‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 35 sur 54 · LE PARTI CATHOI,IQUE · texte numérisé non relu

LE PARTI CATHOI,IQUE

ponts volants jetés entre les ambitions jalouses de s'aider, impatientes de se prêter appui? M. Veuillota combattu cette loi; . à son point de vue il eut raison, comme au nôtre, en dédaignant cette liberté restreinte, nous étions sincères et fidèles. Mais les hommes pour qui les drapeaux, sont pesantS; qui avaient tiré de leurs convictions apparentes assez de profit pour ne plus tenir à leur programme, ces gens-là devaient accepter la loi avec empressement, comme un prétexte pour se débarrasser de la responsabilité de leur conscience et du fardeau d'une mission.

Ainsi le parti catholique devait se déclarer satisfait, content, récompensé par cette conquête! Ainsi il n'avait plus rien à dire, plus rien à faire, plus de propagande à exercer, une fois la loi votée ! Le monde était sauvé.

M. de Falloux dit dans sa brochure :

« Que le christianisme ait des ennemis, tela est malheureusement vrai et lésera de tout temps. Nous louerons volontiers les journaux catholiques d'avoir résolument tenu tête aux plus opiniâtres et aux plus audacieux. Nous souhaiterions même que les journaux religieux rendissent plus souvent au clergé et aux fidèles le service de réfuter Verreur savante en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, comme en France. Feuerbach ou Proudhon, Straus ou E^vald, Bunsen ou Michelet, sans cesse qualifiés, rarement combattus, vaudraient la peine d\'tre terrassés, selon la méthode des grands apologistes chrétiens, par la supériorité de la science, par la vigueur des raisons, non par des exécutions sommaires et des épigrammes; et ce qu'on ne pourrait entreprendre par soi-même, il faudrait l'emprunter aux travaux des savants laborieux, des théologiens autorisés, et leur prêter la popularité d'une publicité quotidienne. »

Eh bien, cette réfutation que vous souhaiteriez de V Univers et que VUnivers ne peut pas entreprendre, parce qu'il tant, pour réfuter, des raisons, de la science, des preuves, de la modération, et que M. Veuilldl n'a jamais m (»ITfirqiiP des colères

et (les injures, ce qui est plus facile et plus commode, cette réfutation est-elle donc devenue tout à coup inutile? Que ne In commencez-vous? Quand donc en donnerez-vous le signal el l'exemple? Ce qui n'est pas possible dans le journal l'Univers, allons, théologiens laïques, catholiques habiles, osez-le, essayez-le ! Mais non ; vous n'en savez pas plus que lui- En faisant des questions religieuses un prétexte pour des organisations politiques, vous avez ouvert la voie des intrigues, vous avez tari la source de toute propagande, de toute effusion. Vous reprochez un silence dont vous êtes les premiers coupables; une maladresse dont vous êtes les premières preuves. Vous vous faites une arme de cette accusation, qui serait en effet trèsfondée et à laquelle nous applaudirions de grand cœur, parce que, nous aussi, nous surtout, nous voulons le débat, la discussion, la lutte au grand jour ; mais dans le secret du cœur, vous ne désirez aucune polémique ; vous la redoutez, vousl'étouffez ou vous la changez en pamphlet. Vous fuyez la controverse; vous aimez mieux transiger toujours et perdre ce que vous croyez gagner par des marchés qui ne font que des dupes.

Toute la brochure de M. deFalloux aboutit à ceci : — Le parti catholique est aux expédients et aux abois. Nous sommes trop habiles pour convenir que nous entrons pour quelque chose dans sa ruine. Nous sommes si fins 1 et nous nous sommes tant remués ! Mais c'est vous, catholiques endiablés, qui, par vos clameurs, vos injures, nous avez valu cette impopularité'. Aujourd'hui vous nous desservez par vos incartades; hier vous avez refusé de nous aider dans une œuvre qui nous réconciliait avec des gens bien utiles; cest donc vous que nous d(Mionçons, c'est vous que nous chargeons de toute la respon- .sabilit(;. Soyez maudits 1

Kt \' Univers semble répondre : — J'ai une consigne; je l'ai prise ou je l'ai reçue, mais je la remplis. Je n'entre pas dans vos calculs; je suis fondé pour nier le progrès, pour sou filer sur toute lumière, |>oui' faire ohsiacle à toute libert(''. Je \\i' iM(! (hîpars jamais de cctle règle ; voire liluTalisme est

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une défeclion. C'est vous qui avez perdu notre drapeau, en le faisant reteindre trop souvent !

Or M. de Falloux réplique : — Vous êtes satisfait quand nous ne le sommes pas. Donc vous vous êtes vendu.

Mais VUnivers répond : — Je n'ai pas besoin de me vendre-, mais qu'auriez-vous fait, vous, si vous aviez rencontré des acheteurs?

Nous retournerions longtemps ces deux réquisitoires, sans trouver autre chose que ces aimables reproches. Les épigrammes de M. Veuillot sont meilleures que celles de M. de Falloux. Écoutez avec quelle railleuse humilité cette bonne âme de VUnivers s'incline devant son adversaire :

« Il est impossible que M. de Falloux, homme de négociations, d'accommodements, de raccommodements et de fusion, légitimiste agréable à M. Thiers, catholique agréable à M. Cousin, écrivain religieux agréable à l'Académie, ami de M. de Montalembert sans avoir rompu avec M. de Persigny, il est impossible qu'un esprit de ce liant et de cette imperméabilité, et qui professe l'amour de la libre discussion, ne puisse pas nous pardonner, après six ans, de lui avoir disputé une victoire. »

M. Veuillot s'applique à décoiffer ces messieurs de la belle auréole de martyrs qu'ils s'arrangent sur le front avec une complaisance risible. M. de Falloux ne s'oublie-l-il pas jusqu'à vouloir insinuer qu'il est exilé. Hélas! le pauvre homme! s'il veut parler de l'esprit et des espérances de son siècle, il a raison; jamais il n'en a été plus éloigné! Quant à M. de Montalembert, si occupé d'expédier partout l'expression intime de son désappointement : quant à ce barbier de Midas, qui chuchote ses secrets à tous les roseaux sonores, voilà, selon le récit de VUnivers, que l'on n'a pas démenti, comment sa conscience de gentilhomme, de catholique, de parlementaire, subit l'événement qui semble la troubler si violemment aujourd'hui.

(( M. de Montalembert vint au bureau du journal le matin

du 2 décembre, comme il y était venu le soir du 24 février, non pas avec angoisse ni pour conseiller la résistance; bien au contraire! Dans la mairie du X" arrondissement, quatre hommes et un caporal , l'arme au bras, assistaient au dernier soupir de l'Assemblée nationale législative, et fermaient sans contradiction la petite fenêtre, le vasistas donnant. sur la rue, par où M. Berryer venait de haranguer une foule insensible. Comment M. de Falloux, qui a vu la séance du 24 février et la séance du 2 décembre, peut-il croire au régime parlementaire? M. de Montalembert, en ce moment-là, n'y croyait guère et le regrettait peu. Ce fut dans le cabinet du rédacteur en chef, alors absent de Paris, sur son bureau, avec sa plume, qu'il écrivit à plusieurs catholiques des départements pour les presser d'adhérer au coup d'État. M. de Falloux n'a guère pu ignorer ces détails ; M. de Montalembert n'a pu les oublier, et il a dii lire en épreuves le travail de M. de Falloux. Par quel mauvais conseil d'inimitié, par quel besoin de nous décrier ces deux hommes considérables ont-ils pu s'accorder, l'un pour dire, l'autre pour laisser croire que l'Univers s'était affranchi de l'influence de M. de Montalembert depuis 1849, et que le 2 décembre il marchait seul? Nous ne marchions pas seuls; nous suivions, de bon gré d'ailleurs, M. de Montalembert, qui tenait la tête d'assez loin »

Et après ce récit authentique, Pt/ww^/vf, expliquant sa conduite, commentée avec tant d'aigreur par ses anciens chefs, continue :

« Nous sommes certains d'avoir répondu aux vomix d(; l'immense majorité de nos amis, comme au désir de M. de Montalembert; et jamais on ne nous persuadera que, dans celte occasion, M. de Falloux lui-même nous ait sincèrement désapprouvés. On lui attribuait ce mot spirituel ef vraisemblable : Je fais mon possible pour puriiUrc résigné ; au fond, je suis snlisfait. C'est h^ n'-sunK' de sa conduite. Sans prendre la parole, il permettait à quelques amis de faire connaître ses sentiiii(!Mls, les(|uels (étaient d'engager les légitimistes à ne

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