‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 4)Chapitre 48 sur 54 · I.e curé de Saint-I'.abel fut pendu. Personne n'a songé de · texte numérisé non relu

I.e curé de Saint-I'.abel fut pendu. Personne n'a songé de

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puis à lui fairo l'honneur dont le frère Léotode a été l'objet, c'est-à-dire à le réhabiliter.

Fléchier profite d'un rayon de soleil pour aller, le jour de la pendaison, se promener agri'ahlement dans un beau jardin, et il est probable qu'il oublia de joindre ce jour-là à la lecture de son bréviaire une courte oraison pour le repos de l'àme de son confrère qui en avait bien besoin. Dans cette délicieuse promenade, qui distrait l'abbé des horreurs des grands jours, il est question .d'un singulier évèque et d'un singulier clergé. Je laisse parler Fléchier. « 11 (Tévèque en question) était si peu retenu dans les fonctions de son caractère, qu'un gentilhomme lui ayant demandé un jour dispense pour presser son mariage, il lui dit qu'il ne l'accordait qu'à la condition qu'il serait co.., et ses aumôniers ajoutèrent des choses que je n'ose dire. »

Un autre fou, curé d'Alençon, bien digne d'avoir un tel prélat pour évêque, « montait en chaire, dit Fléchier, tous les jours de l'an, et publiait le nombre de c... qu'il avait dans .sa paroisse, et marquait si l'année qui venait de finir avait été bonne ou mauvaise; en faisant la procession, il faisait des cornes aux marguilliers... etc., etc. » Quant aux relâchements du clergé de Clermont, ils ont été si grands, qu'il y a une bulle du pape qui exempte de la juridiction de l'évêque « les chanoines et les enfants qu'ils auront eus par quelque crime que ce soit. »

Tout cela est raconté, bien entendu, sans indignation, en souriant, écrit d'une main blanche, coquette, ornée de manchettes, et pour la plus grande joie de quelques belles dames que ces histoires auront sans doute fort égayées. 0 le grand siècle! modèle désespérant! et comme M. Veuillot a raison de douter que nous puissions jamais en revenir à ces époques de foi et d'autorité!

Le 15 novembre on juge un infanticide, nouvelle plaisanterie du galant narrateur. Le mari de l'accusée reniait la paternité de l'enfant mort. La femme la lui attribuait, avouant

que sans doute il n'y avait pas pensé. Fléchier rapporte que le mari protestait, « disant que ce sont des choses sérieuses qui ne se font point avec tant de distraction, et qu'on voulait le faire plus père qu'il n'était. » On donna le fouet à la femme, et on la marqua de la fleur de lis.

L'auteur des Mémoires affectionne les plaisanteries concernant les ecclésiastiques. C'est là le sujet de ses meilleures railleries. 11 s'égaye d'un évêque qui fait son entrée à cheval, en caracolant, et dont les bénédictions restent en l'air, à moitié chemin. Cependant les grands jours fonctionnent de leur mieux, leur sévérité n'est pas trop farouche, ils ont mis du sang sur leur première page, cela leur suffit. A moins d'y être contraints, ils laissent échapper les coupables, et se mont rnt indulgents. Cependant le peuple, ce serf des chanoines, cette victime des Canillac, cette chair qu'on tenaille quand elle est homme, qu'on viole quand elle est femme, le peuple a quelque espoir: les grands jours, si trompeurs qu'ils soient, font naître dans son cœur l'illusion d'une justice humaine. 11 en conclut raffranchissement, et, relevant un peu la tête de son bourbier, il regarde en face son seigneur, ce qui irrite ct;lui-ci. Fléchier, lils d'un marchand de chandelles, mais tonsuré à l'hôtel de Rambouillet, n'est pas plus tendre qu'un parvenu ne doit l'être pour les siens. Il n'est donc pas éloigné de blâmer les grands jours pour les velléités d'insolence qu'ils suggèrent à ce peuple misérable.

Nous glisserons sur une histoire conjugale entremêlée d'indispositions scandaleuses, pour arriver à l'affaire de ce procureur du roi, en la ville d'Kvroux,liautementaccusé par madame deVieuxpontde professer des idées républicaines. Il paraît (on ne s'y attendait guère) qu'au dix-septième siècle c'était déjà un crime énorme et une infaillible calomnie d'être soupçonné de républicanisme. Il est singulier de trouver sous Louis XIV un semblable délit reproché; mais madame de Vicnxpont, dont la (Icsrciid.ince ne doit pas être éteinte, formula nettement sa dtMioncialion. (^e procureur est accusé

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d'avoir dit publiqueineni, nous cilons FU'fliier : m ([ue la monarchie est un fâcheux gouvernement, qu'il serait hien plus à |)ropos de changer le royaume en république, de réduire l'État à la forme du gouvernement de Venise, etc., etc. « Le procureur d'Évreux se disculpa aisément. Le môme bonheur n'arriva pas à un curé qui avait professé tout haut, en chaire, les mémos opinions, et qui invoquait la république romaine contre le roi et les minisires. Le curé patriote fut banni pour un an et condamné à quelques réparations; il paraît qu'il avait endommagé par son hérésie le gouvernement du grand roi. N'est-ce pas une rencontre bizarre que de trouver de pareils mots, république, liberté, à cette époque, et serait-il plus invraisemblable de trouver des libéraux en Russie?

L'espace nous manque [)our citer tous les faits caractéristiques mentionnés par Fléchier. Un grand prévôt qui avait abusé de sa cliarge fut acquitté parles magistrats, sous le prétexte spécieux qu'il était vieux, malade, goutteux, et que ce lui serait un plus grand supplice de vivre que de mourir. Tout le monde applaudit à cet arrêt de subtilité philosophique, et le condamiiéapplaudit plus fort que tout le monde. Mais les arrêts finissent par ennuyer l'aimable abbé; il nous entretient des muses qu'il cultive, des galantes réunions auxquelles il assiste, des danses un peu trop expressives dont il est témoin: la bourrée, la goignade, sont, il paraît, des ancêtres du cancan moderne, pour nous servir du mot consacré. Il est curieux de voir le futur panégyriste de Turenne nous donner la description minutieuse de ces folles danses qui lui rappellent « les bacchantes dont parle l'antiquité. »

Le plus grand criminel que les grands jours eurent à juger fut le marquis de Canillae. Celui-là est un Barbe-Bleue complet ; il entretenait douze bandits qu'il appelait ses douze apôtres, et il n'est pas d'infamies qu'il ne se soit permises. On le laissa s'échapper, et la justice l'exécuta en effigie: ce qui réjouit fort le délicat abhé, car, alors, dit-il, on avait la justice sans avoir le sang répandu.

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Le lils valait presque le père ; « mais, comme dit Fléchier, c'est être bien innocent en Auvergne que de n'avoir commis qu'un crime, et un fils qui n'a été criminel qu'une fois paraît bien juste à comparaison d'un père qui lest toujours. » Cependant ce jeune soutien de Tlionneur scélérat des Canillac n'y allait pas de main morte, il tua un prêtre qui lui reprochait le scandale de ses amours. On se délassait des affaires criminelles par des causes bouffonnes. C'est ainsi que madame Laroque-Massebeau demande le divorce et a recours à de si singuliers reproches contre son mari, que ces aimables juges se donnent le spectacle d'une épreuve publique. L'épreuve ne tourna pas à l'avantage du mari. « Et c'est une question » dit plaisamment l'abbé, « de savoir s'il faut appeler l'épouse madame ou mademoiselle. »

La mort des frères Combalibœuf, trop petits gentilshommes pour n'être pas exécutés, est une des dernières émotions des grands jours. Ce qu'ils avaient fait ressemblait exactement à ce qu'avaient fait tant d'autres; ils ne purent échapper, voilà la différence. Fléchier a un mot ravissant, tendre et humain, à propos de la mort de ces jeunes hommes, u L'aîné, écrit-il, monta ensuite sur l'échafaud avec beaucoup de fermeté, et, passant sur le corps de son frère même, que cet exécuteur de province n avait pas eu l'esprit de couvrir, il reçut le coup et la tragédie fut finie. » Comme cette raillerie au profil des bourreaux bien élevés est d'une pitjuantc saveur!

Ln effet celte exécution est le dernier acte de la tragédie des grands jours, on finit par des noces, des ballets, des festins, et Fléchier, fort [)eu édifié de la province, malgré les femmes charmantes dont les aimables propos ont es.<ayé de lui dorer l'exil, Fléchier revient à Paris avec ses élèves, laissant ce monument de son voyage.

Nous l'avons dit en conimcnraul cl nous le i('pi't(ins pour linir, cetle rclalion écrite avec un sl\li' d'iiu bel air, mais dont les griices sont [ilutôl celles du temps, delà mode, que celles de l'écrivain, lellc relation est fort instructive., fort in-

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téressante au point de vue des ma uis, des opinions, de la moralité de la société aristocratique et religieuse ; mais elle atteste partout la sécheresse de cœur, la futilité d'esprit d'un prêtre, d'un homme instruit, qui assiste à ces grands efforts de la royauté contre la noblesse, à ces incidents terribles, sans trouver le prétexte d'une réllexion sérieuse, d'une préoccupation morale, de quoi que ce soit enfin qui révèle l'homme de réflexion, d'étude, de pensée. Il n'y avait décidément en lui (|ue l'esprit d'un rhéteur dans l'enveloppe polie et glacée d'un prélat du monde. Une sorte de sottise infatuée s'étale dans ses Mémorres, dont la publication est, malgré tout, un grand service rendu à l'histoire, à la vérité, mais qu'on ne fera jamais accepter comme une œuvre de style et d'âme. Sachons donc gré aux éditeurs du soin qu'ils ont apporté à la publication de ce livre, témoignage impartial et écrasant contre le clergé et la société du dix-septième siècle; mais n'abusons pas du nom de Fléchier pour imposer à l'estime des amateurs des pages prétentieuses et fades qui ne valent beaucoup que par les faits et ne valent que très-peu par l'expression.

Les Mémoires sur les grands jours ont leur place marquée parmi les documents essentiels; mais ils n'ont rien à faire avec les chefs-d'œuvre de style et de pensée. Sous celte réserve, nous sommes heureux d'applaudir à la belle édition que la librairie Hachette vient de donner, et qui, en reprenant la tâche du respectable M. Gonod, le venge des attaques ridicules, mais violentes, auxquelles il s'est vu exposé.

1" janvier 1857.

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