‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 5 sur 54 · I.A LIQUIDATION MTTKRAIRK i · texte numérisé non relu

I.A LIQUIDATION MTTKRAIRK i

est étprnollp comme la douleur, comme la joie, comme le doute et comme la loi; mais elle se translorme. Après avoir douté, clianté, prié, elle travaille et cherche. Ce lyrisme infatigable qui, par Lamartine, Victor Hugo, George Sand, allumait tant d'étincelles dans les poitrines, est remonté au ciel dans ce tourbillon de poussière qui s'élève des révolutions; mais il a laissé à sa place un sentiment moins grandiose et plus délicat, moins lier et plus humain, moins élevé et plus vaste, moins personnel, c'est-à-dire moins égoïste et plus dévoué.

Les esprits qui, au lieu d'accepter cette nouvelle mission de l'art, tentent la lutte des instincts plus réels de notre temps contre cet ange soulevé de terre arrivent à constater magnifiquement leur impuissance. Ils élèvent, comme M. de Laprade, par exemple, des statues blanches, correctes, divines d'aspect, mais froides et muettes. On peut toujours faire des Galathées; mais il faut les baisers de Pygmalion pour les animer. Eh bien, le temps n'est plus à ces ardeurs pygmalioniques.

Si Balzac, d'un côté, semble le précurseur de cette voie d'analyse dans laquelle nous entrons, niera-t-on que ce caractère essentiel de la nouvelle phase littéraire se retrouve avec une effroyable énergie dans les régions politiques? M. Proudhon, ce fils incontestable de Voltaire, n'est-il pas, avec toute la violence de ses études, avec toute la fureur de ses négations, le Caliban de la critique, esprit de tempête qui rit aux démolitions, et qui briserait le monde pour mieux l'analyser !

Nous ne devons en aucune façon conclure de ce qui précède le doute, le découragement. Ce qui se passe ne doit ni attrister ni effrayer. Les horizons qui disparaissent avaient leur grandeur, ceux qui s'élèvent ont leur lumière plus calme, plus paisible. Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, étaient les indispensables coryphées de cette génération dolente qui sortait des catacombes de la Révolution. Us ont ramené l'es-

pérance dans les cœurs troublés. Pendant la moitié du siècle, après les orgies, les impiétés et surtout les tyrannies qui avaient scandalisé le monde, ils ont, à chaque heure du jour, dans leurs hymnes, loué Dieu, chanté l'amour, et invoqué la liberté! Quand ces trois phares éternels eurent été rallumés, il ne s'agissait plus seulement de chanter; il fallait expliquer la foi nouvelle si éloquemment prèchée.

Voilà pourquoi Chateaubriand est mort, en se sentant consumer dans son armure féodale, par les feux d'une charité humanitaire qui l'emportait loin de l'ocusson de saint Louis; voilà pourquoi le champion de la légitimité s'est endormi, avec des pleurs dans \es yeux, en songeant à son roi exilé, et avec le sourire sur les lèvres, quand il pensait à l'avènement du peuple, cet éternel exilé des rois : contradiction logique, surtout visible dans les Mémoires d" outre-tombe du poëte gentilhomme. Voilà pourquoi aussi les deux plus grands poètes lyriques de la France se sont rencontrés dans l'arène politique, après la Révolution de février. Alors l'un a pu dict; à l'autre, comme au temps des luttes littéraires :

.Nous ticiidions pour lutter, dans l'aréiu; lyrii|Uf'. Toi la lance, moi les coursiers !

Oii'on ne viniillo pas expliquer par des ambitions vulgaires la présence des deux poètes dans la mêlée. Us cédaient à une impulsion naturelle. Nous dirons plus loin par quelle pente ils s(int descendus des élévations inlinies aux lièvres de la tribune. Nous tenons seulement à signaler, dès maintenant, cette idée : à savoir, que le romantisme était la U(''volution de 178!) se faisant dans les arts, restés en arrière. C'était, comnn' l'a dit un chef, Wlilirnilismc en lUlrrature.

Mais de ce que le libéralisme, pour une cause ou pour une autre, ne .saurait convenir aux nécessités présentes, il ne faut ni renier le [)assè ni blaspluMuer l'heure (|ui sonnf.

Taisons notre làclif, chacun selon nos forces, et. pour le

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