VOLTAIRE ET M. NICOLARDOT
jusqu'à rinutile la pnérililé d68 Attaques de ses ennemis.
Mais non. Ce livre est trop absurde pour n'être pas une œuvre de Luiiue foi. Ln scélérat d'honirne d es[ii it n'aurait jamais, la J^rcede si parfaitement dissimuler, et il n'y a que la eandeur du fanatisme pour arriver à ce paroxysme de déraisoA hôMf* et souiiaiile, à ce rallincmLiit cuimqiie de jH-ndorie. Oiil monsieur Nicolardot, ce n'est pas mol ({ui insuiterai à vois vertus 1 Elles éclatent à chaque ligne. Pudibond vengeur de la r'ucrllc, vous avez tous les priviléaes des rosières, jusqu à ce droit de gaillardise dam les propos qui ne uie à coBBéqaence. L'innocence en vous est si manifeste» qu'on est éHlmâl^^ sans être jamais scandalisé, de vous voir aborder les idées le^ plus eroustdlcuau^, U s> joyeuseles les plus mln'laisiennes. Vous avez une façon si galante de toucher le iichu d'Elmire, de tendre le mouchoir à Dorine» vous dites si simplemeiit le lauieux vers,
Par de pareils ok^ets les âmes soot blessées,
qu'il ne doit pas venir à Tesprit de vous accuser de convoitise et qu'on se dit seulement : Hélas! comme ce saint homme connaît bien les tentations! Vous examinez la vie de Voltaire avec Taudace pénétrante d'un casuiste; vous en venez à dis*
cuter le prix qu'un homme comme il faut doit mettre à ses amours; vous faites avec votre [)luine d'ignorantiu ie budget de Vénus, et, quand l'occasion d'une histoire scandaleuse se présente, vous abordez doucereusement le récit équivoque, mais sans sourciller, comme il convient à une âme sûre d'ellomême !
Nous avons entendu soutenir qu'il fallait se défier d'une
si féroce vertu, et quelques personnes ont prétendu semer des doutes sur la bonne foi de M. Nicolardot. Parce qu'il calomnie pendant plus de quatre cents pages, on a dit tout crûment
que c était un calomniateur. (/e>t là ne juger que sur l'apparence^ et c'est ne point apporter de délicatesse dans la criti-
50 1^:CRIVAINS ET HONMKf^ DE I.RTTRES
que d*ttn livre qui relève d'une école fort subtile, et connue pour ne pas laisser voir toujours sa pensée. On a été jusqu'à dire que M. Louis iNicolardot avait été le collaborateur de H. Sainte-Beuve, et que ce dernier s'était ouvert les veines pour que le jeune champion pût y tremper ses flèches et rendre leurs blessures mortelles. Nous jurons que c'est là imo double calomnie. Tout le monde sait que M. Sainte- Deuve n'a pas assez de sang dans les veines pour qu'une saignée lui soit indifférente. D'un autre coté, M. Nicolardot n'a pas empoisonné ses tléches, et c'est iieureux. pour lui; si elles lui reviennent en pleine poitrine, il n en mourra pas. Nous protestons contre l'exagération donnée à cette entreprise candide.
L'auteur de ce gros livre n'est pas au fond si malin qu'il en a l'air. Élevé dans la haine-de Voltaire, de l'esprit et du
style, il a grandi avec ce triple préjugé, et son livre est le produit logique de cette éducation. 11 a lu dans des histoires pleines de pieuses intentions que Voltaire était le coryphée de l'impiété; qu'à l'heure de sa mort il avait été pris d'un accès de rage, et que dans son dernier soupir on avait vu un grand diable orné d'une queue flamboyante lui sortir en ricanant par lé bouche; et, dans sa candeur, M. Nicolardot a accueilli coninie des vérités ces détails horriiiques. M. Louis Veuillot, se rangeant humblement ce jour-là parmi les imbéciles, a écrit que tous les grands hommes étaient des scélérats, que peu de réformateurs, jugés au point de vue du Code pénal, en seraient quittes pour cinq ans de galères, et que beaucoup de moralistes n'échapperaient pas à la perpétuité. M. Louis Nicolardot a pris ingénument cet aphorisme pour point de départ et s'est appliqué à pi ouver que Voltaire était un coquin, un fripon. La tâche est peut-être ingrate, mais elle est consciencieuse, et je me plais à proclamer que, si tous les hommes d'esprit sont des misérables, M. Louis Nicolardot est un parfait honnête homme.
J'espère bien qu'il ne m'accusera pas d aigreur, de parti .
VOLTAIHE ET M. MCULAHDOT M
pris; je m'en rapporte à ses déflnitiom, et je puis en toute sûreté, ne me sentant ni ha me ni colère, «border Texamen rapide de son livre qui comptera parmi les entreprises joviales decette époque trop sérieuse. M. Nicolardot a sans doute en*
tendu reprocher souvent aux onivres de ses amis leur effet soporiiique. il a voulu être amusant, et, je Tallirme, il l'est beaucoup.
En somme, qu est-ce que ce livret de quoi est-il fait? que veut-il prouver? Sous le titre de M mage et Finances de Voltaére^ M* Nicolardot a recueilli, comme dans une botte, toutes les diatribes, toutes les calomnies, tous les commérages publiés pendant la vie et après la mort de l'auteur de la Henriade. Avec une patience de bénédictin ou de chilionnter il a remué tous les tas^ et, pour Thonneur de la sainte cause, il n'a pas craint de toucher aux débris les plus infects. 11 n y a que la haine pour donner tant d'amour du chiilon. Âu premier aspect cet amoncellement nauséabond écœure et fait reculer; puis on se prend d*une commisération étrange pour le collectionneur infatigahle de toutes ces loques; l'exagération et rinutilité de ses efforts désarment; on rouvre le livre, et on s^intéresse à ce maniaque qui veut vivre de la mort de Voltaire; on est tenté de l'encourager dans une illusion qui lui procure par avance des joies pieuses, et, n'était la crainte de mériter sa reconnaissance, on lut suggérerait Tidée de poursuivre et d'appliquer son procédé h d^autres grands génies.
Voltaire a fait la Pucelle; mais il y a aussi de par le monde un scélérat du nom de Molière qui a écrit Tartuffe, ce qui est bien plus grave pour vous. Eh bien , en conscience, ne puurrnit-on pas aisément deiiioatrer (pK' Molière est un gredin quelque peu digne do la corde? ^e savez-vous pas, monsieur Nicolardot, qu'on la accusé d*inceste; et, du moment qu'une calomnie n'est pas prouvée, n'a-t-elle pas cette qualité précieuse d ampleur et d'élasticité que vous aimez par-dessus tout? Ue Molière on peut passer à d'autres. Rousseau n'offre qtt*une' bouchée à un ogre d'an appétit pareil. Du dix-sep-
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tiôineet du dix-huiUéme siècle, descendez bravem^l dans le dix-neuvième. Là, la calomnie esl facile. Voua avez des yeux pour voir; vous ne devez pas manquer d'oreilles; écoutez et. regardez 1 il y a dans les rues des biographes qui vous renseigneront. En attendant que H. Nieolardot se risque, sous la triple responsabilité de ses yeux, de ses oreilles et de ses joues, dans des diifamations contemporaines, jugeons-le comme critique du dix*buitième siècle. Hélas! le pauvre homme! il s'est trompé iui-méme! Parce qu'il a trouvé la Miaiiére de quatre cents pages dans les parnphiets du temps, il a pris la quantité pour la qualité; il a battu des mains devant ces monceaux d'infamies, et, parce qu'il lui suffisait de les citer sans les inven^r, il a cru sa conscience à l'aise. Le procédé est connu. 11 se trouve toujours des contemporains pour recueillir et imprimer les contes les plus absurdes. Si la victime, trop fièreou trop insoucieuse, dédaigne une réfutation, ces sottises, colportées, acceptées du vivant de leur victime, sont augmentées et acquièrent une consécration après la mort; puis, un jour, un Nieolardot quelconque les élève à la hauteur de preuves lusloriques, et s'écrie : « Cet homme était un misérable, un voleur; on le lui a dit de son vivant, et il n'a rien répondu! » Étrange privilège de la calomnie! Basile a raison!
A côté de ces diatnbles empruntées, M. Nieolardot, par une ruse qui peut piper les ignorants, aligne des lambeaux de Tinfinie correspondance de Voltaire. Il exploite les mots, les plaisanteries, les boutades, en ayant bien soin de les isoler. Il ne change rien, il est vrai, au texte; mais il l'abrège, et, en supprimant deux phrases. Tune au début, l'autre à la fin, il estropie très-doucement, très-pieusement le sens de la citation. C'est là encore un procédé trés-connu, et, s'il n'existait pas, il faudrait Tinventer pour les avocats. Mais, après tout, 11. Ni* colardot trouve-t-il, dans les patroles mêmes de Voltaire, l'ombre d'un argument, d'une preuve? Nous avons vérifié dans la correspondance ces passages extraits, et chaque fois nous
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avons ri de l'illusion ce pauvre réquisitoire qui reste une spirituelle apologie. Je croyais très-sincéremeiit que Voltaire
t'iait uu liomme corrompu comme son siècle. M. Nicolardot m'a prouve que Voltaire valait beaucoup mieux; eu le calomniaiijt mil, il le réhabilite. Après tout» que m'importerait la ¥érUé de vos assertions ! Voltaire eût-il été un ladre, un co( j u i n , il n'.e& aurait pas un grain d'esprit de moins, et il m s'est janMift 9gi de le laire passer pour un petit saiut. Quand vous anri0K proa?é qu'il prêtait à usure, qu'est-ce que eela ferait à -^liuse et à ses vers? Nous ne prétendons pas à sa canonisation; nous racceptons avec ses vices comme avec ses vertus. Tdtàiie est un trop grand génie pour ne pas déborder par* toui, c'i'-t une nature trop complète pour n'avoir pas de girands a terribles deiauls. U n'y a que les sois qui puissent doii]i|ir à leur.ine Tunité» la conformité» la régularité, la sobriété qu'on ne trouve pas dans Voltaire, On fait volontiers iiue rigole d ua [*auvi\; petit ruisseau; mais eb»a\cz dt^ comprinier un grand fleuve! Voltaire avait les soubresauts, les incartades, les fureurs du génie. Il avait, sous l'aiguillon de la controverse, des accès de contradiction apparente. Mais an. fond, quand Torage s apaisait, on retrouvait le même homme, inébranlable dans ses idées. Heureux peut-être, monsieur Nicolardot, ceux qui ne commettent jamais de ces excès : le foyauiiic c^ldsic leur est promis 1 Mais reconnaissez donc dors que Voltaire a des titres incontestables pour dominer le royaume terrestre. Et puis je voudrais bien qu^on examinât toutes les exislt:uc€;3 sur ce laiiii» ( Uuil doiu »>a se sert pour V<ojitaire. Non-seulement on commente ses livres; non-seule* ment on juge, on épluche, on fouille, on dissèque ses œuvres publiques, ofrn:ielles; maison réunit, on collectionne, on en- %êim toutes les lettres familières, jusqu'aux moindres billets, et on je poursuit jusque dans le repli le plus obscur de sa conscience. Que trouve-t-on en somme? un homme vif, plein d esprit et de maiice, d< 1 nmaire a ^es iieurcs, implacable dans d'autres moments, raillant, riant, s émouvant, cynique,
obscène, pudibond ou religieux, seloirsuii raprice ou le sujet de sa lettre; mais n'est-ce pas là le rellet multiple et varié de la conscience humaine? Heureux ceux qui résisteraient à une pareille analyse! Je voudrais bien qu'un bcmmii tous les génies, même les plus fiers et les plus saints, à cet espionnage l N'esl-il jamais arrivé à M. Nicolardot iui-méme d'avoir de ces petitës ëbriétës ëpistolaires dans lesquelles, bien sâr de parler à un ami, à un compagnon, on lâche le mot cru? Hélas! je scandalise sans doute le naïf auteur du livre en question, ét il est prêt à me répondre, j'en suis certain, qu'on ne trouverait jamais rien dans sa correspondance d'analogue" â Tesprit et au style de Voltaire; je le crois, et me tiens pour confondu d'avoir songé k ce rapprochement. Que la conscience est une belle chose! comme elle fait illusion à ceux qui n ont absolument qu elle,' et vers combien de procédés déshonnêtes elle conduit les honnêtes gens qui ont peur de lui donner la raison pour guide et pour contrôle!
Ainsi j aime à m'imaginer que M. Nicolardot a très-consciencieusement entrepris de prouver les co(|uineries de Voltaire. C'est três-oonsciencieusement qu'il a demandé des arguments à des plaisanteries et à des calomnies, et c'est trèsconsciencieusement qu'il dit : (( Il faut y regarder à deux fois quand il s'agit de perdre un tel homme! a 0 trop consciencieux diffamateur! Vous^vez cru que voir double c'était regarder deux fois, et, parce que vous voulez le perdre, vous le croyez perdu. Mais il ne suflit pas de mordre par une température caniculaire pour tuer les gens; encore faut-il avoir la dent mortelle, et vous mâchonnez sans atteindre profondément.
Non, monsieur, Voltaire n'est pas perdu. Quittez ce souci. Bien plutôt pour ceux qui n*y pensaient plus estait retrouvé.
On Ta remis en lumière, et, pour ma part, je vous aurai du Toccasion de le relire. C'est ainsi que, par son insuflisauce, votre gros livre fait le bien qu'il voulait empêcher.
VUI.TAIHR KT M. I<iiCOLAHIM»T
Le livre de M. Louis Niculai dot débute soleTinellenienl [k\i un Goap d*oeil sur la sociélé au dix-huitiènu; siècle. L auteur 1IOH& fliontre sur tous les IrAnes de l'Europe la souillure, la débauche, le despotisme le plus idiot. Certes, l'indignation est de mi^e, et ce a ei>t pas nous qui uous plaindrons de celte peinture. Mais vous ne comprenez donc pas que c'est précisément a câuse de cette effrontée corruption que le rire de Voltaiie est un jugement, et qua la Révolution Je 80 ost une sentence? Quoil vous descendez dans ces hontes, dans ces infamies, et vous vous étonnez qu'un jour Dieu ait fait passer un vent de colère et les ait dispersées! Un seul homme trouve grâce, et lâ réserve est plaisante : c'est le cardinal Dubois. M. Nicolardot a quelque tendresse pour ce cuistre ; il le pro clame habile, adroit, et, en définitive, assez bien en cardinal. Nous savons par Thistoire qu'on peut administrer l'Étal sans être précisément délicat sur les moyens. Dubois a donc pu mériter de figurer parmi les intrigants habiles; mais que le martinet de M. Nicolardot se change en gnii[Mllûn pour asperger le front de cet abbé, c est là une fantaisie gaillarde que la trop grande bomne foi de Tauteur peut seule eiccuser. Pour lui rhabil fait le moine. Tout prélat est un saint, et Dubois, malgré sa femme, malgré ses aventures, malgré sa mort, malgré ses vices» est un saint prélat. Les preuves sont amusantes. « Archevêque de Cambrai, dit- il, il ne donna point de scandale à ses fidèles, puisqu'il ne les visita jamais. Il leur adressa des mandements qui n*éiaient pas sans méiite, » Voyez-vous bien cet archevêque d'autant plus respectable, qu'il n'exerce pasl Mais iM. Nicolardot ne s'arrête pas en si beau chemin. t lene sais s il officia à Paru, Il est certain qiCil allait tous les dimanches à la messe du rai; puisqu'il avait nne chapelle superbe : J'sii conclus qu'u. y disait la hrsse* » Voyez-vous 'la
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pesanteur de cette preuve! Quel logicien que ce H. Nicolardot ! Le ministre suivait le roi à la messe; mais pouvait-il faire autremeiuï La clia[)elle n'est pas plus une preuve que l*habit et le chapeau : Tune n oblige pas plus que l autre. Quand Dubois aurait dit la messe, en auraitr-il moins été passer ses soirées autre part qu'à léglise? H. Nicolardot ne bronche pas dans sun paradoxe : (< A la vérité, dit-ii, on reproche à Dubois d'avoir» Jusqu'à son dernier soupir, fait un usage immodéré des S..., des B..., des F... Ces expressions étaient malheureusement déjà devenues et restèrent l*arijot du grand monde. » Dans quel grand monde M. Nicolardot a-t-il jamais été introduit, si ce n*est dans celui de VVnivers religieux^. qui a la tradition des propos grossiers ? Si Dubois, comme le disait sou valet au laquais de l'archevêque de Reims, saciwil tous lesjùurê le ban ÎHeu, ce qui était bien plus glorieux que de sacrer les raiSy il n'y a pas à chercher des excuses à cette vivacité de langage autre part que dans les joyeuses iiabuudes du prélat.
Bossuet et Massillon (ce pauvre Massillon que H. Nicolardot trouve trop galant!) fréquciilaienl un '^nuw] monde au moins égal à celui de Dubois, et, pour parier l'argot de ce monde, ils n'eurent pas besoin de ces tropes énergiques. Remarquons en passant que, par un scrupule assez rare dans son livre, H. Nicolardot n'indique que par des initiales, dans la citation faite plus haut, les jurons familiers à Son Éminence. Ordinairement le pieux auteur n*y regarde pas de si prés. Sa plume n'hésite jamais, et les termes les plus vifs, les plus -cardinalesques , s étalent sur le papier. S'agit-il des mauvais vers du roi de Prusse, M. Nicolardot les appelle des chancres et des pustules, « Son cœur (celui de Frédéric) cessa de battre qmnd tient vomi tous les excréments que peut contenir le cœur d^un roi philosophe, » Une dénomination qui lit grand scandale dans la littérature débraillée, quand • M. de Musset l'employa deux ou trois fois, revient trop sou* vent dans le livre peu expurgé de M. Nicolardot. Le mot de
VOLTAIRE ËT M. NIGOIARDOT 5?
catin est une des tleurs les plus ordinaires de ia iheloiique de cel historien. Quand il s'agU ^6, la princesse palatine, il se
croit obligé d'ajouter l'épilhète de vidangetir. Nous en deruandoiis pardon a nu» lecUîui.^, ne sont pas liabitués a ce laogitge, et (pii, probablement, ne fréquentent pas le même grand monde que celui dans 1e<{iiel M. Nicolardot s'est initié à cft puissaiU ai'guli ^àal^ nous ne disons pas tout, et notre plume a des scrupules que n'a pas celle de l'auteur en question.
U'^araîf 'qne H. Nicoiardot est avant tout l'homme du devoir, et nous l'en félicitons ; toute fonction acceptée doit être, selon lui, régulièrement remplie; au^^l en veut-il beaucoup à de Pompadour de n'avoir pas été une maîtresse aussi infiitfgÀtfo qu'elle avait sans doute promis de l'être. <r Cette fille d'unecatin et d'un Uuu|iicroiuiti , tiit le sevi ic liK^iuiiou, n était pm mêmeprope à servir de concubine, bien qu'elle seboâirrftt de restaurants. » Que ce pas même a de délicatesse! comme il trahit bien les scrupules d'une conscience inflexible! Ah 1 vous croyez, belles dames, que vous pourrez avoir les hoiiiiélÉEré â^un emploi, sans en acquitter strictement les char- (resf ^^tl M* Nicoiardot exige qu'on fasse conscencieusement ce qu'on a accepté de faire. Vous êtes concubine, soyez-le poîiMetlement, avec zèle» sans manquer d'une heure, d'une mtieièfô.' C'est là l'honnfttetë et la morale. 0 monsieur Nicoiardot, que vous êtes subtil, que vous me bCiiiLlez beau 1 Vous êtes un digne continudleur des plus fameux casuistes. Emmaniiël Sft, rTin d'eux, a écrit : « Toute femme et tout homme ([ui font un usage bonteux de leur corps peuvent s'eii laire pay^; et celui qui les emploie doit leur donner le prix conveÉà. t M Nicoiardot, en reprochant, à la On de son livre, à Vbfeîfrè d'avoir eu des maîtresses gratis, s'est évidemment inspire de ces pi incipes, et nuus auioiis occasion de revenir sur ce sujet. Mais constatons, au point de départ, la robuste moriâté de notre auteur. Si toute fonction mérite salaire, tout salaire oblip^e: il ne sort pas de là; et, s'il lui était duniie de découvrir dans quelque mémoire de cette époque honteuse
que M*^* de Pompadour avait en elle plus de remurces et recourait moins souvent à Tartifice, au resiauranU il lui rendra it un peu de son estime.
Indulgent pour Dubois, sévère, sous la condition que je viens de dire, pour H"* de Pompadour, H. Nicolardot est impitoyable poui Mai le Antoinette. Parlant de la vivacité des adorateurs qui l'entouraient, il s'écrie : « La Pompadour les eût emprisonnés, la du Barry les eut souffletés; Marie*Antûinette leur pardonna leur insolence. » Quant à Louis XVt, il fut bien coupable : « Comme chrétien, dit M. Nicolardot, on attendait beaucoup de sa piété et de son zèle. » Mais, en permettant, en suscitant la déplorable affaire du collier, il contribua à déconsidérer TÉ^lise de France et les cardinaux. A quoi bon chercher la vérité i « Un chrétien doit éviter de donner du scandale, n La grande rigueur de M. Nicolardot tient surtout à la tiédeur de Louis XVI pour les jésuites. En iaiisant dans la misère et rinaction ces habiles éducateurs de la jeunesse, a ceUiirci prmiva qu*U n'avait pas saisi l'esprit du christianisme, i La question des jésuites tient surtout au cœur deM. iNicolardot. Leur suppression fut une monstruosité politique. « Aucun acte ne dévoile mieux la dégradation de la royauté, la scélératesse de la Pompadour n (hors de la question du concubinage, celle-ci plait moins à M. Nicolardot), « la corruption de la magistrature, la bassesse des philosophes, la noirceur de Choiseul. Sur le terrain des jésuites, M. Nicolardot dégaine. Il ne souffre pas que Tombre d'un soupçon les eftleure; les attaquer, c'est coinnietlre un sacrilège. « Aucune vue humaine ne tentait les jeunes gens qui entraient dans leur compagnie. » Dans tout le dix-huitième siècle on ne sai prit qu'un jésuite en faiblesse. Les renvoyer, c'était retirer au trône et à l'autel leurs soutiens les plus solides. La destruction des jésuites est Torigine do la Révolution française. Louis XVI fut donc un grand coupable de ne pas ii'appuyer sur ces bounètes gens. Pour les avoir méconnus, il mérita la mort, au dire de M. Nicolardot. « Ce ne fut ni un
saint ni un martyr, comme on n'a cessé de le répéiei . I^a postérité le jugera sévèrement, parce qu'il avait reçu du ciel tout ce qu'il fallait pour réussir. »
M. Nioolardol, écrivain pittoresque, historien judicieux, est
nussi un l npi?^, consomma. Il défend les jésuites avec iiiir tendresse trop kiiiale pour que ceux*ei ne lui aient pas coolie le grandsecret. Aussi avec quelle assurance modeste il montre les fautes de Louis XVI î Qu'un bon petit IVre dans le conseil eut chaude tout cela! La révolution f e était une bulle de savon; le serment du Jeu de Faume? une niaiserie. Gomme il eût triomphé, lui, Louis Nicolardot, du nom, si le ciel, au lien il( le faire naiue vengeur, 1 eut instiUh défenseur du trône et de l'autel ! a Louis XVI avait des lettres de cachet pour se dâMirrasser des impertinents; il avait la Bastille pour chàtieflies séditieux, j» Ah Ma Bastille, quelle belle institution et qui v;aulbien les jesuiie^: ' <}uel dommage fpi elle aoii démolie 1 et comme on y mettrait les ennemis de \ Univers religieux! Si Louis XVI avait enfermé dans la Bastille tous ceux (|ui devaient ratta(|uer, probaLleinent qu'elle n'aurait pas été détruite! Voilà ro[)inion naïve et osée de M. iNicolardot : • Louis XVI avait le glaive pour punir et le sceptre pour gouverner, dit-ii ; uials 11 liabit son devoir, et cY^st lui qui est la cause de tout. »
Il ne faut pas s'imaginer, en effet, que V Encyclopédie, que le« ouvrages de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, de Haynal, soient pour quebpie chose dans ce grand soulèvement de la raison 1 H. Nicolardot vient détruire ce préjugé trop longtemps entretenu. Les œuvres de Voltaire n'eurent qu'un médiocre succès. Ce pauvre Voltaire, comme il fait pitié à M. Nicolardot! Il s'imaginait, ce présomptueux »''rrivassier, que quelque chose de fui resterait après sa mort. Mais non, il est aussi fini qu*ii a été impuissant, et, si M. Nicolardot s'en occupe, pour achever de i'enlerrer, c'est par charité pure, c'est par counoisération, c'est peut-être aussi pour lui faire une réclame! Un seul homme à tout fait, encore une fois, c'est Louis XVI. Son aïeul
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trés-chrétien, Luuis XV, avait en somme laissé les choses en assez bon état. S'il avait accordé de son vivant des pensions, ainsi que le remarque très-judieieusement M. Nieolardot, il ne les avait pas payées. Il était quelque peu débraillé; mais les amis de la bonne cause n*y regardent pas de si prés. Il était resté roi absolu, roi selon les nécessités de l'emploi; et, avec un peu de jésuites, il laissait une besogne facile. Louis XYl, en méconnaissant les mérites des fils de Loyola, a seul fait chavirer la barque, a 11 n'eut pas confiance en Dieu, Dieu l'abandonna. »
Un le voit, M. iNicolardot n'y va pas de main morte, et nos lecteurs sont initiés à son procédé. Mettre à gauche ce qui est à droite, béatifier Dubois, railler Louis XVI, mépriser, insulter cette misérable Révolutioii tjui émancipa la canaille et*n'a pas rétabli les jésuites, c'est là la recette; elle a été inventée par d'autres Nicolardots dont H* Granier de Cassagnac fut un des plus brillants; mais nul ne l'avait encore perfectionnée à ce point, et le père Loriquet doit en être jaloux dans le ciel des jésuites du haut duquel il contemple les historiens de Y Univers religieux!
Louis XVI pourtant avait toutes les qualités requises. Le malheureux! comme il a manqué à sa mission! Ecoutons H. Nieolardot : « Il était jeune, bien frais, bien gras, bien portant, irès-instruit, doué d'une mémoire prodigieuse et d'un jugement très-sûr; sérieux, apte à toute espèce d'études, et, par un miracle de la Providenee, cette passion qui 7iuit à tant de réformateurs, et qui est comme une seconde nature cheT» les Bourbons, il n en fut ni troublé ni tourmenté. Rien ne s'opposait donc à ce qull jouât le plus beau rôle qui ait été r^ervé à un roi de France... » Ainsi, selon M. Nieolardot, il n était pas besoin d'un aigle pour empêcher la Révolution, mais d un chapon. On comprendrait qu'un roi maigre eût manqué de courage; mais un roi bien frais, bien gras; quelle honte! c'est à ne plus adoier 1 euiLunpoint, c'est à blasphémer pour jamais les panses! Quoi! le ciel prend
VOLTAIRE ET M. KIGOURDOT
plaisir à former un Bourbon tout exprés, qui ne soit pts un vert-galant comme Henri IV, qui se soucie médiocrement des
femmes, un roi de st^minaire, la lèvre rose, le teint lleuri, les passions éteintes sans nënufar; et ce roi si bien constitué perd toutl Fies-vous désormais à de pareilles garanties morales ! un si grand mangeur, méconnaître les jésuites ! quelle monstruosité l
C'est ainsi que M. Nicolardot entend et écrit Tbistoire. Nous devrions peut-^tre nous arrêter là. Ces prémices font juger
les conséquences du livre; mais on nous pardonnera de persister. Quand l'odieux devient à ce point burlesque, il est bon défaire provision de gaieté. Ces messieurs nous mettent assez souvent dans la nécessité de iKuller snr leurs œuvres, pour qu'une lois, par hasard, nous nous dédommagions par le rire. On a fait quelque bruit autour de ce réquisitoire qui serait * infâme s'il n'était comique; servons-nous-en pour connaître une fois de plus ces éternels ennemis du sens commun qui ealôiMient, ne pouvant plus brûler. Ce n*est point à M. Nico* lardot que nous en voulons, sa candeur le protège; mais il livre trop complaisauiment tout Tarsenal des arguments de l'école à laquelle il appartient, pour que nous lâchions prise.
II. Nieolardot« après avoir houspillé les rois dans son examen du di.vhuitième siècle, se trouve en belle humeur, bat un entrechat, et s écrie gaiement : Place à la chaîne des imites t ei, raclant une autre musique, il met en danse letttds ces ^armantes héroïnes que nous avions la sottise d*aimer dans ces tableaux au doux pastel que nous ont légvés^ttottsseau. Voltaire et tant d'autres. Mais, hélas! que nelri 'ërreur était grossière, et combien nous, devons rendre grâce à ce cli;u itnljle ennemi des femmes! Madame de Warens, cette douce niatnan, qui n'eut que le tort d aimer un eHiatite^i^t qui, à ce titre, devrait être un peu ménagée par certains historiens,, madame de Warens est une friponne. Mademoiselle de Lespinasse, dont les admirables lettres méritent une place à côté de celles d'Héloïse, n'est qu'une foUe«
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ÉCiaVAi.N:S LT HOMMES I>Ë LETiKbS
une intrigante, et M. Nicolardot, faisant 11 des délicatesses de sentiment, trouve absurde le testament touchant de cette aimable femme qui léguait à d'Alenobert le soin de payer ses dettes. Toutes celles -qui donnèrent Thospitalité aux philosophes ne furent que ]es patronesses de la goinfrerie. Ah! monsieur^ que vous ont fait les dames pour leur garder pareille rancune? Que vons soyez implacablement jaloux des gens d*esprit, je le conçois; mais elles, la grâce, la beauté, Télégance, la distinction, que peuvent-elles avoir que \ ous compreniei et qui vous rende envieuj? On a ^pliqué le dé* pit de Boileaa par un accident; mais vous, qui voyez dans l'absence d'amour un miracle de la Providence, qui vous a rendu à ce point intraitable^ Pourquoi toucher avec des mains si peu gantées et si peu parfumées i ces bustes délicats? Pour- * quoi cette humeur d'Alceste? Vous brutalisa Célimène, comme si vous vous vengiez !
Tous les philosophes, tous les savants, tous ceux qni ont allumé ces grandes lumières dont les yeux des Nicolardots sont offusqués, sont accouplés par Tinfatigabie justicier du saint-office, comme des forçats; pas un n'échappe; ni Ëuler, ni Condorcet. Ce dernier ne voulait s'immiscer aux affaires politiques qm pour avoir V occasion de piller les caisses de iEtut ! Ingénieui; historien, que vous seriez digue de raconter rhistoire de ces temps passé»! -Cette banale et commode accusation d*improbilé, elle a été Tai me bénie de la réaction en 1848. Ët peut-être bien que vous êtes de ceux qui ont cru que M. de Lamartine avait crevé ses poches sous le poids de l'or en quittant le pouvoir! Faites^nons cette joie, monsieur, (le continuer l'application de votre système aux contemporains. Qui pense à Voltaire? qui songe à Rousseau? Hais Lamartine, mais Victor Hugo, mais Arago, mais Lamennais, mais toutes nos gloires, tous nos maîtres, ceux qui meurent, ceux qui vivent, voilà l'ennemi; attaquez, calomniez 1 Youâ calomniez si bien !
VOLTAIRE ET M. MGUUKUOT
Mais tout ce préambule sur le dix-Imiliènie siècle en général n'est que la bagatelle de la porte. Ces effigies grotesques et monstrueuses, appendues aux tréteaux, ne sont que pour allécher et préparer à la vue du monstre par excellence qu'on peut voir à l'intérieur de la baraque pour la faible somme de •cinq francs par personne, c'est-à-dire par exemplaire. Avant de toucher h Voltaire, M. Nicolardot avait besoin de s'enca*nailler un peu, et, une fois façonne aux injures et aux mois plus que grossiers, il aborde le patriarche en disant emphatiquement : a C'est au nom de la raison, c'est au nom de la science, que je uie suis mis en demeure de pium er que Voltaire était avare et fripon. » Prouvez donc; mais ne pariez pas de la science et de la raison. L'entassement ridicule de contes pris dans tous les pamphlets n'est pas plus la science que la prétention de lutter contre ce chef-d'oeuvre d'esprit qu'on nommait Voltaire n'est la raison. Laisses là ces grands mots, et avouez humblement, comme il convient à une nature candide, que c'est surtout au génie, à la liberté, à la Révolution, à tout ce qui a fait la gloire, Thonneur, l'avenir de la France, qne vous en voulet! Agites la vase comme font les reptiles ; mais ne dites pas que vous êtes un aigle, car il sullira de dix lignes pour vous convaincre d'erreur et d'illusion.
Donc Voltaire est un fripon; et M. Nicolardot va le démontrer. Dans le premier chapitre, qui a trait spécialement à quel^ ques UsinerieSy nous trouvons l'anecdote suivante, citée d'après madame de Graffigny.
« Il y a huit jours qu'une servante de cuisine cassa un pot de terre sur la téle d ini laquais de Voltaire; il en a été au lit jusqu'à hier; on a chassé la servante, et on lui a retenu un gros ëcn que l'on a donné au laquais. Hier, le valet de chambre dit que le laquais avait rendu Técu à la servante.
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Qu'on le fasse venir» dit Yoiiaire. Pourquoi as-tu rendu cetécu?
— Eh! ehî monsieur (car cest un nigaud), cest que je suis quasi guérit et que cette fille a été fâchée de m'avoir battu.
— Céran (c'est le nom du valet de chambre), qu'on donne un écu a cedrôle-là pour celui qu'il a rendu, et qu'on lui en donne un autre pour lui apprendre ce que méritent les bonnes actions. Va, va, mon ami. tu os bien heureux de savoir bien faire, fais toujours bien. Gela n'ost-il pas joli? *
Oui, certes, cela est joli, monsieur Nicolardot, mais où trouvez-vous donc trace de lësinerie et de friponneriet Voltaire commence par un acte de justice, il termine par une leçon. C'est lui, dites-vous, qui recevait la leçon. Eh bien, j'y consens. Tous les jours, la bienfaisance ingénue du peuple n'est-elle pas un enseignement, même pour le plus libéral? Et, parce que Voltaire n'avait pas prévu cette délicatesse du ) laquais, a-t*il manqué à quelque devoir essentiel? Passons t d'autres preuves; celle-là ne vaut rien pour vous. Elle rappelle Tanecdote de Molière et le mot : Où la vertu va-t-elie se nicher? — Mais, parce que le mendiant rapportait à Molière un louis que celui-ci avait donné par mégarde, Molière était-il un ladre de n*avoir voulu donner ([u'un son? En vérité, je persiste à croire que M. I^icolardot est un voltairien qui dissimule.
Voltaire avait acquis une grandr" frutune; ce n'est pas un crime; et l'on voudra bien reconnaître que, si le détachement des biens de la terre est une vertu, un mérite, l'accumulation des richesses est une mortification dont certaines confréries ont donné trop souvent l'exemple pour qu'on ne soit pas excusable de succomber à la tentation. M. Micolardot fait un reproche à son illustre supplieié du soin, de Texactitude parfaite, de l'ordre en un moi avec lequel il administrait et faisait valoir ses fonds. Mais la dissipation, l'indolence, Tincurie des intérêts, ne seraient-elles pas plus coupables? Vol<
VOLTAIRE ET M. MCOLAhiiOT e5
taire pensait à coup sûr comme Rousseau : u 1 /;(rgenl que l'on pourchasse e&t celui de la servitude» celui que Ton possède est celui de la liberté. » Voltaire voulait 6tre libre; neiiS' lé voulons tous aussi, et j'inia^finc qu'en faisant payer ciûq Irancs les quatre cents pages de compilations qu ii nous déUÊié pùmmé un livre M. Nicolardat songe à tirer quelque béiiMèt ée sa {mUieation. Voltaire avait eonfié le soin de «u's all;iir»'< à un très-lionnèit* prêtre, M. l'abbé Muu.-.^iiiot, tu miliMf- dit ebapitre de Saint-Merri, à Paris. 11 le laissait parfaite* ment nitlre de dis|)09er de son argent, et rien de plus simple, de plus houiirle, de plus ouvert, de plus loyal que ctiupartie de ia correspondance ; « Mon cher abbé, ëcrit-il le 9f ifSd, j aime mieux votre coffre-fort que celui d*un notaiW^H n'v » personne à qui je me liasse dans le monde autant qu a vous. Vous des aussi lûleliigeut que vertueux... ^^fm jÊMKèi vous voulez vous charger de Targent d'un indéViill^^crfriK/; p«r amitié pour cet indévnt, ee que vous faites [juur \ulre chapitre. \ i>u6 poui itz, ihois i occasion, en faire d^écNis mai^ës de tableaux; vous m'emprunterez de TargeMélili voire eofire. » Il le charge de toucher ses rentes, de suivre le remboursement de ses créances, et il lui «iit : « ^ous aurez, mon ciier abbé, carte blanche pour tout ce qui flBe iegà#de, et^tout sera dans le plus grand secret. » Voltaire 'iM^fOiAlil piâ que le public se melàt de se< .illaires: est-ce un tort? Il paraît qu'il lumiaissait des i\tcoiardots et qu'il dési- «M»^ MoiiAlte et Patouiilet ne vinssent pas s'in^éter de M^^^prihUe^lea rejfniirdait pas. A cha(|ue paj^e de sa correspondance il renouvelle a 1 abbé Mouosinot s«is it utuiguai^es d'eskjflie, de confinnce, et s'en rapporte à luir41 fatiit ia haine ISiiiiiift'deiM: Nicolardot pourvoir là un intérêt kbniebt. * ^'^%Êm le chapitre intitulé : Hajïfwrts de Voltaire avec .v^ Jrhilr'iu s, 1 liidlorteii ingénu proclame que Voltaire ne -lODgeait Ê^^ifim émàUer, tnpl^, qmdruplet\ quiàtuplev, sextupler , -éfêêpler, octupler, nmnpler, décupler, centupler ses capitaux dam le commerce, » La grande plaisanterie de Nf Nico-
Iki KGKIVAIKS KT HOMMES DE LKTTHES
lardot consiste dans cette accomulation ; et quelle preuve
donne-t-il de cet acharnement? Aucune. Mais, encuie une ioï$9 Voltaire faisait bien de ne pas laisseï^ dormir son argent. A quel taux prétaiUi donct A cinq }i<mr centl Je ik»u4niis pouvoir citer toutes ces lettres si claires, si simples, dm s lesquelles il explique ôea intentions a son iuiidé de pouvez . Un sent la raison d'un bonune qui veut obliger, myis qui m consent pas à être dupé. « Fût-on son bienfaiteur, san protecteur, son cuuiiiiensal, son secrétairo, son ami, il n exceptait pemnne d'un billetl » Ëb bien, il avait raison* Exiger un reçu î^ne voilà-l-il pas un grand crime! M. Nteolardot qoenait-il i>eaucoU[) de t ;i |nliih>tcs, même des plus obligeants, qui refusent un reçu ou qui oublient de le demander? Nous avons honte de discuter ces niaiseries. Il nous sttnblaiti.^e nous devions nous indigner, réfuter, défendre; mais un scrupule nous saisit. A quoi bon \ tout ce iatras est si pauvxe, si vide» si nul, si impuissant, que nous y arrêter serait amener l'ennui. Non, Voltaire ne fut ni avaro, ni ladre^ ni usurier. Il fut boa adiiâuiisirateur, ne négligeant rien, luai^ n'exagérant rien. Facile aux honnêtes, dur aux fiipons^ >il en voulait aux ndtles qui ne le remboursaient pas; mais je deiie qu un sui pieiàue uu mot, un seuLuaent qui ne fasse pas honneur à la sagacité, à la rectitude de son jugement. ^ ■ Nous.avons cru un moment qiie il« Nicolardot repiraehMt A Voltaire sa propreté, il met une certaine ironie à raconter que celui-ci se lavait souvent. Âb ! inon>h'iir, grâce au muins sur ce point 1 Ne nous forces pas à réfuter la théorie des n^ins sales. C'est bien assez des éclaboussures de votre style; m suscitez pas d au li t} degoùt. Mais uun, liuu^ nous trumpiuus; ce petit détail fortiâe le système général du réqui&itoice* 11 s'agit de prouver <[ue Voltaire se portait bien, se soignait bien, et qu'en plaiMul quelques capitaux à rentes viagères il ne faisait pas k fortune des acquéreurs. Ke vouliez vuui pas qu'il mit ftn à ses jours par tendresse pour la spéeuiaxmii i l'ar ce coté, nous rentrons dans lu donnée comiquadil
VOLTAiB£ ET M. NIGOLAKIIOT «7
volume. Voltaire faisait jouer la comédie et la jouait luimôme. Donc il se lit histrion! Comme ce mot dut sortir en grinçanl de la plume indignée de H. Nicolardol : histrion! rjt'Mc/, ^Mi*le, monsieur; cette colère superbe ne vous appar- Ueai-^^.vou& rempruntez a M. frudhomme.
llM fei n éri WiePt Voltaire fui avare, ladre, fripon, au dire
mais encore i! fut i^^norant. Pourquoi ne [)as dueôoL.' Âh! lauiiùieur, de quoi ^ou^; inAloz-voua i*4>ur tft.cupi eeci ne vous regarde point. Parce que Voltaire n anit fêSk àiwi JMbliolhèque nombreuse, il ne savait rien. Trë» picn;inl (1 [lise à cette découverte, M. Nicolardot îipp(îlle en ienioigaâ)ge le bilieux auteur des Soirées de Pélersbourg, et ié^èl0 méùM : QuU fanU en finir avec cet homme! J'accorde qmTekaife n'avait pas plus de sept mille volumes; je c^nae&à à recoiiiiiiîlie pour médiocres la |»lupart de ses livres; teh fittMiveri^ii que sa mémoire n'avait pas, elle, son répertomifiaMMtolliécpie remplie et lumineuse? Voltaire croyait sans doiilc 411 il 11 ost pas iiidispensabje d'a\uir beaucoup dll€^V£eâ ^apirUuâUes et savantes bien reliées dans un(^ arnietov pMt prouver beaucoup d'esprit et de science. Parce que l'on trouverait sur les planches de quelques critiques le iiv{e 4e M. Nicolardot, faudrait-il rigoureusement conclure qttaJtaaà les poeaesseurs de ce livre n*aiment que les choses fotileB el 'iuaiaeeî Laissons là la garde-robe, les livres, les plumes, le papier, l'e^luiiiac, la digestion, l'iiy^^^iène de Voltaire! Que m'importent les mémoires de son apotbicaire, son n^iâiiir; lè catalogue de ses bouquins! Faut-il, oui ou non, iu lire encore? L^l'il un L^rand et niurveilleux esprit? M. Nicolardot i'i M. de Maistrc ont-ils plus do iityle et Tonl-ils désiûlil ïoute la question est là, et non ailleurs. A chaque instant, notre historien oublie trop qu'il a la prétention de m écrire . seulement pour de;» sacristains el des portiers. .
fi'eil surtout à l'article des bienfaits de Voltaire, de ses
prok^és^ des iiummes de lettres i^u il a liuurris, aides, en-
ËGRIVÂliSS LT HOMMES D£ LETTRES
courages de sa parole et de son argent, que M. Nieolardot redouble... de caloirinies, dira-t-on, decaudeur, dirons-nous. Si Voltaire prit en main la défense des Calas, des Sirven, des la Barre, des Martin, des Montbailly, des Lally, c'est qu'il
iii;iit parti de ces plaidovors pour sa gloire! Eli bien, où serait le mal? Nous ne prétendons pas que Voltaire aiiété un saint, et nous admettons volontiers qa*en faisant trions plier la cause de la justice, de l'honnêteté, il n*était pas indiiïérent à la louange légitime qui s attache aux œuvres méritoires. Mais combien de gens, monsieur, auraient ttxiii^é un profit plus facile dans la défense de l'injuste et du déshonnAto! Voltaire était un \ .mitrux ! Tant mieux pour l'iiumaniiel (Jue je préfère celle ambition qui coûte des veilles^ des haines, des calomnies, à cette activité haineuse qui s'attih elle à déprécier le bien accompli! Soit, Voltaire a tout l:iit par orgueil; mais lenons-nous-en au fait, et laissez les iiial> heureux qu'il a vengés le bénir et le remercier. Âyes deiiaés ambttions-Ià, monsieur, et votre part sera belle. TonVcentepitie, dans lequel l'auteur, ne puuvaiiL iiiei le8 bienfaits, les
commente au point de vue de l'intention et de la chavilé ëvangélique, atteint aux plus hauts effets du comiqvè^ -m^
Voltaire eût été réellement dévoré du zèle de la justice, dit triomplialeuient U. Nicolardot, comment expliquer lesilença qu'il garda lors de la destruction des jésuites! » U y afèvl' être une réponse facile; c*est que la cause des jésuites n'a pas semblé à Voltaire, plus qu'à Louis XYl, la cause de la justice.
La race des littérateurs millionnaires n'est pa8ét6tiiltt.i4iHe *H. Nicolardot veuille bien m'en citer qui aient fait antaM^ie bien, répuii<lii autant de services que Voltaire, par vanih^ par gloriole^ et j'irai mMnchner devant eux. Vous repriMilieâkiÀ cet homme, si plein des passions et des vertus humainefttfide n'avoir pas été un beat ascétique faisant toutes ses bonnes ceuvre&pour la plus grande gloire du ciel. C'est là une oiùcane de confes^ur. Le him est toujours difficile à fairey èl, si Ton a inventé des récompenses, des dislinclions pour susciter
TOLTAIRE ËT M. mGOUiU)OT
rémulation humaine, c'est qu apparemment on a pensé que les ineitatioDS du ciel ne suffisaient pas à notre paurre humanité. Voltaire est un homme; il ap;it humainement. Lui ferezvous un reproche de n*èlre pas un ange, ô séraphique insalteur? L'hi^ire de mademoiselle Corneille est surtout ToecÉriniÉ d%tte sortie bouffonne. Voltaire apprend qu'une nièce de Fauteur du Cid est dans la mis(^re, il n pond : a II convient qu un vieux soldat du grand Corneille tâche d'être iilite è la pelîte-fille de son générai, » et aussitôt il recueille, il instruit, il marie, il dote cette jeune fille. Ce fut encore un accès de vanité, dites-vous. Eh parbleu ! encouragez de ces vanMa4à> et on dressera moins de lits dans les hôpitaux pour les'fkëiSIlii'^roiivee-moi que vos chefs, vos maîtres en ont fait davantage avec des intentions plus pures; et, sans être ingrat envers Vohaire^ je donnerai-la palme à vos Yincentsde Paul !
iËÀÈè de ComeiUe avait mis en appétit tous les parents du grand poëte. M.Niculaidot reproche au soigneur deFernev de s'ôtre refusé à Texploitation de tous ces aiiamés qui accounUài èb pattoiit pour se faire nourrir et doter. Mais Voltaire devait-il donc être la dupe de son bon cœur? « On nous menace, écrit-il, d'une douzaine d'autres petits cornillons, courfArfittiiiaiipde Pertharite, qui viendront, l*un après l'autre, éèlkaliëMrk becquée. » Il leur ferme sa porte, et il a raison. Vous oubliez que Voltaire est trop fin pour être niais. Le pèrr de cette demoiselle Corneille était une espèce d'ivrogne entêté, an te'CbBsénlement était nécessaire pour le mariage de sa fdle. Voltaire, erai^nanl(|ue ce père ne s'avisât d'être absurde, et ne compromit 1 avenir de son enfant, lui fit demander son etÉÉtofbliiènrpar écrit, et déclara que, s'il hésitait, il lui re- #feMit^Kf pènsîoh qu'il lui faisait tenir. Voltaire lit preuve, en agissant ainsi, de bon sens, de fermeté; et vous auriez du tMa^rgner ces tirades sur l'outrage fait à la majesté d'un fèWf^fiës ^féfés méchants ou inintelligents (M. Nicolardot prétend-îl qu'il n'y en a pas?) ont besoin d'être contraints à respecter le bonheur de leurs enfants. Voltaire eût man-
qué à sa tâche en ne prenant pas cette salutaire précaution.
Après avoir essayé de démontrer que Voltaire n'a pas plus d'esprit qu'un rédacteur de V Univers j'elujieux: ([u'il est avare, fripon, ignorant, qu'il ne sait ni la grammaire ni la prosodie (car Tivjpeaçe de M. Niool^ot va jusque-là); rbietorten somnambule termine par un effroyable tableau des grimaces que l agonie arracha au philosophe. Hélas! la mort môme n*est pas sacrée pour vous. Vous lui en voules de sa douleur, de son délire, contestable et contesté! Est-ce sa faute si le mal lut [)lusfort? Est-il donné à tout le monde de mourir de cette mort calme, sereine, auguste, sans convulsions et sans blasphème, qui a terminé par exemple la vie de Ijamennaisî Respectez au moins son agonie; et ne faites pas intervenir la vengeance cruelle et absurde d un Dieu que vous rapetissez et que vous empoisonnes de vos haines et de votre fiell le fiB sais ce que Voltaire a pesé dans la balance étemelle; mais puissiez-vous, au jour de votre héatificaliun, mon très-cher îrére, être plus léger que votre prose et votre esprit ue riront été de votre vivant ! Puissiez-vous n'avoir, à rbeui» sniriLie des derniers adieux, ni coliques ni contorsions! Jusque-là, pardonnez, au nom du Christ lui-même qui a cri^rill^ son Calvaire, à ceux que la douleur physique abat, et eett^la comédie de vos indignations devant ce suaire terrible dont vous calomi^iez, mais dont vous ne connaissez pas piu^ nous l'envers! . v>
Le livre n'est pas fini à la mort de Voltaire. 11 y a un t)08lscriptum à ïusage des curieux, Affriahdé par les gaillardises que sa belle humeur a pu lui suggérer pendant celte longue insulte, H. Nicolardot réserve un chapitre tout spécial pour les amateurs, un chapitre interdit aux enlants et aux séminaristes, et dans lequel il va révéler ses plus grosses horreurs. Comme dans les exhibitions de figures de cire,
il y a sous un rideau la petite image ubscène qu'on ne montre qu'aux protégés, aux clients des premières places, c est dans ces dernières pages que la finesse et la malice de Tbistorien
VOLTAinK ET M. MCOUIlDOT 71
abondent, échauffées par une sorte de concentration seosuelle
(jui a pour l)ul d'émoustiller le lecleur. Au début nousavions la ckakie des dames; il â agit de termiDer pr quelquo chose de plti^ gÉkat eneoire. Queva-t-on nous dire, grand Dieut Faulil rougir d'avance? Voltaire, l'avare, le fripon, le coquin, le &yt, eut loHle .va vie des maUre.s.ie,s qui ne lai cnùtaienl rien ! Voilà le grand reproche, la formidable accusation , qdi M) raéhéver. Entendez«vous, mesdames t ce polisson ne [>ayail pas, ne ]i:i\;iit jninnis. Hélas 1 monsiciir, je no vous adresserai surea point aucune question indiscrète. Je ne sais qnelfiK opnien tou^yous faites de Tamour, et si vous ne séparez pas l'idée de gain de l'idée de tendresse; mais enfin vous avoueiui: qn il i xi^le par le monde des gens, à coup sûr fort leapeelables dans leurs illusions, qui râvent des roaitresses aiM^mr^ mêmetenipsdn prix qu'ils peuvent y mettre. Vohane lot aime poui lui-même! tant mieux. Vous ciloz des noms charaiants, vous faites une adorable petite liste, et vous iïtmwnt mUélicieux sourire de dédain : « Que lui ont coûté ces liaisons? des vers, mais pas un sou de dépense. » Où vouliea-vou& donc qu'il prit ses amours i Quoi! il est aimé parce qu'il éal jenne, glorieux, spirituel, parce qu'il sait dire dans une langue immortelle le secret de son cœur; et vous lui en Vûub'z! et vous lruuvt;iiez chaque cliuse niieux à sa place s'il
avait donné tant à mademoiselle Dunoyer, tant à Laura Har. ley^^ttM àBuelos, ft Gorsembleu, à LecouvreurI Vous êtes
bien (iilficilf, ciiT jf» n'ose dire bien blas(''î p]st-ce dans ce fameux grand monde où l'on parle l'argot que vous avez enteÉdit*<fiâ^rer l'amour payét Une de vos connaissances, Tartuffe» courtisait Elmire, mais n'offrait f)as d'argent. Il est vrai qu'il se faisait constituer des rentes par l époux. Le que c'est pool'lint'qiiede faire tout avec méthode et d*apporter dans ranil^ des passions humaines un esprit profondément matiieniaUque 1 Vuus en voalii'Z à madame de Pompadour de ce qo-'aMe trompait sur la quantité et la qualité de la marchan* diaevMukl^; tl est juste, en effet, que vous blâmiez Voltaire
12 ÉCIUVAINS KT llOilMIiS DE LETTRES
d'avoir accepté comme un don ce qui pour vous mérite sa*
laiic. Rien de gratis sous le ciel, c'est l'esprit de certaines églises, c'est Tesprit de votre parti.
Un casuiste distingué, Jacques Gordon, a formulé avant vous cette nécessité d'un contrat : « Une fille de joie, dit-il, peut légitimement se faire payer, pourvu qu'elle ne se mette pas à un prix trop haut; mais une feçime mariée n'a pas tant le droit de se faire payer, parce que les profits de la prostitution ne sont [)as stipulés dans son contrat de raaringe. »
Un autre expert en cas de conscience, Thomas ïainburini, a écrit : « Combien une femme peut-elle vendre le plaisir qu'elle procure? 11 faui, [kjui estimer cela au juste, avoir égard à la noblesse, à la beauté et à i honnêteté de la ieuime. Une femme honnête vaut davantage que celle qui ouvre sa porte au premier«venu. » J*avoue que devant ces autorités je m'iacline. Mais Voltaire était un iudévot et un ignorant, qui s'Imaginait peutrétre qu'on ne doit pas plus payer l'amour que les indulgences» et, comme il n'achetait pas de celles-ci, il ne songeait pas à noarcliander celui-là. 11 avait tort; vous le lui avez démontré de façon magistrale.
Au surplus, cette attaque bizarre contre Voltaire cache un piège énorme. Vous ne lâchez pas voire fagot, trop certain d allumer le bûcher, il e$ù digne de remarque, dites-vous, que Voliaife ne cem d'avoir des maîtresses que du jùur ak il vécut avec sa nièce, madame Denis, Cette observation doucereuse se glisse en sifflotant, puis, tout à coup, dresse la tête et merd» en bavant le mot imeste. Si Voltaire devint tranquille et résigné sur ses vieux jours, c^est qu'il se donnait les joies ëpon van tables de Tinceste. Un voltairien accusant un de vos amis d*un fait pareil tiendrait stupidement à honneur de fournir les preuves ; mais que vous agissez différemment et bien plus liahilement ! La vérité pour vous est une affaire de révélation. Vous avei deviné qu'il devait y avoir la-dessous un inceste, et dès lors aucun doute n'a prise sur le roc de votre conviction ; vous ne citez ni un mot ni un fait, maisc'est là que
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brillent la nouveauté et la force de votre système. Voici dans toute sa candeur l'invincible argument qui doit terrasser le monstre de Ferney : « Les principes et les passions de Voltaire el de madame Denis une fois connus, on est i se demander pourquoi Voltaire, qui avait eu dos maîtresses de toutes conditàODs, qui avait demeuré chez des dames fort galantes, qui avait vécu en concubinage ches nne marquise pendant treize ans, n'a commencé à être irréprochable dans ses mœurs que depuis le jour où il cohabita avec sa nièce; et pourquoi madame Denis» qui avait été adonnée au plaisir avant de se mettre sous la tutelle de Voltaire, qui s'est hâtée de se remarier après la mort de Voltaire, s'est gênée dans tous ses goûts tout le temps qu'elle a passé avec son oncle. Il n*est pas facile d'expliquer la eontînenee de l'oncle et la contrainte de la nièce, d Von ne suppose pas que Voncle et In nièce ont eti ensemble des rapports incesttmix. » Que répondre à cette conclusion? Si Voltaire se conduit bien, c'est qu'il se conduit mal; si la nièce est sage, c'est qu'elle est d(;vergondée. Vous con unissez à fond rhypocrisie humaine, vous en savez tous les détours, trop pudique monsieur Nicolardotl et pour vous und action pieuse et méritante peut bien être un masque qui cache de vilaines passions. En vérité, si on appliquait ce système à votre école, les suppositions seraient abondantes; mais non, cet' instrument- dâicat de la conjecture n*a de valeur que dans vos mains, v ous seul savez le manier av ec précision et adresse. Jilniiallrt, il nous faudrait, à nous autres benêts, un fait au ,4li|HiSf^r:accuiser. Cette absence de preuves est pour vous la preuve la plus convaincante. « On dirait, reprenez-vous, quie Voltaire a prévu qu'il serait un jour accusé d avoir eu des jÂippoils: incestueux avec sa nièce, tant il a pris de précautim pmir prévenir jtisqu'au soupçon. Il a eu Toccasion d'écrire heaucouf) de lettres à la veuve Denis, dont il connaissait la légèreté et la dissipation; il affiche de l appeler sa chère enfant, il ne lui donne qm ce nom, saiif deux ou trois fois qu'il
la qualiile de chère plénipotentiaire; il est constamment ré-
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servé, décent, discret; c'est un oncle qui cause avec sa nièce. . • » Si Voltaire avait été libre et cynique dans ses propos, que De diries-vous pas t U est convenable et paternel, vous trouvez précisément dans cette convenance, dans celte attitude, l'occasion de le condamner. Dites-nous donc sur quelle corde il faut passer Fabime que vous creusez ! Voici encore un triomphant argument, et c'est là le bout de Toreille : « Voltaire n'aurait pas été un philosophe complet s il n'avait pas servi d'amant secret à la veuve Denis; il y aurait une lacune dans sa biographie si Tinceste n*y occupait pas une place et ne venait pas clore la série de ses vices. // n'a pas été pris sur le faU^ à la vérUéj cela n'est pas nécessaire devant le tribunal de rhisUdre pour cette matière^ autrement la biographie devrait renoncer à aborder toutes les questions relatives aux mœurs. »
U n'y a plus qu'à tirer Téchelle. Cette révélation de ses
procédés historiques peint M. xMcolardot d'une façon plus plaisante et plus complète que nous ne saurions le faire. Ajouter un mot serait affaiblir la portée de cet aveu dépouillé . d'artiflce. On avait besoin de déshonorer un philosophe, on Ta déshonoré par supposition ; ce n'est pas plus difficile que cela. Aussi avec quelle fierté, suçant sa plume, au risque de s^empoisonner, se frottant les mains, en oubliant de les laver comme Pilate, M. Nicolaniot entonne à la dernière page le chant de mort et de triomphe! U en a fini avec Voltaire. C'est bien lui, le David des saines doctrines, qui a terrassé le Goliath de l'impiété! « En vérité, s'ecrie-t-il, parmi les individus tjui, au dix-huitième siéole, ont été attachés au pilori, fleurdelisés ou roués en Grève, ou qui ont fini leurs jours dans les bagnes, y en eut-il beaucoup de plus coupables que Voltairet Si par ses talents (vous êtes trop bon!) et son immense influence U a mérité d'être regardé comme l'empereur des philosophes, dont la plupart n'eussent pas été déplacés aux galères, ne doit-il pas, à cause des bassesses de sa vie privée, rester à la tête de cette chaîne de fripons? è
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Ainsi soit-il ! cl l'on referiiie le livre sur celle deriuue seiileoce qui assimile Voltaire aux Hingrat, aux LacoiloDge, aux Léotade, à toutes ces victimes de la philosophie et de la justice, qui avaient (pour appliquer en sens iiuersele système de M. Nicolardot) trop de crimes apparents pour n*être pas au fond des innocents et des petits saints, dont Dubois mérite d'être le patron! C'est aux personnes qui font usîi^^e rie leur raison que ce livre est dédié. M. Nicolardota donc voulu écrire pour d'autres que pour lui-même et pour ses amis. Ëh bien, nous croyons avoir suffisamment édifié sur la portée et le but de celte œuvre; et» si un remords nous prend, ce n'est point celui d'avoir oublié quelque chose; c'est le regret, au contraire, d'en avoir trop dit.
Style, logique, sens commun, vérité, tout ce qui peut recommander un livre et lui donner des lecteurs a été si soigneusement évité, qu'on se prend à admirer ce néant parfait et absolu. On voit bien que tout cet innocent poison a été distillé à froid; et nous persistons à croire qu'en dejjit »le ses actes et de ses procédés H. Nicolardot est un honnête calomniateur, qui laisse voir trop souvent le défaut de l'armure pour n'être pas un séide innocent. Pourtant, ne nous y trompons pas; dans ce livre si nul et si ridicule, il y a toutes les théories de l'école, tous les arguments entassés. C'est là l'arsenal. M. Nicolardot n'a pas inventé la poudre dont il se sn t ; il a fait des cartouches avec tous les libelles, tous les pamphlets de ses maîtres, et, si sa pétarade ne tue personne, la faute n*^ est pas seulement à lui. L'empressement avec lequel ce gros livre a été adopté, prôné, défendu par certains hommes, lui donne les allures d'un manifeste. C'est pourquoi nous avons em qu'il y avait lieu de lui faire les honneurs d'une discuscussion h part, comme si c'était une œuvre. loyale et sérieuse. Ce n'est pas seulement M. Nicolardot qui parle, c'est M. Veuilkt; c'est toute cette cohue obscure, à bout de haine et de calomnie, qui casse ses dents à toutes les limes, et qui mouna quelque jour^ tuée par la résorption de son venin inutile.
Quant à Voltaire, il vivra aussi longtciiips que la sottise, que le fanatisme, que riiypocrisie. C'est une aroie qui ne sera délaissée que quand il n*y aura plus à combattre au nom de la raison, de la justice, de la liberté de conscience. Nous avons dit notre pensée au début de cet article, complétons-la, puisque l'occasion nous est offerte.
Voltaire a fait son œuvre, et nous sert à la continuer; mais il niait, et nous avons besoin d'afûrmer. Son rire luaiineux a tempéré fort à propos les mélancolies trop vagues et trop nombreuses du romantisme. Nos maîtres, au début du siècle, ont commencé par Uousseau. 11 fallait réagir contre Tinsensibilité d'une littérature de convention ; aussi René, Ubermann, Jocelyn, les FeuiUes d'atOomne, George Sand, s'abreuvaientils à ces sources couronnées de pervenches que )e [)auvre Jean-Jacques avait découvertes. Voltaire était trop bruyant, trop ricaneur; il épouvantait. Victor Hugo l'appelait un singe de génie. Alfred de Musset murmurait :
Dors-tu content, VoHaire, et ton hideux sourire
Vuliige-t-il encore sur les oe déchaînés?
On était alors dans Toigie des rosées célestes, des claifs de lune, des ombres gothiques. Ce fut un beau temps que nous ne raillons pas, et qui permit des méditations sublimes. Mais peu à peu le brouillard s'est dissipé, la mélancolie a fait place a Taction. On a vu le piège des vieux arceaux du moyen âge. On a senti que le génie de lavenir n liabitail plus ces ruines On a redemandé la lumière pour le front, et le rire français pour l'esprit. Nous somaies dans celle seconde phase. La littë-
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rature se dégiige de Rousseau» ou plulul sait.le- tempérer pnr
un peu fie Voltaire.
tst-ec à iiirô que nous songious à nous servir de toutes les flèches de ce grand railleur, et que nous voulions nous mettre servilement à sa suitet Non. Voltaire, comme écrivain, restera le modèle étemel ; comme ^hilusojjlie, il a été dépassé. Ses épines sont toujours vives; mais il ne s'agit plus de piquer» après les effroyables hécatombes de la Révolution : il faut gué* rir, pacifier et conduire. Quand ou nous lâchera dans les jami)es des aboiements comme le livre de M. I^icolanlot, on prendra encore les lanières de Voltaire ; mais pour fonder, pour faire notre tâche, nous saurons, tout en Thonorant, clierclier ailleurs que dans ses livres Tinspiration qui nous sauve, ridée qui nous éclaire. Son génie fut une torche ; il faut aujourd'hui un flambeau. C'est donc nous, mais nous seuls, en t( ridez-vous bien, qui en finirons avec Voltaire, non pas en l'insultant, en le calomniant, en le jetant aux gémonies; mais en le laissant paisiblement dormir dans ce lointain glorieux, dans cette auréole que lui ont faite ses contemporaine. Ballanche a dit : « L'initié tue l'initiateur. » C'est donc h nous que Voltaire a initiés aux joies de l'esprit, à la libre possession de la raison, qu'il appartient de l'ensevelir, de le sceller dans le cénotaphe glorieux, de ne plus le consiiërer que comme un souvéuir, comme une tradition. Trêve donc à ces violations sacrilèges de tombeaux qui galvanisent le mort immortel! Si vous voulez que Voltaire ne pèse plus sur vous, n'entravez pas notre marche : ne contrariez pas cette élaboration des idées que le dix«huitième siècle a jetées par poignées dans les vents de l'avenir et qui doivent germer un jour. Ces idées-là feront la paix du monde bien plus sûrement que les subtilités de scolastique auxquelles vous essayez vainement d'intéresser les peuples* Il dépend de vous seul que Voltaire revive avec toutes ses colères, ses malices, ses rancunes; pour cela il suffit de lui susciter de nouveaux Nonottes et de nouveaux Patouillets !
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A ce propos, et en terminant, qu'il nous soit permis de re- ' marquer ics bizarreries des destinées littéraires. Les ennemis du vieil Arouet sont toujours si latalement condamnés au ridicule, que leur nom même établit une présomption contre eux. Nous venons d'en nommer deux. Mais que dire de M. Nicûlardût? Ne semble-t-ii pas que ce soit là encore un nom en* sorcelé? S'il se.fût nommé Nicolas tout court, il n'aurait peut» être pas écrit Ménage et finances. Mais Louis Nicolardol devait être entraîné dans le tourbillon de Nonotte. Puisse cette pensée, légèrement superstitieuse, être accueillie comme un baume consolateur par M. Nicolardot pour le jour où, désabusé des voluptés de l'injure, il s'apercevra qu'il n'a rien gagné à ce jeu ; à moins qu'il ne mette au compte de sa vanité Tamitié de M. Veuillot et un jour de renommée ridicule!
Octobre 1854.