‹ Écrivains étrangersChapitre 26 sur 41 · M. 0. WELLS · texte numérisé non relu

M. 0. WELLS

Doctor Moreau's Islande 1897

M. H. Davray a traduit r<5ccninient, pour le MercHre de France, un curieux roman de M. G. Wells, la Machine à explorer le temps. Sa traduction est à la fois exacte et littéraire : elle rend fidèlement la pensée de Fauteur anitlais sans que le lecteur frani^ais ait jamais l'impression de lire une œuvre qui n'a pas été écrite pour lui; et. puisque plusieurs personnes m'ont fait l'honneur de me demander quelles sont, à mon avis, les qualités d'une bonne traduction, je suis heureux de pouvoir leur signaler, comme modèle, cette bonne traduction-là.

Le roman de M. Wells qu'a traduit M. Davray est d'ailleurs, lui-même, une œuvre des plus intéressantes. La fantaisie scientifique s'y double d'une très fine et très pénétrante ironie morale ; et notre admirable Villiers de l'Isle-Adam, — que M. Davray cite, avec raison, dans sa préface, — aurait certainement goûté la peinture faite par M. Wells de l'état dabrutissement, d'indifférence, de débilité physique et morale, qui ne

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IK» LE ROMAN CONTEMPORAIN A i/ÉTRANT.RR

priil tnainuPT «le n'-siiUor «los j>roj;n»s di» la ri\ iii^itiiin |»our riinmanitc <les siôcirs fiihirs. Mais, à cnir» do -es pm-icMist's vertus d'iiivenlion el dr [MMisr»!*. /// Mftt h'nie f) i*spUirvr Ir tcfuns laisse voir encore mainte trace d'inexpérience |)rot*rs^i«>nnelle: les préparations sont développées démesurément : le sujet principal est clouli'é entre des liors-d'œuvre ; et la description de la machine est à la fois trop longue et trop courte ; trop courte i»our ceux qui seraient tentés de pn»ndre la chose au sérieux, trop longue pour ceux qui soupçonnent Fauteur d'avoir simplement cherché un prétexte un peu nouveau lui permettant de transporter ses lecteurs dans les àp^s à venir. Et si jamais, depuis, M. Wells n'a rien écrit d'aussi profond, ni d'aussi poétique, il v a tout au moins un de ses autres romans quie^t mieux composé, mieux équilibré, mieux adapté aux règles du roman scientifique. Ni la poésie ni la philosophie n'y jouent plus de rôle, et rien n'y évoque plus le souvenir de YErc future, ni des rêves étranges et magnifiques de Poe ; mais c'est vraiment la science qui en forme la base, les faits y sont, en somme, suffisamment \Taisemblables, et l'action y est conduite d'une main très habile. Le roman s'appelle Mlle du docteur Moreati. Peut-être aimera-t-on à en lire une rapide analyse?

Dans une sorte de préface, d'abord, un certain Charles-Edward Prendick raconte qu'un de ses oncles. Edward Prendick, lui a laissé en mourant un manuscrit qui contient le récit de son étrange

av4MUiiro. Cv\ oiicli» si' Ironvait. on iV-vriorlSST, à boni iVuw iKiiran. la /-<///// l V////. «pii somhra (Idraiit uuo lravi'r<or d«» rOcraii Pa4*ilu|ii(*. (hi/r mois pliistai'tl. h' â janvier l^xs, ilfiit nrupilli en m«M\ prosqiu' au inomcM^ndroit. pariiii naviro anii^lais, rappoU» à la vie, et ramené à Londres. Les marins qui lereeueillirenl ne purent obtenir de lui aucun renseif^nement pnVis sur la faron dont il avait vécu pendant ces on/e mois. Et quand, ensuite, il se décida à révéler quelquesunes des péripéties qu'il avait traversées, on fut unanime à penser qu'il déraisonnait. Ce sont ces péripéties que, faute de pouvoir les proclamer de vive voix, il a notées dans son manuscrit. Son neveu ne saurait, natundlemeut, {garantir leur exactitude : il se borne h nous informer ([ue, dans rOcéan Pacilique du Sud. se trouve un îlot inhabité. — l'île do Noble, — qui n'est pas sans présenter quelques traits de ressemblance avec l'île décrite par Kdward Prentlick. Les marins qui Ton! visité en 1891 y ont vu d(»s animaux d'un type singulier, notamment des porcs, des lapins et des rats, tout à fait dilTérents de ceux qu'on voit chez nous. Une chose, en tout cas, est incontestable : c'est que, ayant disparu le 1" février 18S7, lors du naufrage de la Lady- Vain,, Edward Prendick a été retrouvé au |

même endroit, onze mois plus tard. Il n'a pu |

manquer de vivre quelque part, durant l'intervalle ; au lecteur de juger s'il y a quelque '% vraisemblance qu'il ait vécu, comme il Taffirme, ?

dans rile extraordinaire du docteur Moreau. r

Vient cnsiiile lo rénil do l\)iicl<». SimiI avec «Iriix ;niln»s h».»niine<. Pivmliok ii survccn au iuiiifra,<r<* tic la ljul*f Vntft. IMiisieurs jours ils orniiit au gré iii*s vairucs, sur un radeau ; bientôt la faim les aiïole. et des désirs sanglants s'allument dans li'urs yeux. Ils Unissent, classiquement, par tirer au sort « qui sera mangé ». Mais le malheureux que le sort a désigné se révolte, se jette sur ses compagnons; un corpsà-corps s'engage : deux des trois naufragés tombent à Feau en luttant ; Prendick, resté seul, perd connaissance. Quand il rouvre les yeux, il est couché sur un lit. dans une cabine de bateau, et il aperçoit près de lui, le soignant avec sollicitude, un grand homme blond aux yeux un pi'u égarés. Cet homme, qui l'a sauvé, est un médecin anglais nommé Montofomerv. 11 était sur le pont du bateau lorsqu'il a aperçu l'épave de la Liiflf/ Vain ; c est lui qui a forcé le capitaine à s'arrêter et à recueillir le naufragé.

Dès le lendemain, Prendick a repris ses forces et peut monter sur le pont. Le bateau où il se trouve est un petit schooner marchand dont le capitaine, toujours ivre, parait avoir pour Montgomery une haine mêlée d'horreur. Et Prendick découvre que Montgomery, qui vient d'Arica, emmène avec lui, pour une destination mystérieuse, toutes .sortes d'animaux : des chiens, des lapins. et unénorme/>2/ma,dont les rugissements terrifient l'équipage. Montgomery n'a comme compagnon de voyage qu'un vieil homme bizarre et repoussant, velu, dill'orme, parlant d'une voix

tef^' c«S*-. -Jj?r^ JSÉv*-^!.

ii jLlT(ii';.^*J'iç>v!it.v' i .'vJsUjÉftT

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qui n'ssomblo à 1111 alioiomoiil. Mnis l'inquiolaiil (iirMlrrin coiiliiiuo à siM«;nrr Pn»iHli<*k avoc une sollic'iliiiltî iiirali|:al)l<'; ol, s il iw lui dit rien ni de sa condilion présonU» ni du but de son voyage, il est tout \hù[ à lui faire mille confidences sur son ancienne vie d'étudiani, puis de médecin à Londres, où, suivant ce qu'il m

donne à entendre, une imprudence commise jadis l'empôche désormais de rentrer. t

Une nuit, le bateau s'arrête ; Monigomery, i

son compagnon et ses animaux s'apprôtent h |

descendre. Le capitaine, ivre-mort, exige que Prendick descende avec eux; et Montgomery, de son coté, déclare qu'il lui est impossible de \

remmener. On le fait sortir de force ; il va périr, |

quand Montgomery, pris de pitié, lui sauve la vienne seconde fois. 11 lere<;<)ildans la chaloupe venue au-devant de lui; el on ne tarde pas à aborder dans une pelitcî île rocheuse, où Prendick est accueilli par un grand vieillard de mine à la fois sinistre et imposante : le chef de Tile, évidemment. La chaloupe qui la amené est conduite, elle aussi, par des êtres bizarres, tordus, déformés, avec des jambes trop courtes et des museaux plats.

Le chef de Tile l'installe dans une chambre voisine de celle de Montgomery; puis il le quitte pour prendre livraison des botes nouvellement venues. Les lapins sont mis en liberté et se répandent dans les bois : le puma et les chiens sont enfermés dans un bâtiment mystérieux, muré, grillé, et où seul le chef de Tilc a

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150 U: ROMAN Cn.NTEMPORAIN A h ÉTHANr.ER

If «Iroil tlentrer. VA Pn^ntlick approml lo nom «lo ••».» |M-r-onn.iu«'. Il I «'iitoinl appolrr ; dorleur M«»reau.

l.e (!<». l«»iir Morcau ! Il se rappcllo tjiriiii savant «lo ci' nom, jadis, a dû ([uitt(M* Londn»s, à la suite de révélations monstruenses. Cet être abominable, dans une sorte de folie scicntitique, >e livrait à des expériences de vivisection sur «les enfants, des femmes, qu'il se procurait par tous les moyens. C'est lui, sans doute, qui se sera retiré dans cette île, pour y poursuivre librement ses cruelles pratiques. Et Prendick est interrompu dans ses réllexions par un cri épouvantable, jaillissant soudain du ^rand bâtiment mystérieux; il reconnaît la voix du pffi/ta, mais translnrmée par Tangoisse de la soutTrance. Le docteur Moreau Taura tout de suite installé sur sa table d'opérations!

Montpomery, que Prendick s'etforce d'interroger, refuse de rien dire. VA bientôt le malheureux croit deviner l'alVreuse vérité. Il est arrivé dans un lieu maudit, où des fous sanguinaires s'amusent à torturer, sous prétexte de science, tous les êtres vivants que le hasard leur fait tomber sous la main. Après le pitma^ ce sera son tour à lui! Et voici que, de nouveau, un cri d'angois>e arrive jusqu'à lui; et cette fois, sans aucun doute, c'est un cri humain! Prendick force la serrure de la chambre où on Ta enfermé, et se sauve, résolu à tout souffrir plutôt que de se livrer au docteur Moreau.

Toute une journée et toute une nuit il erre

ROMA.NCIKRH AMtl.AlS 151

à Iravors l'îlo. Los ('lia|)itri*s roiisacivs par M. \V(*lls à ci'llf fuite altnlrc sont rorlaiiiriiioiil les plus Imuiux «lu livn»; un soulllt» «riKunMir los Iravoisc «tout ji» \m\ rrois pas qu'on iflrouvo l'équivalent dans aucune fantaisie du même f^enre. Sans cesse le fugitif rencontre de nouveaux habitants de Tile; les uns ressemblent à \ des loups, d'autres à des porcs, d'autres à des J singes ; mais tous parlent anglais, tous semblent l avoir une crainte superstitieuse du docteur '^ Moreau; et, en dépit de certains regards inquié- J tants,de certains gestes de bOles fauves, furtive- J ment essavés, tous traitent le nouvel bote de l'île avec déférence. Quelques-uns lui demandent « s'il est fait » ; et il y en a im, celui qui res- | semble à un singe, qui lui montre avec fierté I que, lui aussi, il a cinq doigts à Tune de ses )^ mains.

L'homme-singe conduit Prendick dans le village où demeurent tous ces monstres. Au fond d'une hutte, un être informe, un amas de poils coupés de deux yeux et d'une bouche, se tient assis, récitant toute la journée une sorte de complainte que tous les habitants, dès qu'ils Tentendent, répètent en refrain. Voici ce morceau :

« Ne pas aller h quatre pieds : telle est la loi. Ne sommes-nous pas des hommes ?

« Ne pas sucer en buvant : telle est la loi.

Ne sommes- nous pas des hommes?

« Ne pas manger de chair ni de poisson : telle est la loi. Ne sommes-nous pas des hommes?

ir.4 Lt HOMAN CONTEMPORAIN A L ÉTRANGKK

à >on ♦•xplication. »»n dôpit do son caractère ^«itTiliîhjm'. — et suis doiit(Mle son invrais<»m- Manci'. — v^[ vraiment très curieux. Lu terrible figure il*^ .Moreau y prend une grandeur ^jui nV-st [)as sans beauté. Et voici la lin de l'explication :

« C'est ainsi que depuis vingt ans, — neuf ans à Londre>. on/e ans ici, — je poursuis mon œuvre: et toujours il y a, dans tout ce que je produi-i. quelque chose qui me déroute, qui nie mécontente, et qui me provoque à de nouveaux efforts. Parfois le résultat de mon expérience est supérieur à mon attente, parfois inférieur, mais jamais je ne parviens à réaliser pleinement mon rêve. La forme humaine, je puis à présent lobtenir, presque facilement ; mais souvent il v a des défauts dans les mains, dans les pieds, membres trop sensibles où je ne puis {»as opérer à ma guise. Encore tout cela n'est-il rien en comparaison des déboires que me cause la transformation du cerveau de mes sujets.

L'intelligence, malgré tous mes efforts, reste toujours basse et grossière, avec des lacunes inexplicables, des anomalies dont la cause m'échappe. Il y a surtout quelque part dans le cerveau un coin mystérieux, le siège de certaines émotions, que décidément je ne réussis pas à atteindre... N'importe, j\ réussirai. Chaque fois que je plonge une créature vivante dans le bain de la soulTrance qui la brûle, je me dis : celte fois je vais brûler en elle toute Tanimalité, cette fois je ferai une créature vraiment raison-

■ — .a— s^Sk xOtiEr

».»(*.«-■..•• Ch .

V '-T-lv^-J-.v

hOMA.NClEKS ANGLAIS 155

nal)le ! A[in*s lonl, qu i»sI-<m» <jiu» vinj^t ans? l/iioniinc iialiirrl a (i<*iiianilr. |M>iir st' rniislihier, (li's (Tiitaiiirs de milliers (raiiiM'rs... »

Il se lui, et rrsia |>loiip» «huis «le sombres pensées. <♦ Mais j'arrive au toiine, reprit-il. Ce puma (|ne je viens tie traiter... »

Nouveau silence. «< VA le malheur est qu'ils ne restent pas dans la condition où je les mets. Aussitôt qu(? ma main se retire d'eux, la bMe recommence à ramper en eux, à s'affirmer de nouveau. »>

Dans l'entretien qu'il a ensuite avec Montgomery, Prendick lui raconte incid(4iiment que, dans sa course éperdue, il a vu un lapin qu'on venait de tuer, et dont ou avait arraché la tùte. Et cette révéhttion épouvante le médecin; car il sait que, dès que les hahitants de Tile auront retrouvé le goût du sang, leur animalité renaîtra en eux. Le goût du sang, ils l'ont en eiïet retrouvé. Peu à peu des signes de désordre et d'insubordination se produisent; Moreau emploie les grands moyens, la menace, voire la torture, mais la révolte grandit et aboutit à une crise terrible. Moreau est tué par son jnana^ dont il était si fier, Montgomery, découragé, s enivre une dernière fois et s'otfre spontanément h la mort. Et Prendick reste seul, dans l'île, avec une population de monstres ; mais, fort heureusement, les plus cruels de ces monstres ont péri dans la lutte, et les compagnons de Prendick sont surtout d'anciens chiens, d'anciens singes, des êtres naturellement assez inoQ'ensifs.

ij^M^':^^^^

El de jour en jour, pendant de lonj^s mois, il H>>islc au travail de n''*riession (|ui se fait i*n eux. I.a nature reprend le dessus, le prestige de la Loi s'eiïaee, de sorte ([ue, h la lin du roman, lorsque Moreau parvient enlin à attirer Tallcntion d'un bateau, qui le ramène à Londres, Tilc n'est plus habitée que par une douzaine de bètes. presque entièrement réduites à leur forme première.

Voilà, — indiqué plutôt qu'analysé, — le sujet de ce roman, dont les derniers chapitres sont d'ailleurs bien loin de valoir les premiers, comme si Tauteur, après avoir expliqué son idée principale, en avait lui-môme aperçu Tirréalité. Mais ridée n'en est pas moins intéressante: et je ne crois pas que, dans le genre du roman scientifique, aucun écrivain ait encore su aussi adroitement ménager les effets, mélanger l'inquiétude à la curiosité, et, somme toute, donner à la folie un faux air de raison.

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M. RUDTARD KIPLING

Stalky UHd Co, 1899

L'été, tous les garçons bien pensants se construî- ?

saient des « huttes » dans la colline d'ajoncs, derrière >

le collège : de petites tanières creusées au cœur des 4

buissons épineux et encombrées de racines, de pi- «

quants, et de branches mortes, mais qui n'en consti- |

tuaient pas moins des palais de délices, car elles |

étaient rigoureusement interdites par le règlement. *

Et c'était déjà le cinquième été que Stalky, Mac Turk 5

et Beetle s'étaient ainsi construit, comme des cas. ^

tors, un lieu de retraite et de méditation, pour y ^

fumer. r;

Or, il n'y avait dans leurs caractères, à la con- ^

naissance de M. Prout, leur maitre d'études, rien k

absolument qui commandât le respect, et Foxy, le roux « sergent » du collège, n'avait pas en eux la moindre confiance. Ce Foxy avait pour fonctions de se chausser de souliers de tennis, de porter un binocle et, tel qu'un faucon, de fondre sur les élèves qui se conduisaient mal ; s'il avait été seul à explorer la colline, les trois garçons auraient été sûrement pinces dans leur hutte, car Foxy connaissait les façons de son gibier ; mais la Providence permit que M. Prout, |

i^âÊ£ikLlâJÊLkL;L^-Art.:'^-^J^. ^.'i J*..;;U-ài^v5t*V«i'»^\^^-.'^^^^

<58 I.E RmMAN rONTEMPORAIN A l' ÉTRANGER

rioriinif IIij'>f'*r\ iti raison do la dirrifii^ion de ses pi«Mls. s'avi-ât <!•• [>n»iidr«' pari à I oxprilillon. Kt ee fut Stalky. le siil»til. ipii ;j|H'ii;iit rniipreiiile de ses pas, sur h* >ol iii»*-rné de \i\ «< Initie », «liiranl une paisible apn*s-iuidi «ni !»» susdit Slalky aurait volontiers ouMié Prout t't sr> (iruvres en savourant un roman d'avéîitures »'t unr pipe Hfuve en hois de merisier. Plus prompt que n'avail dû elrc Crusoé lui-même à la vue des traces d'un pas d'homme dans son île, Stalky enleva les pipes, balaya hors de la hutte les vieux bouts d'allumettes, et courut avertir Réelle et Mac Turk.

Mais. — trait bien caractéristique de ce jeune garçtm. — il ne r»'joi^nit pas ses alliés avant d'être allé trouver le pt-tit M. Ilartopp, président de la Société d'histoire naturelle, société qu'il avait jusqu'alors ouvertement méprisée. Hartopp fut plus que surpris quand l'élève, avec une douceur dont il avait le secret, le pria d'inscrire les noms de Mao Turk, de B'-etle et 1»* sien sur la liste des membres de la société, confessaiit une curiosité lonj^temps dissimulé»' pour la pousse des plantes et la formation des papillons, et s'oflVant. si M. llartopp l'y autorisait, à débuter tout de suite dans sa nouvelle vie. Etant maître d'études, Hartopp était méfiant ; mais il avait l'enthousiasme de l'histoire naturelle, el sa gentille petite àme avait été séduite par quelques observations zoologiques que le trio, et en particulier Beetle, avaient émises devant lui. Aussi fut-il gracieux au pécheur repentant et s'empressa-t-il d'insf<' cpire son nom et ceux de ses deux camarades sur

la liste des membres de la société.

Alors, et alors seulement, Stalky vint rejoindre

Hoof signifie sabot de cheval.

Ai» -.""X ■«.•.:'(*- .J>^!il^i^^'"'-,i..àifctÀ»<'.vv i;. <'■■ ■ Kâ^sL^r^At ..' 'à.J •S&.-^:- »^. ■ • -1- -'A---, il f -^jaMySrttf^i'îli

ROMANCIEB8 ANGLAIS 459

Beetle et Mao Tiirk (l«ins la ^allr dT^liidos. ï,es cIimix gaillards ôtai(*nf oocujW's à fair«* uiic {irovisiim dr livres pour aller passcrraprès-inidi dans lourtaniôrf, parmi les ajoncs.

— Fichus! — dit Stalky avec sérénilt*. — J'ai découvert dans notre Irallt* romprt'inlc des pi(Mls magiques de IIoi»fer. Quelle bénédiction qu'ils soient si énormes !

— Que le diable!... Avez-vous caché les pipes? demanda Beetle.

— Au contraire, je les ai étalées au milieu de la hutte, cela va sans dire! Quelle brute slupide vous êtes, Beelle ! Vous croyez donc être seul à avoir une tête ? Mais le fait est que nous ne devons plus songer à jouir de notre hutte. Iloofer ne va pas manquer d'y faire le guet !

— Zut ! Quelle saleté ! — dit Mac Turk d'un ton pensif, tout en déballant les volumes dont il avait cuirassé sa poitrine, car les élèves bien pensants, pour se rendre dans leurs huttes, cachaient leur bibliothè(|uc entre leur chemise et leur gilet. — Quelle saie farce ! Autrement dit, nous voilà en suspicion pour tout le trimestre !

— Pourquoi cela ? Tout ce que Hoofer a trouvé est simplement une hutte. Lui el Foxy vont y monter la garde ; mais avec nous cela n'a rien à faire. Nous devons seulement éviter, pour un temps, de trop nous laisser voir dans ces parages-là !

— Eh bien ! et où pourrons-nous aller pendant tout ce temps? demanda Beetle. C'est vous-même qui nous avez choisi cet endroit! Et puis... et puis j'avais envie de lire, moi, cette après-midi !

Stalky s'assit sur le rebord d'un pupitre.

— Vous êtes une pitoyable brute, Beetle ! Parfois je me dis que je serai forcé de vous lâcher tout à

-— -'>--Tû3^

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fait. Voyons, osl-ci» «|ii«* votre onde Slalky vous a, jiis<|u ici. j'tmai>« oulilit-y ///v rchcs în/ecfis^ drs ijiie j ai vu l«-5 traces «J»'s |ias de lloofer, je suis nWr. trouver le petit llartopp. J'ai ^a^né Itî cœur de ce di^ne idiot. Je lui ai dit que vous vous engagiez à lire des rapports aux cliasseurs d'insectes, si seulement il consentait à nous admettre dans sa société. J*ai dit que vous, Turkey, vous rafîoliez des papillons. Et le fait est que j'ai si bien amadoué le Hartopp que dès maintenant nous sommes, tous les trois, chasseurs d'insectes !

— Va à quoi cela nous servira- t-il? demanda Beetle.

— Eh ! Turkey, rossez-le ! Il est trop bete ! Dans rintérét de la science, la règle du collège

se relâcliait considérablement en faveur des membres de la S«icit;lé d'histoire naturelle. Ces jeunes savants avaientle droit de se promener où bon leur semblait, aux alentours du collège, à la condition d'éviter les maisons et les propriétés particulières. M. llartopp se portait garant de leur bonne conduite.

Cest ce que Beetle commença à comprendre, aux premiers coups de poing qu'il reçut de Mac Turk.

— Je suis un âne î reconnut-il en se frottant les reins. Allons, Turky, pax, je suis un âne !

— N'eropéche, la chasse aux insectes est un sale métier ! déclara Mac Turk. Comment diable allonsnous nous v mettre ?

— Voici comment ! dit Stalky en désignant du doigt des pupitres de « petits », à l'autre extrémité de I étude. Les gosses sont enragés pour Thistoire naturelle ! Tenez, passez-moi la boîte du jeune Braybrooke. — Il ouvrit la boîte, en retira une poignée de vieilles racines, la referma, et se la mit en bandoulière. — Hein! quel air professionnel cela

i *4àj[sâae:^âfiâêya^^

KOMANCIERS ANT.LAIS IGl

VOUS donne Ifnil <Ir suitr î Kt voici \r niiirliau ii<*o1nj^iiju»* (I(» C.hiy nfiftnrf {]\'^\ Hcrlh* 4|iii va !»• |MHlrr. (^iiarid à vou^, Tnrkey, lâiih'/ de dôniclii'i-. i|iici(|ii(' part, un file! à papillons.

— Je veux iHnî damné si je le fais î — dit Mac Turk avec sinipli«:ilé. — Beetle. passez-moi le marteau !

— Tenez, prenez-hî! Je nru suis pas fier! Dites donc, Slalky, décrocliez-moi ce filet «pii pend derrière vous î

— Voilà qui est parfait î Par saint Sam, mais c'est (pie nous voilà en teinu.» complète de chasseurs d'insectes î Kt maintenant écoutez votre oncle Stalkv ! Nous allons aller chercher des papilkuis du côté d(î la falaise! Bien peu d'élèves s'aventurent par là!

Inutile d'ajouter que, sur la falaise, les trois colléirions ne s'occupent guèn» de chercher des pa|>i lions. Ce qu'ils cherchent, c'esl un ahri où ilspuissenl, mieux encorequedans leur " hiitle » et plus en silrelé, l'unier leur pipe et lire des romans. Kt ils ne lardent pas à trouver ce qu'ils cherchent, sous la forme d'un parc de faisans, eu vue de la mer. Un écriteau les avertissant que l'eutréc du parc est formellement interdite, ilss'empressentd'y entrer, hien certains que personne ne les y rejoindra. Mais à peine se sont-ils mis à leur aise, dans un ravin des plus f

agréables, qu'un coup de fusil retentit derrière 1

eux. Et les voici qui s'enfuient, et voici qu'ils ^

rencontrent le maître du parc, un vieux gentleman aux favoris blancs.

— Ha ! ha ! mes gaillards ! Je vous y prends î

ilsi." * i, ...i.. ■ u ■ v.:».^,^--. r..-' ■ .-.v «v j.. r:-V<â'iifi:-^a*:;r''.:'v. »t^-'ï*fî^'a»î^iiiiiij£i>«,i

Vous vous ••t»'*^ p»Tmis «11» dôrang-cr m(»s faisans ! N'«-^>aytv \u\< <le !♦• îii»r! Kt inutile <le cacher vos cas«[ii»lt»> ' .If vi.i'. biiii (jue vous faites partie du

colleir»? I Parfaiteiuenl. N'essavez pas de Je nier!

Allons, vite. vr»< noms »t vos numéros! lia! vous n'avez pas vu ricriteau. peut-être ? Vous Tavez vu, n'est-ce pa-? Ne^saye/ pas le nier ! Maudits garnements!

Il étouffait d'émotion; Mac Turk frappait du pied, signe certain qu'il perdait son sang-froid. Mais comment lui, le coupable, puuvait-il être si irrité?

— Pardon, Monsieur ! Est-ce que vous lirez sur les renards? Parce que. si vous ne le faites pas, votre garde le fait ! Nous Pavons vu ! Peu m'importent h's noms que vous nous donnez, mais c'est une chose affreuse ! C'est la ruine de la bonne entente entre voisins !

— Savez-vous qui je suis ? demanda le vieux gentleman, interloqué.

— Non. Monsieur, et je ne me soucie pas de le savoir, quand même vous seriez de la famille royale î Mais je vous prie de me répondre, comme un gentleman doit répondre à un autre ! Tirezvous sur les renards ou ne tirez-vous pas ?

— Non î répondit le vieillard, soudain radouci.

— Eh bien, alors, vous devez renvoyer votre garde! Il n'est pas digne de vivre dans le même comté qu'un renard craignant Dieu ! Et un renardeau, encore, à cette saison !

— Etes- vous venus ici avec l'intention de me parler de cela ?

— Mais parfaitement, mon cher Monsieur! reprit Mac Turk en frappant du pied. N'en auriez-vous fait autant si vous aviez vu la même chose se passer sur mes terres, hein ?

^.m^ i /« \S, riitio;' " "*'■'

bargflaft^îaiiai

ROMANCIERS A.NGLAIS 103

Ouhlirs, oulilif'S élaiont le rollègf et le respect ihi aux personnes d'A<^e î Mar Turk se eroyail revenu dans \v domaine de son pèro, en Irlande, oïl, durant les vacances, il était vice-roi de quatre mille acres de terres incultes, fils uni(|uc d'une maison vieille de trois siècles, seigneur d'un bateau de pêche délabré. C*était un landlord parlant à un landlord, — la profondeur faisant appel à la profondeur, — et le vieux gentleman comprit cet appel.

— Je vous fais mes excuses, Monsieur, toutes mes excuses! Et maintenant, auriez-vous la bonté de me dire toute votre histoire ? S

Cinq minutes aprt>s, Mac Turk et le colonel \

Dabncy sont devenus d'intimes amis. Le colonel |

conduit les trois collégiens jusqu'à la terrasse |

de sa maison, les régale de bière et de cigares, leur avoue que, étant lui-même un ancien mauvais élève, il a gardé une extrême sympathie pour les mauvais élèves, et les autorise à venir se divertir dans son parc quand bon leur semblera. Voilà leur « hutte » avantageusement remplacée !

Mais le maître d'études Prout les guette, et le sergent Foxy continue à se méfier d'eux. Et un jour, tandis qu'ils fument tranquillement leur pipe dans un coin du parc du colonel Dabney, ils entendent, au dehors, la voix du maître d'études, venu en compagnie d'un de ses collègues. Ils se cachent, effrayés, dans la loge du concierge, s'attendant à toutes les horreurs d'une extradition ; mais le colonel Dabney refuse de laisser entrer chez lui ces représentants d'une

l'.t LE ROMAN rONTRMl'ORAIN A L KTIt \NGER

aatorih* qu il »l«''li*-lt' : cl nnn sfiilcnirnl iln»fiiso il»' l«'^ l;ii^>«'i' •'iilrt-r. il Iciii* îhIi'(*ss<» oiicnrr, sur If-.»uiil. iiih'Imui^uim'I srvôiv admoiiostalioii, 1rs meitiu'ant «h» jHjil.'r phiinlt» cuiilro eux s'ils ne > »»n vunt pa> au |»lus \iU\

— N'avv/.-vous [)c«s lu mon écriteau? Quoi ? Votre devoir f Vous usry. lue parler de votre devoir? C'est trop d impudence. Monsieur ! voire devoir est de vous tenir à l'écart de ma propriété ! Me parler de votre devoir, à moi ! Bientôt vous allez vous mettre à m'apprendrt' mon A B C î Des élèves î des élèves! Vous n'avez qu'à «rarder vos élèves chez vous, Monsieur! Je ne suis pas responsable de vos élèves ! Mais d'ailleurs j«' n'en cn»is pas un mot, pas un S'iil mot I Vous avL/ dans vos veux un re«rard furtif, un regard faux et ru<é <pii ruinerait la réputation d un archange ! N'e>-'ayez pas de le nier, Monsieur! N'avez-v..us [»as lu nies écrileaux? Allons, n'essayez pas de !♦• nier!... t^uoi, (pi'est-ce que vous mo clianlezy Que vt»us »*'le<, pour vos élèves, in loco jhireutis ^ Kli l»ien, moi aussi je me rappelle mon latin I Et je vous dis : Quis cnstodùU ipsos custodes /

Tout cola nVmpecha pas, d'ailleurs, le principal du collège d'oclroyeraStalky, à Beotle elà Mac Turk une ample ration de coups de fouet, lorsque les lroi> jeunes gens comparurent devant lui. Mais du moins ils reçurent les coups avec l'agréable conscience de ne les avoir pas volés : et bien souvent, depuis lors, quand ils passent près de Prout et de son collègue, Stalky demande distraitement à Beetle : « Dis donc, mon vieux, t^uis cuslodiet ipsos custodes ? »

Toi l'sl. t»\acl(MinMil. Ir >nj«*l i|r In pi'iMiiirro parlic <h' Sfti/hi/ mnl f . Ir iiimixciu r«»i]i.Mi ijr M. iWidvanl Kiplin-. La -^rminl»- p.irlir nous rôvrie, <mi vini;l-tiM(| |»aL:«'>. •!«• i|ih'll«* inurniiMisr faroii Slalkv. Urrlh' t'I Mar '\'\\vk >«• '^oiif vi'nws do M. Kiii^. lo inaîiro «rôlmlos. «|iii s olail permis (le les plaisantoi*. SaclianI i|ut» lo voiliiricr du coUôj;(» avait rhalûludo dVin» ivio tous les soirs, quand il rovoiiait avec los [n'ovisions, ils ont imaj^ino un soir do lui lauoor dos piorros, cl si adroitement, ol si soorôtemonl. que lo brave homme n'a pu s'empocher de croire que c'était Kinj:: t|ui les avait lanc»'*es. Il s'<»sl rué sur lui. Ta rompu tie coups, et, naturollomont, il y a perdu sa place, mais les trois jeun<*s yens vont jiaj^no uneadmirahlo «ncasion do se divertir.

Ainsi tout U* volume, à l'exeeplion d'un court 6pilo|^ue, n'a d'autre objet que do nous l'aire assister aux divers épisodes do la uuerie de Irois collégiens contre leurs nuiîtres d'études. Veut-on connaître encore un troisième épisode de cette lutte héroïque? Tn matin, donc, le malheureux King a pris la liberté de dire à T

Stalky, à Mac Turk et à Beetle qu'ils feraient sagement de se rendre au bain, car la propreté |

n'était pas leur fort : et, depuis lors, toute |

l'étude de King s'était amusée à railler ^

Taimable trio, en lui reprochant d'être sale et de sentir mauvais. Sur quoi Stalky et ses deux |

acolvtes s'emparent d'un chat mortel l'intro- f

duisent dans le plancher du dortoir de l'étude |

de King ; et de jour en jour une puanteur plus

Slf^-j^^iJl* ■-'. . -l^: VrlJiV'V^«.-.<.:..r»^^1bi^îJ*î;iiw^

|(>6 LE ROMAN CONTKMPORAIN A l'ÉTRANGER

<''|»ouvantahlo so ropanJ dans ce dortoir et les durlnir> voisins. ju.s([irà ce (|irenliii on déenuvn», sous le plaiiclitT, un cliat <jui a eu réliange p<»ns»'e i\r venir nnuirir là.

l)e toutésces aventures résulte un roman qui ne ressemble jruère à ceux que nous avons Tliabitude de lire, ni môme à ceux que produisent d'ordinaire les romanciers anglais. Tout au plus pourrai-je le comparer, pour Tintcrêt et la portée du sujet, à un vieux roman de M"* de Ségur, qui s'appelle, je crois, 6^/î ffon petit diable: car là aussi j'ai le souvenir davoir, — il y a bien longtemps, — assisté aux divers épisodes de la lutte d'un collégien contre son maître d'études, et je me rappelle que quelques-uns de ces épisôiles m'ont paru pour le moins aussi drôles que ceux qui remplissent le volume deM. Kipling. Mais, entre le roman de M™* de Ségur et celui du plus fameux des romanciers anglais contemporains, je vois plusieurs différences essentielles que je vais essayer de noter, afin de préciser par là le véritable caractère de Stalky and C°.

La première de ces différences consiste en ce que le héros di'Un bon petit diable joint à sa mauvaise tête un excellent cœur, tandis que les trois héros de M. Kipling ne semblent pas connaître d'autres sentiments que la rancune, Tenvie, la voracité, le désir de nuire et l'hypocrisie. Le vol est pour eux une pratique constante. Non seulement ils se volent entre eux, mais leur grande distraction est de dévaliser les pupitres de leurs camarades. De mentir, de reje-

Èa5#»rti'";.

nOMANCIERS ANGLAIS 167

l(*r IcMMs l<nls sur iraulros élèvos, <rassonimer los « polils - par mariièro do passo-lonips : de cela aussi ils soiil rouhimiers. Et je veux l)ien (juc toul cela uo soit qu'habitudes de collèj^e, relevaut, couime lelles, d'une morale spéciale; mais le fait est que Stalky, Beettle et Mac Turk mamjuent, à un degré étonnant, de ce qu'on est convenu d'appeler «du cœur». Pas une fois, durant les deux cent cinquante pages du livre, ils ne font ni ne disent rien qui permette de deviner chez eux une ombre de pitié, de tendresse, ni même simplement de générosité. Ils ne rendent service à personne, n'aiment per- -^

sonne, ne s'intéressent à la peine ni au plaisir de personne. Ils méprisent leurs parents, ils sont jaloux de leurs camarades, ils haïssent leurs maîtres, et, s'ils respectent un peu le principal du collège, c'est surtout parce qu'ils savent qu'il a la main dure. Ce ne sont pas eux qui, comme le « bon petit diable » de M"* de Ségur, s'interrompraient de martyriser leur maître d'étude pour aller distraire et consoler une jeune fille aveugle; et moins encore ils seraient capables d'éprouver le sentiment ■

qu'éprouva, à leur âge, le cher David Copper- |

lield, quand il apprit que son maître d'étude |

employait son argent à payer la pension de sa |

mère dans un asile de vieillards. David Copper- «

field, en apprenant ce secret, oublia ses griefs contre le maître d'étude ; mais Stalky et ses deux compagnons, en pareille circonstance, se seraient, au contraire, empressés de rappeler au

Ift8 LK R<iMAN CONTEMPOftAI.N A L ÉTRANGER

ni.iîlr»' «ri'hhli's I InimMr ciniililion «le sa inf'n% t| r'.iit ••!.' pour i«nx un iiH'iMiisaliic sujet • Ir |»l.ii-;irit»'rir^. 'I.ir ils ont «lo Ifspi'it, <»l h?ui's invf ntion^ >.iiil juirlois rMnii<|u«'s; mais cr soûl, au «l'-nifuranl, Iruis vilaines brûles, et je ne crois |»a> ipraucun lecleur français réussisse iU'onipn*n<ire la vive sympathie qu'ils |)a laissent inspirer à leur historien.

Voici maintenant une seconde diiïérencc :

c'est que le roman de M"' de Sé}i:iir n'a d'autre intention que d'amuser les enTants, tandis que le romande M. Kiplinjr prétend èlreune thèse, une leçon «le morah* pour les petits et les grands. Cette prétention se révèle clairement à nous dans répilôi:ue. où Slalky, l{e<»tle et Mac Turk nou> sont monlns comnnî de vaillants officiers de I armée auL'laise sacriliant leur vie pour aider r«'mpire hritanni(|ue à étendre les limites lie S'in lerritoin*. De même qu'ils ont lulté, au collèj:e. cuulre les Prout, les Kinj^ et les Foxy, ils luttent îi présent contre les Afjihans et contre les Zoulous : et M. Kiplinji^ nous donne h entendre qu'ils ne seraient point devenus d'aussi parfaits héros s'ils avaient eu jadis le malheur dètre de bons élèves. Il oublie seulement de nous faire savoir s'ils continuent, entre deux exploits, à s'approprier Fargent de leurs camarades, s'ils ont gardé l'habitude de rejeter sur d'autres les fautes qu'ils peuvent commettre, et s'ils considèrent toujours leur plaisir personnel comme la seule chose qui ait de Timportance. Les Afghans, les Zoulous, et maintenant

HOMANCŒHS ANr>l.\IS ItiO

los Ho<»rs, no doivent pas sniihnitor do lutiilior oulro liMirs hkuiis : voilà. <hi moins, n» qui rossorl (lu lonu nVit ilo leur (Mluratimi, ol «îVst assez |MMir quo M. Kipling nous proposo rotlo éducation comme la plus apte à formordo loyaux soutiens de Tempiro britannique. I/objot de son livre est de nous offrir une leçon de morale impéfialis/p. Et il nous informe, en outre, à la dernière page, que ^esp^ce de ses héros est aujotird'hui innombrable». « L*lnde est toute pleine de Slalkys, anciens mauvais élèves de Cheltenbam, de Haileybury et de Marlborough, des gaillards dont nous ne savons rien et dont nous n'entendrons parler que quand s'engagera une forte partie. Intafjhif^z spiilnnoni Slnlky Idcht}, (/(ffis h su(t de F Europe^ avvc un nonibre suffisant (h* SUJis ol itne perspoctwe raisonnuhlp de butin! P(»nsez, de sang-froid, à ce que cela donnerait! >» En vérité, ona pcineày penser de « sang-froid » ; et Ton songe que voici, en attendant, Stalky et ses pareils « lâchés » dans le sud de l'Afrique « avec une perspective raisonnable de butin ». Puisse du moins « le nombre de leurs Sikhs » n'être pas « suffisant », ou plutôt puissent-ils s'apercevoir que les farces de collège ne sont point la meilleure méthode pour former des héros, et que ni la pratique du vol ni celle de la délation ne valent, à ce point de vue, la lecture de TEvangile et Tamour du sol natal!

Et voici enfin une troisième différence, entre le roman de M*' de Ségur et celui de M. Ki-

'èML^iJeièiMé.^lz: cj:é>. uf: ■■■:i^:, \':.k;^ÈSs^

170 LE ROMAN CO.NTKMPOHAIX A L*ÉTRANGRR

plini: : pII»' <*on>isli' on cr que; Un bon petit tlifth^' esl iiîi livn* a^-ifz mal rcrit, mais vif, vari»'- ••! rliarinanl. laiulis S/ftIlf/ and C' osl un livn- fnrt luiTi «'iril, mais monolono, Iraiiuint ol pivsque illisilile. On n'imagine pas ennui plus morne que celui qui finit par résulter de celte longue série <le faeélies, dont chacune tient, à elle seule, de vingt à trente pages. Les premières amusent, les suivantes supportent «•ncore d'être lue? : mais, quand on voit pour la sixième fois Stalky, Beetle et Mac Turk préparer une vengeance contre M. King, la patience s'en va, et l'on jette le livre. Sans compter qu'il n'y a pas dans ces récits Tombre d'une scène qui fasse diversion, qui repose un peu de Tcternello lutte des trois collégiens contre leurs sup'Tieurs »?t leurs inférieurs. Et telle est la pauvreté iittérain* de ce livre que l'auteur n'y est même point parvenu h donner à chacun de ses trois héros un caractère qui ne soit qu'à lui. En réalité. Stalkv, Beetle et Mac Turk sont trois incarnations d'un même type: ils ont tous trois les mêmes sentiments et les mêmes pensées. A peine trouve-t-on des nuances différentes dans l'argot qu'ils emploient, car ces aimables gaillards parlent argot , et c'est par là sans doute qu'ils divertissent surtout le lecteur anglais. Mais qu'on imagine un romancier français, M. Anatole France ou M. Loti, employant trois cents pages à nous raconter des brimades de collégiens, et faisant servir son talent de style à déformer la langue française en cinq ou six façons différentes I

^^si^^-^>îà^SSlébà2.:j^L^i^jiz^.x:^^

roma>'cii-:r8 anglais 171

Aussi pn'*f(''n'-jo «lo IxN'iiictuip, pour ma part, l/i hou jtf'lit flinhlr à Sfttlhf/ aiul ('"; j'y Iroiivc» plus do simplicité, plus tlhuiuauito. plus iTarl, ou ou tout casuu nrt plus olr^jiut. ol uiomt», au slyl(» près, plus <lo littôraluro. Mais los loctours anj^lais sont d\m aulro avis. Ils savouivnl avoc délice le nouveau roman de M. Kipling, ils en apprennent par cœur les trails et les réparties, comme ils faisaient autrefois pour les romans de ce Dickens, en ([tii ils n'ont jamais voulu voir qu'un joyeux farceur, l'inventeur deSarah Gamp et de M. Micawber. Et, si une aventure politi(|uc ardemment souhaitée par M. Ki|)ling se trouve nuire, peut-être, un peu au succès de son livre, ce succès n'en reste pas moins encore considérable, digne d'un ouvrage publié simultanément dans deux grandes revues et qui a, dès maintenant, valu à son auteur des bénéfices tout à fait fantastiques. Quoi qu'il écrive, vers ou prose, pamphlets politiques ou anecdotes de collège, M. Kipling est l'auteur favori du public anglais : il Test depuis ses premiers livres, et tout porte à penser que sa gloire ne fera que grandir avec les années.

Je dois ajouter, d'ailleurs, que son talent, s'il ne grandit pas, ne semble pas non plus trop sensiblement diminué. Stalky and C" est long, monotone, dénué de vie, fatigant à lire ; mais il ne l'est pas davantage que Soldiers Tkree, dont il forme, en quelque sorte, le pendant, et qui compte parmi les chefs-d'œuvre de M. Kipling. Il ne Test pas davantage, même, que

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r.t LK ROMAN <:O.NTEMPnRAIN A L ÉTRANGER

(•«• A// /'• ///' la .htnf//f'. <lonl le seul a tirait pour ii'»iis \ i-'iit <li' la nniivi'aiilé <lu sujol, el puis au>si<|f i-rtto nialailii* que nous avons à présiMit <i«" vouloir atlniirerà tout prix los jçloiros rtranp*n»s. Kl cola nr signifie point que», à mou avis, la ^loiro de M. Kipling soit imniorilcc :sa durée même prouve assez qu'elle esl légitime, et fondée sur aulre chose qu'un engouement passager: mais cela me parait prouver, une fois encore, que le< diiïérentes races ont des fa<;ons différentes de comprendre la beauté. M. Rudyard Kipling mérite sa gloire, parce qu'il est le plus anglais des auteurs anglais, l'n admirable hasard lui a donné, dès l'enfance, toutes les qualités qui sont faites pour plaire à ses compatriotes, toutes celles-là et pas une de plus : de sorte que s«»s livres sont aussi incapables d'ennuyer un Anglaisqu'ils les ont d'intéresser, — sérieusement, de bonne foi. — un Français, un Allemand, ou un Husse. Ce sont des produits essentiellement nationaux, et une étude un peu approfondie deT^euvre de M. Kipling nous aiderait mieux à connaître le caractère anglais que toutes les dissertations des historiens ou des sociologues. Mais je ne puis songer à entreprendre aujourd'hui une telle étude ; j'ai voulu seulement signaler, dès sa publication, ce nouveau roman d'un écrivain, qui n'a peut-être pas encore de statue, mais qui partage dès maintenant avec Shakespeare l'honneur de voir son œuvre découpée en anthologies, livres d'or, birthday book.s^ etc.

M. W.-H, MALLOCK

The Inilhidualist, 1800

Bloomshury osl un des quartiers de Londres que connaissiMit le moins les liahitants du West- Kiul, el Tristrani Lacy, cerlain soir de janvier, avait beaucoup de peine à y trouver son chemin. Trislram Lacy était un élégant jeune hommequi, |

brusquement enrichi par un héritage imprévu, \

cherchait à l'aire de ses millions lemploi le plus sage possible. Il se rendait, ce soir-là, à «

une réunion, organisée dans unesalle de Blooms- û

bury, Startlield Hall, par une société de philan- «?

thropes, pour étudier « les moyens d'améliorer j

le sort des classes ouvrières ». Mais jamais il n'aurait pu découvrir Startlield Hall, sans Tobligeance d'un passant à qui il s'était adressé et qui était précisément un des organisateurs de la réunion. Cet excellent homme, M. Prouse Bousetield, s'était ofl'ert à lui servir de guide; et il l'avait invité à venir, en attendant, diner chez lui, où il aurait le plaisir de rencontrer |

17 fr LE HOMAN CONTEMPORAIN A l'ÉTRANGER

M uiio dt»s porsonnos les plus càlèhrcs de l*t;urM|M' . Mr> Xorham, la romancière.

Mrs Norhani était inconteslalilcmcntuno personne célèbre. Elle avait écrit un roman à tlièse qui s'était beaucoup vendu, en dépit de sa longueur et de sa solennité, et l'avait élevée au rang d'une prophétesse. Elle vivait entourée d'un groupe d'admirateurs enthousiastes, qui, si la chose avait été possible, l'auraient prise encore plus au sérieux qu'elle ne le faisait elle-même. Aussi se trouvait-elle dans le plein éclat de ce cpi'on pourrait appeler la dissipation éthique ; pareille aux jeunes mondaines qui s*ennuient les soirs où elles ne vont pas au bal, elle se serait désespérée si elle avait dû passer une journée sans prendre part à quelque mouvement réformiste. Elle jouissait de la délicieuse émotion de sentir que le monde avait besoin d'elle, que les masses imploraient son aide, que les hommes d'Etat s*in({uiétaient de son opinion, et que les classes élégantes, avec leur corruption et leur frivolité, ne pouvaient se passer de la discipline de son aigre dédain. .Si par malheur ses projets de réforme s*étaient réalisés, elle aurait été inconsolable, comme jadis Alexandre, faute de nouveaux abus à combattre et à vaincre.

M. Prouse Bousefield ne se lassait pas de la louer. Fervent cluélien, membre zélé d'une secte' jion-conterriuste, il admirait en elle jusqu*à son athéisme. « Mrs Norham », disait-il à Lacy, « représente le plus haut degré où puisse atteindre la nature humaine sans le secours de

••siti»!.-»-

-viIkb,

i^H^^W^dS.?.

lîi vc^ritô révélée. Le seul fait de connaître une telle fenmi(» est déjà une éduealion! »

Dans !«' salon où M. Ilouselield le fit entrer, j

Lacy trouva trois dames: Mrs Bousefield, une brave petite bourgeoises toute naïve et toute ronde, son amie miss Brisket, et la fameuse Mrs Norham.

C'était une grande femme avec d'assez jolis yeux dans un visage un peu trop osseux. Ses cheveux étaient relevés, sur les tempes, avec une simplicité étudiée et sévère ; et, sur le haut de la tète, elle portait un peigne avec un disque doré qui la faisait apparaître comme dans une auréole, tandis que ses formes se drapaient dans une sorte de peignoir bleu sombre, sur le modèle de ceux que sont censés porter, au ciel, les saints du moyen âge.

Les présentations faites, on passa dans la salle à manjçer, oii Lacy eut d'abord à écouter les confidences de Mrs Bousefield sur la santé de son mari et les diverses précautions hygié- "^

niques qu'elle lui imposait; mais bientôt la voix ■ >

de Mrs Norham domina toutes les autres. Elle j

parlait d'une phrase d'un de ses articles, qu'on avait eu l'audace de vouloir couper. « Ce serait détruire toute mon argumentation », disait-elle, «qui consiste à établir que toute énergie éthique est fonctionnelle, que son objet est togjours altruiste, et que la religion ou, comme je rappelle, Tégoïsme redoublé... » Mrs Bousefield, là-dessus, demanda à son hôte s'il aimait les f€

176 LE KO.HAN COSrEMPORALN A L*ÉTR V\r.RR

chab. Elle les aimait, ello-niônio, passionm»monl : AU* m tenait un sur s(*s j;t'n()ux, qu'elle care>>ait entre deux boueliées ; mais le chat, ravi d*' l'attention qu*on lui accordait, releva la tète au-dessus de la table, et Mrs Norham l'aperçut. Elle était, de nouveau, occupée à prononcer le mot deyoïsme, un des mots dont elle usait le plus abondamment. » Un chat dans la chambre! » s'écria-t-elle, «je ne puis souffrir les chats! Vite, qu'on le fasse sortir! » On fit sortir le chat, et Lacy, profitant de cette diversion, interrompit la dissertation de Mrs Norham pour lui demanderquelques renseij^nements sur l'objet et le caractère de l'œuvre de Startfield Hall. « Etes-vous de la presse?» fit la dame d'un air dédaigneux. Elle changea de ton, quand Lacy lui eut répondu qu'il n'était pas do la presse et que c'était en capitaliste, en possesseur de terrains, qu'il s'intéressait à ce genre d'entreprises. Le riche était un des objets les plus constants de la satire de Mrs Norham; mais à la pensée que cet inconnu pouvait être riche, elle radoucit aussitôt ses manières, et elle expliqua que le but de la société « — mon but», reprit-elle, «carie mouvement n'est en réalité sorti que de moi, bien que j'aie trouvé pour l'encourager des cerveaux plus puissants que le mien »», — que son but était « d'élever, non par des moyens économiques, mais par la civilisation, par la pensée, par la variété et la multitude des connaissances, cette grande masse aveugle, sourde, misérable, à qui le monde

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*wÂi»2ikij^»i>d??^ "''^

HOMANCIERS ANGLAIS 177

(lovait tonlc sa ^randcMir, toute sa richosso, tout son luxe et tout son liiiMi-Alro. »

Lcdiner loucliiiit ù >a (in, Iors(|U(» doux nouveaux pcrsonna*c<'s furent introduits dans la salle à manger. Tous deux étaient des membres influents de la société de Startiiold Hall : ils venaient régler avec M. Bouseiield et Mrs Norham Tordre des discours et discuter les sujets qui y seraient traités. Mrs Norham demanda à parler la première: elle dit qu'elle resterait « générale » et s'attacherait surtout à exposer les principes, Tesprit de Tœuvre. Un des deux nouveaux venus, rélégantPoulton, ancien élève de Cambridge, déclara qu'il parlerait après elle: il prendrait pour sujet le militarisme et montrerait que la guerre était essentiellement « un jeu d'aristocrates »>. Puis viendrait le tour de son compagnon Tibbits, inventeur méconnu, qui, poussant Tattaque plus à fond, démontrerait que l'existence des classes aristocratiques est le seul véritable obstacle au progrès de l'humanité. M. Bousefield demanda à Mrs Norham si elle ne croyait pas qu'on ferait bien ^* de donner la parole à une ou deux dames : i « Non, pas aujourd'hui! » répondit vivement la I romancière ; « dans un an ou deux, quand le carac- 4 tère de toutes les femmes aura été transformé, % alors, oui, nos principaux orateurs seront sûre- I ment des femmes. Mais à présent, sauf dans f quelques cas exceptionnels, les femmes ont une >( tendance à divaguer, à perdre de vue l'objet précis où elles devraient tendre. Et puis, tous les

if.

^^x. ■.'"■--. • -' ^«-1 ■.■•.-..'■.'-•. •• -, .'*-.,^.r^;'\^\ï'Z^\tiMÙuh*^bè/^

( "iiil- \il.i:\ «|iii |MMiv.»nl iiili''i'<'ssi'r l:i iiahirt* 1' ftiiiiiii*'. h'^ Hiir;ii ti)ii('li<'s inoi-inrtiir dans

Klli- |»ar'l lit ainsi. loi-i<|iH» la |)(>r(i» s'ouvrit r{ i|u «Mitia uni' j«'uno IVnuno fort agivalilc et nu<o iwoe un p»ùt partait, à cola près quello [Miiiait lr> clu'M'ux cuupés court, comme un ^aroun. C*«'tait imc aulre <' personne célèbre »>, Mi>? iJelia Dickson.

Miss Dickson avait, e!lo aussi, écrit lui roman à tlh-^e. l'i ♦tait, ollr all^sl. liovenuc ()U('l(|uc chose i"iiiiii«Miiif'j.Iiu[)li«H«ssc:iiiais,liin(lisc|neMrsXorliam j):i.|»M>ail d»' r«'l'urmcr la société un civilisant les ii;;i^>«-;. <|iii. «lu itstc. étaient, «lés maintenant, le pi ii:<ihal fa -Ifur «!«' la civilisation, Miss Dickson •'thi» f»Hrsua«lét' qui- <etlr révolution avait pour con- «Ii?i'»ii ri» r»-saire un clian«;emi'nt complet dans le Ci-rart^-r».' d» s représentants du sexe masculin, chanirenit'Ut <ju«- la f»Mume devait se charger de réaliser, eu M ver>anî la pure lumière de ses regards au fond le plus ténébreux des vices de l'homme ».

Elle venait dire à M. Bousefield qu'elle comptait parler la première à la réunion, et qu'elle « se confinerait à la question vitale, en adressant un simple appel aux épouses et aux mères, mais surtout aux jeunes filles, destinées à devenir un jour des femmes et des mères ». Suivit, entre Mrs Xorham et elle, une discussion aigredouce, qui aurait risqué de tourner en querelle si l'heure de la réunion ne Tavait arrêtée. On se mit donc en route pour Startfield Hall:

jl5!&-.';v**'îùî

RCIMANCIERS ANGLAIS 179

Miss Oickson. (|ui aviiil j4.anlt» son iianv, y prit aviT, <*IU» Mr> Uoiist'tiohi «*( I ri/'^aiil Poi]lh»ii. qui oraij^nait ilo salir sos >uiili«'r> vrriiis. Mrs Norliain. aver lo reslo dr la socirlr, |>iviéra aH(M' à pitHJ. « Nous allons toujours à pioiK à llloomsburv ! » dil-clle sôvèrt»inent à Tristram Lacy.

Son premier soin, on montant sur restrailo, fut (le (ioplacer Miss Dickson, qui. arrivée avant elle, s*était installée près tlu fauteuil ilu pn'»siil(Mîl. Et la réunion conmien<:a. Klle souvrit i

par une allocution de M. Houselield, qui fut ^

trouvée excellente, à l'exception d'un passage |

moins heureux. Le digne président, p^lr ma- i

nière de comparaison, avait parlé de « lapôtre i

Jean à Patmos ». C'était du cléricalisme, et un :

petit liomnu' en veston, « le plus formidahle t

critique queùt encore rencontré le théisme », \

se mit à fredonner assez haut pour pouvoir fttre \

entendu de toute la salle : « Jérusalem ! Jérusa- i.

lem ! » sur un air de gigue. On goûta beaucoup |

celte plaisanterie.

Le discours de Mrs Norham, qui suivit, ne fut qu'un éloquent réquisitoire contre « Tégoïsme» en général, et régoisme des classes aristocratiques eu particulier ; mais le grand succès fut pour le discours de Félégant Poulton sur la guerre et le militarisme. « La suppression du militarisme », déclara Tancien élève de Cambridge, « est la condition indispensable de la renaissance du peuple. Aussi ne nous fatiguerons-nous pas de lutter contre le militarisme,

•i rcmtro los sontîniiMits palriotiquos, dont il ost I ••X|n«-^ion. nu'f»>t-«r rn rllVt (|ii<' le patiioti^iiH'.* ^l'rst un crime «lo lèsc-rnajcsto contre riionirii«* ! »>

Fautt' <lo pouvoir parler la première. Miss Dick- >on avait exij:»^ qu'on la laissât du moins parler la dernière. Elle se mit en devoir d'adresser st)n appel « aux filles de l'Angleterre ». — u Savez- vous »», leur dit-elle, « ce que sont vos futurs maris? Non, vous ne le savez pas, mais vous avez l'obligation de rapprendre. Considérez, par exemple, ce tableau de la vie privée lies hommes dans une de nos villes de garnison!... > Un vieillard se leva, dans la salle, et demanda la parole : <« Monsieur le président », ditil, « ma vue est malheureusement un peu faible, et je ne puis voir le jeune homme qui vient de parler: mais j'ai amené ici ma femme et mes deux tilles, de sorte que je vous prie de vouloir bien rappeler à l'orateur qu'il y a des dames dans l'assistance! »

Ainsi s'acheva la première partie de la réunion, car les discours des membres du comité n'en devaient former qu'une première partie, et M. Bousefield donna ensuite la parole à ceux des assistants qui désiraient collaborer à l'œuvre de Startfield Hall en s'inscrivant sur la liste de ses bienfaiteurs. Un long silence accueillit cette proposition. Enfin Tristram Lacy s'avança sur Testrade :« Monsieur le Président, je ne suis peut-être pas entièrement d'accord avec vos collaborateurs sur tout ce qui vient d'être dit

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ici; mais je serais hoiircMix <lo sonscriro à votn» (iMivre si, on plus dos divors ohjols cpn» vous lui avez assif^nés, vous vouh»/ l)ien on adiiiotiro quolquos auti'os, qui, tout on diiïoraiit d'oiix, n'y sont point opposés. Comme vous, jo désire vivement venir en aide aux pauvres en les instruisant; mais je voudrais qu'après leur avoir appris, par exemple, leurs droits naturels, ou pût leur apprendre aussi leurs droits légaux, et je voudrais que, pendant que vous enseignerez aux hommes l'économie politique, on piU enseigner à leurs femmes et à leurs filles Téconomio domestique, non point les beaux-arts, mais Tart de la ménagère, celui de la gardemalade, et, si jo puis risquer ici cette expression, celui aussi de la cuisinière ! »

La salle, aussitôt, se partagea on deux camps. Mrs Norham prolestait avec véhémence contre une aussi audacieuse « mvstification ».Mrs Bousefield et bon nombre de dames approuvaient lamendement du nouvel orateur. Et celui-ci eut un moment avec lui l'unanimité des assistants, quand il déclara qu'il était prêt à verser quinze cents livres pour la mise en pratique de son amendement.

Mrs Norham elle-même, à ce coup, se radou- '%

cit tout à fait. Elle demanda à Lacyde la recon- |

duire jusqu'à sa porte, après la réunion, et, sitôt 1

seule avec lui, elle fit un vigoureux eflbrt pour |

le convertir.

— Si vraiment vous avez Tintcntion de venir en

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unU' aux paiivn*>. lui il il -elle, vous feriez mieux de «Imiiii.t lin |,.-u ir.<rir,Mii u 4|ui'l(|urs-iins d'entre eux, (\\i" hmun .i\uii^ • IltlV|*Ii^ (Ir piiMueiier à travers 1 |-.»ir««[)e. Mi»i-ihriiir «t M. Rnusrtield, nous allons «'M ("nduir' une di/aini' dans lo midi de la France, où nous les ins(aIli*rons ilans (rois villas que nous avons loue«< pour eux. Il nous paieront le prix du voya»re et de leur pension, pour avoir toute liberté vi>-a-vis d»- nou>. Kt nous faisons cela moins pour raffermir leur sant»? que pour les lirer du cercle trop étroit où il> vivent, pour leur apprendre à ne pas se contenter de ee qui leur suflisait jusqu'ici.

— Je parlais précisément de voyages, l'autre soir, avec un ambassadeur de mes amis, répondit Lacy, et mon ami m'a dit une phrase (|ui, depuis lors, m'est plus d'une fois revenue à l'esprit : « Jamais le diable n*a trouvé une nott» mieux adaptée à sa voix que le siflKt du rheniin «le f<M-. » Je crois vraiment qu'il avait raisuM, Mr< \orluun. F.e bonlieur exige des limitations, cela même que vous appelez « un cercle trop étroit . Kt puis, si vous le permettez, il y a encore une observation que je vais vous présenter. Aussi longtemps «(ue la civilisation n'aura pas rendu heureuses les classes supérieures, votre espoir d'en tirer du b«»nheur pour les classes inférieures sera aussi chimérique que l'entreprise d'un homme qui, s'apercevant que son vin a un goût de bouchon, le distribuerait, comme de bon vin, à ses parents pau\Tes.

Quelques semaines après cette soirée, Lacy, se promenant le long de la côte, entre Saint- Raphaël et Saint-Tropez, rencontra de nouveau la fameuse Mrs Xorham. Elle s'était installée

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HOMANCIEKS AMil.XIS

avt'c les HoiisclieM dans iiiio «Ips Irois vill.is «|U ils îiNîiirîil loiiri'>, l;ii>s;inl It's «h'iix ;iiilri»< aux »« liôh*> paNiinU •• ; ri cnix-ri lormaitMit . m M'rih'. «laii*» cf Irais paNsaui' «li' Prn\(»iiri». uni'

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colonif dos jdiis iinpivviit^s. Il y avait là di'iix dcMix jeinu»s lillrs cMnaiu'i|M''c*s, dont Vuxu* ôlait une socialislo rhr(Hi(Miiio t»l d«ml rîuilre, nouvellomcnt <''chap|>(H» (Tiin l)iircaii di» poslo de Londres, « s'était vouée à iiitrodiiire. parmi les employés des postes anjriaises, îles manières pins indépendantes à ré*j:ard dn pnidic m. Il y avait im ex-gartton de ferme qui, « comme Klisée. avait quille seshieufs pour écrire une série de //-«c/n sons le titre collectif de llnfêriorifr tf**s soi-ilisanf sujtrrifiirs »>. Il y avait nn ex-tailleur, Oueirli, dont Mrs Norhani avait (entrepris de faire un iirand poète c»t qui, (»n attendant la publication tle ses Chants dr l' Eyaliié, passait ses journées à s'enivr<»r d'absinthe dans les cabarets. Il y avait anssi l'ék^ant Poullon et Tibbits, l'invcnlenr méconnu. Celui-ci avait obtenu de Houselield la promesse de commanditer une Ai' ses inventions, un moteur électrique pour la bicyclette, et était en instance pour obtenir un brevet. Et comme Lacy s'étonnait qu'un socialiste se résignât à prendre un brevet et à dépouiller ainsi la société du fruit d'une invention qui était à elle bien plutôt qu'à lui, M. Bouseiield répondit, sans ombre d'embarras, que la propriété des inventions était chose inattaquable.

H.-k.Jt.

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Par«*il à un «rrand noniliro dlitimmes Ak\ sa condition. M. Boii^t'lirM adint'Unil h* socialisiiu' coiniiu* un«' prtih'slatioii, in.iis iioii coiiuih^ un pr()(>;raninic pratifuo. II y trouvait la nialiiTC duiir corlainc quantitt* de )>lirases qui lui pcrnictlaioid <r(!xprinier sa sympatlilf pour K^s pauvres. Mais, en vérité, sauf le non-coufi»riuisnk' et le caractère sacré de la chasteté, il n'y avait rien pour lui d'aussi respecfable que la [iropriélé, ou du moins que toutes les formes de la propriété qui n'étaient pas la propriété foncière : et celle-là même, il la considérait bien plutôt comme une institution à blâmer qu'à supprimer.

Ouant à Mrs Xorham, ollc poursuivait la série de ses réformes, envoyant aux revues de Londres d'innombrables articles. Son seul chagrin, dit-elle à Lacy. élaildo penser que des milliers de misérables fussent privés delà jouissimce de celte mer et de ce ciel, et « de l'influence purifiante do leur beauté ».

Elle ne s'attendait pas à la brillante aventure qui devait, des le surlendemain, inaugurer une phase nouvelle dans l'évolution de ses idées. Dans le train qui la ramenait de Cannes, le surlendemain, elle rencontra une vieille dame, qui, en lisant son nom sur un de ses paquets, lui demanda si elle n'était pas « la fameuse Mrs Xorham ». La vieille dame était lady Cornélia Leyton, sœur du premier ministre anglais, lord Runcorn, qui habitait, Thiver, une somptueuse A'illa aux environs de Fréjus.

Et Mrs Norham se vit invitée à venir diner, un des soirs suivants, chez le premier ministre.

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Oliii-ci, livs aimablo, la comhia d'aUcntions, la rnr(;a à approiiNor des priiiri|>os «loiil, la v('ill«\ la soiili» iJro Tatirail exaspiTijc; t»t, tout Ir Irnips (In dînrr. iMrs Norham se (Irnianda si l<»s classes arislorraliqiios ne pourraient pas fournir ii sa prédication un terrain plus avantageux encore (|ue les classes ouvrières. Elle eut, en vérité, une grosse déceptiou, lorsqu'après le r

dîner la venue de deux ou trois jolies ladies parut avoir coniplètenKînt fait oublier sa présence au l

premier ministre ; mais quelques mots galants r

qu'elle reçut de lui au moment de partirsuffirent pour la rasséréner. Et quand, à son retour, ?

M. Bousefield lui lut un article qu'il venait <

d'écrire sur les vices et les crimes de Taristo- \

cralie, elle lui déclara que cet article était stu- %

pide, et qu'il se déshonorerait en le publiant. . ^

D'où une brouille, dont se réjouit profondé- |

ment Mrs Bouselield, car la présence do \

Mrs Norham dans la villa avait tout à fait 't

annulé la pauvre femme, à qui son mari ne permettait même plus de le dorloter; mais hélas ! sa joie fut de courte durée. Un matin, elle vit son mari et Mrs Norham rentrer d'une pro- |

menade, en meilleurs termes que jamais ils n'avaient été.

De sorte que la malheureuse Mrs Bousefield, désespérée de la froideur croissante de son mari et du mépris que lui témoignait sans cesse davantage Mrs Norham, forma le projet d'en finir et courut s'étendre sur les rails du chemin de fer. L exemple de ce suicide venait de lui

i-«ii»....<jfct«,^*.»' ikl.C^J^ .vj... ^..L^.. Ul-''i^-^- *.^e!^Isiiij^»J-.»-*.'A.ti^*t\.;<iViit.ï^liL^^

ISt) LE ROMAN CONTEMPORAIN A L ÉTRANGER

rliv tJonnt* parle poète <Juelch, qui, on lisant il;iii^ if*H journaux l(»s moqueries des cri(i(|uos à ra«ln"»M' dos i.hattfs dr rEfjftHli\ avait l»u un dernier verri' «ral»>intlie et s'était jeté sous les rnue^ d'un train: mais Mrs Bouselield, par miracle, fut arracher à la mort. Au moment où elle sV'tendait sur les rails, son mari lapercjut; il courut à elle, tendr<*ment la ramena dans sa chambre, et, dès ce jour, Mrs Norham perdit son empire sur lui.

Elle ne se souciait plus, au reste, d^exercer lie l'empire sur les petites gens. Le suicide de Quelch. la faillite de Tihhits Tavaient dégoûtée des classes inférieures, et de plus en plus elle était frappée du prestige des classes supérieures, c'est-à-dire du terrain qu'elles oflVaient à sa prédication. Grande fut sa joie lorsque, dès son retour à Londres, elle reçut une lettre de lady Cornélia Levton, l'invitant à venir dîner avec elle, et lui promettant de lui présenter diverses personnes qu'elle aurait plaisir à connaître, et une d'elles, notamment, « en qui elle trouverait un esprit proche parent du sien ». Elle vint donc, en grande toilette et plus que jamais en humeur d'amabilité. Lady Cornélia lui présenta une jeune institutrice allemande qui Taidait dans ses travaux de broderie : « Elle vous sera très utile pour votre œuvre d'éducation populaire ! » lui dit-elle. Etait-ce donc là r« esprit proche parent du sien » ? Hélas ! non. Et la pauvre Mrs Norham dut subir une épreuve plus amère encore. En pénétrant dans le salon du ministre,

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nOMANClERS ANC.LAIS 187

cWv vil orliii-i'i en i!oiivi»rsali<m aviM* unejouni» IViiimo aii\ l'IiovtMix coiirls (|ui puraissait ùtre |ilu.s iMi laxrur (|irelle-inrmr m» l'avail rtô dans los plus Im'«iu\ jours. « V(»ici », lui «iil latly (]ornôlia, M ràuu» suMir de la vùliv, quej*ai tenu h vous fairo ciuiiiaitre ! Comme vous, elle porte tant d'intérèl aux questions sociales ! " C'était Miss Délia iJiekson, l'apùtre du féminisme^ la personne au monde qu'elle haïssait le plus!

Cette amusante Figure de Mrs Norham, dont je regrette de n'avoir pu donner qu'une esquisse trop sommaire, suffit, à elle seule, pour justifier le succès ilu nouveau roman de M. W. H. Mallock. Klle n'y occupe, cependant, qu'un petit nombre de pages et n'y joue qu'un rôle tout épisodique. Le sujet principal du roman est l'aventure amoureuse de Tristam Lacy, qui, après avoir renoncé à se marier avec une ingénue de vingt ans, par crainte de n'être plus assez jeune pour elle, se décide à épouser une aimable veuve, et bien lui en prend de choisir ce parti, car la belle veuve se trouve être l'héritière légitime des millions qu'il détient et qui, seuls, lui permettent de se livrer à toute sorte d'expériences de philanthropie antisocialiste. Mais autant sont curieuses et vivantes les scènes où nous apparaissent Mrs Norham et ses I

admirateurs, autant le reste du roman est banal,

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188 L£ ROMAN CO.NTEMPORAin A L'ÉTRANGER

niala<lroiL aH'cct^'*. déplaisant. Lacy, la bello \on\i\ rinfr/'imc, aucun des raraclères « sympatlii<|u<*> •' <lu roman ne parvionl à ^^a}^n(*r notre >ynipatliie : ce ne sont «|ue de vagues ombres et dont l«* va*:uc «'t la médiocrité nous frappent d'autant plus qui* Tauteur met plus d'insistance à les ramener sous nos yeux. Sans compter qu7i ce défaut d'être un mauvais roman, The InHiviihifdist joint un défaut d'un genre plus spécial et qui achévi' d'en rendre la lecture pénible. On a en effet l'impression, à le lire, que M. Mallocka voulu faire un '< roman à thèse », tout comme Mrs Norliam et Miss Délia Dickson, et on n'arrive pas à deviner quelle peut être la thèse qu'il a soutenue.

Personne, pourtant, n'était mieux fait pour réussir dans le roman à thèse que M. Mallock, romancier par occasion, et, par métier, moraliste, un des plus personnels parmi les moralistes anglais d'aujourd'hui. C'est lui, ons'en souvient, qui a naguère formulé ce qu'on pourrait appeler •• la question du siècle », en intitulant un de ses livres la Vie tant -elle la peine tVétre vécue? Et sans cesse, depuis lors, il a lutté, avec une hardiesse et une verve admirables, contre les préjugés moraux, scientifiques et sociaux de son temps. Sous une forme souvent paradoxale, ses livres, F Egalité sociale^ Aristocratie et Evolution ^ abondent en réflexions ingénieuses et

1 Deux des ouvrages de M. Mallock : la Vie vaut-elle la peine d'être vécue ? et C Egalité sociale^ ont été traduits en français par M. Salmon (Firmin-Didot).

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RO.MANClF.hS A.N4;LA1S 180

sages, et Tho imliviihialist liii-nirmo est nMUpli tlo ivilexions <k» ce j;:oiiro, ainsi (uTon a |)ii en ju^er par les quelques phrases que j'en ai citées. Mais ces réllexions, éparses à travers le livre, ne sauraient remplacer, p(»ur celui-ci, la portée et la signification générales (pii lui font défaut. Et l'pn voit hien que Lacy ni M. Mallock ne prennent pas au sérieux les déclamations de Mrs Norliam; mais pourquoi Lacy nous entretient de ses aventures économiques et sentimentales, pourquoi il nous force à le suivre dans les salons de Londres, dans les bals masqués, et le long du littoral de la Méditerranée, c'est ce que nous continuons à ne pas deviner.

Il n'y a pas jusqu'au titre dont le sens ne nous échappe. Viudivif/na/isir^ c'est, évidemment, Topposé du socialhie ; mais est-ce que le fait de n'être pas socialiste suffit pour constituer, k présent, une opinion et tout un caractère? Ou bien est-ce que le fait que Lacy raille, en mainte occasion, les théories anti-aristocratiques de Mrs Norham, est-ce que cela peut suffire pour nous faire voir dans The Indiviclualist^ comme \

Taffirme un critique anglais, la mise en pratique des idées développées par M. Mallock dans Artsiocratie et Evolution? La vérité est que, si, dans son roman, M. Mallock s'est montré sévère pour les ennemis de Taris tocratie, le tableau qu'il nous a fait lui-même de cette aristocratie est, peut-être, plus sévère encore. Il nous Ta représentée bruyante et vide, préoccupée de misé-

itiîés^réiiv»-^^: -«' « -' "'-^ --bp^:;^^:!:^^-.- :<:;>: iti^ ^^4::^..k'-^<i^.'^f-^.^ lH^n'i''fièt(m^'^rY:à

190 LE ROMAN rO.NTKMPriRAI.N A i/ÉTRANGER

rnhios intrij^iW'». pivlr aux compromis los plus (l(*^'^r;Hl;inU. Ht h's vrntimriits i|iril w pivh's à >on lii'p»*. V uiJirithitiUstf Lacy. l'^aloiiL pour l«» m«>iii«. «'Il ha^sosso cnix «!«' Mrs Norhaiu ot «le M. hoiisetiflil. {a* modèle de rarislocrate, apprenant que l'homme dont il hérite a laissé un iils naturel, et que le malheureux se trouve réduit à vivre d'expédients, n'a pas un moment l'idée de lui venir en aide : il ne songe qu'à défendre ses millions contre lui. Et tout cela aussi inutile que déplaisant : trop invraisemblable pour que nous puissions nous y intéresser comme aune étude de mœurs, et trop mince, trop spécial pour que nous parvenions à V découvrir l'ombre même d'une thèse.

Est-ce à dire que M. Mallock, moraliste éminent, n'ait aucune des qualités d'un bon romancier? Je ne crois pas, au contraire, que, depuis Thackeray, personne ait su aussi habilement incarner en des figures à la fois vivantes et typiques les travers, les ridicules et les vices à la mode: mais le tort de M. Mallock est de ne point se résigner a son pessimisme. On sent que, quoi qu'il fasse, il continue à penser que la vie i< ne vaut guère la peine d'être vécue ». L'humanité ne lui apparaît que dans ses laideurs et dans ses erreurs. Moraliste, il ne s'entend qu'à la réfutation ; romancier, il n'a de talent que pour la peinture des Tibbits et des MrsNorham. Et c'est ainsi que son nouveau roman échoue de la façon la plus misérable à nous faire goûter les avantages de « l'individualisme », tandis

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ROMANCIERS AM.I.AtS

({u'oti no snnrait souhaiter iinr plus spiriliiollo ni plus riKii'daiitr saliro <lo ro • sociali^iiir iiiloll<»clii(»l ». qui. (iopuis vin^l ans, nr ri»sso pas «le se répamliv dans les milieux universilaiivs et

littéraires anglais.

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