaient d'engager les légitimistes à ne
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pas se frcnoneer pour la négative dm$ Vappel qui allait être fait au pays, »
Que devient, en présence de ces révélations, inutiles d'ailleurs, car chacun savait depuis longtemps à quoi s'en tenir» que devient le maintien dédaigneux et superbe de ces boudeurs sans principes? Que sigiiident ces reproches à M. Yeuillot de s'être rallié, de se montrer satisfaitt H vous a obéi, voilà tout. Mais il a la maladresse d'être franc; c'est là son crime. En politique, on doit se promettre à tout le monde et ne se donner à personne. Voilà l'habileté. Ce fut celle des hommes d'État du parti catholique.
Gomme tout doit être un enseignement ironique dans cette querelle, VUriivers fait précisément au Correspondant les reproches qu'il reçoit de M. de Falioux, ceux de ne pas lutter .contre l'ennemi. Ce passage n*est pas le moins spirituel de la réponse :
« Au milieu de tant de chagrins dont { Univers était la causé, le Correspondant se mourait, mais pour renaître; et comme nous en avertissait un prospectas répandu à profusion, pour renaître avec une hostilité non pas plus radicale, mais plus vigoureuse et mieux armée. Nous crûmes alors utile de lu^ donner un conseil. 11 nous semblait qu'il n'avait pas, jusqu'ici, rempli le but d'une revue catholique, n'ayant jamais fait la guerre qu'à ses amis; et que c'était pour cela que son histoire se composait presque exclusivement de prospectus et d'appels de fonds. Nous lui montrions un succès assuré dans une voie a tous égards plus digne. Un journal, disions-nous, est essentiellement une machine de guerre. Si vous ne faites pas la guerre aux ennemis, vous la ferez aux anus. La guerre civUe nest pas ce que les catholiques vous demandent, et vous y périrez encore une fois.
• Cet avertissement n'eut aucun succès. On se récria beaucoup sur la définition du journal. Une machine de guerre ! Point du tout! On voulait au contraire faire une machine
d'amour; on vouhit être tout harmonie, tout tait et tout miel.
m ÉCRIVAINS £T HÛMMF^S DË LETTRES
Depuis ce temps, depuis huit mois, on a publié des articles dé M. Poisset contre V Univers, des articks de M. de Broglie contre VUnivet's, des article» de M. de Moniatembert et du B. P. Lacordaire où Y Univers est attaqué ; et nous voici aux articles de M. de Falloux, qui sont un pamphlet contre VUnivers^, C'est-à-dire que la luacliine de guerre est portée jusqu'à ce point de perfection qui viole le droit des gens. i»
Et, conraie il ne but pas décidément que M. de Falloux se relève de ce pugilat, M. Veuillot l'achève avec une dextérité qu'on ne lui avait jamais vue et que quelques-uns môme ne lui soupçonnaient pas :
« M. de Falloux, on particulier, dil-il, a complètement tort de nous supposer le dessein de Topprimer. S'il ne sait pas supporter une contradiction, c'est sa faute. Lorsqu'il parut se renfermer dans la retraite, nous avons respecté son repos, constaté ses efforts, enregistré ses succès. Où nous a-t-il trouvé sur son chemin ï Et pourquoi l'aurions-nous traversé t Que nous importait qu'il eût la fantaisie de faire couronner ses bestiaux et' de couronner lui-même des gens de lettres? Ces deux ambitions nous paraissaient également légitimes. Nous sommes très-sincèrement du petit nombre de ceux qui reconnaissent à M. de Falloux des titres académique^ véritables» étant d'avis, et l'ayant loujnuis dit, que l'Académie ne doit pas être composée exclusivement d'écrivains» »
Le parti catholique, de l'aven même de ses membres, n^exîste plus; M. Veuillot attribue cette déroute à trois dissolvants énergiques : à la loi de l'enseignement, au coup d'Étal du 2 décembre, à TinCluence académique. Parce qu'on ne s'est pas entendu sur ces trois circonstances, fort étrangères, en apparence, aux idées morales que le catliolicisme représente, mais ft^rt intéressantes pour la vanité de M. do Montaiemberl, Tambition de M. de Falloux, les colères de M. Veuillot; parce que Ton n*a pas eu à propos de ces incidents liumains la même nianicre de voir, la mission a été désertée, on n'a phis d'idées à défendre, de doctrine à combattre. A
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LK PARTI GilTHOUgU£ Usi
quoi tient pourtant \e rachat de rhumanité! Parce qu'on n'a pas pu combiner, concilier , des amours-propres exigeants : Yoilà le désarroi dans la milice sainte, le ciel se refuse à conqoéiff la tmre, ' et là cause étemelle est îgnominîeusenietit sacrifiée à des Fcniiiulcs iiiiiiiilains ! Seiions-nous donc si loin 'lies apiArm^ Le ciel, cjui liccomplit des miracles pour les be< soîoidè^eortftihes tirelires, el qui permet que la sainte Viei^e mmtmièkre en patois, àdei bergers pins ou moins naïfs, des piuplieiies loiiiiidabVs qui ne s'accuiinili^stiut pas, le ciel devrait^ bien donner àtt monde le spectacled'un phénomène bien plttft iim^e^'et plus 'nécessaire» celufr de la paix, de la colacorde, «lu pai'tlnii, entre ceux qui se prél^^iuitiit m\*? défenseurs. Le labarum que ces itu <^ieurs se disputent n est plus un signe ééMoteite^mmn de défaite: Oil parle tous les jotirs» et trèsbÉiit'(tti iGfitnîflr ée Cassàgnaè le répétait encore hier), de la diversité dps assertions philusuphiques, de la cuulu»iuu, de la contra dietiion des écoles, de leur tumulte, D'oiï vient donc queiWne s'èncend pas mieux dans Tarmée catholique? Là, les dogmes sont uns, les convictions devraient s*unir, et Ton ne se rapproclie un jour que pour s entre-dëciiirer le iende< main !
Nous mettons avec soin la question religieuse en dehors de
ces querelles: mais il Détiendrait qu'n nous d'avoir moins d'égards, et le clergé n'a pas notre prudence. Ne voilà-t-il pas qu'il s'émeul et qu'il conûrme ce que nous disions de Torthodoxie farouche du journal YVnivers !
Monseigneur l'évAque d'Arras vient d'adresser au rédacteur en chef de VAmi de la religimi une lettre touchante, dans laquelle il plaide avec tendresse la cause de H. Veuillot, qu'il prétend être celle de VÉglfse. La suppression de X Univers se^ rait, ^\iÀ\,unmalhenrf%iblic imir la religion C'est déjà bien assez d'avoir laissé attaquer les Jésuites! Si l'oïi ne défend pas rardeot )oumaliste, la foi se meurt, la foi est morte, et l'on donne aux philosophes l'exécrable joie du triomphe de k raisM.
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S64 ÉCRIVAINS ET iiOMMES Dji LETTRES
« De grtoe, s'écrie le prélat, voyez donc derrière vous ceux
que vous allez faire rire d'un rite infernal, et voyez donc devant vous ceux qui versent des larmes saintes et dont vous ailes aigrir les plaies, m 11 est incontestable que nous «ppirtenons à la légion maudite qui doit se réjouir, avec un rire infernal, de la déconfiture du journal V Univers, Nous ne savions pas être si sataniques. Hais à une époque où Ton s'étudie de toutes parts à tuer le diable ou a le transfigurer, espérons que nous serons rachetés et purifu^s par les larinos saintes que U. Yeuillot va sans doute répandre. S'il pleure» il n'y parait guère. Je crois mênie qu'on pourrait supposer qu'il • rit; mais ce rire est le suprême effort d'une âme torturée. Malgré Tintervention de monseigneur l'évèqued^Arras, intervention dont rbumb(e M. Yeuillot se montre trés^fier, lui si modeste d'bàbitude, le coup mortel est porté. Il y a encore en FraniCB des vrais et des faux chrétiens, des âmes simples qui aimeul l'Évangile, «des âmes multiples qui songent à l'exploiter; il y a encore des catholiques sincères et des tartufes ; mais il n'y a plus, et il n'y aura probablement plus de parti catholique.
Ce serait ne voir qa*un c6té de la question» le plus petit» le moins sérieux, que d'attribuer exclusivement à la brouille de
Bl. de Falioux et de M. Yeuillot la ruine d'un parti qui a fait tant de bruit. U y a à sa mort une raison plus sérieuse, plus réelle ; il est étouffé par la vie qui Tentoure. Il dresse en vain ses pieux cl faihles trebucliets contre le progrès qui marche, contre la raison qui avance. Chaque pas de 1 humanité écrase ces travaux de fourmis, ces obstacles ridicules. En vain, comme nous le di^^ions plus haut, ce parti a eu pour lui pen» dant quelque temps la complicité apparente de toute une époque, Tattendrissement de tous les grands poëtes, le recueille-
LE PARTI GATHOUQUE Wb
ment de tous les grands esprits; en vain M. de Montalembert a lutte avec un incontestable talent et une àpretë habile; en ¥âin M. ddFalloux a inlriguë; en vain M. Yeuillot a rugi; Vavmir D*teit pas là. Le fard est tombé des joues de celte
riioriiia, et iiujyuid liui une insurmoiiiaLle répugiKtiice isole, amoindrit, décourage et fmit par disperser ces utopistes du passé. Toates-ses diplomaties sont percées à jour et réduites à tiéanl." le progrès se trouve en présence de M. VeuîHot, devenu le ganlien de i'arclie, la dernière e\plts^iuIi *lu |»aiuî Quel problème est encore possible t Ëntre cet aboyeur gothique foir Bte'toot, qui blasplième tout, qui nous met sa foi sur la gor^i ;ivfic des vociférations, et le savnnt pâle de ses veilles, souriant de ses espoirs^ qui conduit i humanit<^ v^rs Dieu cl VMt ta liberté, il n'y a pas de conflit possible. Tputes les tilliiéees, toutes les ealomnies, toutes les manœuvres, n*empéchei ont pas 1 aui ui o qui se lève de gagner le ciel, de dissoudre les nuées et de sécher la boue 1 ^boaemarveiUeusel symptôme consolant! la chute du parti catholique coïncide avec une recrudescence de l'esprit religieux. Janiais, à aucune opoque, le pi obleme de la vietuture, da devoir humain, des rapports de la terre avec le ciel, n'a amsi Tivement passionné les esprits. Les désillusions du jour n'irritent plus les âmes, mais !ps poussant à des consolations 'béroiques, à des esperain < s divines. On puise des forces dans inl''«ide éternel. On sent bien que les sources d'iei-bas sont ^«mènipues et faciles à tarir, et on tend de partout les lèvres vcis Dieu. C'est là la raison ila tuus tes livres sincères, eio- '«imiff^qiii ebercbent la vérité à travers le crépuscule. <• "t^WF. lèaè fteynaud , Jules Simon et plusieurs autres sont les témoins et les <?arants de cette fièvre généreuse. Ils fomllunt le ciel pour le savant qui fouill*' la terre ; et devant ce l ih^ur <iÉiié,^iii liti palpiter tontes les âmes, les dépositaires d'une %t il irtiu» ' respectable, les chefs du parti catholique» se cfuerelleni iiiisérablenu iii puni des questions de stratégie, et doni a ent'te spectade delà vanité de leur loi, du mensonge de leur
m ÉCRIVAINS P HOMMES DK LETTRES
piété, de la hâîne qui oroupît au fond de lear charité. Le
champ de bataille n'est [)lus à eux, et ils se chicanent sur le placement et révolution des troupes. Ils assistent, en ne sachant que se lamenter et que calomnier, à eette émulation magnanime. Ils se dis^l les uns aux autres : — Discutes I répondez! — mais ils sentent bien que la réplique leur échappe, et qu'on parle une langue qui n'est plus la leur. >
Ceux qui, se prétendant les plus habiles, essayent une impossible alliance entre le parti catholique et la liberté, ceux-là font plus rapide encore et plus éclatante la démonstration qui ressort de l'histoire de nos troubles depuis soixante ans. Non, le parti catholique ne peut pas être libéral. M. VeuiHot a raison. Lacomniuiiion donnée par Pie IX au journaliste de VUniverse&i un gage, un avis qu'il ne faut pas oublier. Un jour, cette tentation de la liberté pénétra dans Tâme de ce chef de l'Eglise. Ainsi qu'un écrivain, qui a la double qualité du poëte et de Texilé, la racontait dans cette Hevne même, Pie iX entrevit une résurrection subinne de la papauté» une transfiguration, à travers les peuples libres; le pape voulut être Italien; mais, en se levant, il heurta la tiare et se rappela l'inflexible nécessité de son rôle. Qui sait m, dans la solitude de ce pouvoir immuable qui l'emprisonne, il n'a pa^ des heures de mélancolie, d*amertume, où il se rappelle ce moment de touchante hérésie? Ce jour4à, il vit revenir, pour s'amoncder et se confondre sur sa tête, toutes les. bénédictions jetées vainement, depuis des siédca, par ses prédéeeeseurs à travers le monde. Ce qui s'est passé à Rome est une leçon; cette tentative généreuse, qui a failli emporter la papauté» a été suivie d'une défaillance irrémédiable. Le pape a reçu M. Veuillot comme un fils et lui a donné la communion. Le pape a reconnu, n'a pas osé hiAmer la politique de VUnivers. Le monde est donc à M. Veuiliot* C'est lui qui parle Urt^i et Ortn. Voilà l'héritier, le seul rempart, le gardien de lati^iie catholique, la formule extrême!
lin pareil adversaire assure la victoire. Béni soit ce bon
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LE PARTI CATIÏOîJOïlK mtW 2(î7
M. Veuiilot, qui met les consciences à l'aise, et dont l'Cntetement fait tant d'alliôs à la raison ! Béni soit-il, cet homme qui maudit tout le monde, cette espèce de Marat-sacristain à la verve injurieuse, à la colère brutale, dont le sarcasme corrosif brûle son parti, chaque fois qu'il y touche ! C'est en vain qu'on le provoquerait à une lutte courtoise, à une discussion impartiale, à une polémique réfléchie! Il ne sait que frapper, que brûler, que hurler! Plus de science, plus de littérature, plus d'arts, plus de lumière, plus rien ! 11 lui faut les ténèbres. Comment cet homme et son parti prétendraient-ils avoir dos droits sur cette génération studieuse ? A moins de condamner toute manifestation du génie humain, à moins d'imposer l'idiotisme et l'ignorance, il faut bien quelque chose, en dehors des béatitudes célestes, pour cette pauvre imagination terrestre ! Vous qui niez nos œuvres, qui maudissez nos artistes, nos historiens, où sont donc vos tableaux, vos statues, vos livres, vospoëmes? Formulez donc une bonne fois l'esthétique catholique ! De quoi se composeront vos musées, vos bibliothèques, vos sanctuaires pour l'esprit? Nos arts sont corrupteurs, dites-vous? Montrez les vôtres ! Nos livres pervertissent? Écrivez-en de meilleurs! Nos peintures, nos musiques, souillent râme. Ramassez les pinceaux, chantez plus saintement. Que le concert commence ! que le concours soit ouvert ! Vous avez des journaux, une publicité, entrez en lice!
Comment se fait-il donc que nous ayons de notre côté tous les noms illustres dans la science, dans la poésie, dans l'histoire? Pourquoi donc êtes-vous si pauvres que vous soyez réduits à ne pas dédaigner des Nicolardots? Toutes les sommités, toutes les forces vives de la nation, sont de notre côté. Citeznous un génie contemporain qui vous appartienne en propre! Eh bien, au défaut d'autres preuves, je croirais encore ces ré* pondants, ces témoins qui personuiOent l'activité, la marche. Vous tHes forcés de convenir que l'intelligence est une chose funeste, infâme, ou bien que vous l'avez contre vous! C'est la négation qui vous plait. Vous attaquez toutes nos gloires îes
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phis mcoiit6$té€S, les pins populaires. Vous brûles tout : Au bûcher Molière! Cumeille! Au bûcher Housseaui Au bûcher Buffon 1 Moatesquieu ! Au bûeber tout oe qui a fait la grandeur, rhonneur de la France, mais tout ce qui a fait la rëvo-
lutiun !
M. VeuiUot a mille fois raison. Ce que nous lui reprocherons, ce ne sem jamais son iHconséqueneOi U est logique eommenn hibou; puisqu'il ne peut vivre en plein soleil, il n*aura jamais assez de nuit. Voilà pouKjuuî il proscrit toute lumière, voilà pourquoi il déchire ses alliés, quand il les prend pour des vers luisants.
Prenez gai de 1 lui dirons-nous, épaississez les voiles, redoublez de précautions, carie moindre rayon filtrant à travers les obstacles, et descendant au fond de la cpnsdoice, y ferait germer, avec la moindre rêverie, la révolte et la liberté! Hais, comme la colère n'est pas la iorce, comme M. Veuillot ne peut pas faire que tout un peuple désapprenne à lire; comme. le moindre alphabet est une arme. Je moindre banc d*école un trépied, M Veuillot en sera pour ses analhémes, ses clameurs; car sou parti est bien décidément à sa dernière heure.
Il trahit, au surplus, toutes ses affinités pour la tombe, et, comprenant que les morts sont moins rebelles à Tenrôlement que les obstinés qui vivent encore, le parti catholique a une avidité d'accaparement qui ?e satisfait sur les cadavres. Dés qu'un homme important a fermé les yeux, dés qu'une intelligence écoutée et admirée s'est évanouie, à moins d'actes notoires qu'où puisse lui opposer, le parti catholique met les scellés sur la biéare et dit; Elle est à moi I Cette revendication audacieuse s'est exercée jadis sur Jouffroy. On sait aujourd'hui qu'elle n'avait rien de fondé. Elle vient de se renouveler à propos d'Augustin Ibierry. Mélangeant beaucoup d'erreurs à quelques détails vrais, le parti en question a voulu se * faire adjuger un historien dont les dernières années furent une continuelle .Nouniaïu e, et (jui, adroitement attiré vers des a(âes décisifs, a pu faire de vagues promesses,-mais n'a donné
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LE PARTI CilTUCMilQUE 260
aucun gage nutlientique. Quand même encore, ce qui n'est pas exact, M. Augustin Thierry, dans la paralysie des dernières heures, aurait subi des manifestations qu'il ne pouvait repousser-, quand même on eiil arraché à son intelligence vacillante des déclarations qu'il a toujours refusées de MiHirtfMilyqa'en conclui^it-on? Que le parti catholique aime 'Mll«iUMifiMËte, 61 que ceux-là seuls lui sont dociles. Mais contre la jeunesse, contre Tavenir, contre les destinées du pays, qu'est-ce qu' une pareille conquête autorise ? it^^htÊÊ êiÊB des moribonds qui régnez sur des morts) soit ; mais essayez doue de louehei aux vivants !
15 août 1856.
Nous recevons avec quelque étonnement de M. de Môntatembert la lettre suivante, qui serait mieux à sgn adresse dans les colonnes de VUnivers,
^ i A monsieur Lmtis Vlbach,
t Besançon, le 7 septembre 1856.
« Monsieur le rédacteur,
i Je vions seulement d'avoir connaissance de la Reme de
Paris du 15 août 1856, qui contient un article intitulé : Le parti catholique et ses variations. Vous y citez (page 185) un passage de l'écrit récent de M. Veuillot contre M. de Falloux, contenant un prétendu récit de ma conduite lors du coup d'Étal du 2 décembre 1851 . Vous ajoutez que ce récit na pas été démenti et que, par conséquent, il est authentique. <f Un homme public, souvent obligé de critiquer les advor-
270 ÉGRIYAIMS ET HOIOIES DE LETTRES
saires de ses idées el de ses convictioiiSy doit savoir à son tour .supporter la critique, môme quand elle est grossière ou perfide. C'est pourquoi je n*ai jamais opposé que le silence aux attaques dirigées contre moi, tant par les écrivains démocratiques que par les rédacteurs de l'Umiim.Mais tout homme loyal et sensé doit comprendre que le silence gardé devant i' injure ne peut pas servir de garantie au mensonge, et qu'il serait souverainement injuste d'en conclure que Ton admet tout ce que l'on ne conteste pas.
« Telle est cependant, monsieur, la conclusion que vous tirez, en admettant que le récit de M. Veuillot e&i authentique parce qu'il n*a pas été démenti. Vous m'obligez donc à dé* clarer que toyt est controuvé dans le fragment que vous avez cité de M. Veuillot sur moi, comme aussi dans la plupart des nombreux passages de son récent écrit où il est question de moi.
« Dans cet écrit, au lieu de se borner à attaquer, comme il . en avait le droit, mes discours ou mes actes publics, il s'est ferinis d'afficher une sorte d'étude intime sur les impressions et les intentions qu'il m'attribue. Puisque, seuls entre tous les organes de la presse parisienne, vous avez jugé à propos de lui prêter le secours de votre publicité^ trouves bon que j'en use à moîi tour pour opposer un démenti pur et «impie à tout ce que M. Veuillot a cru pouvoir avancer sur mon compte comme sur celui de mon ami, M. de F aiioux. Je ne saurais entrer dans une discussion de détail avec un adversaire aussi habile que violent, passé maître dans la stratégie de l'inveetive, parlant tous les jours, et aidé par vingt subalternes qui se relayent pour achever ses victimes. Je me borne à déclarer .que ma mémoire, ma conscience et mon honneur protestent
a l'euvi contre tout ce qu'il a dit. .lailirme, en outre, qu'il m'a aiuiacieu sèment calomnié en osant prétendre que c'est moi qui, en 1852, ai voulu dumger Vassielte et la eoiàewn dxt camp àeê catholiques. {Vnherg du 3 juillet. )
« Vos préférences pour notre antagoniste sont manifestes.
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LE PARU GATHOUQUE 87i
Elles s'expliquent par le seniiment qui vous fait reconnaître (p. 188) qu'un pareil adversaire tms assure la vicioire. Mais permettez-moi d'ajouter que vos opinions, pas plus que les
miennes, ne doivent cheiclier un refuge dans cette tactique habituelle à VUniverSy faite pour révolter tous les gens d'honnetity el qui consiste à transporter toutes les questions, et surtout les questions reli odieuses, sur un terrain politique où il peut seul user impunément de la libcrlc de la parole. Si la diseussion était libre, je ne vous épargnerais pàs Texpression de la surprise que j^éprouve en vous voyant si préoccupé de la conscience de ceux rpii ont admis la révolution de 1851 , vous qui applaudissez tous les jours à la révolution de 1848» laquelle àvaît, élle aussi, ce me semble, déchiré une constitution et dispersé parla force une assemblée souveraine. Mais le temps n'est pas encore venu ou d'autres que les apoluglsies dii gouvçrnemtot actuel puissent discuter le coup d'État du ï décembre. Quand il viendra, croyez bien, monsieur, que je ne sersi nullement t iiib.inassé de rendre compte de ma conduit^ avani, pendant et après cet événemenl. Veuillez, en attendant» insérer cette lettre dans votre prochaine livraison, et agréez l'assurance de la parfaite considération avec laquelle j'ai riionneur d être votre trés-bumbie et tres-obéissant serviteur.
« Ch. DE MOMTALEMBBRT. )}
Nous sommes sensibles, autant qu'il convient de l'être, à rhonneur que M. de Montalembert veut bien faire à la Revue de Paris, dé la choisir pour réfuter VVnivers, et de.s*èn servir comme d'un gaîit pour toucher à M. Veuillot, Nous croyons toutefois, sans vouloir nous soustraire pour l'avenir à une pa- * reiile bonne fortune, que l'ancien clyf du parti catholique fait tort à sa cause en méprisant si fort ses amis d'hier et en ne répondant à leurs accusations que lorsque nous les avons reproduites. 11 y a là un petit ^ndale de plus à ajouter à ceux dont les catholique^ nous ont donné Texemple.
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272 ÉCmVAIiSS £T UOJilMËS D£ jL£TTR£S
Nous n*avon$ pas k relever le démenti qui va droit et seu-
lemenl à M. Veuillol. Si ee dernier a en effet calomnié M. de MoDtalembert, il avait sans doute, pour commettre ce péché, des indulgences en réserve; et messieurs les membres du clergé, qui lui duiHieiu tous les jours le baiser de paix, sauront l'absoudre, après contrition ; mais nous nous permettrons de faire remarquer à notre correspondant que si, en principe, il est souvent honorable de dédaigner la critique, c'est pousser bien loin l'humilité chrëlienne que de la supporter en silence, quand elle s'attaque à la stabilité des eonvictiojfts, et quand ^le est faite par des alliés, par des confidents de la veille. Je comprends que M. de iMonlaleiiihert ne tienne pas rigoureusement à TestimedeM. Veuillot; mais, à moins d'être un ûls révolté de TÊglise, il doit tenir à l'estime des prélats qui se font les lieutenants de M. Veuillot. Or, sans la charitable pensée que nous avons eue de relever les arguments de i UniverSf et de reproduire, en nous étonnant de la trouva sans réponse, l'accusation de palinodie, M. de Hontalerabert passerait encore, aux yeux d'une portion considérable des catholiques, pour avoir varié souvent et brusquement d'opinion. Il nous saura donc gré de lui avoir fourni l'occasion de se défendre; mais il trouvera bon que nous persistions à croire qu'eu matière si grave et si délicate, le silence puisse toujQurs passer pour un aveu. Nous avions le droit de regarder comme authentiques des faits de cette importance, formulés au nom d'une ancienne intimité. Si M. de Montalembert redoutait de se compromettre personnellement dans des explications avec M. Veuillot, il pouvait confier à d'autres le soin de cette polémique. M. deFalioux n'est dans le parti que pour faire cette besogne.
Le démenti est brutal^ il est à la mesure, de celui qui le
reçoit; nous n'y faisons aucune objection. 11 nous prouve qu'on ne touche pas aux arguments des catholiques sans risquer de se salir, et qu'on ne fait pas d'emprunts à M. Veuillot sans courir des risques pour sa dignité; c'est un avis qui
nous sert d'argument. Cette lettre, d'ailleurs, n'iofirine en rien les assenions de notre article. Une calomnie de plus an
compte de M. Veuillut, une variaiiua politique de moins au compte de M, de Montalembert, ne changent pas le fond de kf^ lj^ iéi Moil ; ce n'est qu'un détail superficiel, et ce que nous avons dit des divisions, de In fra^nliu'^ du néant du parti ea- Uiolique, se iortilie, loin de s'aïuoindnr, par ce comj li im rit. ^V.-^MoDtalembertrend un hommage ironique à riiabileté delfi Veuillot, passé maître dans la stratégie de Vimective. Nous nu diriuuâ pas mieux, et, à coup sûr, nuub duiuits avec moins d'autorité, car nous n'avons pas iréqumué intimement 1# rëdaeMnr de YVnivers; car nous n'avons pas utilisé pendant loncrlemps son habileté, tu fins à profil celte stratégie de 1 injure, que M. de Montalemli' 1 1 proclame avec l'autorité difm tneten complice et le dépit d un ancien ami. Toutefois le zèle pour ses intérêts personnels emporte un peu loin notre correispondant. Il est i^ul naturel (\\\^\ iir ae S(îrvaiit [lu- Je ïHm^Sy il dédaigne Tinstrument doni 11 tirait autrefois de grands profits pour ses haines [politiques, sans le plus petit scrupule ; iiiai^ il nous oblige à lui rappeler, quand il parle des vingt subalternes de M. Yeuillot qui se relayent pour adusver ses victimes, que vingt évéques à peu près viennent justement de se proclamer les fidèles compagnons de V Univers. Ce n'est pas d'eux sans doute que M. do Muutalemberi entend parler; mais qu'il y prenne garde l £n voulant frapper le joamaliste, il peut s'adresser à des adhésions embarrassantés pom un catludique sincère, ci nous eUuiis plus ui lhodoxe en déclarant que M. Yeuillot était Texpression radicale Au patti.
C'était là la raison de ce que M. de Montalembert, avec trop do malice, appeiie nos prcjcrences mmufrsd-s pourM. Yeuillot» Noos n'avons pas de sympathies à placer dans ce parti-là ; nous n'y trouverons jamais que des ennemis. Si le rédacteur €11 ( Im'I de Wniveib, par son i'}nibinc, par l'audace et la violence de ses théories, sert mieux la discussion, l'attrait qu'il
a pour uuus est pureiaenl piuoresque et ne tire pas à conséquence. Noos serions désolé cpie tf. VeuUloI se erûi obligé envers nous à un peu de gratitude et nous atteignit de sa bienveillance. Ce serait là un uiauvais tour que nous aurait Joué M. de Montalembert et contre lequel nous protestons. Quapt à la victoire» elle nous parait aussi assurée avee les uns qu*avec les autres. Dans le désarroi complet du parti catholique, il n est pas plus dUiiciie d'avoir raison contre MM. de Montalembert et de Falloux que contre M. Vmiillot* Cette in* sinuation de M. de Montalembert est une illusion de sa vanité. Ce que nous avons dit, ce que nous répétions, c*est que H. Yeuillot est le dernier champion du parti catholique. C'est humiliant pour vous, maia cela est. Nous n'eu voulons pour preuve que l'empressement de ces évêfjues à se ranger autour de ce maître en invectives qui vous raille et vous délie de lui montrer vos prélats.
M. de Montalembert reproche amèrement à H. Yeuillot de transporter le^ querelles religieuses sur un terrain politique où on ne peut pas le suivre. Mais il noua semble que le repnh che est au moins superflu, et que dans cette lettre même, notre corrch[)ondanl cherche à nous attirer, nous aussi, sur un terrain où nou& ne pouvons pas, où nous ne voulons pas le suivre. Disons encore que, si un terrain politique manquait aux chefs du parti catholique, il ne leur en resterait pâs d'autres, puisque^ce ne sont jamais les questions religieuses qui les préoccupent, et qu'ils ne se disputent et ne se séparent jamais que pour des questions d'ambition terrestre et d'influence mondaine.
Ën somme, si M. Montalembert donne un démenti à M* Yeuillot, il prouve par là ce qu'on gagne eti estime récipror|ue à combattre, à vivre ensemble dans le parti catholique; mais il ne détruit rien de ce que nous avons soutenu et de ce que nous maintenons. Nous avons dit qu'à bout d'efforts stériles et de luttes impuissantes ces gens-là en étaient venus à ne pius savoir que s' injurier les uns les autres; nous
LE PÀUTI CATUOLIQUË 275
avons dit que la haine, la discorde la plus violente, élaient le fruit et renseignement qui ressortaienl de la coalition catho* lîque. M. de Hontalembert nous a<-t*il enlevé ou apporté une prravel Qu'on médite sa lettre, qu'on liserifmt^t^ d'hier et
surtout celui de demain, et l'on verra si nous avons raison !
15 septembre i^ôi>.