I.A Mul IDAMO.N l.ITTKUAIKK
.1 I elroii >()us les bosquets mytliologi«|ijes el dans les allées do houlingriiis de la lill«haliire classique, est le irioinplic de l'école libéialr, appelée école romantique.
Sans doute, il y eut des désertions, des félonies, et [dus d'un romnntiqur, s'est trouvé plus tard inlidéle à l'amour el à la lib»'rii;; mais comparez les u'uvres dernières de ces rené^^ats à leurs «ruvres de début, et vous verrez si l'apostasie ne les a pas sltTilisés. Ouant aux cliefs, (|naiit à ceux qui représentent, à l«>us les sommets, l'art dans ses manifestations les plus souveraines, ils n'ont pas failli à leur mission. Le ^'('iiie, d'ailleuis, est forcément libéral, et les cliefs-d'oMivre ( l'histoire de la litlé-rature en Irance le prouve) sont touj(iui*s des actes d'opposilion. he cliaeun d'eux date la conquête d'une idée sociale, d une veril('.
lU'nè fut le premier cbanl. le jiremier élan de cette grande tendresse. Dans les désespoirs, les tristesses, les découragements de cette âme isob'e. on enirev(»it confusément les bras qui s'ouvriront [ilus tard pour envelopper de leur étreinte palpitante tous les eo'urs refroidis.
Il serait trop long de suivre, dans (iliateaubriand, le développement de cette passion humanitaire «pii lit au vieux poi'te royaliste un oreiller de mort si différent de celui cjuil trouva dans son berceau. Bornons-nous à citer (juehiues lignes, des dernières cjuil a «rriles.
Voiri eomment Hene formule sa ft>i nouvelle, ([uarante ans après son premier cri, qui n'était qu'un cri de doute, et non pas un cri de désespoir
« Une société où des individus ont deux millions de revenus, tandis que d'autres sont réduits à remplir leurs bofiges (le moneeaux de pourriture pour y ramasser des vers, vers qui, vendus aux pêcheurs, sont le seul moyen d'existence de ces familles, elles-mêmes autoehthones du fumier; une telle société peut-elle demeurer stationnairesurde tels fondements, au milieu du progrès des i<lées?...
a Dans cent ans... la société telle qu'elle est aujourd'hui
n'existera pas. A mesure que l'instruction descend dans les classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l'ordre social depuis le commencement du monde, plaie qui est la cause de tous les malaises, de toutes les agitations populaires. La trop grande inégalité des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu'elle a été cachée, d'un côté par l'ignorance, de l'autre par l'organisation factice de la cité; mais, aussitôt r|ue cette inégalité est généralemei^t aperçue, le coup mortel est porté...
<( Quand les barrières fiscales et commerciales auront été abolies entre les divers États, comme elles le sont déjà entre les provinces d un même État ; quand le salaire, qui n'est que l'esclavage prolongé, se sera émancipé, à l'aide de l'égalité t'iablie entre le producteur et le consommateur; quand les divers pays, prenant les uKeurs les uns des autres, abandonnant les [iréjugés nationaux, les vieilles idées de suprématie et de conquête, tendront à l'unité des peuples, par quels moyens ferez-vous rétrograder la société vers des principes épuisés '?...))
N'y a-t-il pas un abîme, entre ces lignes toutes chaudes de la lièvre des derniers temps, et les exclamations douloureuses deHenéï N'y a-t-il pas là de nobles et généreuses aspirations? Le poëte n'estil pas parti du sentiment égoïste, pour arriver à ces espérances (|ui embrassent l'humanité.'
Cette substitution du sentiment d'étude, d'analyse, de contemplation recueillie, à l'enthousiasme lyrique et personnel, ne la retrouvons-nous pas, à un égal degré, dans Lamartine, dans Victor Hugo, dans tous les poètes illustres? Le lyrisme, qui caractérise notre épo(iue, s'élance par une plaie béante de la |)oilri[ie (Je chaque homme. D'abord, il exliale l'hymne individuel, Harmonies, Méditations, Voix intérieuirs; puis le chant, arrivé à une certaine hauteur, plane sur toutes les âmes contristées et confond dans un même regard toutes les douleurs semblables aux siennes; et, quand il redescend en- >uite, c'est avec une intention bien arrêtée de sonder les blessures entrevues de là-haut et de les guérir.