DÉDICACE
A I.. f.ALBKNT-PICIlAT
Mon ciiF.ii AMI,
La plus sûre épreuve de l'ainilié. ce n'est pas le temps ; c'est la rivalité littéraire et la politique.
Puisque nos deux esprits ont résisté à cette éj)reuve ; puisque nous avons les mêmes opinions littéraires, la même loi politique; puisque nous avons lutté, chacun selon nos forces, pour le môme drapeau; puisque nous gardons la même espérance; |)uisque nous n'avons pas été un seul jour, depuis le collège, sans nous confier nos rêves, nos réalités, nos enthousiasmes, nos colères; puis- (|ue, avec des aptitudes diverses, nous suivons, cote à côte, la même route, applaudissant à nos succès sans nous les envier, nousconsolanl mutuellement de nos mécomptes,
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sans en jouir; puisque, enfin, nous nous aimons virilement et cordialement, et que je suis bien certain de n'être jamais tenlé d'effiicer ton nom de cette première page, permetsmoi de te dédier, ou plutôt de te dévouer ce livre.
J'atteste des principes qui nous sont communs; je combats encore pour des idées qui nous sont chères; ce que j'ai oublié ici, tu l'as dit ailleurs; nos eiïorts ne se l'ont pas concurrence; ils se répondent et se complètent. Nous sommes un dialogue fraternel , et nous invoquons la Justice et la Liberté.
Ces deux muses sont rangées parmi les faux dienx. Beaucoup de gens bien pensants, parmi ceux qui ne pensent pas, mettent une sorte de point d'honneur orthodoxe à les nier ou à les bafouer. Nous nous glorifions, nous, de notre idolâtrie, et nous acceptons fièrement les anathèmes qu'elle nous attire.
J'ignore l'accueil qui sera fait à ce livre. Mais, comme le blâme s'y rencontre plus fréquemment que l'éloge, je suis heureux que ton nom me cautionne cl m'aide à repousser le reproche de drnigrement systématique. Ton amitié répondra de mon ( onr, Ion estime de ma loyauté. Je ne me sens vulnérable que sur un point. Quel malheur que la bonne volonté ne puisse pas suppléer au talent, ou que je ne puisse pas le faire écrire ces pages que j'ai méditées avec toi I