‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 27 sur 54 · I.ACAUKMIK i:i LKS ACADKiMlCIKNS · texte numérisé non relu

I.ACAUKMIK i:i LKS ACADKiMlCIKNS

niers. » Nous ne demandons pas mieux <[ue de croiie M. de Kalloux, mais quand il nous aura dit ce que M. Mole a apporté, et quand il nous aura prouvé que .M. Mole n'a rien reçu. C'est encore absolument comme si l'on disait: « M. de Falloux, obscur et inconnu en 1847, fut homme d'Fitat, ministre et académicien après 1848; mais il a tout apporté, et il n'a rien reçu. « Ces sortes d'assertions, pour être crues, ont besoin de beaucoup de preuves.

'( Quand les soucis et les revers s'appesantirent sur Ih destinée impériale, continue l'orateur. Napoléon s'attacha de plus en plus à M. Mole. M. Mole ne se détacha pas de l'Empereur. )) Nous ne dirons rien de ces soucis qui s'appesantissent sur une destinée: c'est là de rélo((uence académique. Nous ne dirons rien non plus de l'aigle de la ijuerre qui replie ses ailes et du génie de la liberté qui déploie les siennes. Tout ce fatras est le langage convenu à l'Institut. Mais nous ferons remarquer que l'attachement inébranlable de M. MoIé à l'Empereur ne survécut pas au lendemain de la chute, et que c'était bien la peine de tant aimer M. MoIé pour que celui-ci « applaudît avec patriotisme au retour des Bourbons. » C'est à propos de ces transitions d'un camp dans un autre que M. de Falloux commence à évoquer la patrie. Nous avons exprimé notre opinion sur ce subterfuge commode.

La patrie ne change pas d'habits ni de drapeau du jour au lendemain. M. Mole servit l'Empereur, Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe; voilà la vérité. La patrie n'a pas pu se personnifier brusquement dans des individualités si différentes ; et, d'ailleurs, à quel signe M. Mole a-t-il reconnu la patrie dans les avances d'un roi, plutôt que la satisfaction de sa vanité? Supposez qu'au lieu de dévouement quelconque il y ait simplement une ambition effrénée, en quoi l'ambitieux servant tous ces régimes sera-t-il distingué du patriote agissant de même"? C'est une vertu dangereuse et fort équivoque que celle qu'on peut confondre avec l'intérêt; et

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chacun avouera qu'en ce qui concerne M. Mole la confusion est possible et permise.

M. deFalloux, qui décidément boudait hier la fusion, s'imagine qu'eu 185011 n'eût pas tenu la conduite des légitimistes, de ses amis, envers la branche cadette; et qu'il eût refusé son concours. M de Falloux se calomnie. îl a plus de patriotisme que cela, et c'est mal à lui de faire à la mémoire de M. Mole l'injure de dire qu'il se refuserait, le cas échéant, à servir tous les régimes. Non, son passé lui donne tort. Il eût voulu, ajoute t-il, qu'au mois de juillet 1850 on réservât les droits du prince de dix ans, et que l'on consacrât l'inviolabilité royale, en consacrant la responsabilité ministérielle. D'où vient donc M. de Falloux? Depuis quand les révolutions s'amusent-elles à avoir des réticences et broient-elles un trône eu ménageant un berceau? Ce qu'elles font de mieux, c'est ce qui s'est vu en 1850 et en 1848, quand, magnanimes et indulgentes, elles laissent fuir les coupables et refusent de frapper. Mais allez donc dire au peuple en armes que la victoire transporte toujours au delà du but qu'il s'était primitivement donné, allez lui dire de retourner un peu en arrière, de discuter avec ses vaincus et de mettre au front des enfants la couronne qu'il prend au front des vieillards! Est-ce que cette pitié humaine serait une pitié possible? Un héritier de dynastie la fait renaître parfois; il n'en prolonge pas la vie qui défaille. En 1850, la victoire qui dépassait la royauté fut empiégée par le duc d'Orléans; c'est tout ce qu'on put obtenir d'elle, et c'est le rêve d'un homme qui a plus fréquenté des éleveurs de moutons que des hommes politiques, de parler ainsi. Voyez donc si, à la chute de l'empire, on s'arrêta devant le fds de Napoléon, et ne comhiniez-vous pas hier mille petites intrigues pour créer au comte de Paris des chances qu'il a perdues en 1848?

Suivant M. Mole dans toutes les phases de sa vie politique, M. de Falloux a abordé la révolution do février, et il a eu le courage de l'insuUer. Nous l'en remercions; il lui avait fait

aiitrerois l'injure de la célébi'cr et île paiaitre la servir. Il a appelé le "24 lévrier une catastrophe. Ce mot, qui est d'ailleurs un plagiat, m'a remis en mémoire l'enlhousiasme du nouvel académicien quand à Angers, en mars 1848, il s'('criait que « la révolution ayant emporté ce qiCon appelait les boulevards de la société, ce qu'il appelait lui ses garde-fous, la ■ société ne pouvait désormais être sauvée que par la liberté. »

Voilà ce que la patrie mettait alors aux lèvres de M. de Falloux; plus tard, la patrie lui conseilla de pousser l'assemblée aux mesures violentes contre les ateliers nationaux; et, parce que le sang des journées de juin est effacé, parce que le meurtre du dernier archevêque s'ajoute, dans le martyrologe, au meurtre de M. Affre, M. de Falloux s'est senti le cœur assez ferme pour faire allusion à cette épouvantable guerre civile et à celui qui l'a désarmée. Ce n'était pas à vous à évoquer ces souvenirs ; et je confesse qu'un tressaillement de colère m'a saisi quand j'ai entendu cette voix lourde, dire, en cbercliant à faire vibrer ses cordes : « Puissent-ils du moins (les archevêques de Paris) faire monter jusqu'à Dieu le deuil de la France ! »

Toutefois, il faut être juste, même envers M. de Falloux, il aurait pu laisser croire que la république de 1848 avait pillé, volé, tué, massacré; il a proclamé le contraire; il faut toujours savoir gré cà ces messieurs quand ils veulent bien reconnaître l'évidence. Aujourd'hui qu'il n*y a plus de danger à déposer les masques, M. de Falloux ôte gaiement celui dont il s'affublait sous la république. Écoutez plutôt:

« A l'Assemblée constituante succéda l'Assemblée législative. C'était, en apparence, le jeu naturel de la Constitution républicaine; c'était, en réalité, la royauté qui perçait dans les préoccupations générales. Le pays élut en foule leshommes monarchiques et leur indiqua clairement qu'il attendait de leur union un dénoûment légal et définitif. »

Quand il nous arrivait jadis d'accuser l'Assemblée légis-

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lative de réaclion inonarcliiquo, i|uelle fureur ne mettait-elle pas à répondre? Et ce n'était pas alors que M. de Falloux eût posé avec cette naïveté, avec cette audace candide, ses prétentions légitimistes! Eh bien! nous trouvons qu'il est trop tôt encore pour avouer ses supercheries 1 Comment voulezvous qu'on vous croie aujourd'hui, vous qui révélez les mensonges d'hier? Gomment voulez-vous qu'on vous suive, vous qui avouez une coalition pour nous tromper? Si vous êtes entré à l'Assemblée législative pour amener la monarchie légitime, vous avez trahi votre mandat, vous avez joué le pays ; et, en tout cas, permettez-moi d'ajouter que vous êtes de pauvres ro\alistes et que vous n'avez pas plus que nous à vous glorifier de ce qui est arrivé. Xous aurons donc toujours à nous défier de votre pénétration, et nous savons trop maintenant comment vous voyez clair dans l'avenir!

.M. .Mole voulait la monarchie dans la plénitude de son principe. C'est là le programme actuel, c'était du moins hier celui de M. de Falloux; il n'est plus question du drapeau tricolore, à ce qu'il paraît.

Espérons que M. de Falloux, au défaut de réussite, aura pour lui les consolations intimes qu'il loue dans M. Mole, « ceux, dit-il solennellement, comme s'il n'avait jamais été ministre, qui règlent leur vie sur un devoir peuvent se passer de réussir. »

Souhaitons que M. de Falloux puisse se passer de réussir, car il perd tous les jours des chances. Est-ce le devoir qui lui ôte de ses avantages? n'obéissait-il donc qu'à son ambition quand il avait |»lus de succès? Mais, d'ailleurs, maintenant qu'il est de l'Académie, (juc peut souhaiter encore M. de Falloux? Il ne songe pas à devenir un écrivain : l'impossible ne le tente pas. Ses bestiaux sont couronnés, son discours a été applaudi par tous les membres des conférences de Saint-Vincent de l'aul; il a eu le malicieux bonheur d'avoir M. Brifaut pour interlocuteur; il est reçu, consacré, embaumé, béatifié; il n'a |)lusrien a faire en ce monde; la patrie ne lui demande

plus rien. Espérons qu'il saura l'imiter, el que lui, do son côté, ne voudra plus rien solliciter d'elle.

M. (le Falloux eût manqué à une portion de son auditoire si, après avoir injurié la Révolution, il n'eût pas décoché quelques injures à Voltaire. Il s'est surtout borné à le dédaigner : « Les continuateurs de Voltaire, a-t-il dit avec M. Mole, seraient plus coupables que Voltaire lui-même, car 710US avons V expérience de plus et les abus de moins. » On no songe pas à continuer Voltaire, il a fait sa tâche; la nôtre est différente.

Mais pour qui donc M. de Falloux se prend-il quand il assure qu'il n'y a plus d'abus? Et son parti? et lui-même? et M. de Montalembert et la congrégation? et les livres comme la vie de saint Pie V? Seulement il est très-vrai de dire qu'on n'a plus besoin du rire de Voltaire : le rire de tout le monde suffit, et au delà.

Tel est ou plutôt tel fut le discours de M. de Falloux; car demain il ne restera rien de ces phrases alignées, débitées lentement, d'un ton de prédicateur, et qui ne sont pas plus françaises par le sentiment que par le style. Jamais l'impuissance ne se produisit avec plus de majesté, et M. Brifaut lui-même était plus près des applaudissements.

Nous ne dirons rien du discours du vénérable président. Nous appartenons à une génération qui n'a rien lu de M. Brifaut; nous aurions donc mauvaise grâce à en parler. Son petit discours était plein de politesse; il attestait que M. Mole a surtout représenté l'urbanité française. C'est ce qui fut dit hier de plus vrai sur la portée de cet homme d'État.

En somme, la séance n'a eu rien d'attrayant. 11 semblait que, dans un coin de mausolée, l'ombre de Ninus II se fût mise en fête pour recevoir l'ombre d'un de ses confidents. Comme, Dieu merci, nous ne croyons pas aux revenants, M. de Falloux nous paraît, pour cette fois, bien enterré.

Miiis 18r.7.

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