‹ Écrivains étrangersChapitre 28 sur 41 · I.r. ROM\N CONTEMPOnvlN A I. KTHANr.F.R · texte numérisé non relu

I.r. ROM\N CONTEMPOnvlN A I. KTHANr.F.R

n»nian< <l<» Slrvon^on s'imposoraicMit corlainoiiitTit à nolr«*<uiii»>il«''. Lour bcaiitr poôti(|uo nous trha|»|M'niit. mais la t'rairheur, 1 aisance, liinpivvu di^ leur invontion ne pouriTaicnt manquer de nous ravir: et il<* même qu'autn^fois CVrt'/vv.sv? Harloii p a préparé la voie à la Nouvrlle He/oïse^ peut-être ces légères et vivantes fantaisies nous rappelleraient-elles que Tadultèrc n'est pas l'unique sujet digne d'ôlre traité par les romanciers.

Une telle traduction, au contraire de la précédente, n'exige ni du génie, ni même des aptitudes ou des connaissances spéciales; elle nVxigc que du bon sens et de la bonne foi. Reste à savoir seulement si une telle traduction est aujourd'hui possible, et je crains fort malheureusement qu'elle ne le soit pas. Les auteurs étrangers, d'abonl. n'admettent point qu'on les traduise de cette manière. Stevenson, en vérité, est mort, mais ses héritiers sont là qui, sans doute, protesteraient au moindre mot transposé ou omis: " Comment ! diraient-ils, le texte anglais porte une virgule, et vous mettez un point et virgule ! Une incidente qui est à la fin de la phrase, vous la placez au commencement ! » Et le malheureux traducteur ne saurait que répondre, car c'est ainsi, il n'y a pas un auteur étranger qui ne croie que l'ordre où il a rangé ses mots soit à jamais parfait et immuable, pas un, non plus, qui ne prétende connaître assez à fond le français pour corriger les traductions qu'on fait de ses œuvres. Je me rappelle avoir traduit, il

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V il mil' <iijii/iiiiio iranru'-i's. iiii liviv russe dont i'aiitriii- i-noii.it le fr.mr.iU iLii |i<>iiil .!.■ ne |.:is c-oiii|)Jviiiin' 1rs l.-lln'^ .|ir<iii lui <-un\ail; ri. lt>i'si|iio jo lui iii siiiiinis ma IradiKlinn, il l'a rofuiti' l'ii entier, iusrrivaiil ;i laphicc de chaque mot russe le inrniier mut fran»;ais coiTt-spondant qu'il trouvait dans sun dictionnaire. El il m'affirmait que la valeur principale de son livre était dans le stylo; et il espérail que la traduction allait (^nicrvoillcr le public franeaisîEt puis, il faut liien l'avfiiter. à suppuser que les auteurs étranf(ers onssnit la sagesse d'admettre qu'on tirhi/ilfit leurs ouvrages au lien de les traihiire, nous-mêmes, lecteurs frani;aîs, nous refuserions de l'admettre. On nous a tant liabituôs à considérer l'exaclitndc littérale comme la première vertu d'une traduction que toute traduction qui n'aurait pas l'aïrd'une traduction, qui ressemblerait à tut livre fran(;ai3, expressément écrit pour notre usage, aussitôt nous deviendrait suspecte et nous déplairait. Nous reprocherions au traducteur d'avoir délîgurc l'iBuvre originale, de l'avoir dépouillée de sa couleur locale. A cette traduction lisible et agréable nous en préférerions unt - -■- -' machinalement calquée sur l'origii eunuyeuse pour que nous nous réi lire, mais ennuyeuse avec solennité, traductions de ce genre qu'on noi depuis trente ans : ce sont ell< empêché Tolstoï et Stevenson et d écrivains étrangers de prendre pîef

•210 I.K BOMAN CONTKMPUHAIN A I. i:TUAN(;ER

«le «K'vonir viaim«*nl iiùirrs, comme juilis relaient ilfMMius h,'> lUcliarJson o[ los Daniel tie I '•♦.'. lit co soiil files «I lie nous réclamerions lie ceux <|ui vii'nflraii'UhiousoUVir <les af/(f/)/allons. Xou- Si^mme^ ainsi tuul impréjrnés d'une foule Jidt'es qui. peut-être, ne sont pas plus fausses que dautn*-. mais qui n'ont pas été imapnées par nous ni pour nous, qui sont à Tinvcrse de nos troùtsi't de nos instincts naturels, et qui nous emjièchent de jouir des satisfactions à notre portée, sans les remplacer par rien ([u'un mortel ennui...

Et maintenant je me hâte de revenir aux lettres de Stevenson. En voici deux, d abord, qui datent de novembre 1871^ Le jeune Ecossais avait été envoyé par les médecins à Menton, où il était venu déjà av«'C sa mère neuf ans auparavant: c'est durant un des arrêts de son voyage qu'il écrivait, le 10 novembre, à Tamie à qui il avait pris l'habitude de confier, chaque semaine, le détail de ses actions et de ses pensées :

D\ivignon,

Ma chère amie. — Je viens de lire votre lettre. Je l'ai lue au sommet de la colline qui s'élève derrière la cathédrale et le palais des papes. L'air entier était imprégné de soleil couchant et du son des cloches, et je suis bien désolé de ne pouvoir pas même vous donner la moindre idée de la méridionalité et de la provençalité de tout ce que j'ai vu.

Ecrire mest impossible en voyage. C'est un défaut, mais qu'y faire? Il me faut, pour pouvoir

■ùtf <J»yiA.iJKSâi&t»

KOMANCIERS ANGLAIS 211

rcrirc, me snilir un peu cliez moi, el ma tôle doit avcur le li»isir tie se mettre en ordre. Les images nonvellos nrt'ppressriil, et puis j*ai une fièvre de mouvement. Ne vous fâchez done pas de la pauvreté de mes lettres! Pensez au misérable état de ma léle, et à celte douleur que je sens grimper le long de mon épine dorsale !

J'en suis de nouveau arrivé à me dire que je n'avais rien de grave, ce qui est d'un bon signe; mais je suis toujours affreusement énervé. Tout ce qui ressemble à de la rudesse me cause une terreur enfantine, et tous les bruits, mais surtout certains sons de voix, me font plus de peur que si je voyais le diable. Un poète aveugle, que j'ai trouvé vendant ses œuvres dans les rues de Sens, m*a d'abord captivé par un étonnant équilibre de force et de douceur dans la voix ; je l'ai écouté assez longtemps et je lui ai acheté quelques-uns de ses poèmes ; mais voici maintenant que cette voix m'est entrée dans la tète, et voici que je découvre que c'est du faux métal, une voix vraiment mauvaise et horrible, au fond. Elle m'a hante tous ces jours-ci, mais je crois en être à peu près délivré.

Après le dîner.

Un vent du Nord souffle, ce soir, le long de la j

vallée du Rhône, et tout est si froid que j'ai été |

forcé de demander du feu. Il y a dans la cheminée, - 1

derrière ma table, un gentil craquement et pétillement de bois en train de flamber, qui est une bien intime et amicale musique, encore qu'elle semble réclamer, au dehors, une ville toute blanche de neige.

•212 LK BOMAN t.O^TKMPt^nAI.N A L KTIl \N<iF.U

Venilmfi, 1 1 noi'vtnhre.

J*» «l'rai à >ï«'nton pour laimi versai ro de ma nai»»sanr(». avf.^ il«'s ina^^esdc letlrcîs à lire. Aiijom'- «riiiii. j ai travtrsi' le Hliùiio rt suis iinuilé sur la cnllin^', <ic 1 aiitnj cùtr, pour voir la ville à distance. Avijrnon m*a «iiiivi avec sos cloches, ses tambours et ses tronipelt«*>. car la eliôre vieille ville n'a pas défraie pour l'alKuidance de ses bruits divers. Sur le pont, à voir l'eau brune et trouble qui écumait en se brisant, j'avais peine à croire possible le spectacle qui m'apparaissait le long du ileuvo, deux ranj?i'-es de collines d'un bleu transparent et doux. Sur l'autre rive, le soleil embrasai! si furieusement la route blanche que je fus bien heureux de pouvoir faire un détour et marcher à Tonibre d'un champ d'oIivier>. Il y avait neuf ans et six mois que je n'avais plus vu un champ d'oliviers! Je me suis trouvé trt'schaniré. moins gai, mais plus sage et beaucoup plus heureux. J'ai relu votre lettre, et je suis resté assis un nu)ment. contemplant le fleuve avec son île et les fantastiques contours de la vieille cité. Ses collines semblaient se fondre dans le bleu du ciel ; même le grand pic qui domine Carpentras semblait être devenu immatériel, s'amincissait dans l'étendue et la puissance de la lumière bleue.

J'aimerais à rester plus longtemps ici, mais je [ ne peux pas. Je suis poussé devant mol par une

f, inquiétude invincible, et je partirai tantôt, vers deux

i' heures. Je vais maintenant revoir, une fois encore,

1^ Téglise, le palais, et la colline ; il n'y a pas dans

i; Avignon d'endroit qui me soit plus ami.

MarseiUef le même soir.

Vous ne pouvez rien vous figurer de plus noyé

ROMANCIERS ANfiTAIS 213

dans la limii«''r«' que la vue que j'ai t»Uf tlu liaul de la cnllitt(\ l/onilirc iinuiolutc i>t noir** <lu vioux pont, sur la surfai*»' jauiio du IIimiv*', sru»l)lail plus solide que lep<»nt lui-nirnit*. A l'endroit (m'i jt* m'étais assis hier s«)ir, un homme au visap* rasé, coiffé d'un béret de veh»urs. êtudiail une parlition; sans di>ulo, un des elian leurs de fa Mtwtte th* Port ici qu'on jnue ce soir au Ihéàtre d'Avignon. DeUout. derrière lui. je suis resté lonjrlemps en eontemplation. Le Christ blanc, sur la j^-rande croix brune, se dressait, en un ri'lief vigoureux, contre le ciel, et les quatre anj^-es apfenouillés se gniupaienl à ses pieds avec les (juatre lanternes, tandis que le musicien C(U)tinuait à étudier sa partition, battant la mesure du doigt, sur la marche de pierre.

McntoHy \'2 norotibrc.

J'ai eu mon premier enthousiasme à Orange, en m'éveillant et en ouvrant tout lar<res les volets de la fenêtre. Ln si grand iîot de lumière vivante Iondit sur moi que j'avoue que je ne pus mempécher <le danser et d'exprimer ma joie en parlant tout haut, et juste à ce moment la femme de chambre entra avec l'eau chaude, ce qui ne laissa pas de me rendre un peu confus !

Aujourd'hui, depuis le départ de Marseille jusqu'à l'arrivée ici, ma journée n'a été qu'un long enchantement. A la gare de Menton, j'ai laissé un portier d'hôtel s'emparer de mon bagage et, tout de suite, je suis allé, à pied, vers la ville. J'étais un peu embarrassé d'abord pour m'orienter, car la gare n'existait pas encore lorsque je suis venu ici pour la pre- ^ mière fois; mais soudain, tandis que je cherchais à ■• me diriger, un grand souffle m'apporta l'odeur des

21 i I.r KOMAN CONTEMPOB\IN A i/ÉTRANGKR

jardin»; «J'oran^'ors et de citronniers, et ce fut assez pour quf , au^-^it^t, le prt*s«.'nl se rciKacliàl au passr, dans ni^n e«»[»rit: cl «»n un clin d'teil la srriif Imit entière s»» r«»pr».'S«»nta à moi avec son ord«mnanre, et ji» me 5»^ntis « li»*z moi. J'eus de la [M'int* à nr«'nipôcher de danser de nouveau.

Il faut que je vous envoie celle lettre drs aujourd'hui, pour vous apprendre que je suis arrivé sain et sauf, en bonne humeur, el, je crois, en bonne santé. J'espère pouvoir, toutes les semaines, vous envoyer une dnse du soleil du Midi, au lieu de cet aig-re vent d'Est dont étaient pénétrées mes lettres d'Edimbourg^.

Menton^ 13 novembre.

Ma chère mère. — La place n'est pas où je pensais; elle est à l'endroit où était Tancienne poste. L'hôtel de Londres n'est plus un hôtel; mais j'ai trouvé une charmante chambre dans un hôtel voisin, avec une fenêtre au Midi et une fenêtre à l'Est, d'où j'ai une vue superbe sur Menton et sur les collines. Sur la vieille place, il y a un kiosque où l'on vend des journaux. Un essaim d'omnibus montent et descendent entre les platanes de la route de Turin, allant chercher les étrangers qui arrivent. La promenade traverse maintenant les deux torrents et promet de s'étendre bientôt jusqu'au Cap-Martin. De Tautre côté, les villas sont bien plus tassées Tune contre l'autre qu'elles n étaient de notre temps. Je vois briller la blancheur de maisons nouvelles, à l'Est, jusque vers Grimaldi, et j'entrevois un viaduc qui sans doute conduit les trains au-dessus de la caverne, où l'on a trouvé autrefois des os préhistoriques. Bacon a dit que a le temps était le plus grand

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nOMANCIRRS ANC.LAIS 2ir>

des innovalours », ce qui est peut-être Tobservation la ()lus vidr (le sens qu'on ait faite jamais; mais, comme c'rsl Harun qui l'a faite, je suppose ([u'elle vaut mieux que loules celles que je pourrais fain». Ne dirail-on pas que les cluises sont fluides? Dix ans suffisent pour les déplacer et les modifier si fort que, même avec une mémoire des lieux aussi vive que la mienne, j'ai peine à reconnaître les endroits où j'ai longtemps vécu et dont j'ai pieusement gardé le souveniren moi durant tout l'intervalle. Cependant les montagnes. Dieu merci, n'ont pas change, bien que les torrents aient du leur faire plus d'une entaille, et les pluies déloger plus d'une pic^rre de leurs sommets gris. La mer fait toujours le môme bruit sur les cailloux du rivage, et les jardins de citronniers et d'orangers remplissent toujours l'air de leurs frais parfums, et les gens ont toujours de bonnes figures brunes, plaisantes à voir, et les malades (hélas !) sont toujours assis sur la promenade et jouent de leurs doigts avec les franges des châles et des couvertures, et le ciiàteau des Morts se dresse toujours au-dessus de la ville, et le fort et la jetée sont toujours au pied, avec cette difîérence qu'il y a maintenant deux jetées au lieu d'une, et — je suis au bout de mon souflle. t La suite à la prochaine fois.) Prenez bien soin de vous ! A propos, c'est aujourd'hui mon anniversaire de naissance. Votre fils dévoue.

D'autres lettres, ensuite, nous montrent Stevenson transporté brusquement au fond de TAmérique. Au mois de juillet 1879, en effet, le jeune homme, apprenant la maladie d'une dame américaine qu'il avait connue Tannée précédente à Fontainebleau, et qui devait plus

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216 f.r ROMAN CONTEMPORAIN A l'ÉTRANGER

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lanl «l«"*v»Miir «i-i f»*mmo. s'rtait mis on roiito pour aller la ri'joiii'ln'. Il rUiW jiarli à ravriiliiresiir un l)ut»MU (1 «'nn^ranU. ronmic avaionl l'ail jadis Martin Cliu//l<'\vit cl >nn jovial valet de « liainl«re. Il avail traversé les Ktais-l nis en train omnilms et >'étail enfin installé, à demi mort de fali<:ue et de privations, dans la petite ville de Monterev, en Californie, d'où il écri- \ait à ses amis de Londres des lettres comme celle-ci :

Mon cher Ilt^nlev. — Voud riez-vous choisir, à v«>tre poùt, le meilleur volume de Labiche, et l'envoyer par la poste à Jules Simoneau, Monterev /Californie ? Faites cela de suite. Ce Simoneau est le patron de la ^••arguto où je prends pension, un très brave homme avtîc qui, tous les jours, je discute l'univers et je joue aux échecs. Il a quitté la France depuis trente-cinq ans. de sorte qu'il ne connaît rien de Labiche.

Hier j'ai mis le feu à une forêt : crime pour lequel, si je m'étais laissé prendre, j'aurais été aussitôt pendu à Tarbre le plus voisin, car le juge Lynch est ici en pleine activité. Vous auriez dû voir ma retraite stratégique. Je courais comme le diable : c'était en vérité un joli spectacle. Et la nuit je suis allé voir le feu que j'avais si malencontreusement allumé, et j'ai eu beau faire, je n'ai pu m'empêcher de le trouver superbe.

Monterev est un aimable endroit que je commence à aimer beaucoup. Le Pacifique enfonce décidément tous ses confrères : ce n'est que surla côte du Pacifique qu'on peut bien jouir de réternelle musique des brisants. Quand je monte au sommet des collines

hois(''os, iIiMM'it'H' Mon(or(»v, j\'iit('iHls I(*s vai^urs se briser sur mu* t'U'tuliie ilo »lix «m douze niillrs aulour de moi. Mlliii'r, i*ii les ciilendant ainsi, je son^t^ais au h<»nheur que j'aurais, si, par une brus(|ue révolution du ^lol)e terrestre, v«mis vt)us trouviez soudain lransp(uii'* ici, à la f^^^re de Monlerey. Vous vous installeriez eomuïodénient dans la carriole de Waller. J.c soleil serait couehé depuis un moment, la lune jetterait ses premières ombres ; vtuis entendriez le roulement des lames, tout en respirant Todeur de la nier et des pins. La carriole vous déposerait au Salon Bohémien, où nous boirions un verre. Je vous présenterais à Hrowson, le journaliste de l'endroit. « Je n'ai pas de musique dans le cerveau », répi'tet-ilsans cesse, u je ne suis qu'un manœuvre », mais tout de même, c'est un gentil garçon. Vous feriez aussi la connaissance d'Adolfo Sanchez, encore un qui n'a pas de musique dans le cerveau, mais celuilà tout à fait cliarmant. Pendant ce temps j'irais à la poste chercher mon courrier. Et puis nous descendrions ensemble la rue Alvarado, j'entrerais en passant prendre mon journal chez lladsell ; et nous voilà enfin assis dans la petite arrière-boutique blanche de Simoneau, autour d'une nappe sale, en compagnie de François le boulanger, peut-être aussi d'un pêcheur italien, peut-être d'Augustin Dutra, et de Simoneau lui-même. Puis, l'estomac au repos, |

nous irions chez moi, dans mes grandes chambres pleines d'air, avec cinq fenêtres ouvrant sur un balcon. Je me couche par terre, vous vous installez dans le lit. Le matin, nous déjeunons avec le petit docteur et sa petite femme : nous louons une voiture et roulons toute la journée ; et, le soir, je vous laisse de nouveau vous évaporer dans l'air pour vous retrouver le lendemain matin auprès de MrsHenley. f

A«îyi?fehî4ii*«ijÀ-iû^ffi4Ék<.-i^ -' - . i."-^! ■ .1 , «.*-?„ ^ ^ -!'•-% ^••v>if'K2iJ^«»-*Si^Vt . 'i-;. .• \'.-:J.^^i^iLi%i}i*i^'t^^iJi-^:;- ^■ï-i.JtiéSÂ

2»H I.E HOMaN CONTRMPORAIN A l'ÉTRANGER

Par Oi'Mi.oomîn»^ vousaurio/ du plaisir! \\i moi «lussi ! j'ai assez «Jt* conti'S dans la Irir |Knir vous lonir ♦■v»ill.- J!:-..|u .1 «iiui heures du malin : cl onrore n»' viHis les .iurai<-jo pas lous dits... Volro ami.

Tiommt^nl m* pas rilt»r oncon» une aiitro lettre, écrite, trois mois plus tard, de San-(;rancisco?

Mon cher Colvin. — Vous n'avez pas droit à une longue lettre de moi, étant le pire des correspondants, mais je crains de vous avoir fâché, la ilernière fois, en vous le reprochant, de sorte que je vais vous écrire tout (U^ même.

Sachez donc que tous les jours, entre huit et neuf heures et demie du matin, on peut voir un maigre gentleman velu d'un ulsler, — avec, pardessous, un livre serr* sur la poitrine; — on peut le vnir sortant de la maison qui porte le numéro 608, dans Bush Slrect, et (h^scendanl d'un pas rapide la longue rue Powell. (le gentleman est U. L. S. ; le v«»hime qu'il tient sous sou ulsler se rapporte à Benjamin Franklin, dont le gentleman songe à faire le sujet d'un de ses charmants essais. Il descend donc Powell, traverse le marché et s*arrête dans la Sixième rue, devant une succursale du grand café <le Pine Street; parfaitement, il s'offre ce luxe, et il serait homme à entrer même dans la maison mère du café de Pine Street, si seulement il savait où elle est située. Dans la succursale, il s'asseoit devant une table couverte d*une toile cirée, ou un jeune nègre pose devant lui une tasse de café, un croissant et une rondelle de beurre, tout cela excellent. Il y a quelque temps R. L. S. trouvait toujours la rondelle de beurre trop petite ; mais il appris désormais Part de Pexactitude, et le beurre et le croissant expirent au

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ËJbkMA^êM^'ét^^ULÀ

nOMANCIKRS ANGLAIS 210

mrinc nionionl. Cr rrpns lui cnnio 10 conls, ou cinq ptMK'i» slorlinpc [V 0, sli. Tî d.».

«• riUMlcini-lirurc jilus tani, les liahilantsd»* Riîsh Stnvt p(MiV(Mil voir h» nicmo ^enthMiian niaijrt'^*, sarmanl «l'une linclioltr, l'onimt^rfOorpfe \\ ashin<rtnn, et cassant lui-ni«*'nic sou cliarbon pour allumer son piK'Ie. Il fait cela, en c(Tc(, d'une fa^on quasi publique, sur le rebord de sa fenôlre; mais sa con- ♦

duite ne doit pas être mise sur le compte d'un ^'oùt maladif de notoriété, encore (pi'il soit elTectivemcnt ^

très iier de ses prouesses avec la hachette, et que le J

fait d'avoir encore ses doigts au complet soit pour lui, tous les jours, une source de profonde surprise. Puis, le feu allumé, on voit pendant trois ou quatre heures le gentleman maigre s'escrimer avec un k

bAton qu'il plonge par intervalles dans une bouteille <

d'encre. Et cependant ce n'est point pour noircir {

ses souliers, car l'unique paire (ju'il en possède est librement autorisée <à reprendre la couleur naturelle ''

de son cuir, avec, cependant, un mélange de boue et de poussière. F^e plus jeune des enfants de la logeuse répète plusieurs fois par jour, en voyant ^^

entrer ou sortir cet étrange locataire : « Voilà l'auteur ! » Serait-ce donc possible que cette innocente créature, aux cheveux dorés, ait découvert la véritable clef du mystère? Kn tout cas, le personnage qu'elle définit ainsi est assez pauvre pour pouvoir appartenir à la corporation dentelle le soupçonne de faire partie.

Sa sortie suivante est pour aller au restaurant d'un certain Donnadieu, dans Bush Street, entre Dudort et Kerney. Là un copieux repas, une demibouteille devin, du café et du brandy lui sont donnés, moyennant la somme de quatre bits^ autrement dits 50 cents, ou encore livre sterling, 2 shillings.

221 LE ROMAN CONTEMPORAIN A i/ÉTRANGER

:i •lt•Ili^T^. \.o vin t^sl servi dans uni' Jurande bouteille, «l «f st un élran^'O et pénihlt» sjM'etaele «le voir la pdi^'imonio avrr laqurlU» 1<» «^ontlt'Uian en quesliou rli.roiie a s'approprier jus(|u*à la moindre goutte de la iit>nii-l>uutrille <(ui lui est allouée, el avec quel scrupuK» il selForce de ne pas prendre une seule ^'outte de Tautre moitié de la bouteille ; mais sa manière d'agir explique en partie quand on se dt'oouvre «pie, s'il entamait la seconde moitié de la bouteille, oest dix pence de plusqu*il aurait à payer. Et de nouveau le gentleman est armé d'un livre; mais. — ses meilleurs amis l'apprendront avec chagrin. — il parait avoir, à celte licure de la journée, renoncé aux sérieuses études où il se plaisait le matin. Aujourd'hui, par exemple, il était plongé dans la lecture des exploits d'un certain Uocambole, œuvre défunt vicomte Ponson du Terrail. L'œuvre totale es! malli»'ureusement de dimensions prodi- ;:i»?uses. mais l'ingénieux gentleman a eu l'idée de la découper en petites tranches.

Puis vient une promenade, sans direction fixe ; puis vers quatre heures et demie on voit s'allumer une lueur à la fenêtre de la chambre de Bush Street, 608. Le gentleman tantôt écrit des lettres, tantôt reprend l'exercice mystérieux où il s'est livré dans la matinée. Vers six heures il retourne à la Succursale, où il s'emplit de nouveau de café et de pain pour la valeur de cinq pence. La soirée est consacrée à la lecture, et vers onze heures ou onze heures et demie, la nuit s'étend sur cette aimable et truculente existence.

Et rintérêt de ces lettres apparaîtra mieux encore quand j'aurais dit que, au moment où il les écrivait, Stevenson non seulement ne

HOMA.NCIKRS A?(4>LA1S

savait pas s*ii aurait de quoi mang(;r le lendemain, mais se trouvait, en outre, niinr et anéanti par les progrès d(* sa mahhlie. (Juelques jours après la lettre qu'on vient de lire, prèrisènient, il fut pris d'une nouvelle cong(»stifm pulmonaire, d'où il ne sortit vivant que par un miracle.

N avais-je pas raison de dire que personne ne garda jamais aussi intacte, à travers la vie, son âme d'enfant.

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