‹ Écrivains étrangersChapitre 20 sur 41 · H0MANC1ER8 ALLEMANDS ET SCANDINAVES · texte numérisé non relu

H0MANC1ER8 ALLEMANDS ET SCANDINAVES

j*avais à procéilor à ma lil)rr.itit»n. Tu «li'îsir irrésistible m'a saisi <1«» n»((>ninioniN*r à pouvoir int» clirij^^crcn tons *ic!is. (i«» nu' ri'troiiver seul, lilin», niaitro absolu de rnoi. Kt puis yi n'ai pu nie résigner à la banalité, qui. peu h peu, s'est introduite dans nos relations. Des hommes tels que moi et mes pareils redoutent par-dessus tout le mariage, parce que le mariage est l'amour réf^ularisé cl systématisé. Kt du jour où nos relations sont devenues aiïaire de devoir, ma nature d'artiste a cessé de pouvoir 8*en accommoder. )•

Mais c'est surtout dans Marif% co « livre d'amour », qu'on citerait à toutes les pages des morceaux de ce genre. Dès le premier jour qu'il rencontre Marie, le héros se sent aimé; il s'en aperçoit « à un frisson qui secoue brusquement tout le corps de la jeune tille, descendant le long de son dos, jusqu'aux extrémités de ses longs doigts nerveux ». Il la prend donc, puis la quitte ; mais, comme ses sens se sont accoutumés à elle, il ne peut s'empêcher de la reprendre encore. C'est alors qu'il imagine de la marier, afin de pouvoir la partager avec son mari. « Garde-toi seulement, lui dit-il, de faire à cet homme des confidences inutiles ! Et en général méfie-toi de ces faux prophètes qui vont prêchant le culte de la vérité! La vérité est une épée à deux tranchants qui n'est nulle part aussi bien que dans son fourreau. » Un jour que Marie, par peur de son fiancé, avoue à son amant qu'elle n'ose plus venir chez lui, le jeune homme, « à bout de patience », la gronde en

LE liOMA> CONTEMPORAIN A L ETTRANGEH

ces tt?rmo- : « Hui donc, en véritt», est Ion mîiilr»\ Ci! Inmim»» ou moi? Oui t'a rendue plus heurtusr c|u auciUH» jeune fille sur la terre? Qui a dai,L'n<'» t'intro<luire dans le pays enchanté de l'amour ? Marie, Marie, vas-tu te détourner de moi et mètre infidèle, oubliant mes bienfaits? »

Kt voici une des dernières strophes du livre, car lé livre tout entier est fait d'une série de petits chapitres à forme lyrique, agréablement imités de Zanithustra,

Des auteurs sans Dieu disent : beau comme le péché. — Mais moi, je ne suis pas sans Dieu, et je n'approuve pas leurs paroles. — Le péché est laid, son visage est convulsé, ses lèvres décolorés, ses mains tremblantes. 11 se glisse dans Tombre avec des regards haches, et de sa bouche s'exhale une haleine infecte, qui empoisonne toutes les joies de la vie. — L'essence et le signe distinctif du péché sont la laideur. Que le péché devienne beau, comme est belle Marie : et il cessera aussitôt d'être le péché !

Tel est le héros ordinaire des romans de M. Xansen ; et c'est de ce seul point de vue qu'il juge les hommes et les choses. Et, si les héroïnes de ces romans sont, en revanche, de petites personnes assez insignifiantes, et vicieuses par obéissance plutôt que par instinct naturel, elles ne laissent pas, cependant, de se ressentir de la fréquentation d'un moraliste aussi raffiné. L'une d'elles, Emilie, une enfant de dix-huit ans, ayant appris que son fiancé s'amusait avec

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dos lillcs, lut rcril que « jamais ellr n'a rlé assr/ niaiso pour s'iiuagiiHT <|u*il allait lui restiT lidèlc ». — « Je sais l'oii bien, [HUirsuitelle, je sais par ce que j'ai lu et par ce qu'on m'a dit que c'est, pour les tiommes, nue chose très difficile de rester vertueux. Vous êtes, à coup sûr, terriblement sensuels, mais à cela vous ne pouvez rien. Et dans ces conditions, mieux vaut infiniment que vous vous amusiez pendant que vous êtes jeunes ; car autrement ce seraient vos femmes qui auraient à en soutTrir. Magna Lund, la femme du pasteur Knudsen, tu te rappelles comme elle paraissait faible et malade, dans les premiers temps de son mariage? Eh! bien, la femme du bourgmestre a dit à maman que cela venait de ce que le pasteur Knudsen avait vécu comme un moine, avant de se marier. Je n'ai pas compris, au premier moment, mais à présent je vois bien ce que celasigniiie. Et maintes fois des femmes mariées ont dit, devant moi, qu'elles se félicitaient de ce que leurs maris eussent jeté leur gourme pendant leur jeunesse. »

Je ne puis prolonger indéfiniment ces citations ; mais les passages que j'ai traduits suffiront, sans doute, h donner une idée de ce qui constitue la véritable originalité des romans de M. Peter Nansen. Ce sont de bons romans à la manière

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