‹ Écrivains étrangersChapitre 19 sur 41 · ROMANCIERS ALLEMANDS FT SCANDINAVES · texte numérisé non relu

ROMANCIERS ALLEMANDS FT SCANDINAVES

mont plus îi l'îiiso pour ilonncM' à sos rrcils \o reliof, lii <'larh*, la vnriôlô qui rouviiMiruMil. Ses livros soni Irrs courts, 1res simple*», «Irharrassrs lie toutes digressions inutiles : et je ne crois pas que, même en France, on en trouve beaucoup do mieux composés. Quelque opinion qu'on en ait, on ne s ennuie pas à les lire. Et non seulement ils ne sont pas ennuyeux, au sens le plus ordinaire du mot, mais on ne saurait s*cmpêcher de reconnaître qu'ils ont môme, dans Tensemblc, une excellente tenue littéraire. Une poésie assez agréable, encore qu'un peu facile, s'y entremôle sans cesse au réalisme des peintures; les images sont heureusement choisies, l'analyse des sentiments conduite d'une main très légère. Tout cela, en vérité, sent plutôt Tadresse acquise que le vrai instinct, et il n'y a pas jusqu'aux passages les plus pathétiques où l'on n'ait l'impression d'un certain apprêt. Mais si M. Nansen a trop uniquement en vue de plaire à son lecteur, du moins ne peut-on pas nier qu'il réussisse à lui plaire.

Et s'il n'est original ni dans le choix de ses sujets ni dans sa façon de les traiter, il a pourtant quelque chose qui le distingue de la plupart ;• de ses confrères, quelque chose qui lui appar- | tient bien en propre et par où ses livres sont | vraiment nouveaux. Cet habile conteur d'anecdotes galantes est, avec cela, un zélé nieizs^ chéen. Non pas qu'il se préoccupe de suivre l'auteur de Zarathitstra dans le détail de ses théories, ni même qu'il accorde la moindre

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LE Kù\UN COXTEMPOHAIN A L*ÉTHANGRR

pari, «lan-i «o-^ romane, à la fameuse roncepliou du ^i9in'r'li'miti*f\ mifux faite, cepeudant, pour relever du roman «{ue de la philosopliie. L>(» toutes les doctrines successives de Nietzsche, il n'a retenu que deux choses : la haine de la vieille morale et laftirmation du droit qu'il y a, pour tout homme, à jouir librement, pleinement, de sa vie. Mai>>oit que ces deux principes aient concordé chez lui avec un sentiment naturel, ouquH ait mis à se les assimiler sa souplesse, sa finesse et son habileté ordinaires, ils forment en quelque sorte la base morale de chacun de ses livres: et c'est eux qui en constituent la ^'rande, la principale, ou pour mieux dire Tunique originalité.

Bien de curieux, à ce point de vue, comme de comparer ces livresdu jeune auteur danois avec les oeuvres fran^^aises traitant des mûmes sujets. Ce qui n'était, pour les naturalistes, que simple aflaire de satire ou de caricature, M. Nansen nous le présente, avec un sérieux parfait, comme lesactionsdu monde les plus naturelles. L amant Ain heureux inariaye est, à beaucoup près, le personnage le plus sympathique du roman ; et quand il partage son aiïection entre sa maîtresse et le mari de celle-ci, quand ensuite il s'indigne de se voir remplacé, quand il dénonce la jeune femme, ne croyez pas que Fauteur en prenne occasion pour rire, ou pour moraliser : il entend au contraire nous apitoyer sur les souffrances de cette ame d*élite, condamnée par sa supériorité même à ne point trouver le bonheur. Dans

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le Jntiruftl tfr ,htiif\ v\^>\ .Inlir <|tii iw| riilinilo à foiTO (lo l(Mitln*ssr i»l irin;^(*ttiiitr, l.iiiiliN «jur son sriluittcMir, le* rdiniMlifii AIThmI Mink, est une manière de Ium'os; v{ loul on nous rrTnsant à voir dans en personnage, ainsi (|ue nous y invite M. Popponberg, l'incarnation do M. Nansen lui-m^mc, nous sentons bien que le principal objet du livre est de nous le faire admirer. L*bistoire de Fétudiant Emile Holm, rompant avec ses parents, délaissant sa liancée, débauchant une autre jeune lille et la congédiant aussi, c'est, dans la pensée du romancier, le tableau des sacrifices que doit Taire tout homme qui désire ôtre libre et cultiver pleinement les fleurs de son moi. Et, si i amant de Marie, h la fin du livre, se résigne à se marier avec celle dont il avait projeté de faire la femme d'un autre homme, M. Nansen a bien soin de nous présenter sou cas comme une exception, un coup de folie, d'autant plus émouvant qu'il est plus insensé. Dans la Paix de Dieu môme, le seul de ces cinq romans où le mariage soit admis sans trop de répugnance, voici en quels termes le héros résume ses impressions, lorsque la jeune fille qu'il aimait vient de mourir près de lui : « Cette année, écrit-il dans son journal, a-t-elle donc été vaine pour moi? S'eiïacera-t-elle sans laisser de traces, comme un beau rôve enchanté ? Non, certes. Elle m'a apporté cette paix divine où aspire l'univers entier. Je reviens dans la ville d'où je suis parti; mais je n'y reviens pas le même que j'en suis parti... Et toi, Grete, tu

m'as dis av«*c un l(»n »l«» rcproch*', sur Ion lit de niorl. qui' j«.» te lais>jus mourir vioij^o tMiln» mos bra*^. Je ^.ii<. i*n elffl. moi ausr>i, que nul l><>nheur n'aurait pu etn' plus grand pour moi 4|ue de reposer à Ion cùlé, sur noire lit nuptial. Mais à défaut de ce bonheur parfait, ma pure fiancée, tu m'as appris le charme du désir irréalisé, le bonheur qu'il y a à s'être trouvé un momi'nt sur le chemin du bonheur... Et je pense, maintenant, que ces ailes du vieux moulin qui t'ont tuée ne méritent peut-être pas nos malédictions, l^eut-ètre ont-elles au contraire agi envers toi avec douceur et bonté, en te prenant ainsi ta vie sans que tu le sentes, avant rheure terrible où moi, quoi que j'en veuille, j'aurais été forcé de remettre en mouvement les ailes de mon moulin, ces ailes à l'abri desquelles tu avais rêvé de trouver ton repos. Et ton souvenir, Grete, va être plein pour moi de leçons précieuses! •>

Toute l'œuvre de M. Xansen est écrite sur ce ton. Il y règne un fonds d'immoralité absolue et comme inconsciente, sans ombre d'ironie ou de paradoxe. Rien ne s'y rencontre qui ressemble à un remords, à un mouvement de vraie bonté et de pitié eiïective. Les héros, ou plutôt le héros, — car c'est toujours la môme figure sous des visages divers, — ne cesse pas un instant de tenir l'humanité, et les femmes en particulier, pour des instruments destinés à son plaisir personnel. Sauf peut-être dans le dernier chapitre de Marie, pas une fois il n'aime ; il se laisse

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«limer. VA |Hiis<)iii» rello conroplion sprcialo clo l.'i vio osl ;iNsiir(^juenl ce qu'il y a di\u< ers rninjiiis lie plus raracléristique, on me permellra hieii ileii donner eneor<* <lenx ou trois exemples, qui maidi^ronl d'ailleurs à faire apprécier la manière du jeune écrivain.

Nancy Moj::ensen, riiéroinc d'Un heureux wariage^ s*étant avisée de dire à mon amant quelle craignail d*èlre un jour punie de sa cou* pable conduite, le jeune homme la prend sur ses genoux, et voici comment il lui répond, « avec un doux accent de reproche dans la voix ») :

« Quelle enfant tu es! Essaie un peu, je t*en prie, deréiléchir sérieusement, et dis-moi envers qui tu te sens coupable ! Les relations entre ton mari et toi sontellesdevenues pires, ou meilleures, depuis que tu t'es donnée à moi? Etiez-vousplus heureux, auparavant? ... Et maintenant, dis-moi, n*es-tu pas heureuse? ( Elle l'approuva d'un signe de tête, en souriant, et lui serra la main d'une étreinte plus forte.) Et lui? Est-ce que jamais auparavant tu Tavaîs vu aussi satisfait ? N'est-ce pas comme si un poids lui était tombé des épaules ? N'a-t-il pas rajeuni, depuis que cette vie nouvelle s'est ouverte pour nous trois ? il prend plaisir à son travail, il est enchanté de toi, et en moi il sait qu'il a un ami fidèle et sûr. Au surplus, tu sens bien tout cela, et dans le fond de ton cœur tu ne te reproches rien. Mais tu es contaminée, toi aussi, de l'universelle pruderie de ce temps. Nous avons aujourd'hui revêtu d'une importance capitale des choses qui sont, en réalité. les plus insignifiantes du monde. Comme si cela avait un sens, de faire

dépentlro la valeur moralo d'un homme du nombre de l>aiser> iiiiil donn»^, ou des «conditions où il les donne! Mais ofst ainsi : il n'y a plus désorniais un petit poète de vinirt ans cpii, ayant séduit une couturière, ne jugo indispensable de prendre son aventure au tragirpie, tandis (ju'il aura peut-être simplement procuré à celle créature le plus grand, le seul bonheur de sa vie! »

Mais infiniment plus curieuse et plus expressive encore est. dans le Journal dv Julie^ la longue lettre où le comédien Mœrk expose à la jeune fille les motifs qui le forcent à l'abandonner. Ces motifs se ramènent, d'ailleurs, tous à un seul : Mœrk est un « artiste », et son art exige do lui qu'il éprouve sans cesse des sentiments nouveaux.

« Il y a eu entre nous, écrit-il à Julie, un malentendu qui ne pouvait durer. Moi je voulais jouir de nos relations comme d'une oasis sur le chemin aride et tourmenté de ma vie ; toi, tu rêvais de les voir durer indéfiniment. Et ainsi est arrivé, par degrés, tout naturellement, que ton jeune, fort et ardent amour a fatigué mon cœur, moins fait pour les longues tendresses. Nos relationsont pris une tournure plus sérieuse et plus importante que je n'avais d'abord projeté : elles sont devenues trop passionnées pour qu'il me soit possible de les prolonger. Depuis longtemps déjà, d'ailleurs, j'éprouvais du malaise à la pensée d'être responsable d'une autre personne que moi-même ; je me sentais gêné, entravé dans tous mes mouvements ; j'avais l'impression de n'être plus libre. Et ainsi le moment est venu où j'ai vu que

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