LE ROI DES AULNES
« Qui chevauche si tard par la pluie et le vent? C'est le père avec son enfaoï. Il tient le petit serré dans ses bras, le presse et le garde à l'abri.
« — Mon fils, pourquoi te cacher le visagef— Père, ne vois-tu
ib ËGRIVAINS £7 POETES OB i'ALLEMAGNE.
pas le roi des Aulnesf le roi des Aulnes ATee ceufOQBe «t ipai^tMuf ^— Mon flls, e*est une raie de Auages.
« Cher eufant, allons! viens avec moi, nous jouerons ansemliUi | de 6i beaux jeux ! Tant de Oeurs émaillent mes rivages, ma mèri» • tant de voiles d'or!»
— • Père, père ! eh quoi ! tu n'entends pas ce que le roi des A.u|n#i ine promet tout bas? -- Sois en paix, reste en paist, mon enfant, c*est le vent qui chuchote dans les feuilles flétries. —
« Veux-tu, gentil enfant, veux-tu venir avec moi? Mes filles te g&teronl à Tenvi ; mes filles mèuent la danse nocturne; elles te b^rcerout, et Veodormiront à leurs chants. »
— Père, père! eh quoi! ne vois-tu pas là-bas les Dlles du roi des Aulnes i cette place sombre? — Mon fils, mon fils, je je vois bien, ce sont les vieux saules qui pâlissent au loin. —
« Je t*aime, ta douce figure me plaît; et si tu résistes, j*emp1oiê la force. » — Père, père! voilà quMl me saisit? Le roi des AuUiei m*a fait bien mal ! —
Le père frissonne , il pousse son cheval ; il serre dans set bras Tenfant qui sufioque, il arrive chez lui à grand'peine; dans sea bras Penfant était mort.
Sous ce point de vue, Groethe semble s'être surpassé lui-même dans les Ballades; il y a tel de ces petits chefs-d'œuvre où le chantre immortel de Faust a véritablement trouvé en poésie le style lapidaire. Nulle part, en eflet, cette facilité qu'il a de se transformer, cette nature de Protée qu'il se reconnaît lui-même, pe vous frappe davantage que dans ces épopées de vingt lignes, OÙ, dépouillant sa propre originalité, il se soumet sans réserve au goût simple, à l'originalité populaire. Sur ce terrain-là Goethe reste sans rival. Schiller, qui , dans le style soutenu , admiratif , compte plus d'une pièce à lui opposer, n'a pas même abordé cette variété du genre. A la Fiancée de Corinthe^ au Dieu et la Bayadéret au lied du Comte prisonnier ^ vous opposerez Fridolin, f Anneau de Polycrate, 1$ Gantelet, Mais que trouverez -vou^ dans toutes les poésies lyriques du chantre de Tbécla, que trou* verez-vous à mettre en présence du Roi des Aulnes, de la Cloche errante, de V Apprenti sercier? que sai&je? de la Danse des Morts, cette grotesque boutade dans le style populaire du moyen âge, où le linceul du squelette remplace le voile ^(hér^ de la blanche nymphe de Musœus?