JEAN-PAUL
Sa. vie lilléraire. — Ses œuvres.
La biographie de Jean-Paul n'offre guère qu'une sçite non interrompue d'idylles ; c'est un état de calme dont nul orage ne saurait troubler la sérénité monotone, une pastorale sur laquelle toute influence de temps et de lieu perd ses droits, et qui semble avoir pour but de s'élever contre cette maxime de Goethe, qui prétendait « qu'il ne nous resterait plus rien, si nous nous défaisions une bonne fois de tout ce que nous tenons des hommes et des circonstances. » Ne perdons pas de vue le centre bien étroit où il était né. L'absence de toute éducation régulière, l'isolement de cette vie champêtre, ne pouvaient que livrer son enfance à toute sorte de rêveries mêlées de terreurs bizarres et de superstitions, qu'il couvait avec amour déjà , lorsqu'à douze ans on le fit entrer au collège de Schwarzenbach. Là, ses progrès furent rapides ; nous le voyons passer du latin au grec, du grec à l'hébreu, se farcir la mémoire de mots choisis et de citations, et donner dès cet âge dans le travers si familier aux gens d'université, travers qui, du reste, chez lui ne devait que croître et se développer avec le temps. L'imagination, comme on pense, ne perdit rien à cette vie nouvelle ; aux heures de récréation, les rêveries continuaient d'aller leur train, et plus d'une fois on laissa là son thème hébreu ou grec pour attraper au vol la fine mouche de la fantaisie. Il lut des romans, apprit la musique, et se livra sur le clavier à l'improvisation, qu'il appelait une dé-
li»rance de m-même (Selbstfireylassung), Remarquons, en passant, la répugnance qu'il témoigna dès cette époque pour les véritables études classiques, qui, de leur côté, se vengèrent bien de ses dédains.
En 4779 il se trouvait à Leipzig, lorsque la nouvelle de la mort de son père vint l'y surprendre^Toute ressource allait lui manquer; il s'agissait d'embrasser une profession au plus vite; mais laquelle? Il hésita un moment, et vit la misère qui lui tendait une plume; il la prit. L'épreuve fut longue et cruelle, mais son courage ne fléchit pas. Jean-Paul avait alors dix^huit ans environ , et les trésors intérieurs de sa jeunesse lui fournirent, ainsi qu'il devait l'écrire plus tard, de quoi tenir tête aux accablantes réalités du dehors. Le croirait-on? cette jeunesse en butte à tous les déboires, à toutes les humiliantes nécessités de la vie littéraire, passa plus tard à ses yeux pour le plus heureux temps qu'il eût vécu. C'est là un thème auquel il revient sans cesse, un motif qu'il reprend et varie avec une complaisance toute naïve. Quoi de plus enchanteur que cette vie intérieure dont l'explosion splendide étouffait les rumeurs d'icibas 1 quels temps que ceux où le sourire d'une fillette, la rencontre d'une fleur dans l'herbe, un peu de musique ou de clair de lune , l'enivraient d'extase et le rendaient plus heureux que des millions désormais ne pourraient le faire! Ce souvenir de jeunesse se mêle à toutes les peines de son âge mûr, comme pour en adoucir l'amertume et les amener à se résoudre en une sereine mélancolie. « Qu'il m'arrive souvent, s'écrie-t-il, de rechercher avec une douloureuse avidité ces jours comiques à la fois et sacrés où j'étais plus sot et plus heureux, plus fou et plus honnête, où je n'avais point encore été chassé du paradis de la jeunesse 1 » Et le vrai signe constatant à ses yeux le caractère du poè'te, c'était « de rester éternellement jeune, et d'être tout le long du jour et de la vie ce que les autres hommes ne sont tous qu'un moment, à savoir, amoureux ou ivre» Sous oe point de vue , les romans de Jean-Paul peuvent compter pour autant de réminiscences de l'histoire de sa jeunesse. Partout cet état d'une. âme incessamment tournée vers les rêves d'un âge d'or vous frappa dans ses écrits ; et si de la question littéraire vous passez à la morale, vous retrouvez cette innocence candide, cette pureté des premiers ans qui devait si vivement impressionner les rigides matrones du cercle de Weimar, quelque peu effarou-
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chées de la licence où menaçait d'incliner la poésie allemande pendant la période illustre. On compta un moment sur lui pour rendre à la Muse son autorité morale, fort compromise par les privautés du maître Wolfgang et les incroyables tentatives du disciple Lenz. Compter sur lui en pareille occasion, c'était ne pas le connaître. Il n'y avait et ne pouvait y avoir rien à attendre pour l'action de cette existence vouée aux rêves d'un éternel printemps, et qui plus tard, après des déceptions sans nombre, et sentant bien, quant au fond, la vanité des théories anciennes, n'en persista pas moins de parti pris dans cet enthousiasme bé névole et candide d'une âme adolescente à qui le monde ne s'est pas ouvert encore. On n'ignore pas quels désenchantements attendent sur le seuil de la vie les âmes honnêtes et crédules, dupes sublimes des plus' sincères illusions, diamants bruts que le fil de l'acier va polir s'ils résistent. Eh bien! c'est là surtout que Jean- Paul excelle; jamais il ne rencontre mieux que lorsqu'il s'agit pour lui de peindre ce brusque choc de l'idéal contre la réalité, ce mélange de ridicule et de sentimental que la situation porte avec elle, témoin les Années d'école buissonnière (Flegeejâhré), une de ses plus charmantes productions, la seule classique peutêtre, en cela, que la diffusion, ce défaut habituel du maître, ne s'y laisse presque pas surprendre. Quel dommage que les extrêmes l'aient si fort tenté dans la suite, et qu'il se soit tenu si peu à ce milieu parfait une fois trouvé entre l'exagération d'une indifférence humoristique et la sensiblerie ! Et ces extrêmes dont nous parlions , n'est-ce pas aussi le propre de la jeunesse d'y donner à plein collier? n'est-ce pas elle qui, rebutée au contact du réel, se jettera soudain dans la misanthropie et le scepticisme, affectant aux yeux du monde je ne sais quelle fausse énergie de convention , quitte à se vouer huit jours plus tard au culte oisif et solitaire d'un idéal à jamais refoulé dans les profondeurs de l'être? Je viens de nommer les extrêmes où Richter se complaît. Tandis qu'il tourne avec mépris le dos à la société, tandis qu'il enveloppe en un égal sarcasme Thomtoe et le monde, vous le voyez se recoquiller en lui-même, s'enfermer dans tout ce que la vie a d'étroit, de borné, de mesquin, et finir par retrouver là, au sein d'une médiocrité paisible et cachée , dans le commerce des espérances d'une autre vie, le ];)onheur perdu pour lui au dehors. Étudiez Jean-Paul sous ce point de vue , et vous aurez le secret de son scepticisme à la fois élégiaque ef satirique, de
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ees échappées lumineuses perçant tout à coup le réalisme le plus bourgeois.
t)u reste , le scepticisme était assez dans les idées, du temps, qui prêchaient, comme on sait, la tolérance d*opinions, la liberté d'esprit , et favorisaient outre mesure toute levée de boucliers contre les systèmes et les formules du passé. Jean-Paul usa largement du privilège., On le destinait à la théologie; il y échappa sous prétexte qull se sentait quelque. peu hétérodoxe, et les lignes suivantes, écrites par lui à son précepteur Yogel, prouvent du moins que dès Tâge de dix-huit ans la recherche de certaines vérités ne lui coûtait plus rien : « Envoyez-moi donc les Frag^ metUs de Lessing ; j'espère ne point encourir vos disgrâces en continuant à vous demander ce livre, que vous persistez à me refuser par des motifs Sont je ne mets pas en doute la sincérité. Toutefois, je me pose ce dilemme irrésistible, à înon avis, dans tous les temps : ou ce Ti'ûe c^tient des vérités , ou il contient des erreurs. Dans le premier cas, rien ne doit m'empêcher de le lire; dans le second, il ne saurait me convaincre qu'à la condition de produire des arguments vraiment forts, et ^ je vous le demande, qu'est-ce que je risque alors de remplacer une vérité qui ne s'appuie à mes yeux sur aucune base solide, qui n'existe chez moi qu'à l'état de préjugé, de la remplacer, dis-je, par une erreur qui me paraît plus vraisemblable et plus claire? » Il lut beaucoup Lessing et de bonne heure, et ses premiers aphorismes, eh reproduisant presque trait pour trait le ton et les manières de l'auteur de Nathan, témoignent de ce cbmmerce de prédilection. Il s'enthousiasmait pour ces lectures dont il sortait ivre de joie et le cœur plein de tendresse pour l'humanité, ce qui ne l'empêchait pas, un moment après, de maugréer contre le monde, qu'il appelait, en dépit des belles illusions de l'heure précédente, une folle et ridicule mascarade. « Vous voulez savoir le plan de ma vie ? J'abandonne au hasard le soin de l'ébaucher. Mes vues ont jusqu'ici rencontré peu de sympathies, et je vogue sur l'océan de la destinée sans gouvernail , bien que non pas sans voiles. J'ai rompu tout à fait avec la théologie ; je ne* professe pas une science, mais toutes en tant qu'elles m'attirent ou se rapportent à mon métier d'homme de lettres. La philosophie elle-même ' m'est devenue indifférente depuis que je doute de tout. Mais je me sens le cœur si plein! si plein! que je me tais. Dans mes prochaines lettres, je vous parlerai de la nature de
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mon scepticisme et du dégoût que m'inspire cette folie masca-» rade et arlequinade qu'on appelle la vie. n Hâtons-nous de le dire, ces velléités d'humeur noire lui venaient surtout de debx amis morts depuis à la fleur de i'âge, et dont une hypocondrie sans remède irritait sourdement le scepticisme acariâtre. L'un d'eux, Jean-Bernard Hermann, rongé de misère et d'ennui, ne sof tant de lui-même que pour darder son venin au dehors, unissait au cynisme d'un Diogène de tabagie les c^ricieuses fantaisies d'humeur d'une jeune fille. Jean-Paul écrivait de lui qu'il était comme l'alouette, qui chante dans le bleu du ciel et bâtit en même temps son nid dans les immondices. Du reste, il eut un moment l'intention d'en faire le héros d'un roman et de peindre dans ses faiblesses et sa grandeur cette existence dévastée par le besoin et l'excès de l'étudtf il voulut aussi, après sa mort, donner une édition de ses œuvres (Hermann avait publié nombre d'écrits scientifiques^'entift snitres un morceau particulièrement remarqué à Berlin et intitulé, je crois, de la Plurcdité des Éléments) ; mais l'entreprise en resta là , ni plus ni moins que tant d'autres de * ses propres œuvres qui devaient rester inachevées. Le second des deux amis, mais celui-ci d'une hypocondrie plus douce , bien que d'une indifférence religieuse non moins profonde, était Laurent de CErthel, fils aîné d'un commerçant enrichi qui habitait une terre noble dans le voisinage du collège de Hof. Laurent occupait dans la propriété de son père un délicieux pavillon construit exprès pour lui et don« nant sur la Saale, bordée à cette époque d'un rideau de saules verts et de peupliers. C'était là , dans cette jolie chambre d'où la vue s'étendait sur les jardins et> les prairies des environs ; c'était là qu'on se réunissait le soir pour lire les romans nouveaux , là qu'on se passionnait au clair de lune pour Werther ou Siegwart. Douces larmes que d'autres bien amères devaient remplacer avant peu, douleurs factices qui préludaient aux vraies douleurs ! Bientôt le noble jeune homme sur qui reposaient tant d'espérances s'inclina tristement, épuisé, lui aussi, par l'étude. A peine de retour de l'université, un mal sans espoir l'entreprit, et Jean-Paul vit s'en aller jour par jour, heure par heure , cette jeunesse délicate qui s'attachait à lui comme le lierre au chêne, et dont il finit par recueillir le dernier soupir dans cette même chambre où tous les deux ils avaient tant pleuré sur de romanesques infortunes.
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Le souvenir de Laurent de CErthel se trouve évoqué avec une grÀce pleine de mélancolie dans l'avant-propos de la seconde édition des Procès groënlendais ^ « Moi et Adam CErthel de Hof, écrit Jean-Paul, nous étions à cette époque deux amis de collège, d'université et de jeunesse, Gymnasium, «^ I/ntversitaeU, — und Jugendfreunde , et tout cela nous le sommes encore après bien des années, je l'espère du moins, quoique l'un de nous soit mort déjà depuis liMigtemps. Le riche et maladif jeune homme consumait alors ses soirées , encombrées de travaux académiques, h copier pour 1* impression les manuscrits de son robuste mais pauvre ami ; car celui-ci , en dépit de la main la plus nette , désespérait , en vrai littérateur novice , de pouvoir jamais écrire assez lisiblement pour le prote* Aujourd'hui, quand j'y pense, je comprends à peine conmient je consentis à un si long sacrifice de sa part. -^ Mais c'était alors le temps de la première amiu^, temps où l'on reçoit tout sans compter» parce qu'on se sent prêt à tout donner de même. TemQs heureux! non, vous n'avez pas fui pour xamais dans l'éternité , votre élément divin ; il nous ij^te de vous encore à tous de belles heures, et moi je veux les employer, ces heures, à aimer Tami qui me viendra plus tard comme s'il était pour n}oi un ami de jeunesse, et à me souvenir de ce noble CErthel qui m'a quitté si tôt. »
Ce fut vers cette époque, et sous l'influence de ces dispositions sentimentales, qu'il entreprit ses Exercices en matière de penêée ( Uebungen im Denken), titre bizarre d'un plus bizarre ouvrage, et dont il publia les deux premières livraisons à Hof , en no~ vembre et décembre 4780, et la troisième à Leipzig, en 4781. « Ces essais, dit'il dans un avis placé en tète, sont tout simplement composés pour moi. Je ne led ai point faits dans le but d'apprendre aux gens quoi que ce soit de neuf, mais seulement afin de m-exercer et de me mettre à même d'y arriver quelque jour. On trouvera que je me contredb et^ déclare faux mainte fois ce que j'avais d'abord donné pour vrai 4 mais que voulezvous? on est homme, et par conséquent point toujours le même. » Jamais parole ne fut plus vraie ; la contradiction avec lui-même, avec le monde, avec tout ce qui, de près ou de loin, le touche, voilà le fond du caractère de Jean-*Paul. Sous ce rapport, il est
t Berlin, 1821.
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homme et jeune homme jusqu'à la fin. Je ne conseille pas aux biographes qui veulent des héros d'une seule pièce de s'adresser jamais à celui-ci. Qu'en feraient-ils, bon Dieu? Les conditions de Fart classique (et l'égalité d'humeur dans un sentiment donné en e»t une) n'ont rien à voir dans cette nalGre, qui ne procède guère que par boutades et soubresauts, qui passe du gai sourire à la mélancolie la plus sombre , de la misanthropie à l'attendrissement, tout cela de la meilleure foi du monde, sans se douter qu'un sentiment parfaitement contraire à celui qui l'absorbe va s'emparer d'elle une heure après. Vous verrez ses yeux fondre en larmes au souvenir de l'excellent camarade, qu'il a perdu ; mais aussi que de sanglots non moins sincères lui coûteront' les aventures de cette pauvre miss Harlowe! Humoriste dans la force du terme , sa misanthropie et son scepticisme n'ont jamais qu'une durée transîtoire; fttat normal, chez lui^ c'est la sérénité; le fond de son âme est d'azur comme le firmament. Çà et là quelques nuages viennent bien l'obscurcir, mais le grain passe et l'arc-en-ciel se lève , un arc-en-ciel vu à travers les larmes, et voilà pourquoi le monde, qu'il appelait tantôt une pitoyable mascarade, lui apparaît maintenant sous les riantes couleurs d'une vallée de joie et de bénédictions. On raconte qu'à la suite d'une assez longue entrevue avec l'auteur de Werther et de Faust, l'empereur Napoléon se leva brusquement, et, lui frappant sur l'épaule, s'écria : a Monsieur de Goethe, vous êtes un homme, vous! » Peut-être aurait-il dit à Jean-Paul : « Vous êtes un enfant. » Et cette fois encore son coup d'oeil si juste ne l'eût pas trompé.
Cette sérénité d'esprit que nous venons de lui reconnaître l'aidera à traverser les plus pénibles circonstances d'une vie 4)ien cruellement éprouvée. L'affreuse misère où la mort de son père l'a laissé s'accroîtra de jour en jour, il verra un de ses frères se noyer pour ne plus être à charge à sa pauvre mère , l'ajitre tomber dans le vice et l'ignominie; il verra la mort éclaircir le cercle étroit de ses amis , et ses plus belles espérances d'écrivain s'en aller en fumée. N'importe, il prend une trop vive part à l'existence humaine et chérit trop ses belles illusions pour ne point tenir bon au milieu des calamités qui l'assiègent. Comment ne point secouer ce scepticisme de tête, quand on a tant de foi dans ses propres sensatigns? comment lui , si indulgent pour les petitesses du monde , conseptirait-il
longtemps à se donner des airs d'esprit fort? « Plus d'un pense avoir ftit preuve de dévotion lorsqu'il a bien déclamé contre ce monde qu'il est convenu d'appeler une vallée de misères. Quant à moi, j'avise qu'il serait mieux de dire vallée de délices. Dieu, à ce qu'il me semble, doit être plus porté à se montrer content de celui qui trouve tout pour le mieux dans ce monde, que de celui à qui rien iie sourit. Au milieu de tant de délices dont regorge le monde, n'est-il point d'une noire ingratitude de l'appeler un séjour de peine et de misère? »
.Jean-Paul avait dix-huit ans lorsqu'il vint à Leipzig pour y mener la vie d'université; bientôt cependant les faibles ressources dont il disposait lui manquèrent par la mort de ^n père. Dès lors plus de loisirs pour les rêveries, plus de belles promenades au clairjjg lui\e, plus d'entretiens philosophiques mêlés de libations nocturnes dans la taverne des Trois Roses, Â la médiocrité de l'existence succédait tout à coup un dénûment profond, et le rêveur fantasque, ainsi surpris à l'improviste, avisa d'abord aux moyens de pof^tèr secours à sa vieille mère, a Savez-vous, écrivait-il à cette époque (septembre 4781), au recteur Werner de'Schwarzenbach ; savez-vous quelle pensée m'occupe et me pousse au travail? Ma mère. Je lui dois d'adoucir la seconde moitié d'une vie si cruellement éprouvée, et de la consoler autant qu'il est en moi de la perte que nous venons de faire, comme aussi je dois à mes frères de contribuer à leur bonheur. N'étaient ces considérations, mes études auraient, je vous le jure, une tout autre direction; je ne travaillerais alors qu'à ce qui me plaît , qu'aux choses pour lesquelles je me sentirais de véritables forces, et jamais je ne consentirais à prendre un emploi. » J'ignore de quel emploi il veut parler; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se mit à l'œuvre sans relâche, et, lais-* sant là désormais toute étude non suivie d'un résultat immédiat, ne chercha plus dans ses lectures que les matériaux d'un ouvrage à produire. C'est ainsi qu'il dévora le livre de Hippel sur le mariage, il emprunta à Liscov son ironie acerbe, son trait satirique à Swifi; il lut (je cite ici ses propres expressions] Voltaire pour l'esprit, Rousseau pour l'éloquence, Toussaint pour la finesse des aperçus, HeWélius pour la magnificence du style^ etc. Je laisse à penser quel singulier enfantement dut résulter de ces lectures entreprises en dehors de toute considération générale, et seulement dans un but de compilation. Ce fut
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dans cet habit d'arlequin que le premier livre de Jean-Paul se produisit aux yeux du monde. Les Procès groenlendms sont tout simplement une collection d'articles satiriques sur la vie littéraire en Allemagne. Jean-Paul avait écrit à dix-huit ans un éloge de la folie, d'après Érasme, qui se trouve remanié dans ce livre, auquel on peut, il me semble, faire le reproche que son auteur adresse à si bon droit à la satire allemande du xvn« siècle, lorsqu'il s'écrie que la satire allemande se met en chasse, moins pour forcer les loups et les bêtes fauves que pour s'amuser à forcer le menu gibier, tels que lièvres, cœurs de lièvres et autres pauvres diables. C'est là, à mon sens, le blâme le plus sérieux que puisse encourir Jean-Paul de la j>art de la critique; il lui arrive en effet trop souveht d'oublier le fond pour le détail , de négliger le point de vpe général pour la première question incidente qui s'olfre S^^fÊ^, et qu'il va traiter avec complaisance, au risque de se perdre dans l'infini de je ne sais quel monde microscopique, et cela non-seulement dans ses Procès groënlendais, œuvre conseillée à l'inexpérience par la nécessité , juvenilia juvéniles, comme il l'appelait lui-même en jouant sur les mots, selon son habitude, mais encore dans les Papiers du Diable, qui virent le jour six ans après (1789), et généralement dans la plupart des digressions entremêlées à ses romans. Comment l'exemple de Rabener ne l'instcuisait-il pas, de ce Rabener dont il disait avec tant d'esprit qu'il passa sa vie à faire des auto-da-fé à propos de misères?
Dans la préface publiée en tête de la seconde édition des Procès groënlàndais (Berlin 4821), Jean-Paul raconte d'une manière toucliante les circonstances qui accompagnèrent la
, naissance de son premier livre. « Sur ces entrefaites, dit-il, vint l'hiver avec sa misère et la mienne. Le pauvre petit livre dut quitter sa ville natale et partir seul pour Berlin, où le vieux libraire Frédéric Voss l'altendait. Pendant ce temps, son père eul à supporter plus d'une de ces petites contrariétés qu'on appelle vulgairement dans la vie poêle sans feu et venlre vide. Enfin le petit voyageur revint un jour frapper à ma froide chambre, rapportant que le digne libraire, l'éditeur et l'ami de Lessinget de Hippel, prenait ma modeste couvée sous sa protection, et se proposait de ne rien négliger pour qu'à la première foire de, Leipzig mes petits drôles fussent mêlés et confondus parmi
. les autres bandes de savanis et d'enfants perdus. En général, les
critiques, de leur côté, ne se montrèrent pas trop impitoyables. Un seul, c'était à Leipzig, je m'en souviens encore, voyant la pauvre couvée passer sous l'arbre oh. il se tenait perché en sentinelle littéraire, lui décoqlja, comme font les singes, toute sorte de ses méchants projectiles. »
Aux ennuis de toute espèce qui fondirent sur lui à cette époque, il faut ajouter les désagréments que lui attira sa manière de se vêtir. Si, comme. on l'a dit, la pensée de l'homme réagit sur son corps, un esprit aussi original que le sien ne pouvait manquer iJe donner à son enveloppe matérielle quelque chose de sa physionomie excentrique. Il rompit net avec la mode, porta ses cheveux ras dans un temps où la queue était en honneur, et, sous prétexte de respirer avec plus de liberté, alla saps cravate et la chemise au vent ; si bien qu'un voisin devant la fenêtre duquel il passait et repassait dans ses promenades du soir, ennuyé de ce manège et prétendant jouir seul du jardin, imagina de se plaindre au nom de la morale publique, et le fit déloger incontinent. On trouve, dans sa correspondance, des pages entières consacrées à défendre sa mise. A Leipzig, on s'était ému ; à Hof , ce fut bien autre chose. De retour dans sa ville natale, un ébahissement unanime l'accueillit, et cela nonseulement chez ces honnêtes bourgeois scrupuleux observateurs des mœurs antiques, mais au sein même de sa famille. Une lettre qu'il écrit à QErthel, pour le prier de lui envoyer un livre, se termine ainsi : « Pardonne-moi ce style misérable , mais que veux-tu? je t'écris au milieu de gens en tradn de s'extasier sur mes cheveux. » Le lendemain , il adresse au même un apologue sur cette espèce de révolution causée dans le pays par son costume. « Il y avait une fois un fou qui habitait une ville uniquement peuplée de fous. D'ordinaire, quelques exceptions se rencontrent, mais ici on n'en comptait aucune. Les honorables de l'endroit portaient sur leur bonnet une certaine quantité de grelots sur lesquels on voyait gravé un bel àne. Pendant longtemps, notre fou dut s'en tenir à porter à sa cape de simples jetons sans figures ; enfin, un peu d'argent qu'il eut lui donna le moyen de se procurer à ton tour des grelots sur lesquels il fit graver un bel âne d'après nature. Quels yeux vont ouvrir ces gens lorsqu'ils m'apercevront ! se dit-il en. mettant son bonnet devant la glace. Il courut la ville tout le jour, visita ses amis, visita même quelques-uns de ses ennemis, mais personne ne
prit garde h lui. L*iâibécile> qui oublia que les fous ne tiennent jamais compte d'une folie lorsque cette folie est la leur! Pour qu'une extravagance soit admirée , il la faut, neuve ; il la faut originale pour qu'on la blâme. Notre fou s'en alla visiter une autre ville. Dans celle-ci , la mode avait adopté l'image d'un mulet. Or, la cité en question était située non loin du pays d'Utopie, où se trouve une ville qui préfère à son tour le cheval à l'âne. La vanité de notre fou portant son âne pour la première fois peut à peine donner une idée de la vanité triomphante qui gonfla toute sa personne, lorsqu'il lui advint de dépouiller ce même âne pour mettre un mulet à sa place. Un superbe animal î s'écria-t-il ; c'est dommage qu'il ne se propage point comme la mode qui l'ennoblit. Le compère allait recommencer à porter haut la tête ; par bonheur, un petit incident l'empêcha d'être désenchanté de nouveau. Sa mère lui écrive : Viens pour les fêtes, et surtout veille à tes habits neufs et ne manque pas de nous rapporter ton bel âne. Lui répondit : J'arrive ; mais au lieu d'âne je rapporte un mulet, qui me sied infiniment mieux. Il revint donc avec un mulet dans sa ville natale. Du plus loin qu'il l'aperçut, le surintendant s'écria : Notre jeune homme prétend donc insulter les gens d'Église, qu'il dédaigne les ânes? Le ciel éclaire lïon esprit ! — C'est un oison , dirent les femmes, il n'a point d*âne. — Qui n'a point d'âne est un âne, poursuivirent les bourgeois en chœur. Mais regardez- le donc. Dieu me pardonne ! il porte un mulet ! Mulet lui-même. — L'orgueil de notre fou s'accrut encore du blâme , et il se sentit si fier d'une folie que les fous critiquaient, qu'il écrivit toute l'histoire à son camarade Œrthel. » Vainement ses amis intervinrent^ Jean-Paul n'en démordit pas. Au lieu de se laisser convaincre par leurs arguments épistolaires, il les réfuta l'un après l'autre avec le sérieux et la patience d'un rhéteur byzantin, invoquant des rai- ^ns de fortune et de santé en faveur de ses goûts excentriques. Cette manie de porter les cheveux courts lui épargnait son temps et son argent, et le débarrassait de l'insupportable tyrannie du coiffeur. Quant à la cravate, il en faisait le procès en deux mots. Quoi de plus dangereux en effet que cette habitude de se serrer les veines du cou (il était de nature apoplectique), et comment tolérer de gaieté de cœur une si effroyable gêne ? Et lorsque par hasard quelque sage du bon vieux temps, l'excellent Vogel par exemple, lui disait en souriant qu'il fallait autant que possible
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faire comme iout le monde , et que la vraie philosophie n'était point do prétendre que les autres se réglassent sur nous, mais bien au contraire de nous conformer, nous, à la règle commune, il se fâchait tout rouge , et commençait à déclamer contre les proverbes, a qui, poursuivait-il, ne prouvent rien, ou plutôt prouvent trop, car si je ne résiste au torrent, le torrent finira par emporter ce qu'il peut y avoir de bon en moi. Le royaume du vice est tout aussi grand, tout aussi vaste que celui de la mode, et si je dois hurler avec les loups, pourquoi ne déroberais-je point avec eux? Quant à moi, je tiens celte coutume de consulter dans nos moindres actions le jugement d'autrui pour la ruine de tout repos, de toute sagesse, de toute vertu. » Bizarre discussion, où de part et d'autre, comme on pense, les sophismes ne manquent pas, où les noms de Diogène et de Rousseau devaient jouer leur rôle, et qui ressémblOuassez, comme toutes les discussions de ce genre, à une partie d'échecs, avec cette différence, que les idées, ici, remplacent les pions dans la manœuvre.
Quand on pense à la situation de fortune où se trouvait Jean- Paul à cette époque, on ne peut s'empêcher d'admirer le ton d'enjouement qui éclate dans toute cette correspondance pleine de folles boutades et de traits mordants. Il fallait certes que cette verve humoristique dont abondent tous ses écrits fût bien profondément enracinée au cœur de son être pour ne point se démentir en d'aussi difficiles circonstances ; en effet, de tous côtés la misère le pressait, cette affreuse misère de l'homme de lettres à qui l'éditeur manque, ce dénûment sans espérance contre lequel le travail lui-même ne peut rien; car si le tisserand à son métier, si le forgeron à son enclume, assurent par leur sueur de la joufnée le pain du soir à leur famille , le malheureux ouvrier qui n'a d'autre intrument que son cerveau , d'aulre moyen d'existence que sa pensée, se débat dans ie vide, seul avec ses rêves qu'il agite et traduit, dans sa veille inféconde, en hiéroglyphes incompris dont nul ne veut, que nul ne paie. Jean-Paul en était là. Son premier livre asait échoué devant le public, partant point d'éditeur pour le second. Chaque jour cependant sa pénurie augmentait; ses lettres contiennent à ce sujet les plus tristes révélations : a Je dois H thalers à ma table d'hôte, 10 thalers à l'homme qui me loge, etc., etc.; mais à tout prendre, ce n'est point encore
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là ce qui m'inquiète , car je puis les faire attendre jusqu*à la Saint-Michel , époque à laquelle je ne puis manquer d'être en mesure de payer. » Illusion de poëte qui rêve un éditeur et procède déjà comme s'il le tenait. Quel auteur ne s'obstine à prendre pour de l'argent comptant le manuscrit qu'il garde en portefeuille ? Gomment la Saint-Michel se passerait-elle sans lui fournir un éditeur? Infailliblement à cette époque il paiera ses créanciers du produit de son livre. Aussi n'a-t-il point à se tourmenter de ses dettes; ce qui l'inquiète, ce sont les menus frais de la vie usuelle, ces dépenses inévitables que chaque jour, chaque instant amène, réalités suprêmes, désastreuses, où vient se briser la baguette de la Fantaisie, impuissante à mettre un écu sonnant dans la poche du pauvre diable à qui elle fait voir des mines d'or en perspective ; ce qui l'inquiète, c'est la blanchisseuse qu'il faut payer chaque semaine, c'est la laitière qui ne veut plus continuer à lui fournir son tléjeuner, c'est le tailleur qui refuse de rajuster son vieil habit noir à crédit. Quel secours implorer dans une telle extrémité? à qui s'adresser? A sa mère? Hélas! la pauvre femme! elle-même aurait eu besoin qu'on vint à son aide. Outre Jean-Paul, qui puisait dans sa bourse autant qu'il le pouvait , la digne femme avait encore d'autres enfants qu'elle assistait de ses faibles moyens : Adam , d'abord barbier à Schwarzenbach, puis soldat, et qui finit par mal tourner; et Henri, malheureux jeune homme qui se noya pour ne plus être à charge à sa mère. On le voit, de cruelles épreuves attendaient l'écrivain à l'entrée de la vie.
Sur ces entrefaites, Jean-Paul était revenu à Leipzig, inébranlable dans ses projets, résolu à dompter la fortune à force de persévérance et d'entêtement. Comme on le suppose , la Saint- Michel n'amena point de libraire. Vainement les auteurs en renom intercédèrent pour lui, vainement il offrit son ouvrage de porte en porte ; nul n'osait se décider à faire cause commune avec un écrivain original sans doute, mais dont f originalité tardait bien à réussir, et les Papiers du Diable, comfposés à cette époque , ne furent publiés que sept ans après. Le vieux Vogel ne s'était pas trompé en lui écrivant, sur le simple examen du manuscrit des secondes satires : « Votre livre ne sera lu que des fins connaisseurs, et comme il n'a point trait au reste du monde , le reste du monde s'en abstiendra. Il y a là trop de sublimités et de casse-têtes, du moins pour le commun
m ËGRIVAmS ET POETES
des martyrs. On se défie en général de ces plaisirs qu'on achète au prix de tant d*efforts, de ces merveilles qu'on n'aperçoit qu'à l'aide d'une lunette d'approche ; et les gens préfèrent de beaucoup la monnaie courante et sonnante d'un héritage que le simple cours des choses amène, à Tor qu'il faut extraire des profondeurs de la terre, si précieux d'ailleurs que soit cet or. » Â quoi Jean-Paul répondait en abondant dans le sens des cri* tiques : « Vous avez pleinement raison, je suis las moi-même de cet esprit forcé, de cette expression obscure, de ces débauchée inlellectuelles ; mais comment faire pour résister au mauvais goût, lorsqu'on n'a point sous la main un ami qui vous éclaire et vous ramène à l'ordre? et si par bonheur on l'avait, Pécouterait-on ? D'ordinaire on ne s'en remet guère qu'à sa propre expérience. Hélas! l'expérience est une bonne école! quel dommage qu'il en coûte é çj^r d'y aller ! » Les illusions littéraires des premiers jours s'évanouissaient à chaque heure. Jean-Paul ne perdit pas courage. La Gazette de Berlin ^ sans témoigner un bien vif enthousiasme pour la première partie des Proeèt groënlandais, avait néanmoins soutenu le livre. Mais que pouvait une voix perdue dans le nombre, une marque isolée de sympathie au milieu de ce concert de bravos et de sifflets? La prophétie de Yogel s'était réalisée. L'ouvrage n'eut pas même un succès de scandale, et de la disgrâce du public tomba dans celle du libraire, qui, trouvant l'article d'un médiocre débit, déclina prudemment toute nouvelle proposition de l'auteur. C'était à en briser sa plume de désespoir et de honte ! Jean-Paul avait trop de confiance en ses forces, trop de sérénité dans l'esprit et dans l'âme, pour se laisser abattre. Rebuté par l'un, il se tourna vers l'autre , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il eût fait le tour de tous les libraires de Leipzig. « J'attends un mot de vous, écrit-il à l'un d'eux, qui me rende mes espérances, car, je vous l'avouerai, jusqu'ici la fortune ne m'a point gâté, et je ne suis encore qi^ le jouet de la contradiction qui existe entre ma vocation et ma destinée. J'abandonne entièrement à votre goût, à votre impartialité, le soin de fixer les conditions de mon travail. » Le plus souvent ces lettres demeuraient sans réponse ; alors il s'adressait aux amis des libraires et les suppliait d'intervenir en sa faveur. Triste et douloureuse correspondance où se trahit à chaque ligne la misère de l'un et la sotte vanité des autres, qu'on prendrait volontiers pour des Excellences à leur façon
d'éconduire ce génie, qu'à son avènement du lendemain ils salueront plus bas que terre.
En même temps qu'il épuisait toute démarche auprès des libraires de Leipzig, il écrivait à Berlin, à Goettingen, et sa correspondance étrangère ne réussissait pas mieux que l'autre. Décidément, la fortune lui en voulait; i)he succession si opiniâtre de désappointements et de contrariétés aurait pu ébranler Bon courage, et dans ces tristes circonstances il chercha si son fonds littéraire ne lui fournirait point quelque préservatif moral contre les mauvaises dispositions d'esprit. Ce topique fut un petit livre de piété {Andachtsbuch) qu'il rédigea avec le soin le plus minutieux , espèce de bréviaire à son usage particulier, et dont il suf&t de nommer divers chapitres intitulés Douleur, V&rtu, Rêves de Gloire, Colère, pour qu'on en devine à l'instant la destination philosophique. On y voit le pauvre écrivain, ballotté entre ses inquiétudes et ses espérances, user presque de supercherie, envers lui-même poui^Mêv^r ses forces abattues, et, à défaut de consolations bien efficaces, se proposer des sentences de résignation du genre de celles-ci, par exemple : « Figure-'toi toujours un état pire que celui où tu es. — ^ Au lieu d'accuser la destinée, ne t'en prends qu'à toi seul des douleurs qui t'arrivent. — L'affliction ne sert de rien , elle est au con* traire le vrai mal. — Ne dis jamais : Plût à Dieu que ce fussent d'autres soufifrances que celles que j'endure, je' les supporterais mieux 1... » Mais, hélas! que peut un aphorisme contre l'affreuse réalité de la misère? La situation n'était plus tenable. Après tant de beaux rêves déçus, il fallait se résigner à retourner l'oreille basse au point d'où l'on était parti. Déjà il avait sondé sa mère à ce sujet. « En supposant que je vous revienne un de ces jours , où m'établiiai-je sous le toit que vous habitez maintenant? > La maison qu'elle possédait à Hof était vendue. « Écrivez-moi si vous pouvez me donner un coin où je me glisse en arrivant. »
La grande affaire était de quitter Leipzig , car ses ennemis avaient l'œil sur lui , et d'ailleurs l'étrangeté de son costume le désignait d'une manière infaillible à la surveillance des gens intéressés. N'importe, l'époque du déménagement est fixée. La nuit venue, son ami QËrthel l'attendait avec son bagage (fardeau bien mince, on l'imagine), sur la grand' route où la diligence devait le prendre. Il ne s'agissaii plus que de sortir des