‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 11 sur 54 · LA LIQUIDATION LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

LA LIQUIDATION LITTÉRAIRE

l'étu(le, rnmoiir de l'amoup. Il serait difficile d'nssignor des règles ; mais, si nous avions la voix assez liaulo pour qu'elle , fût entendue, nous dirions qu'il faut se garer de la doctrine. 11 ne faut pas que la pliilosophie sociale soit dogmatiquement formulée dans une anivre d'imagination; son influence doit être harmonieuse et diffuse comme celle de la lumière, il faut qu'on l'éprouve sans la voir. C'est surtout à ce sentiment qu'on peut appliquer le vers de Gresset :

Celui ({u'on veut avoir gâte celui (]u'()n a !

Sans vouloir entamer cette question, qui nous entraînerait trop loin, disons, eu passant, que, [)Our écrire des romans qui plaisent au peuple et le moralisent, il n'est- pas nécessaire que l'auteur choisisse ses types, ses événements dans la région qu'il veut agiter.

M. de Lamartine est un exemple. Conseillé par une illusion généreuse, il a écrit Geneviève et le Tailleur de pierres de Saint-Point avec une préoccupation loyale et sévère qui cependant l'a éloigné du but. Je ne doute pas que les Confidences, dans lesquelles le poëte a cru s'adresser à un public d'élite, ne soient plus volontiers goûtées des lecteurs de l'atelier que ses récits villageois.

Le peuple choisit ses lectures, selon qu'elles lui fournissent les émotions dont il a besoin, la terreur, la pitié, le sentiment de la nature et de la gloire. Mais il n'est pas nécessaire, pour lui plaire et pour l'intéresser, que ses héros soient vêtus de la blouse comme lui. Il a un instinct puissant d'analyse et de synthèse qui lui fait trouver dans ce qu'il lit la formule de ses passions. 11 suffira donc qu'une œuvre soit écrite avec vérité, avec chaleur; il suffira qu'elle contienne la double préoccupation de l'idéal dans la nature physique et dans la nature morale, pour qu'elle puisse intéresser le peu[)le et lui profiter. En général, ce lecteur jaloux aime à connaître les douleurs, les tortures d'un monde dans lequel il n'est pas

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admis. 11 sait par cœur ses propres souffrances; il veut savoir . si, plus haut que lui, on souffre de même; et il est bon de satisfaire sa curiosité sur ce point. Son courage en augmente, et son cœur arrive à une résignation sympathique, à une pitié fraternelle qui agrandit le cercle de ses vœux. Presque toujours, le peuple se défie des livres qu'on lui réserve tout spécialement. Il aime à goûter aux plats qu'on ne lui a point servis. Ne nous rappelons-nous pas l'horreur que nous avions, étant enfants, pour les livres écrits par les bienfaiteurs de l'enfance, et ne savions-nous pas bien que nous allions trouver là, sous une fable transparente, les leçons qu'on nous débitait tous les jours dans les classes? Le peuple est un enfant éternel qui veut choisir ses moralités, mais qui n'aime pas à les recevoir trop directement.

On peut généraliser cette remarque, faite à propos de romans, et l'appliquer à toutes les manifestations de l'esprit. Le but est le même pour toutes les œuvres intellectuelles : toucher, moraliser, dégager le conseil à travers l'émotion; la prière à travers l'extase ; l'amour à travers la douleur; le sentiment de la rédemption morale, de la liberté, à travers la peinture de l'asservissement des vices et des préjugés. On n'a d'action réelle et durable qu'à la condition de ne point abaisser l'art au niveau de son public, mais, au contraire, d'élever le public vers ces sommets où l'art sert de trait d'union entre l'inspiration humaine et l'inlini. IHiis la voix part de haut, plus elle va loin. Je n'entc^nds i)as, par cette recherche des sommets, la tension p('r[)('luelle de l'esprit vers le sublime. Non; la simplicité, la naïveté, sont des sommets aussi.

Ne croyons donc pas que les conditions nouvelles imposées à la littérature par la lassitude des esprits maniuent une décadence. C'est une transition : voilà tout. Nous n'aurons plus les grands vols lyriques. Peut-être bien aussi l'époque anra-t-elle moins d'invidnalités rayonnantes à consacrer; et le talent plus répandu siii h foule fera-l-il concourir au mouvt'Mirnt moins df ln'•|•o•^ i-i plus do combatliints ! Nous n<'

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