LES MÉLANGES DE M. VEUILLOT
Le parti catholique est bien mort; mais il n'est pas encore enterré. Nous sommes donc excusable de revenir sur un sujet
qui n'a pas perdu toute actualité. Ce qui reste de M. Veuillot s'étale sur la voie avec Tinsistance d une provocation; il faut nettoyer le chemin. G*est une besogne qui porte son excuse dans buii amei tuiue luèine; et nous nous la serions épargnée avec plaisir, si elle n'était pas un devoir sérieux et double, réclamé aussi bien par le catholicisme, qui a droit à des défenseurs plus dignes, que par la philosophie, qui veut des adversaires plus nobles.
il faut donc en ûnir avec cet uUramontain qui humilie à la fois ses amis et ses ennemis, et auquel des complaisances imprudentes de la part de certains membres de ['(^piscopat maintiennent un semblant d'autorité et de prestige qui ne tiendrait pas devant une critique froide, devant une question de dialectique ou de moralité. D'ailleurs, nous sommes personnel-'
• Mff langes relirjieux, historiqueSt pMiqueSt Mérmre» (iM^iSSB), t. Y\ Paris, h, Vivès» lU>raire->é(liteiir, riie GiMette, IS.
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lement obligé de ne laisser planer aucun doute sur Tostime que Qous prafessoDs pour cet agitateur cynique» qui fait alterner Tinjure avec renipbase, et qui ne cesse d'être Inconvenant que pour être euiuiyeux. M. de MunUiiuUihei t nous suppose des préftîrences manifestes pour M. Veuillot; et les assommeurs subalternes de l'Untv^r^ affectent, avec un dë* (lain dont nous sommes fier, de nous accuser d'insultes envers mx envers les catijoltques en gémirai.
•Mous désirons prouver, à la fois, à M. de Montalembert, que ruttramontanisme extravagant et brutal de M. Veuillot ne nuus Liuuve ps plus indulgent que les finesses, les diplojKialies et les palinodies du catholicisme parlementaire; et. à M. Veuillot, que si nous faisons justice de ses incartades, il n'a d'autre insulleurde lui que iui*niéme. Le plus terrible procède qu'on pui&se euipiu^er i\ .^un égard, c'est la justice. L*6xagération lui serait commode; la meilleure manière d'être implacable, c'est d'être impartial. Nous nous appliquerons à cette tâche, et nous espérons bien que, toute obscurité ayant cessé, ces messieurs nous iionoreront d'un ressentiment égal, et lu^ nous feront pas le tort de nous supposer indulgent pour Tun ou pour Tautre.
Il est très- vi ai, el iiuus le répétons, qu'avec ses uegalions, ses audaces, ses défis. M. Veuillol a une «>rle de logique furibonde ^u'il faut reconnaître; c'est un adversaire plus précis que MM. de Montalembert et de Falloux. Avec leurs cligneinents d'yeux pour la liberté, quand celie-ci est voilée, avec leurs galanteries pour le parlementarisme, on ne sait jamais à quelle distance se trouvent ces messieurs. Quand on croit les avoir en face de soi, un les sent à ses cotés, luais, si on cède aia faiblesse de leur faire un peu de place, on est toutsurpl^is^ do yide, et on les retrouve en travers de la rbute, à moins jqu'on ne les entende derrière soi. Leur catholicisme, tour à tour iiilulerant et de buuue cuaipusilion, a des variations de l^nfpéjt^ture qui les exaltent ou les enrhument. Ce sont de» c^^tholiqu^s amateurs qui ne sacrifient jamais une influence è
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rentôtcment d'one conviction. M. Yeuillot^ lui, se compromet tous les jours et à toute heure, pour ce qu'il appelle sa foi, et pour ce que nous appelons sa colère. Tout au plus consentiraitil à varier un peu ses procédés d'attaque; mais, au fond, il entretient sa fureur avec un soin jaloux. Ultramontain rouget pour nous servir d'une épithète que nous avons bien le droit de renvoyer à nos ennemis, il a a jamais un instant de faiblesse, une minute d'attendrissement. Il s'exténue à damner, etrsi le pape cessait d'être indulgent pour ce zèle dévergondé, il (lamnorMit le pape. Voilà pourquoi M. Yeuillot nous plaît et n(jiis amuse. On sait à quoi s'en tenir avec lui : il n'y a pas de diplomatie à percer à jour; bien qu*au fond cette brutalité ait des -finesses que nous expliquerons plus tard.
Quant à son esprit, nous lui en paidunnerions Tusage et Tabus; il a sur ce point des dédommagements à donner à son parti, si cette plaisanterie incessante s'arrêtait devant les con* venances les plus vulgaires, si ce gros rire et cette grimace n'étaient pas souvent une dénonciation, une calomnie, une provocation è la haine. On accuse les démocrates, les socia* listes, d'ébranler les bases sociales, et on est toujours en défiance de leur moindre ironie; mais sous ce rapport nous ne connaissons pas de plus grand ennemi du repos public que M. Veuillot. Cbjrchez bien, descendez au fond de tous ses livres, de tous ses pamphlets; vous y trouverez une rage folle contre la société, et non pas seulement contre la civilisation, contre le luxe, contre Tintelligence, ce qui serait, à la rigueur, son droit et son devoir, maïs contre les forces conservatrices, contre la magistrature, contre l'armée, contre la bourgeoisie, contre le peuple, contre tout ce qui ne tient pas conseil dans sa sacristie. 11 y a au fond de cet esprit un ferment de discorde que rien ne peut apaiser; et à l'heure où nous écrivons, son propre parti, qui aurait besoin plus que jamais d'union et de discipline, puisqu'on l'attaque de tous les côtés à la fois, son parti est divisé par lui; lis diverses fractions le détestent, Tinjurienl, et M. Veuillot, à bout d'ar-
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guments, iraine devant la police correciiosnêlle les catholiques qui, ne pensant pas comme lui, ont essayé de le mettre
en coniiaiiiction avec lui-même! Cette anarchie que nous ayons racontée dans un précédent article est bien un signe de^moirt; et, si l*Ëglise de France ne veut pas courir dejB^périls
- dans lesquels sa dignité serait irrémédiablement perdue, elle lie duil [Jtts coiuiiiuoi' uu jour, une iieuie tic plus, à couvrir d'une éclatante protection ce pamphlétaire qui a dépassé le catholicisme Iwnnéte et modéré, pour arriver à une sorte de délire ultra m on ta in '|ui n'est plus d'aucune fonnrmnion possible, r^ous le répétons : en ceriibant i'ortbodûxic de M. Ycuillot; en lui donnant raison, les évèques qui ont imprudem* ment mêlé leurs noms à des débats de journalistes ont exposé la religion à des atteintes terribles. Qu'ils ne s'en prennent qu'à eux seuls, si demain on passe dp h polpmique personnelle à l'attaque même des dogmes. H. Yeuillot est un eon^ Iroversiste trop dangereux pour la foi ; il rend suspecte la loi
' d'amour qui le laii si haineux. 11 prouve la faillibihle d'une croyance qui trébuche dans de si singulières ivresses; il déjUfàée, comme fragile, la charité qui ne se traduit que par ttes vengeances. A oil i le dernier survivant du paiii catholique î Est-ce donc là tout le caihoiicisrne? Celle colère, cette pttM^ d'ai^ments, cette raillerie obscène, cette fausse dignité : voiîà ce que les prélats déclarent le dernier rempart, ie dernitîr soutien de l'Église! Moi, je. pensais (jue c'en était lar honte et le mal. Mais si vous n'avez plus que cela à offrir, 'si ce fiel est tout ce que renferme votre calice, si M. Veuilint est le dernier concile, la dernière pierre, le dernier soutien; alors l'Église est perdue 1 prenez-y garde î ' '^^ aiment pour le philosophe un sujet de méditation ^^#l^eett^ déchéancè d'un grand pàtti ! Quoi! le calhôltetëme, dont les lit^^loriens les plu» iiiiiifléiciiLs ne parlent qu'avec ^nsspeet,' dont la philosophie ne discute les dogmes qu'avec les précautions et- les égards dus à une grande instifûtion, et dont l'existence se trouve 'si intimement liée à la société
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m ÉCRIVAINS ET HOMMES DE LETTRES
actuelle, qu'on prend loutes sortes de ménagements pour détacher ce liarre de cette édifice; le ealholicisine» discuté sérieusement en Allemagne, compromis en France par des manèges poiuiques, menacé partout par le libre examen ; le catholicisme» ce vieux sanctuaire, cette chaire, ce tabernacle, n'a plœ que M. Veuîtlot pour défenseur, pour apôtre, et les évéques inclinent leur mitre et leur crosse devant ce poing trempé d'encre et s'écrient que tout est perdu si M. Yeuillot est abandonné ! Prenons donc M. Veuillot pour ce qu'on nous offre, c'est-à-dire pour la dernière expression du parti, et voyons comment et par queis eliorts il veut le maintenir et le sauver.
Il semble, depuis quelque temps, non [»as qu'un remords de ses procédés ait atteint le rédacteur de ï Univers, mais que l'impuissance de ses invectives (c'est le mot de U. de Montalembert) commence à lui 6tredémontrée. Il affecte, sans que la malice y perde rien, un air doucereux, chattemite; il publie un gros volume bien lourd, bien ennuyeux, bien empâté, dans lequel il se défmd du reproche d'injurier; il n'a qu*uo but, plaire au Dieu qui a donné m règle et sa loi dans ce setd mot : Tu aimeras 1 11 est l enfant humble et soumis de La sainte Mglise; il croit ce quelle cmt^ comme eUe le croit; il désavoue, il condamne f il réprouve tout ce qui dans ses paroles peut n être pas rigoureusement conforme à ses divins enseignements. Il corrigera a v échoie tout ce quelle ordonnera de corriger. Il fera avec joie et amour toutes les rétractations quelle dictera. Tels sont les termes, que nous copions textuellement, dans lesquels M. Veuillot proteste de sa douceur et de sa teadresse.
H ne fiiui pas cette humilité qui déborde d'orgueil.