‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 3)Chapitre 5 sur 22 · VOLTAIRE ET M. NICOLARDOT · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET M. NICOLARDOT

Nous avons hésité longtemps avant de consacrer au livre de M. Nicolardot Tattention et la plaee qui ne sont dues

qu'aux œuvres sérieuses. La tentation du mépris élail bien grande, il nous semblait que nous arrêter à ces incroyables réquisitoirea de Basile firid'oison, c'était donner confiaoeea la spéculation du scandale; c'était insulter à la mémoire de Voltaire, qui ne lut pas le plus spirituel génie de la France, pour qu ou accorde après sa moïi quelque valeur aux vengeances idiotes des Nonoites et des PaUmillets.

Mais le goupillon de M. Nicolardot sert r battre les grosses qaisses des Bilboquets de la morale. Ces commérages ont remis en verve les ennemis essoufflés de la raison. H. Louis Veuillot a solennellement baisé au front M. Louis Nicolardot, comme Velu de la sainte cause. M. Granier de Cassagnac, qui a déjà dit son fait à la Révolution, et qui a démontré que le mouvement de 1789 n'avait jamais en lieu, vient de démolir ie^ rbiliâlins de la pbilosopbie et Voltaire à leur tête, comme

* Ménage et finances de Voltaire, avec une iiitro*Uu UoiÉ sni" les mœurs lies cours et des salons au dix-huitième siècle, par Louis Nicoianiol. 4 vol. Paris, Deiilu, llbrairc^uditeur.

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Samson, à grands coups de Nicolaidot. Quelques autres écrivains de bonne foi, car il en reste encore dans ce parti, et MM. Veuillot et Cassagnac n*oiit jamais prétendu au monopole de cette vertu ; quelques écrivains de trop de bonne foi se sont fait uu évangile de ce factum qu'ils n ont pas lu, et, sur le témoignage de l'auteur, fort incompétent en pareille matière, ont quasi conclu que Voltaùre était un sot. Tous les réacliunnaires de rinlelligence, enfin, ont trouvé l'occasion d'une sorte de manifeste dans ce volumineux recueil d'ana.

Nous avons donc pensé qu'il y avait lieu, quelle que fût d'ailleurs la valeur du prétexte, de démontrer une fois de plus à ces courtisans de la médiocrité l'impuissance de leurs efforts. Ce sera une réfutation charitable. Voltaire n'a pas à déchoir. Toutes les calomnies, toutes les haines, toutes les réactions, il les a traversées; il n'y a plus à surfaire ni à rabaisser sa gloire. On sait au juste ce qui lui est dû de reconnaissance; et il ne dépendra pas d'un rhétoricien de ^minafire de faire oublier que, si Voltaire n'a pas détruit tout ce qu'il ♦ attaquait, il a du moins rendu indestructible tout ce qu'il a bâti.

Un autre motif encore a triomphé de notre répugnance. N'y a-t-il pas lieu d'examiner aujourd'hui ce que la génération à laquelle nous appartenons accepte de Voltaire? N'est-il pas à propos, dans ces heures de doute et de confusion, d'interroger ce grand douteur que nous n'adoptons pas aux mêmes conditions que nos pères?

Nos ennemis croient avoir tout dit quand ils nous ont appelés voltairiens. Tout homme qui rit au nez des saints de V Univers religieux, et qui n'a pas, dans les mérites des Uls de Loyola, toute la confiance nécessaire à la prospérité de l'institution, est un voltairien. Or le vdtairien est dans Tordre moral ce que le décoré de Juillet, par exemple, était autrefois dans l'ordre politique, un suspect, un homme compromis ou bon à compromettre. Il semble que ce mot soit une formule magique, brevetée et garantie par le ciel, et qui ait la

VOLTAflti!; KT M. MGdURlIOT Vt

puissanro de précipiter nnx onfors l«'s iiiiiliiciiicux <|u'elle ntteÎDt. Gr nous tous qui prétendons à Théritage «les grands générateurs d'idées du dtx-huitiéme siècle, nous qui honorons par-dessus tout la littérnture. parce (ju'ellr (si et qu'ellr . doit toujours être 1 in^^irumeni uicrveiilcux et pacilique du pn^fHft ^oû8 avons à dire pourquoi nous ne nous sentons paf 1Mflroyés"par ta formidable épithète, et dans quelle Hnutc liuUô ûLHiiiiiCû el liuus iious ])rochiintnis voUairiois,

Hti*y a pas que l'auteur de la Pucelie et de quelques ptai- MtèrieÉf dcandaléusesdans ce vieux railleur, si impitoyableet si bon. \ uilaiicavaitau fondderànie des sourcosde lendi<*ss(» qui jaillissaient le jour de la défense de Calas, doSirvcn etdu cbéMlièr delà Barre. L'homme qui possédait à un si haut degré ^sentiment delà justice, l'apnire infati-rahlede la liberté de conscience etdu droit d exatoen.étaitdignod'unecpoquesërieuse. MÉi*v#ff ttiiiieu de eette corruption, deceblasphème universel, dr«8tt^lil%a4aftion qui allait du trône à^TauteK la métapliysique était un remède iiiipuissanl, la Jl^cu.^:»h)u \im armeémoubsée. Il ne s'agissait pas do guérir, d'opérer ce vieux corps qui IDnfbiih tsii poiirritni^; ii fallait creuser sa tombe, hâter ^a décomposition; c'est ce que comprit Voltaire. Après le régent, après Dubois, sous LimisXV et oiadame de Pompaduur, il n'y 9^'|lâriMi'liM>nde une majesté respectable; la société était aÉflÂèl ti^teirtit; l'homme de bon sens n'avait qu'à rire, (jifà se iiiuquei', qu'a iaire silller les bateleurs par la pM['iilace. &m ee que Ot Voltaire, et jamais génie ne fut plus iidète à SÉi^lÉfa9iidÉ. VoHailre conservateur eût été un niais; démolis* sein infatigable, il eut la prescience et le secret pit>Uilt,ijlu'l. <iue dans ses éclats il ait été trop loin; que Tivresse de i inéi||ÉiilM Ptfit conduit au sacrilège, j'y consens; mais l'excès méprtréfail moins coupable que ne l'efu été l'indulgence. S'il vivait de nm juui.> an réalité, cniniue il vit en esprit, Volli'amiail plus cette âpreté, cette affectation cynique, qui HÂ W réponse aut délis de ses adversaires fanatiques. Il resterait toujours railleur; mais sa raison mieux comprise

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n*auniil plus besoin de se révolter si souvent contre l'entêtement de la superstition. Il faut donc faire deux parts dans Tœuvre de cet iiomme prodigieux.

Le Voltaire impie, matérialiste, obscène, est Thomme du dix-huitième siècle, bien mort, bien enseveli avec l'époque honteuse qu*il résumait en la châtiant. Mais le Voltaire de l'avenir, ardent à poursuivre l'erreur, à (lageller ie fanatisme, à revendiquer les droits imprescriptibles de rbumanité, ce Voltaire-là est vivant; il soulève de sa poitrine les dalles de Sainte-Geneviève; il fait passer son souille à travers les grilles; c*est de ce Voltaire-là que les Nicolardots ont peur comme d'un revenant; c'est celui qui ne mourra jamais; c'est celui que nous uimuus, que nous proclamons pour aïeul. Quant à 1 auteur de certains contes, de certains vers, de certains poèmes, de certaines lettres, nous nous bornons à admirer son merveilleux esprit que tous les Nicitlardots de la terre ne détruiront pas plusjqu'ils ne l'égaleront. Mais nous ne songeons point à invoquer, dans les préoccupations profondes du inomtni, ces facéties, suuvent sacrilèges et toujours effrontces, qui ne deviennent des arguments que devant Tinfatuation de la sottise et la morgue du pédantisme. Si jamais on relit la Pucelte, la faute en sera aux moralistes de sacristie.

iNous n'avons pas dit tous les motifs qui ont plaidé en faveur du livre de M. Nicolardot contre Tinterdit du silence. La plus forte raison, après tout, tient à la gaieté de cette œuvre. Voltaire peut se passer de plaidoyer. Mais il est bon de ne point se passer d'un moment de plaisir, et je ne connais pas de comique de la force de M. Louis Nicolardot. Ce style saintement ordurier a des secrets désopilants. 11 a une bonne volonté de calomnie si grotesquement ftiroce, que l'indignation ne peut pas tenir, et qu'on est désarmé avant la moitié du volume. Il vient même un moment où Ton se demande si Ton n'est pas dupe; si M. Nicolardot ne cache pas, comme Peau-d'Âne, sous une enveloppe ridicule, une merveille d'esprit, et s'il n'est pas au fond un voUairien qui veut prouver

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