ROMANCIERS ALLEMANDS ETT SCANDINAVES
La seconde parlic nous transporle à llerlin.
\Vol<l<Miiar tle Stcrlilin, \v liU «lu niiijor, a fait la connaissance «run ancien ili|>loniatt\ le conile Harhy, veuf, el c|ni demeure avecsesdeiix lilles. Woldcmar trouve un cliarmesans cesse plus fort dans la société de ces deux jeunes femmes, spirituelles et jolies; il passe auprès d*ell(»s toutes ses heures de loisir; et, un dimanche deté, il les conduit avec leur |)èrc dans un petit restaurant des bords de la Spréc. On goûte, on cause, et Ton rentre en ville. Cela lient environ cent pages du livre.
Troisième partie : le vieux Stechlin se présente aux élections du Reiclisiag, en remplacement d'un conservateur ; il est battu par le candidat socialiste. Quatrième partie: au retour d'un voyage à Londres, Woldemar demande en mariage la plus jeune des filles du comte Barby ; il va la présenter à son père et à sa tante ; on célèbre la noce ; et le jeune couple part pour ritalie. Cinquième et dernière partie: le vieux Stechlin prend froid, son état empire de jour en jour, et il meurt. Son fils, prévenu trop tard, ne peut môme assister à son enterrement; mais moins d'un an après il quitte l'armée pour \
s'installera Stechlin avec sa jeune femme. ^
Voilà tout le roman. Je ne crois pas avoir omis |
un seul fait de quelque importance ; el les faits que j'ai notés sont eux-mêmes entourés de tant de hors-d'œuvre, descriptions, dialogues , anecdotes, discussions politiques, historiques, ou mondaines, que c'est à peine si Ton s'avise de |
> v.^-^ A^^Jl.Latx'x'.Às'jL^Jtt^iliêà
A LT. ROMAN CONTEMPORAIN A l'ÉTRANC.ER
l»»s roMi.injiK'r. \/,i JiMUidiih' rn niariago, par r\i'm|il»\ s<* rarlh' h la lin «rnn chapitro, où il n'a <''t»'' •|iio<li'Hi(juf» •!<• Loinlics, d'KJithaii (>ol «If Cyrrn»*. <H«I»^ la p»Mnhiri'|in''ra|)lia(*lito ; (»i rion, «lans n* «[ui prérèj»», nn nous indique que Woldemar se soit déciilt» à se marier; et pas un moment, juï^que-là.nousne devinons de laquelle des deux jeunes femmes il est amoureux. H ne cesse pas de s'entretenir avec Tune ou l'autre durant des centaines de pages; mais Ic^urs entretiens partent sur la musique, la théologie, les néologismes. la di!]V*rence des nianirs anglaises et des mœurs allemandes. Nulle trace, non plus, d'une préoccupation générale; pas Tombrc d'un svmbole ni d'une thèse. Loin de mettre en relief l'opposition de Tancienne génération et de la nouvelle, à propos du vieux Slechlin et «le son fils, c'est comme si l'auteur avait cherché à l'atténuer, en supprimant tout contact du père et du fils, en évitant d'insister sur les différences de leurs caractères, en leur prêtant à tous deux les mêmes pensées et les mêmes sentiments. On peut dire, d'ailleurs, que les diverses particsdu livre nont entre elles aucun lien, ou plutôt, que les parties relatives au père et celles qui se rapportent au fils sont comme deux récits distincts entremêlés après coup. Impossible d'imaginer une absence plus complète de plan, d'intrigue et d'action. Les personnages ne font que causer, le plus souvent à table; ils causent des sujets les plus variés et les plus imprévus, depuis le péché originel jusqu'aux romans du comte Tolstoï ; et
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ROMANCIRRH ALLRMANfm ET SrANDINAVE» 7
cela lioiil plus dr cinq rouis pa^^'s, «l'un polit
loxl» SOITO.
Tout poi'lo à croiro <|no, dans (m»s rondifions, uno traduction franoaiso du dornicT roman do Fontîine n'aurait guèro do oliancos do nous omouvoir; nous soupoonnorions Tautour do so moquer de nous, ou de radoter. Ht copondant la vérité est (|uo Fontane a écrit son livre le pins sérieusement du monde, et que, malgré sos quatre-vingts ans, il y a mis plus de verve, plus de sonflle, plus de jeune fraîcheur que dans aucun autre. Mais c'était là sa fa(;on de concevoir le roman ; et les mêmes défauts se retrouvent dans tout le reste de son œuvre, dans VA(tultern, dans Effi liriest, dans Sthir, dans ces Imnir/fin Wirntnfjen, que les lettrés allemands tiennent pour son chef-d'œuvre.
Irrnngen WirrungeHy par exemple, n'est rien que le tableau des médiocres amours d'une blanchisseuse berlinoise et d'un jeune officier ^ Les amants se promènent dans la campagne, au clair de lune, et (jausent entre deux baisers ; l'ofticier parle de son régiment, l'ouvrière de son atelier; et l'auteur nous fait assister aussi aux conversations des parents de la jeune fille, des voisins, des clients de la blanchisserie. L'œuvre est, en vérité, moins longue que Der Stechlin, et elle aboutit à un dénouement, puisque l'officier quitte sa maîtresse pour faire
> Oa trouvera une analyse de ce roman, ainsi qu*une étude
générale de Tœuvre de Fontane. dans la deuxième série des Ecrivains Etrangers^ p. 114 et suiv.
LE HOMAN CilMEMPtmAiN A L KTKA.NGER
un hraii mariage. .Mais il la(|uiUo(le la niaiiiùrc la |ilii- nalui'fllr. «'U ami. ri (»ll(^ s'y iTsij^iio aiissitùl : <i'? -orlo «un.» rt» (liMiniKMiienl, prévu dus l<» «lébul «lu livre, n'a rien <lo plus romanesque que la mort Ju vieux Sleelilin. Kl. si le dernier roman de Fonlane est de moitié plus long, peut-être, en revanche, est-il jdus rempli, ayant plus de personnages avec un décor plus varié.
D'autres fois cependant, comme je l'ai dit, Fontane parait avoir essayé de compliquer Tintrigue de ses récits, afin d'en faire des romans du genre des nôtres. Mais son instinct y répugnait si fort que, même avec une intrigue, ses romans restent presque toujours dépourvus d'action: les péripéties sont expédiées en quelques lignes, comme à contre-cœur, pour laisser de nouveau la place aux peintures, aux dialogues, à une notation infinie de menus détails. Et ces romans sont d'ailleurs la partie la plus faible de l'œuvre de Fontane, celle aussi que ses compatriotes ont le moins goûtée; tandis que Sline, Irnmgen Wirrungen^ V Adultéra, tous ces livres où il ne se passe rien, deviennent sans cesse plus familiers au public allemand. Ils n'ont pas, et ne sauraient avoir, la vogue populaire des romans de M. Sudermann ou des nouvelles de M. Heyse; mais, tout en les lisant moins, on les estime davantage. On sent que ce sont des œuvres qui compteront dans l'histoire de la littérature nationale, et que les connaisseurs ont raison de les admirer. Et en effet ceux-ci, les jeunes et les vieux, s'ac-
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ROMANCIERS AIXKMANhS ET SCAMHNAVKS 9
coi'di'iil dans Trio*:;!» dos rninans<lo Kuntano. Los défauts *|uo nous y avons >i«^|ial(»s no srnildonl |ms los olintpuM'; ils no trouvont à rodiro ni si la panvrolo do Taolion, ni à la l«»n}r»t«*Hr dos dialot^ucs, ni au manquo diinitô; ol volontiors ils avoueraient que ces romans los louchent surtout par la perfection de leur forme, par ce qu'ils ont d*élégant, de pur, presque de classique.
Parfaits, les romans de Fontanc ne le sont ;
certes pas, ni classiques, au sens où nous avons coutume d'entendre ce mot. Mais ils sont allemands, et c'est ce qui les rend si cliers aux lettrés allemands. Car les progrès de la civilisation ne sont pas encore parvenus. Dieu merci, à imposer à TËurope entière un idéal uniforme. On ne se fait pas encore la môme idée de la beauté en Italie qu'en Xorwège, quelque zèle que mettent d'ailleurs les Italiens à devenir Scandinaves. Et pour ce qui est du roman, en particulier, la célébrité des romans de Fontane i
prouve que rAllemagne reste fidèle à son an- |
cienne manière de le concevoir, qui n'a rien de |
commun avec notre manière française. Ce qui, |
dans ces romans, nous parait contraire aux |
règles essentielles du genre, la pauvreté de - â
l'action, le manque d'unité, et la lenteur du r^
développement, et la surabondance des hors- $
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d'iriivif. fi's dffaiils se retrouvent clans tous les frr.ititls roinan> «le hi littérature allemande, d» puis f'Mux dr Gu'llh* et des romantiques jus- (\\i U ceux de Fn'viai: «'t de Golti'ried Keller; et il> n'y sont de< drtauts que pour nous, avec nnlre hahitude d'exigiT d'un roman les qualités opposées. Après comme avant le naturalisme, en etTet, nous continuons à considérer le roman comme une sorte de drame écrit, où les personnages doivent agir, où les faits doivent « marcher ». et marcher autour d'une idée ou d'un fait central. Mais, au contraire, pour les Allemands, la séparation est absolue entre le roman et le drame. Le roman, pour eux, n a besoin ni d'action, ni d'intrigue; il peut môme se passer d'un centre, et traiter à la fois plusieurs sujets ditîérenls : car le roman tel qu'ils le demandent, et tel que le leur ont donné tous leurs romanciers, est simplement quelque chose comme une chronifjHf% une agréable restitution de types et de milieux qui leur sont familiers. Libre à l'auteur, après cela, d y introduire toute la fantaisie ou tout le réalisme qu'il voudra, d'être Jean-Paul Richter ou Gustave Freytag; Tessentiel est qu'il leur présente des figures dont ils puissent imaginer la vie, et qu'ensuite il laisse ces figures vivre librement devant eux.
C'est ce qu a toujoui-s fait Théodore Fontane. Ses romans sont toujours restés de longues chroniqups, où des personanges d'une humanité movenne étalaient à l'aise, devant le lecteur, les
t^èûL^'^'r^-^^ià^.z.^i-^^.jJ^Liil.^si^^àiSè^^^
nOMANriEKS ALLEMANDS ET SCANDIN.WKS H
niillo pelils ihHuils île IiMir vio joiirimlièro. Vu (■hroiiiqiKMir. pmais il n^a rin aiilro rlioso; il IVtait (ririsliiicl ot <rô(lit('alioii : l'I (|iianil, à soixante ans, il a écril son proniior roman, il s'est l)orné a lranspori<*r dans un cadre nonvean les qnaliU^s qu'il avait employées, pendant les vinpt années précédentes, à raconler par le menu Thistoire des villes et des villages de la *
Marche Prussienne. Les quatre volumes de ses Promrnades à /ravfrs la Marche de Hrauileltounj^ ses Châteaux historiques^ sa biographie tie Christian-Frédéric Scherenberg^ tout cela peut servir j
de préface à Irrungen WirrungeUy à Grete Miude \
et à Der Stechlin, On y retrouve les mûmes procédés minutieux de description et de narration, le même dédain de l'action dramatique, le même mélange d'impressions actuelles et de vieux souvenirs. |
On y retrouve aussi la môme poésie. Car je *
me trompais en disant que Fontane n'avait été \
rien qu'un chroniqueur; il a été, de plus, un .|
poète, et l'on s'en aperçoit bien quand on lit sa prose. On s'en aperçoit non seulement à la pureté et à la grâce du style, mais à la douceur du ton, au charme des images, à la délicate beauté des pensées et des émotions. Je ne crois pas qu'il y ait, dans ses quinze romans, un seul personnage j tout à fait mauvais ; et les plus mauvais ont encore un certain naturel qui nous empoche de les mépriser, tant nous sentons que la souriante indulgence du romancier intercède pour eux. Dans/>^r Stechlin, par exemple, Tusu-
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ri<T qui raïu'onno le vieux baron, le |)arvenu uro^^ier <jui al)u-«* ilo sa complaisance, ni l'un ni I autre iif sont si niiM-liants <{u'ils nainient le vi»illartl «*t n'aient un vrai chaj»rin à le voir mourir. Kl à cùh'* t| Vux, combien de braves jçens : le pasteur, le maître d'école, le garde forestier, le valet de cbambre! Tous ont leurs travers qu'ils ne cherclient pas à cacher, et la plupart sont, en somme, de pauvres esprits; mais la bonté de leur cœur nous fait aimer jusqu'à leurs défauts. Par mille nuances, graduées avec un art incomparable. Tauteur nous intéresse, nous attache à eux. Et nous en venons à souhaiter que la suite du récit les ramène devant nous; nous prenons plaisir à leurs longs bavardages; nous nous inquiétons de leurs tristesses et de leurs maladies.
Mais une ligure domine toutes les autres:
celle du vieux baron Dubslav de Stechlin. Elle n'occupe qu'une moitié du roman, dont la seconde moitié, la moitié berlinoise, est en somme assez médiocre, malgré de jolis passages; mais c'est certainement la plus belle figure d'homme que Fontane ait peinte jamais, la plus vigoureuse et la plus touchante. Aussi bien s'était-il, toute sa vie, préparé à la peindre, car il a incarné en elle une espèce d'hommes qu'il n'avait
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