I-A LiOLlDATION LITTÉRAIBE M
Noos n^avons voola noos arrêter ijiraax trois grands noms
qui représentent le lynsnie ilans 9^ forme la plus achevée. A travers cette fouie, nous alioos aux héros; mais combien de foUata valeureux et aup^bes noua aurions encore à citer ! Noire eilifice ne saurait être une injure ni tin onbli. Sans doute Laiiit;ijiitfjs et George Sarid oui eie au^>si vivement lourmeoté^ ém te ;^iif «a et ëea aottffiranees élégiaques que Lamartine etifMÀMairiMriand. Les Parûleg éTun crapant, Indiana et Léiia soLt Je la faim lie de Hené. Mais, encui e une fois, si Mua mmlioiiassuîvre eeUe aurore de la tendresse sociale dans tiMMaa tea aMwiia* inpoitantes du siècle, nous dépasserions les bornes q«e ^ee chapitre nous impose. 11 s'ae:it, pour nous, Lieu jsuMns (1 enumtîiei nos nciieâses mieiieeiuelle:> que d'en ètimimmtt iÊt aigniâcationr C'est ainsi qu'on nous pardon* ■en de ne pas parler de Béranger! Bëran<^'er! le seul poëte de Tamoui et de la liberté envers lequel la génuiaiiuii ^eta faf nwnit iMgrate:
-^9mm Êmm voulu démontrer rapidement, par quelques exem^lci cumpris de tous, que Viwi ne déchoit pas, (|u*il se Inufomin; qnr le lyrisme abdique volontairemeul, uou pas ptr^tefmtmiiee; non pas que les ailes manquent à Tépaule, et<q»*il*lMHe dëgrin<][oler de la nue; mais par raison. Noos avons leiiu surluui a constater que l'écul*- luniaïUique couu- Mwiti^dÉna l'art, cette régénération que le tocsin de 8d avait aflM i éa ; Seulement, il arrive qu'après avoir rattrapé la politique ïiwi a iiiii i>ar la d'^nn er. Est-ce une raison pour se t0fmÙ£t pour retourner en arrière i en aucune façon. 11 suffit» dà gifiteiit son rang, de marquer le pas et de p^mettre aux retardataires de doubler une étape. Cest ce piétinement sur place qui est devenu nécessaire.
La liberté et Tamour ont été les deux guides de nos phalanges inspirées. Je n'entends pas seulement par la liberté cette ardeur révuluiionnaire qui fait culbuter un trône en trois jours, et qui, ie lendemain de la bataille, ne songe qu'aux lampions, aux cocardes» aux drapeaux et aux restau-
32 ÉGRIVAniS ET HOSIlfËS Dfi îiBTTRKS
rations. Je n'entends pas ceUe femme aux puismntes mameUes, qui fut mfandière d*un capUaine de vingt ans, sorte
(le Jeanne d'Arc, aimant le rogomme^ à laquelle Beranger fil les yeux doux, et qui regarde les frontières du iihin comme les limites du paradis ; mais j*entends cette vierge immortelie et insaisissable, fuyant toujours è l*Orient, qui voit naître toutes les révolutions, et qui les abaudonoe en les maudissant, dés qu'elles refusent de lui donner l'abolition de la misrà^» le désarmement du monde, Tinviolabilité de la vie humaine, (a tte liberté ne tient pas aux formules. Elle est républicaine avec Lamartine, royaliste avec Chateaubriand; elle est la conseîence de l'avenir. On Ta appelée d'un nom qui faisait peur et qui l a compromise. Je crois, pour ma part, qu'elle n*a qu'un nom, que la philosophie lui a trouvé depuis longtemps» la Raison !
. Quant à l'amour, à aueune époque, il ne fut mieux chanté,
mieux com[»ri8, mieux honore, selon son [trlncipe qui rsi Dieu» selon son but qui est l'infini, selon son moyen d'action qui est Thomme. il est bien aisé de sourire quand on voit ce mot dans un article de critique littéraire; mais il est plus difficile de le passer sous silence quand on veut jusiilier les manifestations lyriques et expliquer les révélations du génie* L'amour, comme nous l'avons défini, c'est Tharmcmie des peuples montant à Dieu à travers les harmonies de la nature. Cet amour-là ne trahit jamais; ses infidélités apparentes ne sont que les défaillances de Tesprit qui croit le posséder* Il a été le lève de tous les génies liiléraires de ce temps-ci; il sera Tespérance de lavenir et la consolation du présenti
A côté de Lamartine et de Victor Hugo, non pas sur le même rang ni à la même iiauteur, mais à une distance (}u*exige
U UOUIDATIOll UTTtMàiRe 86
plutôi encore la crifforeoce essentielle du génie que l inférionté dtt talent, se piaee le poëte de le jeanease, le chantre de Holia»
M. Alfred de Musset.
ISous voulons être sëvàre envers ee cbarmant esprit, qui a tenté des imiutears désastreux ;jnai8, en vérité, eomment ne pas eraindre de blasphémer, en s*attaquant à cette venre éblouissante, à cette poésie énergique, à ce peintre merveilleux, qui a parfumé nos mémoires des deux cents plus beaux Tcrs, peut-être» de la littérature conlemporainet
î^es hémistiches de M. Alfred de Musset sont enpgeanls, cemme une coupe ciselée et ( tinceknte dans laquelle luit une goutte de liqueur vermeille. On aspire, on hume ce rajron liquide, croyant le tarir d'un souffle ; mais le cristal ne désemplit pas, la goutte se renouvelle, le cerveau s'enflamme, et ï'ivreBse vient.
II y a dans ce vers libre, sëe, qui marche, en faisant sonner
les éperons sur les didles, qucl(|uo cliosc de fou 1 1 pourtant de mélancolique qui fait sourire et qui émeut, i^erstmne, depuis Voltaire, n'eut plus d'esprit en poésie; et je crois n'ofienser aucune gloire contemporaine en disant que M. Alfred de Musset est te seul poëte spirituel de ce temps-ci. Mais le Hls de Voltaire a lu Hené ; il a voisiné avec Byron; et, dans une nuit d'însomnie^ et d*amour. ce page foifttre a écrit, an revers de sa guitare, une douce élégie à Lamartine.
On a prétendu nier l'originalité de son génie. Quand la preuve de cette assertion me serait faite, qu*en voudrait^m conclure? Lamartine, non plus, n'est pas un génie original, dans le sens qu'on attache ordinairement à ce mot, et pourtant quel flot intarissable et toujours admiré! Il se peut que M. Alfred de Musset ait imité Chénier, Shakspeare, Byron. Casimir Delavigne lui-même; peu m'importe 1 lia su donner à ces réminiscences un tour, une allure, une inspiration qni les rajeunit et les renouveOe.
Henri Heine disait de ce pui^e: Un jeune homme d'un si beau passé! et ce mot indique en effet le point précis où peut
ÉGAIVAUIS £T HOMMES M;: LËXTHËS
pénétrer la critique, le talon d'Achille vulnérable. M. Alfred de Musset est parti avec éclat. Tous les yeux ont été ébioni», tous les cœurs ont battu. Le cheval de Hazeppa soulevait eu
passant le sable plein d'étincelles ; on répétait : Away! away! mais, au détour du chemin, la mouture s'est mise au trot, et rhetman superbe n'est pas encore arrivé; il n'arrivem pas.
Ce lyrique de tant d'imagination n'a jamais bu à cette source immortelle que nous reconnaissions plus baut, TAmour et la Liberté. Oh ! sans doute, jamais poëte ne parla plus vivement ni plus galamment de ces passions italiennes ou espagnoles qui mordent dans les baisers et poignardent dans les alcôves. Hais le poëte ne va paa aa delà de l' Aadalonse à Toail mutin ou du baiser de Rolla. Sa formule, il Ta inscrite au deuxième chant de Namouna; c'est la définition de Champfort : « L*amoar est Téchange de deux faataiaies et le contact de deux épidermes. a S<m idéal» c*eet don Juan, qu'il a si magnifiquement chanté. *
i'ai peur de paraître barbare aux dilettanti que cette ravissante musique de M« AUred de Musset plonge dans des ivresses folles. On m'accusera de méconnaître ce qu'il y a de puissant en lui.
Mais qu'on veuille bien se rappeler te point de vue an* quel nous nous sommes mis. 11 ne s'agit pas d'apprécier M. Alfred de Musset en lui-même. Mais, en dressant le bilan philosophique de la littérature» en liquidant cette magnifique époque du lyrisme, qui s^achdve aujourd'hui, je rencontre M. Alfred de Musset comme concitoyen poétique de Victor Hugo et de Lamartine; et j ai le droit de dire qu'au point de vue social le poëte* n'a pas compris ces espérances généreuses, ces effusions libérales qui agrandissent la mission de l'artiste;, et qu'au point de vue artistique ii a créé une école déplorable qui alropbie'la pensée et stérilise le cœur.
^ Eh! mon Uiea!:8*écrieront (juolques-uns, à quoi bon
LA LlQOIDATmi LITTÉKAIRe
montrer des exigences pereillefl! Le poëte ne prétend a rien, qu'à chanter, qu*a fredonner sous les sombres balcons. Pourquoi le faire comparaître devant un tribunal (ju'il récuse, cl lui imposer charge d'ùmes! Vous dites qu'il est cbef d'Écolet il ne s'en soucie guère, et son école aimée est, avant tout, I école buissonnière !
Soit l mais, en dépu du poëte, le génie consacre et donne une mission. Cette influence, il Ta exercée malgré lui. Rien n'est moins pédant que cet insoucieux ami de Mimi Pmsm ; je le veux bien. Mais toujours est-il que M. Alfred de Musset a été le chantre de Tamour égoïste; et que ce caractère, qui ne tirmit pas à conséquence, s'il se bornait è nne individnalité, devient grave et dangereux quand il a des imitateurs enthousiastes.
Laissons donc, une fois pour toutes, l'intention du chef, en dehors de son action, et jugeons-le, en toute liberté, sous cette
réserve expresse.
H. Alfred de Musset est resté au doute de René, au scepticisme de Byron. En vain les poëtes se sont attendris, animés;
en vain René, lui-même, a quitté ses sombres attitudes pour se pencher sur le fumier de Job; en vain le chantre d*Elvire a mêlé le cantique de Thumanité au chant de sa douleur; en vain le poëte de la couleur, de Texoentricité, par excellence, Victor liugo, s'est courbé aussi sur le sillon humain; M. Allred de Musset, toujours persiflant et fredonnant, a continué ses ébats et ses mutineries d'enfant gftté.
Toutefois, à mesure que le chœur des grandes voix montait à côté de lui, une sorte de pudeur Tembarrassait. Quand Tépoque n'a plus été aux confidences folles, aux élégies de Portia,M. Alfred de Musset s'est senti atteint de stérilité. Il n'a pas voulu voir, ou plutôt il n'a pas vu les liorizons nouveaux ouverts à la méditation.
Cen*est pasia mélancolie^ la pitiéqui lui manquent; c'est ce sens supérieur qui révèleaux hommes de génicl'àmedu monde à travers les inspirations de leur ccsur. En politique, il ne
36 ÉCttiVAU» KT HOiUlËS IMà UàTTBËS
devinait rien au delà de Louis-Fiiilippe, Il lui criail, en ircni- Uant:
lUÎB sois prudent» Philippe» et songe i k patrie. .1^ pensée est son bien, ton corps son bouclier. Sur toi, comme sor elle, il est temps de veiller.
Ferme un immense abime, et conserve ta vie.
Défendons-nous ensemble» et Jaissons-noos le temps De vieillir, toi pour nous, et nous pour tes enfonts.
En philosopliîo, comme en religion, H. Alfred de Musset n était pas fort exigeant :
Je n'«i jamais clianté ni la paix, ni la guerre. Si mon siècle se trompe, il ne m'imi)orte guère. Tant mieux s'il a raison, et tant pis s'il a tort.
' 1^ dieux Lath , Nésu , Tartak , l^impocau , Parabavastu ,
Bitli, KliQtla, Ki( h;naiî, Michapous, lui étaient tous aussi chers que le Christ, et cette indifférence absolue, égoïste, ai'éUi il pas un paradoxe, une vanterie. C'était bien le cri du ppëte. On le retrouve à chaque page.
Avait-il, par hasard, à parler de l'utopie, ill'appelait :
Honteuses rêveries
U'assaaains en délire ou d'enfants insens Tsl
l*uis, de cette plume charma nie qui avait dit ; ^4 qiwi rêvent les jeunes filles, il écrivait le dialogue de Dupont et Durand, au fond duquel, à travers de spirituelles parodies» on démêle je ne sais quel petit levain de colère contrôles esprits agités de la solution de l'avenir.
Encore une fois, ces boutades n'auraient pas d'importance sans la valeur réelle de Taoteuret sans son école qui nous a fatigués de ces fantaisies, de ces sérénades, de ces ironies, de ces petits chefs-d'œuvre impuissants, bimbeloterie, littérature d'étagère, qui rapetisse Vart et gâte le goûtl
Là UOUIOATION UTTÉRAmiS 37
Il faut prendre les poëtes comme Dieu le$ lait. Nous accepterions donc M. Alfred de Musset comme un très-grand poète,
sans conséquence, s'il n'avait pas eu son école. Or, nous le répétons, c est i cette école surtout que nous nous attaquons dans son chef innocent.
11 est, a conp sAr; bien permis de railler les systèmes, les réformes qui semblent contraires à la logi([ue du progrès, mais à la condition que cei5 railleries ne prétendront pas à la condamnation absolue de tous les efforts des hommes généreux. Insulter! se moquer! qn'cst-ceque cela prouve? C'est la derni^e ressource des préjugés vaincus ; et nous aimerions à trotfver toiis les poëtes du côté de la victoire. En France, on commence d'ordinaire par bafouer, par tourner en ridicule ce qu'on finit par adorer. Les exemples et les noms ne sont pas loin.
En songeant à ce dialogue de Thvpont et Durand qui trahit une si joyeuse indillérence du malaise de la société, et dans lequel rien ne rachète, en faveur des intentions loyales, la crudité de Tépigramme ; en songeant à ce dialogue, nous nous disions qu'il est des utopistes, que nous ne voulons pas juger ici» mais que la caricature a poursuivis à outrance, par le dessin, par le théâtre, par la prose, par les vers; ce sont les saint- simoniens. Si le ridicule, comme on le dit avec trop de . iatuité, devait tuer enFrance i^moi je crois qu'il fait vivre), ces hommes>là seraient morts depuis bien longtemps; et pourtant, à quelque sommet qu'on regarde ; dans Tindustrie, dans les lettres, dans les sciences, dans les arts, dans toutes les avenues lumineuses, parmi les chefs, parmi les triomphateurs, il est rare, ] ose dire même il est impossible qu'on ne rencontre pas un saint-simonien. Ces hommes, si violemment chansonnés, tympanisés, et par surcroît dévalisés, étaient tous, presque sans une exception, des hommes de talent. Ménilmontant avait de quoi peupler toutes les académies.
Il est donc souvent maladroit de traiter avec ce dédain des réformateurs, qui se trompent sur un point spécial, mais qui
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offrent en général à Testime et k l'admiration des compensations sérieuses et profun les. D'aiilcurs, l'utopie et la poésie sont sœurs et se doivent plus d'égards. Ne sontrelies pas toutes deux les visions de Tamour?
Béranger, qui auia beaucoup à se faire pardonner, a dignement compris du moins les consolations que le poëte doit au philosophe, et il a écrit un jour cette chanson des Fous qui plaidera pour lui.
M. Alfred de Musset r.'[)ugnait à cette fièvre, à cette passion sociale dont étaient tourmeittés ses contemporains; mais aussi, quand Tespérance ranimait les autres poètes, il se sentait amoindri. a[j[tauvri, stérilisé. Il a l)alhutié, murmuré, et puis il a fini par se taire. 11 est évident que l'impuissance est le châtiment de cette indifférence. Aussi voyez ce que celte littérature pittoresque a produit au théâtre, où Tesprit Ta maintenue quelque temps ? Elle a voulu rajeunir Marivaux» installer les proverbes. Sans but, sans portée, sans action sur les cœurs, elle a distrait un instant; puis le succès a abandonné ces mièvreries qui em[)loient beaucoup de talent, à coup sûr, mais qui rappellent les incroyables efforts des Chinois et des Japonais pour ciseler des boîtes d*ivoire: c*est joli, mignon, élégtuit, mais c'est inutile, et l'on ne saurait y mettre quelque chose.
Qu'on ne s'y trompe pas, la poésie de H. Alfred de Musset comporte facilement limitation. On ne copie ni Victor Hugo
ni Lamartine; Alfred de Musset a des copistes excellents qui, à quelques notes près, chantent très-bien ses petites chansons et font aussi leurs poëmes de Mardoche et de Namouna. Tout le monde, assurément, n'écrirait pas les strophes de Don Juan, KoUa, le Spectacle dans tin fauteuil; mais c'est là le dernier sanctuaire du poëte; le reste appartient à ses parasites.
C*est qu'aussi cette muse, je le sais bien, éminemment franeaise par la forme, a eu des séductions invincibles; toute une g('neration de jeunes poètes s'est enivrée de ces vers capiteux. Malheureusement rivresse.a amené Torgie, et alors le quartier
LA UQUtDATlUN U1TËRA1H£
latin a regorgé de KoUas> eu cbair el en a», et la bohème iut engendrée.
Pauvre école! n*en parlons pas ; elle s'en va, elle meurt, elle
liquide; elle aussi, elle suit le courant et laisse emporter ses petits poëmea» sas petits romans, ses petites fantaisies ! Après avoir buissonnë dans les taillis du romantisme et avoir sillonné le crépuscule, comme ces feux follets que la terre échauffée promène à sa suri'ace, maintenant que i iieure est devenue solenneUe, que la méditation pèse, elle n*a plus rien à dire; elle se tait, elle se range : Mardoche écrit des vaudevilles, etRolla les applaudit !
H. Alfred de Husaet trahissait, du moins, par une certaine joie amère, un des côtés douloureux el inléressanls de la pen*
sée contemponane. Blasphémer la vérité, c'est raflinaer ; et dans ces railleries ëcla tantes, dans ces colères joyeuses, on sentait le débat du doute obstiné contre Tespéfance qui s'offrait à lui. Mais les imitateurs répétaient le chant, sans avoir eu l'inspiration , et,désiors» ne voulaient rien, ne prouvaient rien ; ils s'évertuaient à ces papillotages de couleurs qui peuvent amuser les yeux, mais qui ne vont pas au delà de ce
plaisir.
H. Alfred de Musset est poëte, comme M. Diaz est peintre. Charmants tous deux, attirés tous deux par cette Monde fée
qu'on noiiiHieloi ;i[ lice, ils doivent rester dans rhistoirecoiu me deux artistes gracieux dans leur audace, et réellement inspirés dans les hasardsdeleurverve ; toutefois les admirateurs les plus sincères decegenre exceptionnel conviendront avec nous qu'il y auraitdangerà systématiser cedévergondage delà couleur et de la poésie. Nous sommes, au surplus, sans inquiétude; l'école de H. Alfred de Musset se disperseou abdique. Quant au poëte, hélas ! il a renoncé à la muse, à ses pompes et à ses œuvres. L'Académie, ce tombeau qui ne rend pas ses morts, surtout quand ils sont encore vivants, a reçu son abjuration.
Les Vivres comme René y comme liolla. ei, dans un autre genre, comme bidiam et L^lm, sont devenus impossibles au-
ÉCRIVAINS ET HOMMES DE LEVÎRïSS
jourd'hui. C'est dans une étude plus calme, dans un entretien sans colère» sans iiel» que Tépoque cherche un aliment à sa foi et à ses espérances. George Sand a compris avec succès la nécessité nouvelle. Dans ses dernières œuvres, elle s'est faite le conteur des drames paisibles de la vie des champs; elle tente de faire entrer dans le cœur du peuple ces brises parfumées de l'odeur des foins qui sont les meilleures et les plus fortifiantes consolatiuus.
Mais il y a déjà plusieurs années que l'auteur de la Comédie humaine avait deviné et commencé cette réforme. Balzac, avec un accent plus énergique, avec une intrépidité plus infaillible, avait entrepris des études psychologiques, dont le premier aspect émeut et attriste, mais au fond desquelles on trouve pourtant une espérance. L'auteur des Parents fauvrcs est brutal comme un chirurgien, mais patient et dévoué comme un prêtre. Il détaille toutes les infamies, tous les vices, toutes les corruptions de nos sociétés modernes ; mais, à travers les cercles de son enfer, ce Dante de la bourgeoisie nous montre, toujours à côté de lui, lombre ûdèle de l'idéal, qui vacille à son souffle, mais ne le quitte pas. Dans tous ses roiiians, il y a toujours une Llanclie vision d'amour pur qui rayonne au milieu des hontes \ et, si sa démonstration nous affecte péniblement, il faut convenir toutefois qu'on sent bien que ce n'est pas le procès de Thumanité, mais seulement celui de la société moderne que l'auteur a entrepris, ce qui est bien différent, et ce qui laisse entrevoir quelque raison de se consoler. Balcac est donc un romancier hwmxn, sôcial.
La cliel, pour exercer l'action que les réformateurs envient, il n'est pas nécessaire d'avoir une utopie nettement formulée, un monde nouveau à substituer à l'ancien; il suffit de savoir où est le mal, de l'indiquer, de le nommer, et d'en appeler à l'amour qui inspire et qui réparc.
C'est donc dans cette avenue, largement ouverte par Balzac, que le mouvement littéraire, drame, roman, poésie, va s'exercer. Ou prévoit le caractère de ce mouvemeut : l'analyse,
Là UQIHDATKW LITTÉltAIRE 41
rétude, 1 amour de l'amour. U serait difficile d'assigner des règles ; mais, si nous avions la voix asseï haoïe pour qu'elle
fût entendue, nous dirions qu'il faut se garer de h doctrine. U ne faut pas que la philosophie sociale soit dogmatiquement formulée dans une œuvre d'imagination ; son influence doit être harmonieuse et diffuse comme celle de la lumière, il I mil qu'on l'éprouve sans la voir. C'est surtout à ce sentiment qu'on peut appliquer le vers de Gresset :
Celui un veul avoir gâte edut qu oi) a !
Sans vouloir entamer cette question, qui nous entraînerait trop loin, disons, en passant, que,, pour écrire des romans qui
plaisent au peuple et le moralisent, il n'est pas mu ossaire que l'auteur choisisse ses types, ses événements dans la r^ion qu'il veut agiter.
M. de Lamartine est un exemple. Conseillé par une illusion généreuse, il a écrit Geneviève et le Tailleur de pierres de Sain^Point avec une préoccupation loyale et sévère qui cependant l'a éloigné du but. Je ne doute pas que les Confia dences, dans lesquelles le poëte a cru s'adresser à un public d'élite, ne soient plus volontiers goûtées des lecteurs de l'atelier que ses récits villageois.
Le peuple choisit ses lectures, selon qu'elles lui fournissent les émotions dont il a besoin, la terreur, la pitié, le sentiment de la nature et de la gloire. Nais il n'est pas nécessaire, pour lui plaire et pour l'intéresser, que ses héros soient vêtus de la blouse comme lui. 11 a un instinct puissant d analyse et de synthèse qui lui fait trouver dans ce qu'il lit la formule de ses passions. Il suffira donc qu'une œuvre soit écrite avec vérité, avec chaleur; il suffira qu'elle contienne la doubli» préoccupation de l'idéal dans la nature physique et dans la nature morale, pour qu'elle puisse intéresser le peuple et lui profiter. En général, ce lecteur jaloux aime à connaître les douleurs, les tortures d'un monde dans lequel ii n est pas
42 ÉCUIVAINS LT HOMxMES DE LETTRES
admis. U sait par cœur ses propres souffrances; il veut savoir
si, plus liaut que lui, on soutire de mùme; et il est bon de satisfaire sa curiosité sur ce point. Son courage en augmente, et son coeur arrive à une rési^ation sympathique, à une pitié fraternelle qui agrandit le cercle de ses vœux. Presque toujours, le peuple se délie des livres qu'on lui réserve tout spécialement. Il aime à goûter aux plats qu'on ne lui a -point servis. Ne nous rappelons-nous pas l'horretir que nous avions» étant enfants, pour les livres écrits par les bienfaiteurs de renlance, et ne savions-nous pas bien que nous allions trouver là, sous une fable transparente, les leçons qu'on nous débitait tous les jours dans les classes? Le peuple est un enfant éternel qui veut choisir ses moralités, mais qui n aime pas à les recevoir trop directement.
On peut généraliser cette remarque, faite à propos de romans, et l'appliquer à toutes les manifestations de l'esprit. Le but est le même pour toutes les . œuvres intellectuelles : toucher, moraliser, dégager le conseil à travers Témotion; la prière à travers l'extase ; Faniour à travers la douleur; le sentiment de la rédemption morale, de la liberté, à travers la peinture de l'asservissement des vices et des préjugés. On n'a d'action réelle et durable qu'à la condition de ne point abaisser l'art au niveau de son public, mais, au contraire, d'élever le public vers ces sommets où l'art sert de trait d'union entre l'inspiration humaine et finffni. Plus la voix part de haut, plus elle va loin. Je n'entends pas, par cette recherche des sommets, la tension perpétuelle de l'esprit vers le sublime. Non ; la simplicité, la naïveté, sont des sommets aussi.
i\e croyons donc pas que les conditions nouvelles imposées h h littérature par la lassitude des esprits marquent une décadence. C'est une transition : voilà tout. Nous n'aurons plus les grands vols lyriques. Peut-être bien aussi l'époque aura-t-elle moins d'invidualitës rayonnantes à consacrer; et le talent plus répandu sur la foule fera-t-il concourir au mouvement moins de héros et plus de combattants! Nous ne
U LIQUIDATION UTTÊRAIRE 4S
crov uns yii^ non plus que ce soil encore là un*? raison de s'alarmer.
Acceptons donc, virilement et avec confiance, la part qui
nous est faite. Disons ad if a, sans désespoirs et sans refo^ts puérils» à cette niagniii(iue période qui s'en va. Elle a été le cri, le sursaut de l'âme enfouie. Gloire étemelle à ces grands poëtes, à ces infatigables lyriques qui ont mis tant d'illusions «^onéreuses dans nos àiues, tant d'iionzons sitU oilides devant nos yeux ! Mais ne restons pas plus longtemps absorbés dans la contemplation des dernières lueurs de ce grand soleil couché. Ne chuchotons pas, ne nous resserrons pas dans la déiiance et dans la peur du crépuscule qui vient. Les ténèbres sont propices; elles aident à la rêverie, aux consolations, aux espérances dont nous avons besoin. Ne disons pas que Tari est impossible, parce qu'il a ses diflicultés. Les consciences loyales n'abdiquent jamais et ne se découragent pas. 11 y a toujours assez de ciel au-dessus de nos têtes, pour que la pensée s'y plonge, en fuyant les infimitës de la terre.
Un de ces réformateurs dont je parlais plus haut, auxquels le martyre du ridicule a été si impitoyablement infligé» mais qui n'a gardé de ces liumiliations ni ressentiment ni colère, disait, dans un écrit sur la Concordance des révolutiom intellectuelleê et des révoltUians politiques :
« En ce moment, l'intelligence humaine rêve aux moyens do pourvoir aux intérêts matériels et muraux riuniianité. Les savants qui sont dans cette voie, quels que soient les écarts de leur pensée, sont évidemment dans la route de l'avenir, quand bien même ils seraient traités, par les grands génies de nos jours, comme ont été traités (diateaubriand, M"* de Staël et tous les idéologues^ pèrw^e l'Académie actuelle des sciences morales et politiques, parle plus puissant des génies modernes, par Napoléon. »
Que ces paroles, dites après une défaite^ soient pour nous ^,un enseignement! Que les vaincus des dernières luttes pren* nent cette devise, et la fassent aimer des vainqueurs! L'heure
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des utopies» des essais est ajournée. Mais, plus que jamais, l'heure du travail , de rincubation philosophique est venue. Les embarras, apparents ou réels, de la route ne doivent ni arrêter ni lasser notre marche. Le but est plus loin qu'une satisfaction actuelle ou passagèredela vanitéartistique. L*art doit dire, comme le marquis de Posa, dans SQbiller: « Je suis un citoven des siècles à venir! »
Quant à la poésie, répétons, en Unissant, qu'elle ne saurait mourir. Elle a eu son rôle; elle l'aura encore. Comme ces belles nymphes de l'Ariosle, qui, couronnées de fleurs, vôtues de blanc et portant des flambeaux, introduisent les voyageurs dans les palais enchantés, la poésie marche devant les événements, qu'elle éclaire et conduit. Nous sommes aujourd'hui dans les avenues mystérieuses. Les blanches conducu ices se sont retirées, en nous laissant les flambeaux. Soyons certains qu^elles viendront reprendre, pour les introduire dans les retraites magiques, ceux qui n auront ni dormi ni tremblé au milieu de la solitude.
Mars 1&53.