ROMANXIERS ALLEMANDS ET SCANDINAVES
« abaisser vos regards sur les pays Scandinaves. *< ne nian([iie/ pas de prendre irardr au Ihine- «' mark ; cesl lui (jui V(uis paraîtra le» |»lu^ priulio « de vous. »
L*Europe s'est rendue à eelte invilalidu. I*!l ^^i peut-ôtrc M. Ibs(»n cl M. Uiornson restent plus fameux que M. Nansen, certainement du moins on ne lit pas leurs livres davantage que les siens. . \
En Allemagne surtout, sa popularit<^ grandit de ^
jour en jour. Ses romans ont beau ùtre tirés a «
plusieurs éditions, il faut les attendre des semaines entières, dans les cabinets de lecture, avant d'être enfin admis à les lire. La presse, d'autre part, est unanime à les louer. « Peter 1
Nansen, disent les Nouvrllfs dr Haaihonry, est un poète d'une originalité merveilleuse, un vrai tninnfsinger qui nous fait entendre, dans sa -
prose rythmée, des accords jusque-là ignorés i
de nous. » La Hrctté* dr lAllnuagnr de tEsi déclare que ses romans abondent en beautés si profondes et si nouvelles qu'on ne voit guère personne qui puisse lui être comparé. La Gazette de Francfort admire la façon dont « toutes les pages de son œuvre débordent de «
tempérament et de flamme, et dont une ado- t
rable naïveté s'y mêle aux sentiments les plus ^•
raffinés de la supercultiire. » La Gazette de Voss affirme que ses livres « appartiennent à la t
catégorie si rare, et d'autant plus précieuse, des petits livres du cœur. » Ce n'est ainsi qu'un concert de louanges, et tel que depuis longtemps on n'en avait pas entendu. M. Nan- t
<(t}u t'st. Jt'i'itlrnu'iil, IWrivain à la modo. <Jualn' ou riiiq aii> lui ont siilli pour |>n'utln», »laiis II*!? pi>}^ >r;iiiilinavos et ^rriHauMiuos, uno «iitualion anal«»^nrà Cfllc» qu'occu|M»nl, en llalio, M. dAnmuizio cl M. Coupcrus eu Ilollande. Iilt lot ou tard, >ans doute, sa célrbrité essaiera de |»én(5tror jusque chez nous, où déjà une « jeune revue » a publié la traduction dun de ses romans. D'où lui vient donc cette célébrité, et qu*a-t-il mis dans son u'uvre qui lui ait valu un si rapide el si éclatant succès ?
Si Ton im excepte de nombreux articles de journal, et quelques nouvelles assez insignifiantes, l'icuvre de M. Peter Nansen tient tout entière en cinq romans : Un heureux mariafje^ le Journal tie Jiflie^ Marie, la Paix fie Dieu el la Première niukêe à fU/iirersifr. Je viens de les lire tous les cinq, dans leur suite, puisque aussi bien M. Poppenberg m'avait prévenu qu'ils étaient " comme les branches d'un grand arbre »; et je veux essayer d'abord d'en raconter les sujets, le plus brièvement, mais le plus exactement possible.
lermer, le héros d'Un heureux mariage^ apprend le mariage d'un de ses camarades de collège, Mogensen, avec une très jolie jeune fille qu il a deux ou trois fois remarquée dans 1 a rue. II s'empresse de renouer connaissance
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ROMANCIERS VLLEMANDS ET Sr.AMHN WPS 69
aviM* Moji(Mis(Mï, (li'viiMil lainant <lo >a fi»nnnr ; el le mrna;^(* à Irois inrm» l.i vii* la \A\i< «lonro et la plus paisible, jiis(|iraii jour où M"" Mti«;onscQ introduit dans la maison nu nouvel anii«uii jeune viveur, dont lermer ne manque pas (rî^lre. bientôt jaloux. Explication, (juerelles, menaces de rupture. Et comme M"** Mojcensen s*obstino à ne point chasser le nouvel ami, Icrmor, exaspéré, engage le mari à surveiller ses sorties. Mais le mari a dans la v(*rtu do sa femme une \
confiance (|ue rien ne saurait ébranler; il transporte sur le second amant rafTection qu'il avait accordée au premier; et, à lafmdulivre, lermcr, marié lui-môme et déjà trompé, apprend que son remplaçant auprès de M"" Mogensen est à j
son tour sur le point d'être remplacé. f
Le Journal de JuUr nous raconte les aven- ;-
tures psychologiques d'une petite jeune fille de <
bonne race bourgeoise qui se désole de la *
médiocrité de son entourage, et s'ennuie, et ?
pleure, rôvant d'un prince inconnu qu'elle 5
pourrait aimer. Elle trouve son prince, un beau |
jour, sous les espèces du comédien Alfred Mœrk ; aussitôt elle lui écrit ; le comédien répond, et des relations galantes ne tardent pas à s'engager entre eux. Mais Julie est trop amoureuse du comédien ; elle le fatigue de ses lettres interminables, de ses continuels rendez- vous; et Alfred Mœrk finit par lui déclarer qu'il a assez d'elle.
Marie porte en sous-titre : le Livre de V Amour. C'est l'histoire d'un jeune homme qui, après avoir
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LF KOMAN CONTEMPORAIN A L ÉTRANr.RK
^•'••hiit la j.Min<» i*t luuv»' Marie, essaie de TaKaii- <l'Hiri«»r, I ••!!!• pa-^or à d'anlros < oiiqniMos. Mais il il«« oiiM»' i[ue >oii cœur <'st pris, l'^l romme sa niaitn'sx* osl sur le ptiint de si; inari(*r, il convient avec elle quelle devra se partaj^iîr cnlre son mari et lui. Encore Tidée de ce partaj^e, à son tour, lui paraît-elle trop pénible ; et cVst lui-ni^me qui, au d^mouenient, épouse Marie.
Dans la Paix ih Dieu^ un poète, chassé de Copenhague par son dégoût du monde, rencontre à la campagne une belle et noble jeune fille qui s'éprend de lui. Elle lui propose de devenir sa femme, il y consent, et le mariage est sur le point d*ôtre célébré, lorsque la jeune fille meurt, tuée par le mouvement brusque des ailes d'un moulin à vent. Le poète l'enterre et s'en retourne à Copenhague pour y reprendre sa vii^ d'autrefois.
Enfin la Premif^re Année à VUniversitc est un roman par lettres. Nous y voyons comment, en quelques mois, le séjour d une grande ville change Tâme d'un jeune homme, ratlranchissant d'une foule de scrupules et de préjugés. De la fin d'août aux premiers jours de décembre, l'étudiant Emile Holm trouve le moyen de se brouiller avec sa famille, de rompre avec une jeune fille qui l'aime et avec qui il s'est secrètement fiancé, de séduire et d'abandonner une autre jeune fille, de faire d'innombrables dettes, de perdre jusqu'aux moindres vestiges de son ancienne foi religieuse, et de quitter l'Université pour devenir journaliste, après avoir vendu
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à M. IN»l«»r Naiisfii toiilos los loHn»s fpril a r<M;u('s «II» >«'s pan'iits, ilo st's amis, ol «lo sos niailrcssi's. ihiraiil rrs quchiiios nuiis si rxcel- Icnimont employés.
Voilà t|uels sont les sujets «les cinq romans de M. Nansen. Ils n*ont, comme Ion voit, rien de très nouveau, et il n'y en a pas un seul qu'on ne se souvienne d'avoir déjà rencontré autre part. Mais surtout ils n*ont rien de très relevé, ni, pour ainsi parler, de particulièrement « Scandinave ». En vain on y chercherait lombre d'un symbole ou d'une thèse, ou même d'une observation un peu générale. Ce sont de simples épisodes de la vie amoureuse ; et à l'exception de la petite idylle provinciale de la Paix de Iheu, qui fait songer k Graziella et à certains romans de M. Loti, on les dirait sortis directement de Tœuvre de nos naturalistes d*il y a quin/e ans, ou des premiers auteurs du Théà Ire-Libre.
Peut-être, après cela, M. Nansen répondrat-il qu'il ne connaît aucun de ces écrivains, n'ayant jamais lu que son compatriote le philosophe Kirkegaard, ce mystérieux Kirkegaard dont les œuvres auraient été, suivant M. Georges Brandes, l'unique lecture de M. Ibsen. Mais alors c'est qu'on n'a pas besoin de connaître de belles œuvres pour en subir Tintluence, car rien ne ressemble autant aux sujets des romans de M. Xansen que ceux de quelques nouvelles de Maupassant, de certaines pièces de M. Âncey,
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12 LE BOMAN CONTEMPORAIN A l'ÉTRAKGER
<I7//K bf'llr- joiinirp Aq. m. C(^ard, et des romans et contins (le M. Paul Alexis.
Laïuant qui, après s'ôtro installé tians le ménage de sa maîtresse, se voit un jour supplante par un amant nouveau et essaie d'éveiller contre lui la jalousie du mari, le beau comédien qui, ayant séduit une jeune fille, se fatigue d'elle et l'abandonne ; Tétudiant qui, à peine sorti de sa petite ville, fait peau neuve et devient un mauvais sujet ; lamoureux égoïste qui, craignant le mariage, marie la femme qu'il aime avec un autre homme : ne sont-cc pas Ik pour nous autant de vieux amis, et qui nous ramènent au temps déjà lointain où nos jeunes romanciers et auteurs dramatiques, par manière de plaisanterie, s'ingéniaient à diiïamer la nature humaine?
Et cependant le succès de ces romans de M. Nansen n'est pas seulement très vif, aussi bien en Allemagne que dans les pays Scandinaves, il est encore, en un certain sens, tout à fait légitime. Et je distingue deux raisons qui, entre autres, suffiraient à elles seules pour le justifier.
La première est que, au service de ces sujets souvent traités avant lui, M. Nansen apporte une certaine habileté technique et même un véritable talent de conteur. N'étant pas, comme kl plupart des écrivains Scandinaves, gêné par le goût du symbole, ni d'ailleurs par aucun principe d'aucune sorte, il s'en trouve infmi-
ja ng-^^»*.>2a*iëngfc(v.'M'^ - ,*A\-- j;i.'>>^X£-iJlù^fiiu1^ni(jM^£^<t: ^;M:.r»'^:.4hà<ar^^fc«î»fajhàc>^^^