‹ Écrivains et hommes de lettresChapitre 6 sur 15 · I.A I,|01IDATH».N I.HTKI'.AIIîI, j · texte numérisé non relu

I.A I,|01IDATH».N I.HTKI'.AIIîI, j

»»st «'lorncllo comme \n (iuuleur, comme la joie, comme le doute el comme la foi; mais elle se tnmsf(»rme. Après avoir dout(% clianlé, prié, elle travaille et cherche. Ce lyrisme infatigable qui, par Lamartine, Victor liu'.'o, George Sand. allumait tant d'étincelles dans les poitrines, est remonté au ciel dans ce tourbillon de poussière qui s'élève des révolutions; mais il a laissé à s;i place un sentiment moins grandiose el plus délicat, moins lier et plus humain, moins élevé et plus vaste, moins personnel, c'est-à-dire moins égoïste el plus dévoué.

Les esprits qui, au lieu d'accepter celte nouvelle mission de l'art, tentent la lutte des instincts plus réels de notre temps contre cet ange soulevé de terre arrivent à constater m;ignifiquement leur impuissance. Ils élèvent, comme M. de Laprade, par exemple, des statues blanches, correctes, divines <raspect, mais froides el muettes. On peut toujours faire des Galalhées; mais il faut les baisers de Pygmalion pour les animer. Eh bien, le temps n'est plus à ces ardeurs pygmalioniques.

Si Balzac, d'un c<*)lé, semble le précurseur de cette voie d'analyse dans laquelle nous entrons, niera-t-on que ce caractère essentiel de la nouvelle phase littéraire se retrouve avec une effroyable énergie dans les régions politiques? M. Proudhoi), ce fils incontestable de Voltaire, n'est-il pas, avec toute la violence de ses études, avec toute la fureur de ses négations, le Caliban de la critique, esprit de tempête qui rii aux démolitions, et qui briserait le monde pour mieux l'analyser!

Nous ne devons en aucune façon conclure de ce qui précède le doute, le découragement. Ce qui se passe ne doit ni attrister ni effrayer. Les horizons (jui disparaissent avaient leur grandeur, ceux qui s'élèvent ont leur lumière plus calme, plus paisible. Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, étaient les indispensables coryphées de celle génération dolente qui sortait des catacombes de la Révolution. Ils ont ramené l'es-

pérnnce dans les cœurs troublés. Pendant la moitié du si«'cle, après les orgies, les impiél('s et surtout les tyrannies f|ui avaient scandalisé le monde, ils ont, à chaque heure du jour, dans leurs hymnes, lou»- Dieu, chanté l'amour, et invoqué la liberté! Quand ces trois phares éternels eurent été rallumés, il ne s'agissait plus seulement de chanter; il fallait expliquer la foi nouvelle si éloquemment préchée.

Voilà pourquoi Chateaubriand est mort, en se sentant consumer dans son armure féodale, par les feux d'une charité humanitaire qui l'emportait loin de l'c-cusson de saint Louis; \oilà pourquoi le champion de la légitimité s'est endormi, avec des pleurs dans les yeux, en songeant à son roi exilé, et avec le sourire sur les lèvres, quand il pensait à l'avènement du peuple, cet éternel exilé des rois : contradiction logique, surtout visible dans les Mémoires doutir-tombe du poète gentilhomme. Voilà pourquoi aus>i les deux plus grands poj'ies Ivriques de la France s»» sont rencontrés dans l'arène politique, après la Révolution de février. Alors l'un a pu dire à l'autre, comme au temps des luttes littéraires :

Nous lieruli-ons pour lullcr, dans l'arène lyriqn«\ Toi hi liince, moi K's «oursiei-s !

Qu'on ne veuille pas expliquer par des ambitions vulgaires la présence des deux poètes dans la mêlée. Ils cédaient à une impulsion naturelle. Nous dirons plus loin par quelle |»enlt' ils sont descendus des élévations infinies aux fièvres de la tribune. Nous tenons seulement à signaler, dès maintenant, cette idée : à savoir. (|ue le romantism»^ était la Rè'volution di* 1789 se faisant dans les arts, restés en arrière. C'était, comme l'a dit un chef, \e libéralisme en littérature.

Mais de ce que le libéralisme, pour une cause ou pour une autre, ne saurait convenir aux nécessités présentes, il ne faut ni renier le passé ni blasphémer l'heure qui sonne.

Faisons notre tàclip. chacun selon nos forces, et. pour h*

LA l.IOl 1I>ATI<^> lITTIIIAlliE H

r»NtP, laissons f.iirv \o sulril, (|in ne iiiaïKjuo jamais nii\ moissons!

Les lettres comme toutes les choses de ce monde, ont leur époque de chrysalide. Nous entrons dans cette épo(|ue-là. Chacun fde son cocon. Est-ce à dire (jue ce travail intime soit sans prolii.'

l/immortel Jt-aii-l'au! Ilichter, «lur nous aimons à citer, a écrit :

a I/esprit universel se repose ou dort, dit l homme n;iin, dès que son œil de verni i.<;seau ne peut plus en suivre la marche. C'est ainsi qu'ils ont cru que le soleil dormait dans l'Océan, tandis qu'il éclairait dans sa course rapide d'autres mondes et d'autns océans î »

Nous n'assistons, hieu merci, ni à une chute du soleil ni à une éclipse. Si l'astre paraitse voiler, c'est pournous chluuir dans une nouvelle aurore.

l'endant les trépij^nements de la grande lutte romantique, on criait : « Voici les barbares! la langue de Uacine, de Hossuel, de i*ascal se meurt! » Il s'est trouvé que ce prétendu |)illag(' était, au contraire, un enrichissement. De nos jours, on s'effraye du calme : •• Voici la mort, la décadence! » chuchole-t-on. Crainte chiméri<jue! En littérature, les ruines se couvrent promptement de lleurs et sont toujours nécessaires à l'harmonie du liibleau.

Citons encore Jean-l'aul, (jui dit ailleurs :

« Le gi'uie (le l'univers .N'a\ance au-dessus de nous avec l'impétuosité de l'ouragan. .Nous n'enlondons que ses murmures, nous ne voyons que ses ravages; mais nous ne voyons pas combien il crée, combien il jjurifie; nous ne le remarquons qu'après iju'il s'est éloigné. Le destin, comme Leibnitz, nous présente le calcul de l'infini; mai-, lomme lui aussi, il nous en cache la [ireuve. r>

Nous ne prétendons pas plus qu'un autre à cette preuve ; mais nous voulons, en examinant les résultats du mouvement littéraire qui a commencé avec le si("'cle, et qui s*achè\e au-

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joiird'hui, trouver le mot de ralliement de ceux qui se mettent en route. Jamais situation ne fut plus favorable pour juger des contemporains illustres. Ils sont tous, pour la plupart, reculés au fond du tliëùtre. On les voit à dislance, comme les verra la postérité.

Si nous voulions faire tenir dans cette revue tous ceux qui ont éveillé la sympathie et les applaudissements, nous écririons un volume. Jamais génération ne fut plus féconde. Mais, dans toutes les foules, il y a des types qui les résument. Nous nous en tiendrons à ces quelques unités glorieuses.

Beaucoup de gens, d'ailleurs, béatifiés et sanctifiés en littérature, n'ont eu d'autre mérite que d'avoir, comme sainte Véronique, essuyé la tête d'un Christ et d'en avoir gardé l'empreinte. S'il nous est permis de continuer cette comparaison, nous dirons que nous irons droit aux faces couronnées et vivantes, et non aux effigies ciilquées à l'heure d'inspiration divine.

Recommencer des études sur Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo el quelques autres, c'est ouvrir un champ bien des fois labouré; c'est faire une besogne (|ui n'est plus à faire. .\ussi discuterons -nous ces noms -là moins en eux-m«*mes que par rapport à hnir descendance. Il ne s'agit plus de les jug<'r, de les criti(|uer: il faut les prendre avec les jugements contemporains, et les mettre en regard des destinées pressenties de la littérature qu'ils ont illustrée.

Cette lâche a sa grandeur et sa nouveauté. Je ne me suis pas inquiété de savoir si elle était au-dessus de mes forces. Klle m'a tenté, et je lai entreprise. Si j'échoue, qu'un autre recommf^nce î Mais il me semble qu'il y a, avant tout, dans ce moment, un mot à dire, une parole d'espoir, d'encouragement, un mrsinn corda à jeter aux penseurs que l'ombre du chemin et l'étroitesse de l'avenue inquiètent. Ce mot, je le cherche, je le sens; si je le balbutie, qu'un autre me le prenne et le jette aux cœurs troublés, aux esprits défaillants !

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