‹ Écrivains et poètes de l'AllemagneChapitre 31 sur 44 · Î4 ÉCRIVAINS ET POETES · texte numérisé non relu

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sopbio hégélienne et les symphonies de Spohr, reconnaît donc qu*n y a des Hmites au sublime. Quoi qu'il en soit, Immermann n'eut garde d'appeler du jugement de ses contemporains à celui de la postérité ^.bien plus, il raconte dans les Épigones, imprimé^ quelques années plus tard, qu'il avait écrit M^Hn, trèsconvaincu au fond*de Tàme que personne au monde n'y ferait attenlign [dass Niemand Seines achlen werde). Il se trompait pourtant : ces œuvres excentriques, si impopulaires qu'elles soient, ou f lulôt par cela même qu'elles répugnent à la majorité du public, finissent toujours par grouper autour d'elles une petite égb'se. de zéfés et fervents disciples qbi s'escriment à les pr^niser, quitte à les comprendre un jour. Le mythe, en général, n'est pas du goût de tout le monde ; mais ceux au tempérament desquels il convient l'aiment à la rage, et c'est à cet enthousiasme vigoureux, à cet acharnement de dix ou douze prosélytes animés à la lutte par l'esprit de contradiction, que le poë'me d'Immermann doit encore le peu de bruit qu'il a fait.

Le mythe de Merlin se rattache à la légende du saint Gral, à cette ineffable et poétique émanation d'un vague besoin de pratiques mystérieuses qui tourmentait la société chrétienne au premier âge de la foi nai^ante. Ces consciences, où déjà le Verbe voyageur dardait ses feux divins, ces âmes qu'une vie nouvelle inondait, craignant de voir se répandre au dehors les trésors de vérité qu'elles tenaient en elles ^.sM&.mirent à chercher dans le vaste royaume du maître un lieu d'asile et de retraite, dans l'Église commune dont les abords et l'enceinte s'élargissaient de jour en jour, un sanctuaire isolé, muet, accessible aux seuls initiés ; de là l'origine de la légende du temple mystique de Monsalvat, de ce monastère en Terre-Sainte [Salva Terra) dont la plupart des fidèles cherchent lesltvenues, mais où l'on né pénètre qu'à la condition d'avoir été appelé par l'esprit de Dieu. — Sous la coupole profonde du temple se reprodôîsent journellement les divins mystères de l'histoire du Sauveur des hommes ; et cette existence glorieuse, refoulée bien loin pour le vulgaire parmi les ombres d'un passé douteux, cette existence' est là sans cesse manifeste et ppésente. Les miracles s'y renouvellent comme au temps de la Samaritaine au puits, de Lazare au sépulcre, et des noces de Cana ; et, dans l'atmosphère épurée de la tour, plane lumineux le calice âacré rempli du sang du Filû Je l'homme, vin précieux dont le flot écumant laisse échap-

pet* des paroles prophétiques. C'est le môme calice où Jos^h d'Ârimalhio reçut le rayon empourpré qui jaillit de la blessure ouverte aux llanci^ du crucifié divio. A cette hciire solennelle un éclair radieux enveloppa les bords du vase, un souffle éblouissant monta de sa profondeur; et quiconque a senti les influences de cette flamme auguste a pu désormais se passer de toute nourriture corporelle, car il possédait en lui Tétincelle de vie. Armé du céleste trésor, Joseph s'enfuit dans une caverne éloignée, au sein de laquelle il passa quarante années à se repaître de la flamme éthérée; ainsi les hommes perdirent sa trace, et peu à peu son souvenir s'effaça de leur mémoire.

Maintenant, et comme suite de l'histoire de Joseph d*Arimathie, vient la légende de Titurell, autre élément, si l'on veut, autre mythe, dont Immermann va s'emparer daàs son poème, lequel n*est en somme qu'une libre et hardie manipulation des divers récits du légendaire. Avec Joseph d'Arimathie le saint Gral avait disparu de la surface.4u monde, lorsqu'un jour, un homme d'Oc^ cident, un vieillard nommé Perillus, croit entendre dans l'air des bruits étranges, inouïs, un battement d'ailes, qu'un tintement sonore accompagne. Il semble au vieillard que les cloches l'appellent ; cependant il renonce à les suivre, et sa vie se termine en de graves et silencieuses perplexités. La tradition, loin de s'éteindre, passe du père au fils, et de la sorte arrive jusqu'au pelU^ieveu, Titurell. Un irrésistible désir de retrouver les voix perdues s'empare de l'enfant ; il va de pays en pays, consumant en de vaines recherches sa jeunesse et sa maturité. Bientôt la main de Tâge s'appesantit sur lui ; son corps épuisé se voûte, ses jambes chancellent, et l'infortuné ne découvre rien, pas un son qui le puisse mettre sur la trace des mystiques accents évanouis. Enfin, il est au moment de désespérer, lorsque soudain l'espace retentit d'une musique surnaturelle, et quatre beaux séraphins descendent, soutenant de leurs mains angéliques le calice oii le sang miraculeux rayonne. D'après l'indication des célestes messagers, Titurell^ choisit cette place pour y bâtir un temple en l'honneur du sacré mystère, et il se trouve ainsi fonder le Mont-Salvat. Parcivai, qui depuis marqua par son dévouement au culte du saint Gral, figure avec Titurell dans l'épopée d'Immermann. Lui aussi, cette fièvre insurmontable de toute nature poétique, la soif de l'inconnu, le possède et le ronge ; lui aussi il émigré et poursuit à travers les tempêtes de l'Océan, à travers les sables arides du

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désert, cetto éternelle aspiration du cœur humain vers le principe et Taliment de vie.

Ne trouvez- vous point à ces différents mythes une saveur infinie, et 'qu'il en sort, au moindre toucher, comme une émanation délicieuse? Aussi je crains fort que la muse dlmmermann, d*ordinaire si éprise du grandiose, du colossal, affectant trop sou- Tent pour le laid et le grotesque certain goût systématique de l'illustre écrivain de Notre-Dame de Paris ; je crains , dis-je, que la muse d'Immermann n'ait la voix bien grosse pour nous rendre les délicates impressions, le sens intime de cetta mythologie religieuse, et la main un peu rude et calleuse pour recueil» lir les divines rosées qui peHent au bord de la coupe, A ees extatiques traditions on rêverait le doux saint Jean pour inter^ prête. Certes une incontestable élévation , un souple épique et chaleureux, distinguent la majorité des couvres d'Immermaon, Presque toujours aussi le mouvement est vrai ou t^nd & rdtrç, et nous n'aurions qu'à louer, si cet amour du naturel ne dégé* nérait, par intervalles, en je ne sais quel réalisme brutal dont certaines ébauches de notre théâtre moderne, au besoin^ donne** raient une idée. En général, chez Immermann l'effort tumol'tueux perce trop ; le génie, en sa plénitude, procède avec moins de déchirement ; et quand on sent qu'on porte un monde, on ne va pas ainsi se démener pour conquérir au dehors de soi les points d*originalité. Chez Goethe , cet admirable sentiment de la forme pure, de l'élégance antique, ionienne, n'est pas tant le résultat de conquêtes laborieuses que la découverte paisible e\ tereine d*un degré de parenté divine, d'une sorte de vertu consanguine qu'il fait valoir avec orgueil. Inupermann, au contraire, laisse voir à chaque instant sa préoccupation fiévreuse du modèle qui le tente, et dont il se borne, la plupart du temps, à i^sir un côté, complétant l'œuvre, (ensuite, avec son propre fonds. Ainsi, dans ses premiers drames, Shakspere vous apparaît, mais seulement en ce qu'il a de gigantesque et de colossal, le Shakspere de Macbeth et du Roi Lear^ moins la sensibilité, moins les nuances, moins cet art merveilleux d'animer . une action et de grouper ses personnages ; vous avez les blocs de gra** nit, parfois l'architecture, mais une architecture inanimée, oà les pulsations de la vie d'un peuple ne sauraient battre ; une Memphis croulante, avec ses sphynx dépareillés, ses portiques déserts et ses nécropoles en ruine, sur les murs desquelles l'cpil

du passant égaré distingua à peine le reptile vivant de l'hiéroglyphe mort.

Tel Immermann s'était d'abord montré dans ses emprunts à Shakspere, tel il dut être dans sa façon d'envisager le mythe de luferlin ; de tant d'éléments variés qu'offraient les diverses lé« gendeSf il ne veut que le grandiose ; tout ce qui ne porte point en soi un caractère gigantesque, il le répudie, ou, quand par hasard il l'emploie, c'est de ftiçon si épisodique, qu'il a besoin, pour l'intelligence générale du poëme, de recourir à chaque instant aux sources primitives de la tradition.

La première scène du prologu%jïous montre Satan et Lucifer discourant ensemble touchant la naissance du Christ. L'Esprit du mal s'emporte et verse des larmes de désespoir sur l'empire du monde, que la venue du nouveau Messie paraît devoir lui arracher. « Celui qui trône là-haut n'avait point le bras assez long pour atteindre jusqu'au monde; mais voici maintenant que la ruse infinie s'incarjie ; l'homme mène l'homme à la lutte, et le dieu désormais tient le diable. » Satan cherche par quel moyen il pourra déjouer les célestes projets; mais c'est la destinée éternelle du maudit de retomber toujours dans l'imitation servile, de copier, de singer l'œuvre du maître, et Satan se résout à créer un ûls, enfant, lui aussi, d'une vierge, et dont il fera l'antagoniste du Sauveur. — A cette introduction, qui rappelle bien un peu, quant au mouvement général, le prologue de Faust, succède une scène pleine de fraîcheur, où le poë'te nous montre, dans son innocence première et sa grâce immaculées, la jeune fille promise aux brutales amours de l'enfer. La chaste Candida est venue, par un beau jour de fête , visiter en sa grotte du désert le bon ermite Placidus. Après mainte prière fervente et mainte causerie au bord de la source vive du jardinet, l'anachorète congédie la douce enfant, et s'efforce de la renvoyer à la ville; mais Candida résiste, et ne peut se résoudre, môme pour rentrer au* toit paternel, à quitter la religieuse thébaïde.

PLACmUS.

Il se fait tard, le soleil rougit à Thorizon ; depuis longtemps les touffes du tamarin projettent leurs ombres sur le sable. Déjà Van^ tilope effrayée fuit au mugissement lointain du lion dans son antre. Le chacal hante ces collines. Déjà, comme une prière nocturne, le baume exhale son haleine, déjà s'embrasent les vitraux de la chapelle... comment feras-tu pour trouver ton chemin dans Tobscurilé?

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CA.NDIDA.

Je voudrais demeurer ici.

PLACID1I8.

Ici, dans ma solitude, enfant, auprès de moi?

CAND1DA. ' ,

Près de ta grotte j*en vois une autre tapissée de feuillage au creux ■du rocher; là le passant s'abrite, là ton enfant trouverait aujourd'hui une retraite hospitalière.

PLACIDU8.

Toile petite, quelle idée est la tienne? Va reposer sur ton lit de duvet.

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