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combinaison de leur sagacité et de la sottise desantres, uneénorme fortune ; on n'a pas assez de raillerie contre ces financiers de la veille; et chacun voudrait être celui du lendemain. Il y a des établissements de crédit inventés tout exprès pour faciliter l'agio sous l'anonyme.
Quant au théâtre, a-l-il du moins hérité du public qui manque à de plusi dignes travaux? Oui, mais à la condition de n'être plus qu'une parade sur les tréteaux comiques, qu'une sorte de mauvjiis lieu décent sur les planches plus relevées. Le succès de M. Alexandre Dumas fds est le signe le plus éclatant de rabaissement théâtral. On a songé à décerner un prix de morale à l'auteur du De77ii-Monde. C'était logi(|ue. Ce Philinte, qui n'écrit pas comme Molière, qui, indulgent pour une société corrompue, nous en explicpio les accommodements et les raccommodements; qui, n'étant pas moral, se garde bien d'être passionné; ce fds dégénéré d'AutofUj qui chatouille le cœur à tous les endroits véreux, sans nous étourdir et sans nous purifier; ce dramaturge de bon ton et de mauvais aloi vaut pourtant encore mieux que bien d'autres qui gagnent de grosses rentes à faire main basse, pour les travestir, sur les idées et les pièces des autres. Le théâtre n'est plus qu'une exhibition de modes; et le uoùt doit s'estimer heureux quand ces dames ne montrent que leur toilette.
Parlerons-nous des littérateurs émérites, de l'Académie en un mot? Saurons-nous gré à ces invalides de tous les régimes, à ces écloppés de toutes les palinodies, des velléités de roideur qui semblent une protestation contre ce temps-ci, et qui ne sont que des petits actes d'o])])osition puérile, sans portée et sans résultats?
La critique aurait donc fort à faire; et la critique ne fait rien. Elle ne lit pas les livres; elle ne se donne pas la peine de discuter les pièces. Le feuilleton théâtral de tel journal serait tout aussi bien à sa place dans tel autre journal, tant il est vrai qu'il n'y a plus de convictions! Et pourtant peut-on nier que les opinions philosophiques et que les opinions politiques elles-mêmes n'aient des raisons particulières et essentielles de sympathie
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on de réprobation .' Ainsi tous les tliéàtres s'occupent de l'argent, et en mèFne temps les juges de hi police correctionnelle disent leur opinion sur des faits scandaleux de >péculation, sans que la critique rapproche ces deux événements pour y voir plus qu'une coïncidence.
Do quoique côté donc qu'on se tourne, ni enseignement, ni littérature, ni théâtre, ni critique; mais du bruit, des vanités, des coteries, des complaisances! Ce qui n'empêche pas Paris de s'embellir, les palais de s'achever, les chemins de fer de s'étendre. Preuve bien éclatante qu'il n'y a pas toujours correspondauGc entre les pierres et les idées, et qu'on peut bàlir s;uis se moraliser!
La (anse de tout ce mal, nous l'avons déjà dit, elle n'est pas en dehors de nous, elle est en nous. Ayons l'instinct de ce qui est honnête, la volonté de ce qui est bien, et il faudra que l'honnêteté soit satisfaite, que le bien s'accomplisse.
Les pensées (pie nous exprimons ici, et à la hâte, ont été l'inspiration constante des divers articles réunis aujourd hui en volume. Mais nous n'avons pu, par la nature de nos éludes, par la délimitation de nos devoirs personnels dans l'œuvre collective des journaux cl des revues où ces articles se sont produits, (ju'embrasser certains points de vue spéciaux. Combien d'autres qui mauipienl et ipie nou^ regrettons! Que de choses surtout n'aurions-no\is pas eu à écrire sur le théâtre si impuni! Mai> le peu qu'il nous a été domié de dire, nous l'avons proclamé francheiuent, sans réticence et sans animosité personnelle. Il se peut que nous avons excité quelques inimitiés ; nous n'en ressentons jtour personne. L'ardeur que nous mettons à signaler des apostasies, à dénoncer des trahisons, àconst;iter des faiblesses littéraires ou politiques s'arrête toujours au seuil de la vie privée, et ne persiste jamais devant une protestation loyale. Nous tenons peu au succès pour nos épigrammes; nous tenons surtout à l'estime pour notre sincérité. C'est par cette raison qu'on trouvera dans ce volume certains adoucissements apportésavec réflexionà des articles précédemment plus âpres, sans êire moins sincères. Nous avions
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louché avec une familiarité un peu cavalière à M. Guizot. Sans être plus respectueux, nous sommes devenu moins familier. Nous avions reproché, dans la Revue de Paris, à M. Legouvé des complaisances exagérées pour l'Académie. M. Legouvé nous a écrit pour s'expliquer, et il y aurait eu du mauvais goût de notre part à reprotluire dans tous ses termes une accusation qui avait encore quelques prétextes, mais qui avait perdu sa plus grande opportunité. Notre querelle avec l'auteur de 7'o//a serait aussi un incident hors de propos dans ce volume. Nous la laissons à sa place et dans le milieu cpii l'a inspirée. En reconnaissant dans une note* que notre attaque avait été loyale, l'écrivaili de talent, qui se croit obligé d'élre notre ennemi depuis ce jour-là, nous a domié le facile avantage de mettre de la bonne grâce dans notre conduite; et nous le jugerons désormais seulement sur ses œuvres nouvelles. D'ailleurs, ce n'est pas à la jeunesse, aux débuts, même im[)rndents. que nous en voulons. C'est aux maîtres qui nous abandonnent, aux jiédants (pii nous ont trompés, aux ( orrupteurs «pii nous ont légué les hontes et les embarras de la littérature achielle.
Nous avons loué le plus souvent et le mieux que nous avons pu, et la louange a été aussi cordiale que la criti(jue. Mais il s'agit moins pour ïioms de faire ratifier tous nos jugements que de faire approuver le motif et le but de notre œuvre. Si nous nous sonmies trompé dans les détails, qu'un autre se mette à la tache et rectifie. Nous ne reconnaissons pas d'infaillibilité. Mais ce que nous défendons, ce que nous plaçons au-dessus de toute altaque, de tout reproche, c'est notre conscience. Ce livre est peu de chose; mais il est loyal. Qu'on lui fasse concurrence sur ce terrain-là.
11 fallait un titre à ces éludes; nous en avons choisi un qui piécise les différences établies entre ceux qui sont pour nous des' penseurs digFies d'être écoutés, et ceux qui ne sont que des industriels de lettres.
* Viiir la livi-jison de la Jievue de Paris du 1 ' mars i85(J.
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Quelques amis pouiruiit su plaiiulie d'èlre oubliés. Si nous avons omis dans ce volume les articles qui leur ctaicul consacrés ailleurs, c'est (juc ces articles nous ont semblé inrérieui*s à leur mérite, et que, ne voulani pas trop corriger un livre de celle nature, nous avons mieux aimé ne pas parler d'eux (pic den palier d'une manière imparfaite et insuflisante.
Toutes nos précautions sont-elles bien prises envers le public? Nous le pensons. Pour le reste, nous nous abandomions à la crilicpie, qui, en nous frappant fort, nous donnera raison, puis- (pi'elle attestera son existence, que nous trouvons logi«pie, et tient nous invo(pions les excès, afm d'en établir au moins l'usa ire.
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ET
Depuis quelques années, nous sommes dans une débâcle d'idées, .le n'entends pas seulement parler des idées politiques; de ces belles théories, si amoureusement engendrées, caressées et élevées, et qui, au moment de leur adolescence, se retournent ironiquement vers leur père, lui font un geste insultant, et prennent leur volée à travers champs; enfants prodigues pour lesquels, quand ils s'avisent de revenir, on n'a plus que des veaux maigres à tuer! Mais j'entends parler des idées dans leur acception la plus générale, des idées artisti- (|ues, des idées philosophiques. C'est de celles-là que nous avons souci par-dessus tout, parce qu'elles sont les avantgardes des autres.
l« KCniVAINS ET HOMMES DE LETTKES
Nous disons que l'époque voit une débâcle d'idées; mais ce n'est pas, malgré certaines apparences, une débâcle de Moscou, une retraite désastreuse à travers les neiges et les morts. Le courant qui charrie les restes du demi-siècle littéraire a son lit naturel. Et celte débâcle se fait sans trouble, sans désordre; quand elle aura cessé, on verra qu'elle laisse, comme le Nil, sur le sol qu'elle parcourt, un détritus essentiel pour féconder les moissons à venir.
En un mot, le siècle littéraire fait sa liquidation. Il ne liquide pas comme un banqueroutier qui a menti à ses promesses et qui vend ses marcliandises à l'encan, mais comme un spéculateur loyal, qui emjtorte l'estime et les regrets, avec une fortune honnêtement acquise. Oui, cette splendide génération de lyriques qui a chanté pendant le demi-siècle se tait, se relire, et laisse la place à la méditation plus douce, plus humble, plus pratique.
A tuus les étag«'S de la Dabel, le repos monte et s'assied; les chants des puëtes, comme les chants des Templiers de M. Kaynouard, ont cessé. Le silence refroidit toutes ces œuvres chaudes des trente dernières années. L'heure est venue, non plus de l'imagination au grand vol, ardente, aventureuse; mais de la réflexion intime, de l'imagination recueillie. Voici venir la criti(|ue, non pas cette critiijue jalouse, hargneuse, mesquine, des impuissants; mais cette criti(jue large, profonde, souveraine, de tous les esprits agités de la volonté du bien et de la vision (lu beau.
In nom qui a jeté un grand éclat dans ces années d'enlliousiasme et de foi idéale semble prendre son parti de cette transformation, et, par le caractère particulier de ses œuvres, marche en avant des analystes; c'est George Sand. Elle survit '^ seule, avec un mort immortel, Halzac, à cette débâcle de la pléiade romiinli(jue.
Je dis que Dalzac mort survit à ses contemporains; et, en effet, ce merveilleux artiste, que l'on commence à peine à apprécier, sera dans dix ans l'écrivain le plus admiré, le plus
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imilé, non pas peul-ùire le [)lus adoré; <.\ir, on lui en veut (les vérités qu'il jetleà pleines mains à travers les déchirures du cœur. Ses livres sont éniuuvunls cuninie une dissection. On les ouvre avec celle acre curiosité que donne l'appétit dos mystères de la mort et delà honte humaine; et, si l'étude y trouve son compte, si la raison est horriblement satisfaite, l'imagination souffre, l'illusion saigne.
Ilalzac, auquel on faisait à peine une place, il v a quelque quinze ans, et dont la Veau de chagrin (un de ses romans médiocres) trouvait grâce devant les fantaisistes, par l'absence des qualités d'observation réelle qui consacrent l'auteur de la Comédie humaine, Balzac grandit tous les jours; il est le seul hommt' (|ui vi»»iHisse avec son lecteur, A l'encontre des autres, il nous [daît davantage à chaque illusion nouvelle qui nous <|uitle, et il aura, je le n-pèle, dans quelques années, la renommée la plus incontestable, la plus éclatante. Il a dit dans la Hechnche de l'absolu: « La gloire est le soleil des morts! » \ ce compte-là, sa vie fut un crépuscule, et il repose sous un ciel splendic^.
Tour tout observateur df bonne foi, il est bien ('vident que nous ne cédons pas au besoin d'expliquer par un système la réforme littéraire à laquelle nous assistons.
Le lyrisme convenait aux invocations du siècle adolescent, à ses défis, à ses luttes; aujourd'hui, le recueillement convient mieux aux routes accidentées qu'il parcourt, aux désillusions (jui le vieillissent. Je ne crois [»as qu'on puisse trouver une meilleure raison a la faveur dont jouissent tous les travaux d'observation, d'analy?e. Jamais on n'eut plus de vocation pour écrire l'histoire, cette longue tragédie humaine, et jamais on n'apporta à cette difficile entre[>rise des cœurs mieux préparés, des esprits plus ingénieux à tout saisir, à tout scruter. Lamartine, Michelet, Louis Blanc, Vaulabelle, Thiers, Mignet..., bien d'autres que nous oublions, sont des historiens sérieux, dont on peut contester les principes, dont on ne contestera pas la compétence et le succès, et qui tousécri'
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vent l'histoire avec cette inquiétude, avec cette préoccupation de l'inconnu, impuissante peut-être à prémunir contre l'erreur, mais suffisante pour amnistier. Remarquons même que la plupart de ces historiens appartiennent à la catégorie des penseurs que le grand problème social trouble et agite plus spécialement. M. Thiers est le seul qui, par une contradiction monstrueuse, soit à la fois le vulgarisateur le plus populaire des légendes de la gloire et de la liberté, et le défenseur le plus entêté du vieil égoïsme social.
Les artistes, en voyant leur feu pâlir, ont souvent accusé le positivisme de l'époque. C'est là une excuse facile, mais insuffisante. Ce temps-ci n'est ni vulgaire ni plus positif que celui que nous venons de traverser. A quelque point de vue qu'on juge les événements contemporains, il y a d'assez brusques, d'assez grands déplacements de fortune et de puissance, pour que le cœur s'en émeuve profondément. Dans cette majorité (jui a confié ses destinées à la poésie du souvenir le plus épique des temps modernes, d'où vient qu'il ne se trouve pas un poiUe lyrique pour chanter cet événement? Soyons justes. Ce n'est pas qu'une émotion quelconque ne puisse se dégager du triomphe; ce n'est pas que ces manifestations spectaciileuse.s, pour nous servir du mot de Joseph II, ne puissent, au.ssi bien que d'autres incidents, glorifiés jadis par les pol'tes, susciter l'imagination! Mais c'est que le pindarisme devient chaque jour de plus en plus impossible; c'est, encore une fois, qu'il n'est plus l'heure de chanter.
De ce bruit sublime qui jetait à toutes les brises du monde tant d'élégies, tant de soupirs d'amour, tant d'élans vers la liberté, vers la nature et vers Dieu, il reste à peine un murmure. Les derniers recueils de vers qui prennent leur vol n'osent tenter l'ode et la strophe, et s'en tiennent pour la plupart au sonnet, cette quintessence, cette synthèse qui ne convient pas aux grands débordements de l'âme. Nous ne voulons pas dire qu'il y ait quelque part une tombe assez profonde, une pierre as.sez solide pour enterrer la poésie. Elle