‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 40 sur 54 · I.KS MÉLANGES DK M. VKllIJ.UT ii'.H · texte numérisé non relu

I.KS MÉLANGES DK M. VKllIJ.UT ii'.H

seau, qui oublie de nommer madame de Vanens, nous dévoile ses horribles tentations. « Je ne me vois pas meilleur que cette foule nuillieureuse (jui rampe autour de moi, cherchant Voi et la volupté. Les mêmes instincts sont dans mon âme ; ils me pressent, ils me tourmentent; ils sont prêtsà m'emporter ! Lorsque paisible je regarde avec pitié ce triste troupeau qui se rue à travers la fange sur l'appât des convoitises humaines, mon pied glisse, mon ame s'émeut; d'humiliants désirs se soulèvent et me rappellent la boue dont je suis lait. Plusieurs m'écoutant parler m'envient; ils disent : Celui-ci gagnera le ciel... et moi je voudrais monter sur une tour et crier d'une telle voix, que tous les chrétiens du monde pussent l'entendre: 0 mes frères, mes frères, priez pour moi, je vais périr! n

Cette humilité serait de nature à nous toucher si M. Veuillot n'avait pas l'imprudence de supposer qu'on lui porte envie pour sa piété et qu'on est tenté de lui adjuger le ciel. Dans un chapitre intitulé : Les yens qui ne pensent poijit, et qui a pour objet d'opposer les vertus de ceux-ci aux désordres et aux crimes des libres penseurs, M. Yeuillot se met humblement en scène, lui, avec toute sa famille. Il tient à nous faire admirer son amitié fraternelle, comme si, nous autres, nous étions tous des Caïns, et comme si, pour n'aimer pas le saucisson à l'ail, on n'aimait pas son frère. Dans cette partie, destinée à servir d'exemple, le pieux écrivain revient sur ses tentations. Il paraît que l'aiguillon ne s'émousse pas aisément : écoutez ce cri superbe, dans sa soumission : (( Voilà dix ans qu'un jésuite gouverne ma conscience; ces dix ans m'ont fait passer de la jeunesse à l'âge viril; j'ai durant ces dix ans soutenu le choc du démon du Midi... Le beau fantùiiie du plaisir s'est offert plus redoutable qu'à l'aurore de la vie. Il m'a dit : Tu vas vieillir, tu seras vieux demain. Au fond de la coupe des belles années, il reste une dernière goutte de l'enivrant breuvage : ne la boiras-tu pas? »

Selon toutes les vraisemblances, M. Veuillot, bien qu'il ne le dise point, n'a pas bu cette dernière goutte; sans cela, à

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quoi lui aurait servi son jésuite? Mais il a eu d'autres assauts à soutenir : il nous confesse que son orgueil n'est pas facile à comprimer ; nous nous en doutions, mais cet aveu a son prix, surtout par l'expression. « Tu seras pauvre et méprisé, criait cette voix stridente de l'orgueil; point de place pour loi dans ce moude, point d'éloges, pas même de justice. Ce que tu pourras faire de bien ne te sera pas compté, on calomniera ton esprit et ton cœur : il faudra dévorer toutes ces avanies et sans espoir de vengeance! Les derniers grimauds ne parleront de loi que comme d'un idiot fanatique. Et encore s'il ne s'agissait que de loi ! Mais tu les entendras l'insulter dans ton culte et dans ton amour. Ils porteront leurs pattes sur tout ce que tu révères ; tu ne pourras élever contre ces sacrilèges que de vaines protestations étouffées par les clameurs de cent mille goujats. Ainsi m'a parlé l'orgueil, me soufflant ce feu sombre (|ui pénètre jusqu'à l'âme et qui la déchire. »

Si l'orgueil de M. Veuillot parle avec celle grossièreté, son humilité devrait bien lui apprendre la politesse et les convenances. Mais, en vérité, ce ne serait pas la ptMne de s'être converti si on n'avait pas acquis le droit de damner un peu ceux ijui sont encore dans la voie des ténèbres.

Dans une partie de ce livre aimable intitulée : les Tartufes, M. Veuillot place son portrait, avec une bonne grâce épigrammalique : « Le soir, ayant à peine, minuit sonnant, fini ma iMche, le front serré, les yeux brûlants, le cœur chargé d'angoisses, car le jour a été plein de sombres nouvelles, je traversais d'un pas pressé les rues endormies, je disais mon chapelet... Tout à coup la rue est remplie de cris, de chansons, de hurlements. Une centaine d'étudiants sortaient du bal avec des filles et s'en retournaient au pays latin. Ils n'étaient pas ivres; mais jamais la dernière populace des faubourgs, dans la lièvre du vin bleu, n'a troublé les airs de plus abjectes et jilus obscènes vociférations que ces messieurs n'en faisaient entendre par pure gentillesse. Les guenons auxquelles ils donnaient le bras s'y joignaient d'une voix glapissante. .

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« Mais quoi ! ces jeunes p;eiis snnl l'espoir de la pairie et de l'avenir; et moi, laborieux ouvrier, qui rentre, en disant mes prières, dans une demeure dont la chasteté garde le seuil, je ne suis (|u'un vil jésuite, un citoyen [lervers, un ennemi de la liberté, un empoisonneur de consciences ! Parmi ces Libres penscmrs, qui chantent comme ils viennent de danser, se trouve peut-être celui qui me viendra prendre un jour au milieu de ma l'amilie et de mes livres, et qui me fera couper le cou, pour accioître d'autant le bonheur, l'affranchissement et la dignité de l'espèce humaine! ^»

Quand nous disions que ce livre était une perpétuelle excitation à hi h;iine! Des étudiants trop gais, chantant au sortir de la Chaumière, deviennent des bourreaux qui dresseront un jour la guillotine pour .M. Veuillot. Voilà, n'est-ce pas, où conduit la libre pensée? Si ces absurdes et grotesques insinuations valaient la peine d'être refutées, nous pourrions demander à M. Veuillot si ces libres penseurs n'ont pas été les premiers à abolir l'échafaud politique, et s'il a bien le droit de flétrir des hommes qui ont permis, en 1848, qu'on les insultât ainsi, impunément, dans son livre et dans d'autres. Mais M. Veuillot sait bien que sa tête n'a rien à redouter; c'est même parce qu'il a toute sécurité à cet égard qu'il parle avec cette violence; car, dans le cas contraire, il saurait dissimuler, n'ayant pas le tempérament d'un martyr.

Puisque M. Veuillot récite son chapelet le long de la rue, dans ses courses et ses promenades, il devrait bien apaiser dans ce pieux exercice la vivacité d'une humeur qui fait de lui un objet de scandale pour ses amis et de péché ]iour ses ennemis. Ouoil il dit son chapelet, et chaf|ue grain ne lui rappelle pas une mauvaise pensée, un article diffamatoire, injurieux, écrit dans la journée! 11 dit son chapelet, et il ne se demande pas si, dans son œuvre quotidienne, il n'a pas dénoncé, calomnié un ennemi; s'il n"a pas manqué à la justice, à l'impartialité, à la chanté. Ce n'est donc que pour user le tem|>set pour s'em|)êclier de penser que .M. Veuillot récii(! son

chapelet ; car il est impossible qu'un (juart d'heure, que cinq minutes de retraite en lui-même, s'il est chrétien, ne lui démontrent pas les emportements d'un zèle qui dépasse la mesure. Mais ce chapelet, dont on parle avec une humilité si orgueilleuse, n'est pas une lumière, c'est une garantie; on le récite pour s'endormir et non pas pour s'éveiller.

Le livre des Libres Penseurs, à quelque point de vue qu'on l'envisage, est une détestable action. Il ne réfute rien, puisqu'il ne discute rien. 11 excite les citoyens entre eux au mépris et à la haine ; c'est une satire sociale, c'est un réquisitoire furibond contre tout ce qui n'est pas l'ultramontanisme. Maladroit, inconvenant, obscène, sans dignité et sans courage, ce pauvre livre serait une honte pour le parti qui l'adopterait. Nous n'en avons parlé que pour montrer à quels excès de sottise et de maladresse peut conduire l'esprit aveuglé par le fanatisme et pour rappeler à M. Veuillot qu'il a tort de le prendre de si haut aujourd'hui et de prétendre qu'il n'injurie jamais. Cette orgie de diffamations témoignera toujours contre lui. Il se |)eut que maintenant le besoin d'une tactique diffé" renie se fasse sentir et que la protection des évêques lui ait été accordée à la condition d'une tenue plus sainte; mais nous ne pouvons pas oublier, nous, les vociférations passées, et il est bon de constater aux yeux des prélats qui se risquent derrière M. Veuillot ce qu'il y a de haine contre les diverses clas-ses de la société, ce qu'il y a de rancune, de violence, d'orgueil et de cynisme dans ce journaliste frappé d'impuissance et d'épuisement à la suite de ses excès, et qui essaye vainement de se refaire un peu île dignité par des allures pédantes et doucereuses. Ce qui ressort avec éclat de ces citations et de celles que nous lerons à propos de son nouveau livre, c'est l'allure embarrassée et farouche de la foi de M. Veuillot : elle se |)roduit toujours avec aigreur ou avec emphase, elle n'a jamais la simpiicit(i, la bienveillance, la charité d'uiK; conviction invincible, et on dirait toujours que ce missionnain^ v(''h<'^menl, (jui passe d'une pn(;sie extrava-

gante à une épilepsie furieuse, cherche autant à se persuader ce qu'il dit qu'à le persuader aux autres.

M. Yeuillot abuse assez souvent do M. dcMaistre pour que nous ayons bien le droit d'en user, une fois, à notre tour, contre lui-même. Voici ce que pensait l'auleur des Soiri'es de Saint-Pétersbourg des gens qui injurient en discutant ; nous recommandons ce passage aux méditations de \'lj7iivers : « 11 y a une observation que je recommande ;i l'attention de tous ceux qui pensent et raisonnent : quand la vérité combat l'erreur, elle n'est jamais chagrine. En effet, il faut un microscope pour découvrir, parmi nos nombreux ouvrages de controverse, la moindre teinte de cette aigreur dont la faiblesse humaine sait cependant si difficilement se garer. Bellarmin, Bossuet, Bergier, ont passé toute leur vie à discuter, et il n'y a pas dans leurs écrits non-seulement la plus légère offense, mais même la plus légère personnalité. Les écrivains protestants présentent le même phénomène quand ils combattent l'incrédulité... L'erreur ne peut pas demeurer calme on attaquant la vérité; c'est là un fait palpable et décisif, la conscience ne peut s'y tromper. »

Que pense M. Yeuillot de cette observation? A ce compte-là, ne serail-il pas dans l'erreur, et sa colère ne serait-elle pas un témoignage du peu de solidité de ses principes puisque lui, ultramontain breveté, il écrit en définitive des livres injurieux et athées, comme \esLibres Penseurs; car insulter l'humanité et la société comme il le fait, entrer en guerre avec tant de violence contre l'intelligence et l'esprit, c'est nier Dieu de qui relèvent toute société et toute intelligence.

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Mais, nous dira-t-on. vous réveillez là de vieux griefs. M. Veuillot a écrit les Libres penseurs et le Lendemain de la

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victoire dons une obriëté de critique; aujourd'hui, il est redevenu plus raisonnable; il a cuvé sa colère ; il s'efforce d'être grave; lisez j3lut(jt son nouveau volume. Eh bien, nous avons lu ce volume qui doit le réhabiliter, nous avons eu le courage de combattre l'ennui de ces pages somnolentes, et nous avons retrouvé le même homme. Sans doute, le mot est moins cru, le geste moins hardi; Sé.ns doute, l'empâtement de la phrase en cache raiguillon. Mais n'est-ce pas toujours une dénonciation, un réquisitoire? Dans ces Mélanges qui doivent traiter de religion, d'histoire, de littérature, de politique, dans quelle page, dans quelle ligne, dans quel mot M. Veuillot aborde t-il un point sérieux de discussion religieuse ou philosophique? Où est l'histoire, où est la littérature, où est la politique? il attaque ses anciens amis, et il se défend, voilà le fond du livre. Mais comment attaque-t-il? et comment se défend-il? Ne lui demandez ni principes, ni raison, ni sentiment. Des phrases cauteleuses, des génuflexions devant la première guérite, aussi bien que devant l'autel ; des attaques pleines de courage contre ce qui est tombé; enfin, pour grossir le bagage, cette réponse à M. de Falloux dont nous avons déjà parlé, et qui, pour être quehjuefois spirituelle, n'en est pas plus pour cela une œuvre de controverse ou une étude. Ainsi donc, ce masque d'une modération recommandée par les prélats ne peut tromper personne. C'est toujours le journaliste qui croit «jue les journaux sont rédigés par i]es gredins, que la plèbe li^ante à laquelle il s'adresse est la plus abjecte, cl qui pense des bourgeois, des magistrats et de l'armée le bien que nous a\ons cité. Nous insistons sur ce point. Il faut que tous les alliés de M. Veuillot sachent le parti qu'ils peuvent tirer de lui et la connance qu'il faut avoir dans ses sentiments d'ordre et de conservation.

Je sais que dans la préface des Mélanges l'amertume s'adoucit en mt'lancolie; on y parle, la bourbe en co'ur et les mains jointes, dans un style de romanct; tout à fait amusant, cl l'on s'y pl.iint tiès-foit i\i''> bl('ssnr(>s faites par

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M. de Mnntalembert et par M. do Follniix. M. Veuillot voudrait installer l'adoration de son sacré cœur; il se lond en amour; il se distille en quintessence : il devient séraphique; et, «'agenouillant comme I,ouis XI devant sa Notre-Dame d'Embrun, il appelle galamment l'Eglise sa mère et sa reine. Il aurait dû rimer cela en couplets, car à l'occasion, dans ses grands épancliemenls, M. Yeuillot s'abandonne aux vers. Celte préface est sucrée et collante comme un nougat : on ne peut plus en retirer les dents. On |)arle avec une humilité rougissante des vingt cinq évêques qui ont flétri comme une œuvre de ténè- /^/ï's les attaques contre VUnivers; on laisserait volontiers dans l'oubli ces pages écrites au courant de l'improvisation ; on voudrait effacer ce qui feut se ressentir de l'impression du combat; mais on le laisse et on le publie, uniquement pour faire tomber un reproche dont la persistance indigne cet honnête M. Veuillot; il veut qu'on voie si véritablement il a le tort de donner à la discussion le ton de la violence et de V injure. Nous avons dit comment il s'\' prend pour cela, il expurge son livre, pas assez cependant. Mais quoi! peut-il renoncer à écrire'? Et, s'il tient la plume, ce n'est pas par vanité. Que demande-t-il au monde'.' rien; mais à l'Eglise? tout. C'est d'elle qu'il espère: « homme, la miséricorde divine; citoyen, la renaissance et le salut de la fatrie. w On est tenté de dire à M. Veuillot : — Puisque l'Église seule est votre ambition et votre but, restez-y, en fermez- vous-y à triple serrure; mais ayez du moins riiumilité de n'en pas sortir. Est-ce (jue vous éprouveriez pour écrire la démangeaison des poules pour couver, dont vous parliez si bien dans les Libres penseurs^

Attendri par ses propres confidences, M. Veuillot nous raconte ses désillusions sur un ton d'ineffable poésie, il devient printannier. « 11 y a seize ans, dit-il, lorsque, plein encore des ardeurs de la jeunesse, t esprit chargé de projets de livres, comme l'arbre est *chargé de fleurs au printemps, j'entrai dans ce travail sans repos du journalisme, je crus bien offrir à Dii'u un sacritlci' nu'ritoire eu abandonnant tous ces beaux

projets, et cette joie de m'essayer à donner une réalité aux rêves de mon imagination. »

Que cela est agréablement dit, et que Dieu dut être touché de ces primeurs dont on surchargeait ses autels! 11 ne paraît pas toutefois que l'holocauste ait été très-favorablement accueilli, car on sent l'amertume d'un sacrificateur désappointé. Est-ce que M. Veuillot se serait trompé et aurait mis ses dons sur l'autel de Caïn, au lieu de les mettre sur celui d'AbelV Quoi qu'il en soit, M. Veuillot est dégoûté du métier; il s'en est dégoûté lui-même, et il y a de quoi. Hors de l'Église, sa reine et sa mère, il n'est rien qui lui plaise, et, quand il daigne s'attaquer à quelqu'un, c'est sans joie véritable et uniquement par habitude. « A quoi bon contredire un politique, réfuter un philosophe, combattre un écrivain? Je ne vois plus rien qui mérite la peine que l'on y prend et qui commande ou excuse celle que l'on y fait. Aucune cause ne paraît plus assez digne par elle-même d'être servie! » — Nous recommandons cet aveu aux alliés politiques de M. Veuillot. C'est donc uniquement par l'intérêt que l'Église peut porter à certaines causes que M. Veuillot consent à rester dans la bataille; mais comment se fait-il que l'Église s'intéresse à des choses qui ennuient un chrétien comme M. Veuillot? Et comment se fait-il qu'avec son dédain de la politi(iue et des philosophes il n'aborde jamais une question sans la placer sur un terrain politique, et qu'il ne cesse jamais d'insulter les philosophes? Est-ce que l'Église n'aimerait pas la logique, que M. Veuillot l'aime si peu?

Cette [)n''l'aoe prétentieuse et guindt'e dans sa mélancolie, qui n'a pour but que de placer son auteur dans une supériorité constante, relativement à la besogne qu'il accomplit, nous rappelle les |)remières pages des méuioires du docteur Véron. Il y a de l'analogie entre ces deux aimables écrivains; ils sont presqui; aussi chiiMiens l'iiu (pie l'autre; ils ont expérimenté presque autant la vie. Le lUmrijeois de Paris a vu les coulis.ses du théâtre el celles de la politique; M. Veuillot a vu

celles de la sacristie, qui valent bien les deux autres, et ils parlent tous les deux avec fatigue des gens qu'ils ont servis, prônés, et qui ne paraissent pas les avoir payés d'une estime su fil sa nie.

Nous n'entreprendrons pas l'analyse ni la réfutation de ce volume, dont le meilleur morceau est la réponse à M. de Falloux, déjà discutée par nous. Nous nous bornerons à donner une idée du choix que M. Veuillot a fait, pour aider ;i penser qu'il était incapable d'injure. Au point de départ, la haine radicale, absolue de l'ultraniontain pour 1789 est posée en principe. Pas d'alliance possible! Le catholicisme est l'ennemi, le contraire, l'antipode de la Révolution. C'est à la démonstration, au triomphe de cette idée que s'est dévoué l'Univers. Comment donc se fait-il le courtisan des constitutions qui ont proclamé les pincipes de 1789 à leur première ligne?

La Révolution est la raison, la légitimité de tous les pouvoirs en dehors du droit divin. Pourquoi donc M. Veuillot est-il aujourd'hui contre le droit divin avec les pouvoirs plus ou moins directement engendrés par la Révolution? Explique qui voudra cette contradiction entre la théorie et la pratique- Nous défions M. Veuillot de sortir de cette position fausse, sans un aveu cynique pour lui-môme, ou sans une injure pour les gouvernements qu'il appuie.

Le premier chapitre de ces Mélanges, peu mélangés, est consacré à la démocratie, à ses rapports avec le christianisme. Nous ne doutons pas que, si au lieu de tomber par probité dans la réaction, le gouvernement provisoire avait installé, implanté solidement la république, M. Veuillot n'eût fini par essayer d'être ministériel, avec ses vingt-cinq prélats. C'est parce qu'il a vu la république chancelante qu'il l'a combattue. Il disait timidement, en novembre 1848, qu'il était drmocrate avec rÊvangile. H l'eût dit fermement, pour conserver son influence, si, au lieu de s'affaiblir, la république s'était affermie. Il posait les bases d'un traité possible qui!

n'a pas ratifié ensuite, parce qu'il n'y aurait trouvé aucun avantage.

Le second chapitre, daté de 1851, est une courageuse attaque contre le régime parlementaire. A l'approche du 2 décembre, en présence d'une assemblée impopulaire, M. Veuillot affirme l'inutilité d'une tribune, le danger de la discussion; il passe en revue les diverses monarchies et prouve que toutes, depuis 1789, ont été perdues par les orateurs. La théorie de M. Veuillot, qui ne manquait pas de flair ni d'habileté, a été ratifiée; nous n'avons plus à la combattre ni à la réfuter. Passons donc. Se donnant gain de cause, par suite du même système, et transportant les questions sur le même terrain politique où l'on ne pût pas le suivre, M. Veuillot attaque .M. Cousin, ses faiblesses libérales, son parlementarisme, et avec le bon goût dont ce volume doit être la preuve, avec cette absence d'injures dont il est la démonstration, il affirme que de telles iniquités dégoûtent. Le mot est vif pour un homme qui se prétend poli. Entre une glorification du 2 décembre et un Magiiificat en faveur de l'empire, le pieux journaliste raille agréablement les libéraux mystifiés, et plaisante, avec kl légèreté que nous lui connaissons, les émigrés de i8ol. On comprend que nous ne donnions pas dans le piège d'une controverse à cet égard. Nous constaterons toutefois (|ue, peu satisfait d'injurier, M. Veuillot dénonce; mais il dénonc(î véritablement, clairement, ostensiblement; il dénonce au préfet de police^ à la censure, les Débats, le Siècle, tous les journaux (pii ont le tort de ne pas penser comme lui.

A la page O'i, il définit en ces termes la Révolution et la grande assemblée (|ui a sauvé la France contre la coalition i\r>. ('trangers, des ('migres et des |)rêtres : « ('/('lait la grande révolution, la grinid'- folie, le grand forfail du nmn(Je moderne. Il y avait un sénat île bandits et d'tissdssins. Ces forcen('S ('taii'iit pnîs |ue aussi ridicules (pi'exécrables. Des voleurs, (les ((((jiniis, (les (ijuisliils, de \ ils ijfcdllis, d.ius ce ramas

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