‹ Écrivains et hommes de lettres (volume 5)Chapitre 8 sur 22 · M. HIPPOLYTE CASTILLE · texte numérisé non relu

M. HIPPOLYTE CASTILLE

parlant à la duchesse d'Orléans : <( Allez à vos affaires, ma mie! » Nons croyons que ce toot n'a pas été dit. Un reproche digne, maternel, a été tristement formulé ; plusieurs témoins l'attestent; mais il était conforme aux habitudes de Marie-Amélie et n'avait rien de cette sécheresse qui rappelle trop le langage de madame Femelle.

Nous aurions beaucoup à faire si nous voulions opposer notre sentiment à tous les commentaires de la Révolution qui nous paraissent empreints d'exagération et d'aigreur; nous ne pouvons toutefois ne pas défendre M. de Lamartine, dont l'héroïque attitude a sauvé Tordre, et qui, par la seule puissance de sa parole, a imposé le calme etla soumission aux flots tumultueux. Il est très-commode aujourd'hui de parler de ces heures de lutte et de railler les quelques hommes de bonne volonté qui jouaient alors leur vie pour le pouvoir. Accusez-les d'ambition! soit; mais rappelez-vous queTambition pouvait coûter cher, et qu'aucun des membres du gouvernement provisoire ne lui a immolé sa conscience. Quand M. de Lamartine, pâle, exténué, plein de fièvre, venait à chaque heure haranguer le peuple, écartant de la main et du regard les fusils qui menaçaient sa poitrine, il n'était pas traître, ainsi que vous le dites; il ne noyait pas les mouches dans le miel, paralysant la République et gagnant des suffrages; il était sublime d'inspiration et de courage ; il sauvait le peuple de ses propres entraînements, et faisait tout ce qu'une âme généreuse pouvait rêver pour sauver la Révolution,

Que M. de Lamartine ait endormi plusieurs fois le lion populaire, je le veux bien ; mais c'était quand sa veille était dangereuse, et quand son sommeil pouvait suggérer, à l'aide de beaux rêves, de pacifiques inspirations. Méconnaître et railler le rôle constamment dévoué du grand poëte, c'est être bien aveuglé par le dépit ou bien ingrat. Quant à la question du drapeau rouge, M. Castil le reproduit presque dans les mêmes termes l'opinion soutenue par M. Proudhon dans la Solution du problème social (page 28), c'est-à-dire qu'il regrette la

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banderole de pourpre , et que la substitution du drapeau tricolore lui parait un acte de faiblesse et de réaction du gou* vemement provisoire. Dieu merci, tout le monde sait à quoi s'en tenir aujourd'hui sur ce point. Pour notre part,, nous aurons toujours une reconnaissance profonde pour M. de Lamartine; et nous croyons, comme il Ta cru alors, que le drapeau rouge était une menace, un anachronisme; nous aimons mieux ce symbole trinitaire qui a fait le tour de l'Europe et qui le ferait encore au besoin, que cet oripeau suspect qui venait comme un défi et non pas comme un gage d'union. H. Gastille trouva que ce jour-là M. Blanqui (c'était peut-être le Robespierre attendu) a manqué i^audace quand la Providence se plaisait à lui mettre aux mains la destinée des partis. Nous ne savons trop ce que Y audace de M« Blanqui eût pu produire, et nous ne partageons pas le singulier dépit de M. Gastille.

Plus loin, il croit qu'en arrêtant la duchesse d'Orléans et son fils la République eût fait son devoir. Aussi, quand Louis- Philippe a quitté le rivage de la France, s'écrie-t-il, la Révolution a perdu son gage! Nous croyons, différemment, qu'il a été fort heureux pour le gouvernement provisoire de n'avoir pas à décider du sort de la famille royale; et il fut fort adroit, fort humain et fort convenable à lui de ne point chercher a se donner les embarras d*une pareille arrestation. La charité doit applaudir à une pareille conduite, dit M. Gastille, mais U est douteux que la logique républicaine et la saine politique admettent un système basé sur les sentiments domestiques et la motale relative.

Pourquoi donc la charité ne serait-elle pas de la logique, de la saine politique? Pourquoi les sentiments humains seraientils en désaccord avec l'intérêt des partis? Tant pis pour les partis ; mais vive l'humanité ! et je ne crois pas, pour ma part, qu*on puisse appeler morale relative celle qui consiste à faire prévaloir les conseils du cœur sur les suggestions de la vanité et deTambition.

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Nous en avons assez dit sur ce livre ; en finissant, nous répéterons que, si cette histoire nous a attristé parce que nous avons senti partout trop de ressentiment, nous avons aussi constaté à un haut degré une science d'exposition, d'analyse, de portrait, qui en rend la lecture attachante et terrible.

AvrU 4854.

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