‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 38 sur 54 · LE PARTI CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE PARTI CATHOLIQUE

Elles s'e^ipliquent par le sentimont qui vous fait reconnaître (p. 18S) qniui pareil adversaire vous assure la victoire. Mais permettez-moi d'ajouter que vos opinions, pas plus que les miennes, ne doivent chercher un refuge dans cette tactique hahituelle à VL'niveî's, faite pour révolter tous les gens d'honneur, et qui consiste à transporter toutes les questions, et surtout les questions religieuses, sur un terrain politique où il peut seul user impunément de la liberté de la parole. Si la discussion était libre, je ne vous épargnerais pas l'expression de la surprise que j'éprouve en vous voyant si préoccupé de la conscience de ceux qui ont admis la révolution de 1851, vous qui applaudissez tous les jours à la révolution de 1848, laquelle avait, elle aussi, ce me semble, déchiré une constitution et dispersé parla force une assemblée souveraine. Mais le temps n'est pas encore venu où d'autres que les apologistes du gouvernement actuel puissent discuter le coup d'État du 2 décembre. Quand il viendra, croyez bien, monsieur, que je ne seraùnullement embarrassé de rendre compte de ma conduite avant, pendant et après cet événement. Veuillez, en attendant, insérer cette lettre dans votre prochaine livraison, et agréez l'assurance de la parfaite considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obei.ssant serviteur.

(I Cil. DE MoNTALEMBERT. »>

Nous sommes sensibles, autant qu'il convient de l'être, à l'honneur que M. de Montalembert veut bien faire à la Revue de Paris, de la choisir pour réfuter V Univers, et de s'en servir comme d'un gant pour toucher à M. Veuillot. Nous croyons toutefois, sans vouloir nous soustraire pour l'avenir aune pareille bonne fortune, que l'ancien chef du parti catholique fait tort à sa cause en méprisant si fort ses amis d'hier et en ne répondant à leurs accusations que lorsque nous les avons reproduites. 11 y a là un petit scandale de plus à ajouter à ceux dont les catholiques nous ont donné l'exemple.

Nous n'avons pas à relever le démenti qui va droit et seulement à M. Veuillot. Si ce dernier a en effet calomnié M. de Montalembert, il avait sans doute, pour commettre ce péché, des indulgences en réserve; et messieurs les membres du clergé, qui lui donnent tous les jours le baiser de paix, sauront l'absoudre, après contrition ; mais nous nous permettrons de faire remarquer à notre correspondant que si, en principe, il est souvent honorable de dédaigner la critique, c'est pousser bien loin l'humilité chrétienne que de la supporter en silence, quand elle s'attaque à la stabilité des convictions, et quand elle est laite par des alliés, par des confidents de la veille. Je comprends que M. de Montalembert ne tienne pas rigoureusement à l'estime de M. Veuillot ; mais, à moins d'être un fils révolté de FÉglise, il doit tenir à l'estime des prélats qui se font les lieutenants de M. Veuillot. Or, sans la charitable pensée que nous avons eue de relever les arguments de V Univers, et de reproduire, en nous étonnant de la trouver sans réponse, l'accusation de palinodie, M. de Montalembert passerait encore, aux yeux d'une portion considérable des catholiques, pour avoir varié souvent et brusquement d'opinion. Il nous saura donc gré de lui avoir fourni l'occasion de se défendre; niais il trouvera bon que nous persistions à croire qu'en matière si grave et si délicate, le silence puisse toujours passer pour un aveu. Nous avions le droit de regarder comme authcnti(iues des faits de cett(^ importance, formulés au nom d'une ancienne intimité. Si M. de Montalembert redoutait de se compromettre [lersonnellemenl dans des explications avec M. Veuillot, il pouvait confier à d'autres le soin de cette polémi(iue. M. deFulloux n'est dans le parti que pour faire cette besogne.

Le démenti est brutal ; il est à la mesure de celui qui le reçoit; nous n'y faisons aucune objection. Il nous prouve (|ir(jii lit' loiiclic pas aux arguments des catholiques sans ris- (|uer de se salir, et (|u'(jn ne fait pas d'emprunts à M. Veuillot sans «Miurir des ris(iues pour .sa dignité; c'est un avis (|ui

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nous soil (riiigiiiiu'iit. (U-tte leltre, d'ailleurs, n'iiiliinio en rien les assertions de notre nrlicle. Une calomnie de plus au compte de M. Veuillot, une variation politique de moins au compte de M. de Montalembert, ne cliangcnt pas le fond de la question ; ce n'est qu'un détail superficiel, et ce que nous avons dit des divisions, de la fragilité, du néant du parti catholique, se fortifie, loin de s'amoindrir, par ce complément.

M. de Montalembert rend un hommage ironique à l'habileté de M. Veuillot, passé maître dans la stratégie de l'invective. Nous ne dirions pas mieux, et, à coup sûr, nous dirions avec moins d'autorité, car nous n'avons pas fréquenté intimement le rédacteur de VUnivers; car nous n'avons pas utilisé pendant longtemps son habileté, ni mis à profit cette stratégie de l'injure, que M. de Montalembert proclame avec l'autorité d'un ancien complice et Je dépit d'un ancien ami. Toutefois le zèle pour ses intérêts personnels emporte un peu loin notre correspondant. Il est tout naturel que, ne se servant plus de VUnivers, il dédaigne l'instrument dont il tirait autrefois de grands profits pour ses haines politiques, sans le plus petit scrupule; mais il nous oblige à lui rappeler, quand il parle des vingt subalternes de M. Veuillot qui se relayent pour achever ses victimes, que vingt évêques à peu près viennent justement de se proclamer les fidèles compagnons de VUnivers. Ce n'est pas d'eux sans doute que M. de Montalembert entend parler; mais qu'il y prenne garde! En voulant frapper le journaliste, il peut s'adresser à des adhésions embarrassantes pour un catholique sincère, et nous étions plus orthodoxe en déclarant que M. Veuillot était l'expression radicale du parti.

C'était là la raison de ce que M. de Montalembert, avec trop de malice, appelle nos préférences manifestes pour M. Veuillot. Nous n'avons pas de sympathies à placer dans ce parti-là ; nous n'y trouverons jamais que des ennemis. Si le rédacteur en chef de VUnivers. par son cynisme, par l'audace et la violence de ses théories, sert mieux la discussion, l'attrait qu'il

a puur nous est purement pittoiesque et ne tire [tas à conséquence. Nous serions désolé que M. Veuillot se crût obligé envers nous à un peu de gratitude et nous atteignît de sa bienveillance. Ce serait là un mauvais tour que nous aurait joué M. de Montalembert et contre lequel nous protestons. Quant à la victoire, elle nous paraît aussi assurée avecles uns qu'avec les autres. Dans le désarroi complet du parti catholique, il n'est pas plus difficile d'avoir raison contre MM. de Montalembert et de Falloux que contre M. Veuillot. Cette insinuation de M. de Montalembert est une illusion de sa vanité. Ce que nous avons dit, ce que nous répétons, c'est que M. Veuillot est le dernier cbam|)ion du parti catholique. C'est humiliant pour vous, mais cela est. Nous n'en voulons pour preuve que l'empressement de ces évêques à se ranger autour de ce maître en invectives qui vous raille et vous délie de lui montrer vos prélats.

M. de Montalembert reproche amèrement à M. Veuillot de transporter les querelles religieuses sur nu terrain politique où on ne peut pas le suivre. Mais il nous semble que le reproche est au moins superflu, et que dans cette lettre même, notre correspondant cherche à nous attirer, nous aussi, sur un terrain où nous ne pouvons pas, où nous ne voulons pas le suivre. Disons encore que, si un terrain politique manquait aux chefs du parti catliolique, il ne leur en resterait pas d'autres, puisque ce ne sont jamais les questions religieuses qui les pn'occupent, et qu'ils ne se disputent et ne se séparent jamais que pour des questions d'ambition terrestre et d'influence mondaine.

En somme, si M. M(mtalembert donne un démenti à M. Veuillot, il prouve par là ce qu'on gagne en estime réciproque à combattre, à vivre ensemble dans le parti catholique; mais il ne détruit rien de ce que nous avons soutenu et de ce que nous mainlenons. Nous avons dit qu'à bout d'efforts stériles et de luttes impuissantes ces gens-là en étaient venus à ne plus savoir que s'injurier les uns les autres; nous

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