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I/«'[H)(it*t' lilU'rairt' «jui a cnmnu'iu'c avec h» sii'chî. el ijui se ItTiuine aujounriiui, l'sl uiuMles s»*ri»*s les plus ébluuissanles dont riiisloire du ;,'énie humain puisse garder le souvenir. C'est peut-être moins encore par la valeur des individualités qui se détachent df la foule que par celte cohue ardente et nombreuse, qu'elle frappe l'imagination. Quel chœur de voix éclatantes ! (Juelle mêlée de lu'ros î Jamais fièvre pareille n'agita toute une génération: jamais trépignements plus sonores n'ehranlcrenl le sol ! Il y avait (juelque chose de ce délilc haletiinl des volontaires de la Képuhrnjue, (juaud le drapeau annonçait la patrie en danger.
De tous côtés surgissiiient Ie5 poètes. Il semblait (|ue le sit»cle fût en retard sur l'humanité, tant chacun avait hâte d'accélérer sii marche, lise trouxait, à coup sûr. beaucoup de mouches du coche parmi ces ailes qui emplissaient la nue: mais qu'importait! Comme don Carlos, tie Schiller, le siècle, jeune, hardi, présomptueux, fra[)pait la terre du pied et s'écriait : « Vingt-trois ans, et je n'ai rien fait encore pour l'immortalité ! »
Quels rêves pour les écoliers de ce temps' A travers les barreaux du collège, les bruits du dehors reveillaient les imaginations alourdies de grec, affadies de latin. Que de livres dévorés dans les promenades, en cachette ! Que de vers ébauchés sur les cahiei's î On faisait de médiocres bacheliers, mais on était de grands poi'tes! Enthousiasmes naïfs, dont le souvenir fait battre le cœur!
Nous rions aujourd'hui de ces lièvres, l'our moi, je les envie. Sous ces questions d'art et d'école, il y avait une question de salut, un besoin in(juiet de régénération sociale. Je n'exagère pas. f.a littérature classique était l'art froid et égoïste.
s'agit.ml dans un milieu conventionnel, modulant des sanglots pour les malheurs mythologiques, mais indifférent pour les douleurs contemporaines.-
Le jour où la vuix de Hené se fit entendre, trahissant les angoisses, les espérances désolées de la génération actuelle, une explosion unanime répondit à cet appel. On trouvait donc enfin un interprète pour toutes ces souffrances contenues ; l'art s'humanisait donc et prenait une mission 1 Les enchantements de la vie réapparaissaient aux regards attristés par tant de ruines. On se croyait guéri, piiis(ju'on «'tait deviné, et l'on se croyait consolé, puisque le génie fdrmulait les plaintes de tous.
.Ce sera là la gloire éternelle de Chateaubriand. Il fut l'initiateur du siècle. A cette foule qui attendait au milieu des décombres, il montra dans lelointainla lumière et une patrie nouvelle. L<^ i\cn\e du rliristiani.vne est la délivrance de l'àme. Ce prétendu apostolat pour le triomphe de la foi catholique était véritablement, au fond, l'élan du génie humain vers la nature et vers l'amour. La question dogmatique est faiblement traitée. Ce n'est pas la plumo de saint .\ugustin ni celle de Hossuet ; mais c'est un stylet brûlant (jui fond la ciro, dans laquelle il iracp d'admirables formules d'adoration pour toutes les splendeurs visibles de la terre et pour les joi< s immatérielles. C'est une éh'valion perpétuelle du cœur vers l'infini, à travers les tourmentes d'ici-bas.
Dans ces dernières années, notamment après la publication des Mémoires d' outre-tombe, on a voulu revenir sur les louanges accordées par toute une gf'nération au [»o«'te deCombourg. Comme toutes les réactions, celle-là a été injuste. Pourtant, je suis volontiers de l'avis de ceux (jui estiment un peu surfaite la gloire olympienne de Chateaubriand. Je reconnais que toutes ses œuvres sont loin d'avoir, à un même degré, cette empreinte merveilleuse qui fait de Hené un livre inimitable. Il y a longtemps déjà qu'un critique, dont je suis peu disposé à accepter toutes les excommunications, mais qui, en ton-
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rliaiil Itiil II «'Il l(iiicli;«il |t;i> moins nvcc jiislcïiM' r«'llo lois; il y a ioiigleiiips «jue M. (lusluve IMaiieliti écrivyit: « Critique de second ordre dans le Génie du christianisme, voya<,'eur inexact et verbeux dans ïïtinrraire, imilalour patient, mais inutile de Vir«;il»* cl d'IlomiTe dans les Martyrs et dans les ÎSiatchez-, Chatcaubrianil occupe encore auj(»urd'hui une des cimes les plus «'levco de la poésie, (ju'il a vu ^Mandir sous ses veux, » Eli bien, je suis assez de ra\is, pour celte fois, de rirnpitoyable crili«jue: et le titre le plus incontestable de Chateaubriand à l'admiration, celui (jui le place dans la ré«^'ion sereine et lumineuse, c'est Hené. Je donnerais toutes ses œuvres pour CCS (|uel(iues pages. C'est qu'en effet, partout, nous trouverons bien cette forme pomjieuse, lyrique, cette mélodie sonore; mais nulle part, plus «jue là, nous ne trouverons ce cri liumain, ce jet de lumière qui nous éclaire encore.
lienë est (dus (piiiii poime : c'est une n*volution et une révélation. Tous les poètes sont (dus ou moins lils de Henê. Claude VroUa pétrissant la |»ierre de .Notn^-Hame sous Sii main lirùlante. Chatterton souriant à Kettij Dc-IL Jocehjn dans ses hymnes, lioUa, Franck, et jusqu'à ce misérable .bitony, tous ces hommes, tourmentés de l'inconnu, et tendant désespérément les bras à un amour immense, sont des parents de Hené.
\ Dieu ne plaise (ju'en établissant celte consanguinité je prétende amoindrir, au (trolii du chantre de Vellcda, la fzloire de sa li;,'née! Mais ce qu'il est essentiel d'établir, c'est qu il ()oussa le (tremier ce siujglol déchirant qui monte jiisiju'au ciel î
.le 1 ai dit, el j'insiste sur ce point ; cette réhabilitation toute Sjiéciale du christianisme fut |)eu de chose au point de vue exclusivement dogmatique; et de Maislre, Lamennais, .M°^ de Siaël, Benjamin Constant, de Bonald, Ballanche, ont parlé avec une autorité (dus sérieuse, avec une conviction plus solide et plus rélléchie. Mais, à travers les arceaux des vieilles cathédrales, sous ces nefs mvslérieuses, l'àmc brûlante dn