‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 33 sur 54 · LK PARTI CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LK PARTI CATHOLIQUE

raille avec verve quelques-uns de ses adversaires, il a des éclairs de polémique qui lui attirent des rieurs; mais, en même temps, il se fait le champion de sottises qui font rougir de honte le clergé. Il croit, par exemple, que les inondations sont le châtiment effroyable réservé à ceux qui méconnaissent l'observation du dimanche. Il a osé dire que les deuils de famille du roi de Piémont étaient les représailles du Ciel contre un prince libéral, et, (juelque temps après, lui-même, le catholique imperturbable, il était frappé dans les siens. Que dirait-il, si nous autres, démocrates, libres penseurs, qui croyons aussi à la Providence, nous nous servions des mêmes armes et nous affirmions à notre tour que ces fléaux publics et privés sont des châtiments infligés pour venger la raison outragée, la liberté de conscience méconnue? M. Veuillot croit à la Salette, à cette mystification audacieuse qui est en même temps une bonne spéculation, puisqu'elle rapporte environ deux cent cinquante mille francs par la vente des fioles ; et, si la police correctionnelle, de qui relèvent ces affaires, se mêlait un jour de cette comédie, où Ton fait intervenir la sainte Vierge dans le costume de Suzanne du Maringe de Figaro, M. Veuillot jetterait son broc d'eau bénite à la tête des incrédules et n'affirmerait qu'avec plus d'audace.

Ignorant, discutant moins que dénonçant, traitant la théologie comme un tas de pavés où il prend des armes et non des raisonnements, M. Veuillot violente une partie du clergé, qui se moque tout bas de ses hérésies. .Au reste, il ne permet pas l'examen de son Credo. Lors de la querelle, à propos des classiques, M. Landriot. alors vicaire général à Autun, publia un extrait de cent à cent cinquante propositions tirées textuellement de VLnivers, et qui toutes démontraient que cet ami des jésuites n'est au fond qu'un janséniste condamné. M. Veuillot n'a pas répondu. La congrégation de l'Index a reconnu dernièrement que la raison avait le droit et le pouvoir de démontrer l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, la liberté île l'homme.

La raison, qui n'avait pas hesoin de ce permis, a oublié de remercier.

M. Veuillot ne s'est pas senti atteint. 1! continue, en dépit de cet avis significatif, à soutenir que la raison est impuissante à rien démontrer.

(^e qui distingue cet écrivain et ce qui explique la contradiction entre l'esprit de l'homme et la foi du catholique, c'est cette absence perpétuelle de sang-froid, de douceur, de mansuétude. Ce chrétien n'a jamais écrit une page de raisonnement calme, de méditation; il n'a jamais essayé de convaincre, d'émouvoir. Toujours l'injure! toujours les poings fermés, la bouche tordue 1

Je lisais ces jours derniers, dans un journal de phrénologie, les observations faites sur le crâne de M. Veuillot. L'observateur assurait que la bosse de la vénération était complètement absente, et que ce dévot ne croyait pas à Dieu, mais seulement au diable. Je ne sais si M. Veuillot a permis qu'on lui palpât les [trotubérances cérébrales ; mais je crois que le phrénologue a raison; la science peut se tromper, le savant dit vrai. .\l. Veuillot croit au diable cornu, fourchu, du moyen âge, beaucoup plus qu'à Dieu. Voilà pourquoi il brfde, il rôtit, il embroche, il prie comme on blasphème.

Je conçois qu'une religion si matérialiste, si grossière, si malapprise, dérange les diplomaties et heurte les habitudes de M. de Falloux. Je com[»rends qu'il ré'pugne à ces académiciens, à CCS g(Mitilsli()nunes, à ces niarguilliers de bonne com- |)agni(', d'être confondus avec ce truand. Mais ils auront beau l'air(!, ce tniand est dans la même route qu'eux, il y est plus directement ([u'cux; tant pis pour eux, tant pis |)our leur parti 1 (let insultcnr de la l'aison, cet lioniiiie (|ui nie tout progrès, toute intelligence, (jui tiaite Molière de moineau lascif, Henri IV de pourceau, t|ui injurie toutes nos gloires littéraires, cet opiniâtre d(Mnolisseui-, ce malotru, est sincère et suit le programme;. Il a seuicmeni la maladiesse de ne pas le dissimuler assez, de, le l.iisser trop \iiii'. Sa franchi.se bourrue

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est son plus {^n-aml tort. Vous ;(vcz raison, osprits raffinés, Ho vous indigner de sos brutalités ; il a raison de vous mettre au déli de prouver qu'il est traître. « La ligne catlioli(pn\ dit-il, est avec moi. » Et il le prouve. Dénoncé par tous et partout, il n'est condamné nulle part. A Rome, mal;.^ré son cynisme. .ses outrages à la raison, au bon goùl, aux convenances, à la cliarité la plus vulgaire, o)i a osé, tout au plus, lui donner des conseils, liasardar de timides rétlexions; mais on n'a pas osé, on n'a pas pu le désavouer. Que répondrez-vous à eetie preuve?

Acceptez-le donc, en dépit de vous, comme votre allié, comme votre complice, comme votre successeur. H compromet la ligne catholique, c'est vrai ; mais vous l'aviez déjà compromise! Il rend odieux et ridicule un parti que vous aviez déjà rendu impui.ssant ; il creuse la tombe des idées que vous aviez déjà à moitié frappées; c'est vrai' Mais, il est coupable autrement que vous, sans l'être plus que vous, et votre désaveu augmentera, constatera les misères du parti, sans faire peser sur lui seul la responsabilité, et surtout sans vous innocenter.

Ainsi, c'est là un point essentiel qu'il ne faut pas oublier, la campagne de .M. de Falloux contre M. Yeuillot et la réplique de celui-ci prouvent tout ce qu'elles avancent comme r('quisitoires et ne prouvent rien comme apologies; et il est impossible, après ces accusations publiques et les aveux de ces nuances diverses et hostiles de la même opinion, de ne pas conclure au dépérissement, à la mort prochaine du parti. C'est par cette constatation que nous poursuivrons, que nous terminerons cette étude, k De pareils débats, a dit .M. de Falloux en commençant ses attaques contre V Univers, ne se justifient qu'en s'épuisant. » Nous prenons ces paroles pour nous. La vivacité de nos appréciations, la sévérité de nos portraits, pourraient passer pour du dénigrement, si nous ne prouvions pas jusqu'à l'épuisenient, jusqu'à satiété, la thèse que nous soutenons. Nous n'avons de haine contre personne; nous

n'avons jamais été séduit par M. do Montalembert, trompé par M. de Falloux, injurié par M. Veuillot. Nous n'avons donc pas à nous venger de nos propres désillusions ni de procédés mauvais, l^ncore une fois, il nous a semblé que ce débat avait sa moralité ; nous cberclions à la dégager. Est-ce notre faute si la vérité est un pamphlet pour ces messieurs, et si, dans l'irritation de l'iui puissance, dans le désappointement de l'insuccès, ils se font réciproquement des reproches qui sont tous acceptés par le public et qui servent à les condamner tous'.' La forteresse, ou plutôt, puisque M. Veuillot s'y trouve, le corps de garde du parti catholique est devenu une espèce de tour d'Ugolin, où chacun cherche à dévorer son voisin pour se sauver soi-même. M. Veuillot, qui a plus d'ongles et de dents que ses rivaux, survivra le dernier; mais il mourra de cette victoire. Nous avons dit quelles étaient les victimes; voyons maintenant à quelle heure de leur agonie nous les surprenons.

Quand nous parlons de la lin probable et prochaine du parti catholique, nous ne songeons qu'à cette coalition des ambitions humaines ([ui a pris les intérêts religieux pour prétexte. Ltï dogme en lui-même échappe à cette étude. Nous tenons à faire expressément nos réserves à cet égard, moins par peur de la calonuiio que par es|»rit de méthode et par scrupule de conscience. La question religieuse a besoin d'être abordée av(!c plus de science et plus d'autorité. Elle n'est pas en dehors des pri'occupations les plus ardentes du siècle; elle est simplement en dehors de ce travail tout spécial. Qu'on ne se iiii'iircnMc donc pas ;i iu)s paroles ni à nos intentions. Nous ne disons j)as cela |iour nos adversaires, (pii se UK'prendront toujours volontaireincut.

M. ilc l'allou\, (■liarg(w/'('// //////• avec M. Veuillot, a rempli

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