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colle lâche périlleuse, avons-nous tlil, avec une linosse d'iiomnie d'affaires, l'eut-ctre môme i'iiabileté va-t-clle jusqu'à donner S()uvent d(>s entorses à la vérité ! Mais, si l'inlérét, du ciel n'autorisait pas ces petites perlklics, on n'aurait jamais de prétexte pour les commettre, ce qui serait un embarras sérieux pour rimperfecti(m et la malignil('' humaines. M. Veuillot a répondu nettement, et, par exception, avec une mesure (|ui prouve une émotion profonde. L'homme qu'on cherche à noyer ne fait pas d'épigrammes en se débattant. On pourrait même, à la rigueur, supposer que les rôles sont intervertis, ((ue M. de Falloux est le journaliste et M. Veuillot le gentilliomme. .^près tout, ils se valent, ils sont égaux en tactique, et ils l'étaient, avant IS'i.", en noblesse.
« Les questions religieuses ont une opportunité éternelle, dit M. de Falloux avec cette solennité qu'on a toujours dans un début; dès qu'on les croit mal servies, dès qu'on les sent compromises, on est tenté de rentrer en lice et de recommencer les grands combats. » Nous trouvons, nous aussi, que ces questions-là ne perdent jamais de leur aclualit('; mais nous pensons que, si elles sont mal servies, (jue si elles sont compromises, le besoin le plus pressant .serait de les servir mieux, de les aider par un zèle plus éclairé. Vous pensez que M. Veuillot trahit la cause par son intempérance'? Lfforcez-vous de la sauver. Mais installer un conseil de guerre sur le champ de bataille, et juger ses compagnons d'armes quand l'ennemi n'a pas brûlé sa dernière cartouche, bien au contraire, c'est montrer plus de jalousie, plus de rancune que de soins du drapeau.
Pourtant, nous dira-t-on, si M. Veuillot est un allié dangereux, il faut l'éliminer au plus vite. Soit; à la condition (|ue, cet allié parti, il restera des troupes dans l'armée. 0\\ nous ne voyons pas trop, si M. Veuillot se taisait, quelle voiy pourrait remplacer la sienne, l'ar une nécessité, |iar une ironie de son impuissance, M. tle Falloux est donc amené à tirer sur ses troupes et à compromettre sa cause, pour dégager son
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amoiir-pvojire, sa vanité personnelle, qui se sent outragée pai' une alliance de mauvais goût.
M. Veuillot ne suit pas absolument dans sa réplir|ue l'ordonnance stratégique du plan de M. de Falloux. 11 a liàte de renvoyer les injures, et s' entendant reprocher ses maladresses et ses fureurs, il reproche à ses adversaires leurs palinodies, leurs calculs. — J'ai attaqué Y Encijcinpcdie , le dix-huitième siècle et Mirabeau, s'écrie-t-il. Mais avez-vousle droit de m'en faire un crime, vous qui parlez aujourd'hui de 89, après l'avoir maudit, et qui avez tracé dans l'histoire de Louis XVI un portrait odieux du formidable orateur? Vous Irappez vos meâ ciilpâ sur ma poitrine! — Va Y Univers prouve dans une note les contradictions de ses adversaires. Toute la différence, toute l'inimitié des deux amis est dans cette particuhirité. Absurde, violent, acharné à tout dénigrer, M. Veuillot ne se repent, ne se dément jamais. Il a l'entêtement d'une haine féroce contre toute idée, contre toute liberté. M, de Falloux accommode ses sentiments aux besoins de son ambition. L'un ne bouge jamais, l'autre varie sans cesse; l'un ne veut pas avancer, l'autre va continuellement de droite à gauche et de gaucho à droite; mais aucun d'eux ne suit une route qui conduise à quelque chose, et il est aussi impossible d'être guidé par cette borne que de se régler sur cette girouette Ainsi, de leur démonstration même il résulte que les uns sont toujours et obstinément en dehors du courant du siècle; les autres s'y plongent par intervalles et par calcul ; mais aucun n'y vit et ne tient à y vivre.
Descendant au fond de la (jucrelle, M. Veuillot dénonce les dénonciateurs et afiirme que la raison de cette grande colère est le refus de Yl'nivcrs de s'engager dans la fusion, parti actuel àa' ^\ . de Falloux. Voilà donc la nusère de ce déliai! L'opportunité étoruelle des idées religieuses mise en avant, le ciel, la terre, le ninnile, la libert(', tout ce qu'on invoque n'est qu'une fantasmagorie pour dissimuler ce grief sérieux : L'iniver.s n'a pas voulu entrer dans la fusion !
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La lusiunl voilà le salut, l'avenir, le port! C'était bien la peine de constituer avec tant de gestes et d'élo(|uence le parti catholique, pour le faire aboutira cette combin.-iison ! Oucilo chute ! Et parce qu'il s'est refusé à toute transaction, M. Veuillot, que les subtilités ne séduisent pas, est accusé de s'être vendu ! Nous croyons sincèrement que le reproche est faux, et M. de Falloux le sait peut-être bien aussi. M. Veuillot na pas dû se vendre, parce que nous ne voyons pas quelle nécessité poussait à l'acheter. Il explique ses sympathies par des raisons fort spécieuses, et, sans entrer dans cette question, délicate sur plus d'un pohit, nous trouvons qu'il n'est pas besoin de supposer de mystérieuses influences pour donner la raison de l'attitude actuelle de VL'nivers. Qu'est ce qui peut s'opposer, en bonne logique, à ce que W. Veuillot embrasse M. Granier de Cassagnac sur les deux joues, par exemple, et l'appelle son frère'? Ils ont le même tempérament, la même intelligence de l'histoire, ils en dégagent la même morale, et quelquefois le même style; ils sont faits pour s'unir.
La colère rend M. de Falloux injuste. Mais il est bon de constater, en s'y arrêtant, les procédés de polémique de ces chrétiens. La brochure de M. de Falloux veut dire: homme vénal ! Celle de M. Veuillot répond : homme ambitieux et sans principe! Voilà ce qu'on appelle servir les idées éternelles! Voilà à quelle estime aboutit parmi ces gens-là l'alliance, la communauté de drapeau !
La portion la plus importante, la plus curieuse à observer de ces diatribes, est celle-ci : M. de Falloux reproche à ÏUnivers de manquer un peu trop de libéralisme, de n'avoir pas su, dans certaines circonstances délicates, pactiser avec des hommes que la crainte de la révolution pouvait amener à accepter le concours des catholiques. M. Veuillot répond sans ambages que le parti catholi(|Me n'est pas libéral. Il se moque des journaux qui essayèrent, sous la république, l'alliance impossible de la sacristie et de la liberté; il raille VEre nouvelle, dont les lumentatioits le touchaient aussi peu que les
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rugissements de lapresse rouge; et il rappelle avec orgueil que le parti catholique, disséminé tout entier dans le parti de l'ordre, était essentiellement antidéniocrate. Voilà la vérité, brutale comme un soufflet, mais aussi la vérité vraie ! Voilà ce que M. de Falloux voudrait poi^voir cacher, dissimuler, entortiller dans des phrases cauteleuses, mais voilà ce qui ressort clairement et ce qui restera de la guerre. Voilà, avec le peu d'estime des membres du parti catholique les uns pour les autres, la moralité de cette discussion. Les politiques catholiques sont tous, par nature, par devoir, par obligation, antidémocrates. Quand ils affectent le contraire, ils désertent, ils manquent à la tradition, et, si V Univers a survécu à VÈre nouvelle, aux feuilles éphémères, si ce journal n'a pas été blâmé ni mis en interdit, c'est qu'il a, comme il l'assure, la vraie ligne catholique, c'est qu'il est, dit-il, antidémocrate.
De part et d'autre on a entrepris l'histoire du parti ; de part et d'autre on attribue son origine à la nécessité de la liberté de l'enseignement. Nous avons dit comment l'alliance catholique avait au début des devoirs plus grands, plus élevés, et répondait à des sollicitations plus pressantes. M. Veuillot suit et raconte les petites manœuvres de M. de Falloux, et nous le montre sachant dissimuler à propos sa cocarde, quand la cocarde pouvait déplaire. Écoutez plutôt :
« Le 24 février, M. de Falloux (juitta Paris et se rendit à Angers, où l'appelait sa situation, il y parla des assemblées qui venaient d'expirer, avec plus de mépris que nous n'en avions nous-même; du peuple de Paris et de la Révolution avec plus d'enthousiasme que nous n'en pouvions éprouver. M. de Falloux se servit de la langue du temps '. H lui échappa
* Il a i>aiM ili|iiii> i|iR'li|iics jouis niK^ ludclinic, rnmpox'o siiilout de rilalions, d i|iii a pour cH'ct de ili'iiiouln'i i[(m'M. \cuillol s (>sl soiivunl contredit, et quiî \ Unirers a cédô eu apparcmc à la conlafiiou on ISiS; c'cbl-à-dirc nu'il a parlé aussi que^jne peu la langue dcmoiraliquc de l'époque. Cela |)iouve que les csprils les plus eulieis oui leurs heures de (inesse, de roueiies; mais cela ne prouve rien eontie les iulenlions réelle* »H authentiques de \'Univers.
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des paroles (|iii tVraiciU suiiiiie iiujoiiiiriiiii. Quoique diins un pays piol'ondement religieux, il laissa rie coté son petit laurier catholique. Ses amis, relevant ses services comme député, appuyèrent sur le rôle qu'il avait rempli dans la question de la rélorme postale. »
Mais ce n'est pas tout. Il y a longtemps que M. de Falloux en veut à son propre parti, et qu'il a pris l'habitude de l'immoler à ses intérêts privés. Au mois d'avril 18-48, VHnion de l'Ouest, qui recevait ses confidences et ses inspirations, publiait un article où l'on affirmait que le parti catholique devait se débander :
(( Y a-t-il lieu de maintenir désormais, oui ou non, la position, la stratégie, V organisation de ce qu'on appelait récemment le parti catholique? Après mûre réflexion et un certain effort personnel, nous nous prononçons pour la négative. Nous le répétons tous les jours : il n'y a plus de partis. Eh bien, nous ne sous-entendons pas une exception pour le parti catholique. »
L'artii.-le fut attribué à .M. de Falloux, ajoute M. Veuillot. Peu de jours auparavant, dans le cercle catholique d'Angers, il avait soutenu la même thèse avec tant de succès, que cette association s'était immédiatement dissoute et n'a jamais pu se reformer depuis.
Et V Univers, continuant ses révélations, dit encore :
« Une lettre particulière nous parvenait en même temps que \'Unio7i de l'Ouest, nous priant de ne rien contester, pour ne point déranger des combinaisons électorales qui devaient assurer l'élection des chefs du parti catholique dans l'Anjou. Cette stratégie nous édifiait médiocrement. »
Comprend-on tout ce qu'il y avait d'habileté ingénieuse, de diplomatie et surtout de courage dans un pareil procédé? Pour se faire élire, M. de Falloux mettait son drapeau dans sa poche et engageait ses amis à en faire autant. Ces hommes, qui n'ont de catholique que le nom, ne peuvent faire leur chemin (ju'en reniant le catholicisme, et toutes les fois que
M. de Falloux reproche à ses alliés leurs UKiladivsses, il leur l'ait un crime de ce qu'ils peuvent avoir de convictions.
Ne laissant dans Fombre aucune circonstance, décidé à nous édifier complètement sur ses anciens amis, M. Veuillot raconte comment M. de Montalembert prit un parti pins héroïque que celui de la retraite, quand il se sentit seul de son bord à la Constituante. Craignant à la fois de repousser les idées de transaction et de les introduire, il se mit par le fait à la suite de M. de Falloux. Ce fut une grande victoire pour ce dernier, la seule qu'il obtint jamais. M. de Falloux n'avait guère de scrupules : le peu qu'il en eut fut dissimulé. Il mit à profit l'abdication de M. de Montalembert pour nouer partout des liens d'amitié aussi solides sans doute que ceux qu'il rompt maintenant avec l'Univers. Ces alliances, toutefois, lui valurent une certaine prépondérance dans les couloirs des assemblées, ce qui n'était pas à dédaigner, et lui valent aujourd'hui sa place à l'Académie, ce qui, comme chacun sait, n'est ni plus ni moins que l'immortalité.
M. de Falloux, voulant à tout prix enregistrer un triomphe au compte de son armée, reproche amèrement à M. Veuillot d'avoir fait chorus avec le National, la Réforme, le Siècle, pour attaquer cette loi sur l'enseignement, qui fut l'œuvre, la mission remplie, la consolation et la joie du parti catholi- (lue. LTuiver s répond avec raison que cotte loi de compromis, qui n'établissait ni la liberté ni l'induence décisive de FÉglisc, devait déplaire à toutes les opinions radicales et qui se prétendent convaincues. 11 n'y avait que les hommes de fusion, de terme moyen, pour applaudir à cet ellacement des principes, et c'est vraiment un reproche singulier, grotesque même, que celui qui est adressé à M. Veuillot, « de faire, simultanéinent avec le Siècle, la guerre aux modérés. » Mais quoi! la modération est-elle donc devenue, û farouche inquisiteur! une vertu cflicacc et divine? Est-on ennemi de la douceur (nous ne parlons pas pour Vihrivers), parce qu'on ne veut pas de ces lois insuffisantes qui n'établissent rien cl qui sont des