‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 4 sur 54 · I.A LIQUIDATION LITTKRAIUE IT · texte numérisé non relu

I.A LIQUIDATION LITTKRAIUE IT

imité, non pas peut-être le plus adoré; car, on lui on veut des vérités qu'il jette à pleines mains à travers les déchirures du cœur. Ses livres sont émouvants comme une dissection. On les ouvre avec cette acre curiosité que donne l'appétit des mystères de la mort et delà honte humaine; et, si l'étude y trouve son compte, si la raison est horriblement satisfaite, l'imagination souffre, l'illusion saigne.

Balzac, auquel on faisait à peine une place, il y a quelque quinze ans, et dont la Peaii de chagrin (un de ses romans médiocres) trouvait grâce devant les fantaisistes, par l'absence des qualités d'observation réelle qui consacrent l'auteur de la Comédie humaine, Balzac grandit tous les jours; il est le seul homme qui vieillisse avec son lecteur. A l'encontre des autres, il nous plaît davantage à chaque illusion nouvelle qui nous quitte, et il aura, je le répète, dans quelques années, la renommée la plus incontestable, la plus éclatante. Il a dit dans la Recherche de l'absolu: « La gloire est le soleil des morts! » ;V ce compte-là, sa vie fut un crépuscule, et il repose sous un ciel splendide.

Tour tout observateur de bonne foi, il est bien évident que nous ne cédons pas au besoin d'expliquer par un système la réforme littéraire à laquelle nous assistons.

Le lyrisme convenait aux invocations du siècle adolescent, à ses défis, à ses luttes; aujourd'hui, le recueillement convient mieux aux routes accidentées qu'il parcourt, aux désillusions qui le vieillissent. Je ne crois pas qu'on puisse trouver une meilleure raison à la faveur dont jouissent tous les travaux d'observation, d'analyse. Jamais on n'eut plus de vocation pour écrire l'histoire, cette longue tragédie humaine, et jamais on n'apporta à cette difficile entreprise des cœurs mieux préparés, des esprits plus ingénieux à tout saisir, à tout scruter. Lamartine, Micbelet, Louis Blanc, Vaulabelle, Thiers, Mignet..., bien d'autres que nous oublions, sont des historiens sérieux, dont on peut contester les [irincipes, dont on ne contestera pas la compétence et le succès, et qui tous écri-

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vent l'histoire avec celte inquiétude, avec cette préoccupation (le l'inconnu, impuissante peut-être à prémunir contre l'erreur, mais suffisante pour amnistier. Remarquons même que la plupart de ces historiens appartiennent à la catégorie des penseurs que le grand problème social trouble et agite plus spécialement. M. Thiers est le seul qui, par une contradiction monstrueuse, soit à la lois le vulgarisateur le plus populaire des légendes de la gloire et de la liberté, et le défenseur le plus entêté du vieil égoïsme social.

Les artistes, en voyant leur feu pâlir, ont souvent accusé le positivisme de l'époque. C'est là une excuse facile, mais insuffisante. Ce temps-ci n'est ni vulgaire ni plus positif que celui que nous venons de traverser. A quelque point de vue qu'on juge les événements contemporains, il y a d'assez brusques, d'assez grands déplacements de fortune et de puissance, pour que le cœur s'en émeuve profondément. Dans cette majorité (|ui a confié ses destinées à la poésie du souvenir le plus épique des temps modernes, d'où vient qu'il ne se trouve pas un poêle lyrique pour chanter cet événement? Soyons justes. Ce n'est pas qu'une émotion quelconque ne puisse se dégager du triomphe; ce n'est pas que ces manifestations spectaculeuses, pour nous .servir du mot de Joseph II, ne puissent, au.ssi bien que d'autres incidents, glorifiés jadis par les poëtes, susciter l'imagination! Mais c'est que le [lindarisme devient chaque jour de plus en plus im|)ossihle; c'est, encore une fois, qu'il n'est plus l'heure de chanter.

De ce bruit sublime (}ui jetait à toutes les hrisiîs du monde tant d'(''l(''gies, tant d(^ sou[)irs d'amour, tant d'élans vers la liberté, vers la nature et vers Dieu, il rcst(^ à peine un murmure. Les derniers recueils de vers qui prennent leur vol n'oseiH tenter l'ode et la strophe, et s'en tiennent pour la plupart au sonnet, cette (|uinte.ssence, celle synthèse (jui ne convient pas aux grands débordements de l'âme. Nous ne voulons pas dire (|u'il y ail (|U('l(iu(^ part une tombe assez profonde, une jiierre assez solide pour enterrer la pot'sie. Klle

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