‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 23 sur 54 · M. LANFREY I · texte numérisé non relu

M. LANFREY I

bandit, il y a l'âme d'un cuistre. Il vous a insulté et déshonoré; mais ses principes lui défendent de se battre, — le chrétien ne se bat jamais. En revanche, on le bat quelquefois, car c'est l'écueil du métier. Son échine de cynique appelle les coups de bâton; elle y est vouée par une sorte de prédestination. Qui pourrait compter les soufflets accumulés sur sa face impudente? Lui-même vous dira ([u'il n'en tient pas registre. Autant il est prodigue d'insultes et d'outrages envers le faible, autant il est humble, mielleux, souple et rampant avec les puissants. Il a pour la force je ne sais quel culte superstitieux et barbare, parce que la crainte est le seul sentiment qui parle à son cœur. C'est lui qui a dit : « Le glaive est sacré. » Kternel objet d'opprobre et de mépris, indécis entre le monstre et la caricature, ce type ignoble qui se nommait Desfontaines au dernier siècle, et depuis n'a fait que changer de nom en changeant d'époque; ce type ne s'évadera pas des gémonies nù l'histoire emprisonne, marquée d'un fer rouge, la sinistre armée du crime et de l'ignominie! »

Ce portrait est ressemblant, car Desfontaines est immortel, El il n'est pas besoin de parcourir l'univers pour le rencontrer; il doit griffonner bavant et buvant dans quelque coin de Paris. M. Lanfrey a prouvé par cette page, et par quelques autres, qu'aux mâles qualités de l'historien il sait au besoin joindre l'imagination et le coloris du poëte Raison de plus pour nous d'être sévère dans notre estime. Ce serait méconnaître la portée d'un pareil début que de se borner à l'applaudir.

wVvril 1855.

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